‹ Essai de sémantique (science des significations)Chapitre 78 sur 87 · AiaOleret; tt,; 4'^X^«- Définition d'Apollonius Dyscole · texte numérisé non relu

AiaOleret; tt,; 4'^X^«- Définition d'Apollonius Dyscole

dernes en ont cependant retenu assez pour faire apercevoir ce caractère. Dites toujours la vérité. — Puissiez-vous avoir pitié! — Vienne le jour de la délivrance! — Aie bon courage! — Fasse le ciel! — C'est ce qu'ailleurs j'ai appelé l'élément subjectif du langage.

Il est vrai que, quand nous commandons : Attention! ou : Debout! on : Aux armes! cet élément subjectif se trouve aussi. Mais la différence est qu'alors il réside uniquement dans le ton de la voix, dans l'air du visage, dans l'attitude du corps, c'est-à dire dans un accompagnement plus ou moins mimique, au lieu que le verbe a cette singularité unique de lui donner place dans sa propre contexture.

Voyons maintenant d'où vient cette variété de modes (optatif, subjonctif, etc.) qui nous est bien connue par les langues classiques, et qui a encore sa répercussion très sensible dans nos langues d'aujourd^hui. Il semblerait que deux modes, l'un pour le commandement, l'autre pour l'exécution, fussent suffisants. Pourquoi un optatif? pourquoi un subjonctif?

Aucune question n'a été le prétexte de plus de subtilités. A lire les explications qui sont proposées, on croirait que le langage est l'œuvre de purs psychologues. On nous dit, par exemple, que « le subjonctif représente la conception intellectuelle, au lieu que l'optatif marque la conception avec une tendance à la réalisation ». Ou bien encore que « l'optatif est le mode de Y irréel^ le mode de ce qui

n'est pas {der Nichtwirklichkeit) », — idée étrange qui prête à ces âges lointains une force d'invention digne des créateurs de Talgèbre, A elle seule, cette définition aurait dû éveiller le doute chex tout homme de bon sens. Je passe sous silence les explications les plus récentes, qui présentent le même caractère d'invraisemblance. Déjà, au commencement du siècle, le célèbre Gottfried Hermann, non moins subtil, avait trouvé que Toptatif marque les choses quœ rêvera fieri possunt^ le subjonctif celles quœ fieri posse cogitantur ^ !

Laissons ces abstractions et venons à quelque chose de réel. Pour le dire en termes clairs, Timpératif, le subjonctif et Toptatif sont tous les trois des modes de commandement. Une si riche synonymie n'a rien que de conforme à ce que nous savons des anciens âges. De même que pour désigner les phénomènes de la nature, les langues anciennes offrent une profusion de termes à peu près équivalents, dont le nombre a l'air d'aller croissant à mesure qu'on plonge plus loin dans le passé, de même, pour faire comprendre sur un verbe la volonté de celui qui parle. C'étaient comme des tonalités différentes de la même pensée ^.

Il y eut sans doute dès l'origine une certaine gradation entre ces modes. L'époque où noua transporte notre étude, tout en étant une époque primitive par rapport à nous, ne doit cependant pas —

1. Des vues plus sages sont présentées par Morris dans le Journal américain de Philologie^ 1897, p. 383.

2. Aux trois modes en question, le sanscrit en ajoute un quatrième, le précaiif, sans parler de Vinjonctify plus particulièrement employé dans les Védas.

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comme on l'avait admis parfois un peu naïvement — être prise pour les débuts de Thumanité. Il suffit de se rappeler que nous traitons ici — non des premiers jours de Tespèce humaine, non du premier éveil de la raison — mais des commencements d'une certaine famille de langues. D'innombrables tentatives suivies d'avortement, d'innombrables par- 1ers sans lendemain, comme on en voit se succéder, à peu d'années de distance, chez les peuples sauvages, avaient sans doute précédé ce dernier et définitif essai. Dès cette époque existaient des relations régulières de parenté, un état patriarcal de civilisation, des idées de religion et de droit. Rien n'empêche donc de supposer une certaine hiérarchie et comme une échelle dans le genre impératif. Partout où existe le nom de « maître », on doit supposer qu'il y avait aussi des sujets et des serviteurs. Le mot pati u maître » est l'un des plus uniformément répandus dans notre famille de langues. L'égalité est le but ou le rêve des civilisations avancées : elle a sa place à la fin des sociétés, non au commencement.

