‹ Essai de sémantique (science des significations)Chapitre 79 sur 87 · Ktihner, Grammaire grecque · texte numérisé non relu

Ktihner, Grammaire grecque

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s'en convaincre, de parcourir un livre de proverbes français. Et alors même que la maxime est moderne, on la modèle volontiers sur le type fourni par les maximes d'un âge antérieur. L'usage permet, par exemple, dans nos proverbes, de supprimer l'article, alors que dans l'état actuel de la langue, l'article serait nécessaire.

Pour une raison de même sorte, le grec, se conformant aux vieilles façons de parler, emploie l'aoriste. L'aoriste a ici sa vraie valeur, car il diffère seulement du présent par uïi surcroît d'affirmation.

Un autre emploi inexpliqué de l'aoriste, emploi bien connu des lecteurs d'Homère, se rencontre dans les nombreuses comparaisons dont est semé le récit épique. Au moment d'en venir aux mains avec Ménélas, le Troyen Paris est saisi de crainte : il ressemble à un homme (non pas qui pâlit, mais) « qui a pâli à la vue d'un serpent ». Ailleurs, on voit Diomède se demandant sur quel adversaire il fondra d'abord : tel un homme qui, à la vue d'un torrent débordé (non pas recule, mais) « a reculé ». Cet emploi inattendu du passé déconcertait déjà les commentateurs anciens. Qu'en faut-il penser? Je crois qu'il y faut voir un de ces faits qui prouveraient, s'il en était besoin, que Y Iliade n'est pas le type absolu de la poésie naïve, mais que le vieil auteur obéit déjà à une certaine poétique. Cette poétique enseignait que, dans les comparaisons, il était convenable d'employer une certaine forme archaïque. Et pourquoi? Parce qu'ici, le récit étant interrompu, le poète intervient pour son propre compte : dès lors le style doit prendre plus de solennité. En anglais, il y a des formes grammaticales

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du XVI® siècle dont la langue religieuse a conservé le privilège; de même, dans les comparaisons, Homère emploie les formes des anciens aèdes.

Enfin, quand il s'agit d'un fait se répétant régulièrement, par exemple d'un phénomène de la nature, c'est encore l'aoriste que le grec emploie de préférence*. Et pour achever de prouver combien, dans cet ancien âge de la langue, l'idée de temps était absente de la conjugaison, on peut rappeler le célèbre passage où Agamemnon exprime sa conviction que les Troyens payeront tôt ou tard leurs crimes : c'est par l'aoriste qu'il annonce la chute future d'il ion*.

J'ajouterai un mot, en passant, sur cette voyelle e ou 7j dont le grec fait précéder ses verbes à l'aoriste et à l'imparfait — ce que, dans nos grammaires, on appelle 1' « augment ». Quelques linguistes ont cru y voir un mot signifiant « jadis, autrefois ». Mais ce n'est pas d'une façon aussi explicite, aussi matérielle que le langage a l'habitude de remphr sa tâche. AU lieu d'appuyer, au lieu de réclamer une place pour un signe créé exprès, il aime mieux (on l'a déjà vu) procéder par voie d'appropriation et d'accommodation. Il se sert de ce qu'il possède déjà. Comme cela est arrivé pour le redoublement, l'exposant de l'affirmation s'est tourné en exposant du passé. Je crois, en effet, que 1' « augment » n'était pas autre chose à l'origine que cet adverbe ^ qui, chez Homère, se trouve si souvent au début d'un discours, et que les commentateurs expliquent par « assurément,

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