Il ne faut pas oublier, en outre, une cause qui a dû de bonne heure multiplier et diversifier les précatifs de toute espèce. Je veux parler des croyances rehgieuses.

Quand l'homme s'adresse à la divinité, rarement il lui rend un culte désintéressé : s'il l'invoque, c'est pour réclamer sa protection, c'est pour s'assurer ses bienfaits. En lisant, à ce point de vue, le Rig-Véda, on constate que les modes employés le plus souvent sont l'impératif, l'optatif, l'injonctif. En son dialogue avec le ciel, l'homme n'a jamais

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fini de demander. D'ailleurs, les choses, depuis ce temps, n'ont pas beaucoup changé. Ouvrez un

-—ien, vous verrez que Timpératif y fourmille.

sut dire d'une façon générale que la religion iment qui, plus que tout le reste, consolida îre flottante du langage. Tout le monde conpouvoir que des populations ignorantes et itieuses attribuent à la parole. Par la prière, formules, Thomme se rend les dieux favot s'assujettit les forces de la nature. Le rituel 3 un caractère de sainteté non seulement aux lais aux formes grammaticales, particulièrecelles qui prient, qui invitent et qui com-

ndance des modes du commandement ne fut îrdue pour les âges plus récents. La forme énergique — l'impératif — a généralement 1 valeur première. Encore aujourd'hui, après t quarante siècles, et presque dans la même l'impératif remplit l'office auquel il était destiné. Mais l'optatif et le subjonctif, sans complètement leur signification initiale ^ tilisés pour les besoins de la syntaxe. C'est lée de commandement qu'il faut partir, si it mettre de l'ordre et de la clarté dans ce ) de la syntaxe.

ourné que paraisse l'emploi de ces anciennes le commandement, il n'est cependant jamais 'ficile de refaire, en sens contraire, par la la route qu'a parcourue le langage. Pourw exemple, le subjonctif est-il le mode du , de la délibération? Quo me vertam? — Quid — C'est qu'à un esprit qui délibère, qui

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hésite, les difTérentes résolutions à prendre se présentent successivement sous la forme d'ordres qu'on se donne à soi-même. Pourquoi Toptatif est-il le mode qui exprime une condition? C'est que la condition s'est d'abord présentée à l'esprit sous l'aspect d'un vœu ou d'un désir. Si haec^ o Du, faxitis. Les modes du commandement appartiennent donc au plus ancien fonds du langage; ils représentent une des faces essentielles, une des attitudes maîtresses du verbe.

Venons maintenant à la contre-partie, c'est-à-dire aux modes qui, servant en quelque sorte de réponse aux précédents, annoncent un événement, proclament un fait, affirment un état.

Il semble, à première vue, que la richesse, de ce côté, soit moins grande. L'indicatif, et c'est tout. Mais l'indicatif n'a pas toujours été seul. Il fut une époque où d'autres formes servaient à exprimer la même idée de l'affirmation, en la soulignant avec plus ou moins de force.

Que sont devenues ces formes? Elles n'ont pas disparu : elles existent encore, mais par un remarquable phénomène de transformisme, elles sont devenues ce que, dans la conjugaison, nous appelons les temps . Sans cette métamorphose , nos langues compteraient autant et plus de variétés pour annoncer l'accomplissement de l'ordre que nous en avons trouvé pour commander.

En premier lieu, nous avons le temps qui a reçu des grammairiens le nom de parfait. Ce parfait

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n'était pas autre chose, dans le principe, quun présent intensif, un présent qui affirme avec plus d'énergie.

Depuis longtemps les hellénistes ont signalé en grec ce qu'ils appellent « des parfaits à sens de présent ». Ce sont généralement des verbes très employés, se rapportant à une opération de nos organes ou à un état de Tâme. Tels sont : ^TtcDica, « je vois », àxT^xoa, « j'entends », ixéjxova, « je pense ». Comme quelques-unes de ces formes à redoublement étaient d'un usage journalier, elles ont gardé leur ancien sens, leur sens de pure affirmation, sans se laisser toucher par ce qui s'est passé pour les autres.

Voici ce qui s'est passé pour les autres.

La langue ayant à sa disposition deux formes presque synonymes, à la plus énergique des deux elle attribua la notation du passé. C'est ainsi qu'en français, fai fait [habeo factum) n'est, au fond, qu'une affirmation emphatique de l'action. Le présent à redoublement devint un prétérit, à l'exception des quelques verbes dont nous venons de parler qui traversèrent ce changement de la langue sans y prendre part.

On sait que des parfaits à sens de présent existent dans les autres idiomes de la famille. Ainsi, en latin, memini est un parfait à sens de présent. En allemand, ich kanUy ich mag^ ich weiss sont également d'anciens parfaits.

La différence dans la contexture matérielle du présent et du parfait vient surtout du redoublement.

Qu'est-ce que le redoublement? Ce n'était pas autre

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chose à l'origine que la racine exprimée deux fois. Par un procédé familier à tous les peuples, pour affirmer avec plus de force, on répétait le mot. Ce qui fut d'abord une inspiration de l'instinct devint ensuite un procédé grammatical. Peu à peu, l'usure de la parole eut pour effet de dissimuler ce que le procédé avait d'un peu enfantin.

Ce qui montre que ces parfaits remontent aux plus anciens temps, c'est que pour plusieurs la différence de l'actif et du passif n'existe pas encore. Le grec ^toXa, qui devrait, ce semble, signifier « j'ai détruit », veut dire « je suis détruit, je suis perdu » ; EYp-jQYopa signifie « je suis éveillé » ; oÉTtotôa « je suis persuadé » ; zsiTzXtiyx signifie à volonté « je frappe » ou « je suis frappé ».

Enfin, un dernier indice : les désinences sont plus courtes, plus frustes. Il serait peut-être plus exact de dire qu'à certaines personnes le parfait n'a pas de désinences. Tout nous porte donc à croire que nous touchons ici au plus ancien fond et comme au tuf de la conjugaison *.

Arrêtons-nous encore un moment pour entrer un peu plus avant dans la psychologie du langage.

Pour l'instinct populaire, l'action par excellence n'est pas l'action en voie d'exécution, mais l'action accomplie et achevée. « Je bâtis une maison » est

1. Le parfait grec a toujours conservé, en sa signification, quelque chose qui en fait comme un intermédiaire entre le passé et le présent. Les manuels de grammaire enseignent qu'il sert à marquer une action passée, « dont le résultat dure encore ».

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une simple ébauche d'action. « J'ai une maison bâtie », voilà Tessentiel, voilà l'action en son plein.

Ceci n'est pas vrai seulement pour le parfait, mais encore pour les deux autres prétérits, c'est-à-dire pour l'aoriste et pour l'imparfait. Comme, en fait de langage, les révolutions ne sont jamais radicales, comme il survit toujours quelque chose de l'état antérieur, nous allons constater un certain nombre de faits qui ont souvent embarrassé les philologues, et qui s'expliquent comme survivances de la période où l'aoriste avait le sens d'un présent.

En grec, quand il s'agit d'exprimer une idée générale, une sentence, une maxime, le verbe se met fréquemment à l'aoriste. Dans Homère, un chef dit à ses guerriers : « A la guerre, le lâche a succombé comme le brave ». Ailleurs, pour recommander la prudence : <t Le fou s'est instruit à ses dépens. » C'est ce qu'on appelle 1' « aoriste gnomique ». Pour l'expliquer, on a supposé que le grec aime mieux, au lieu de présenter une vérité générale, citer une expérience particulière dont elle est déduite. L'explication me semble un peu artiflcielle. Elle ne convient point pour des maximes vieilles comme le monde, telles que celles-ci : «'Le tenaps détruit la beauté, une maladie la flétrit ». Cependant le grec emploie l'aoriste : « Le temps a détruit la beauté, une maladie l'a flétrie * ».

Voici, je crois, la raison de cette anomalie. En tout pays, les proverbes se maintiennent longtemps sous leur forme archaïque, conservent longtemps les anciens mots et les anciens tours. Il suffit, pour

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