‹ Essai de sémantique (science des significations)Chapitre 9 sur 87 · Théognis, v. 591, 1029. Cf. Euripide Alceste, v · texte numérisé non relu

Théognis, v. 591, 1029. Cf. Euripide Alceste, v

2. Dans les langues modernes, la racine toi, contenue en ToXpiàa), a servi à nommer la patience en allemand (Ge-dul-d), la tolérance en français.

3. Le verbe 'iXizui commençait par un v ou F, comme on le voit par le parfait ïo\i:<x (pour FsFoXira). Vu, dans les mots latins, est une voyelle de liaison.

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C'est ainsi qu'en remontant dans le passé, on trouve sur son chemin des conglomérats sémantiques qu'il a fallu des siècles pour débrouiller. La chose n'est pas encore entièrement faite aujourd'hui. La différence entre sentir et penser est aujourd'hui marquée dans les verbes, mais elle paraît à peine dans le substantif sentiment. Aussi l'adjectif se/is/6/e, qui en français appartient à la partie affective de l'âme, a-t-il pu prendre en anglais l'acception d' « intelligent, raisonnable ». On sait qu'en latin sentir appartient plutôt à la pensée, comme on le voit par des composés tels que dissent io, consentio, et par des dérivés comme sentent ia.

Par une confusion qui n'a pas encore tout à fait disparu, les langues anciennes désignent d'un même mot « le méchant » et « le malheureux ». L'adjectif TTovTjpdç a les deux acceptions ^ Dans l'enfance des sociétés, le pauvre est un objet d'aversion autant que de pitié : c'est sur ce ton qu'il est parlé des mendiants dans Homère. IlovTipo; a peu à peu renoncé à cette équivoque, pour être exclusivement attribué à l'idée de perversité, tandis que son congénère TcévTiç a désigné l'indigent.

Plus les mots sont voisins par la forme, plus ils sont une invite à la répartition. Un poète comique

1. IlovYjpà ÎTtirapia, TTovYjpbv ô^'ov, uSwp. nov/)pà irpaY{i.aTa. De la même racine qui a donné Tcdvo;, « la peine », icevfa, " la pauvreté », TiEvoiJLat, « être dans l'indigence ». — Cf. le double sens de méchant en français. De même ^ép^i;» * pauvre », avec son comparatif -/^P^'^^» x^'-P^'*» Le participe x£;^py){isvoc signifie « besogneux, pauvre ». La honte, dit Homère (Od., XVII, 347), ne convient pas au pauvre :

Alôà); ô'où/t àyaÔYi xô/pojJLévw àvSpl Tiapeivat.

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^PPP^W^^

latin dit qu'il ne faut pas attacher trop de créance aux présages :

Magis audiendum quam auscultandum censeo.

Voici une sentence, à première vue assez extraordinaire, qui nous a été conservée par Varron: Religentem esse oportet^ religiosum nefas. Les deux mots religens et religiosus^ étymologiquement synonymes, sont opposés entre eux. Le sens du proverbe est que la religion est une bonne chose, mais non pas la superstition. 11 y a une sorte d'élégance, à laquelle le peuple n'est nullement insensible, à différencier ainsi des mots qui sonnent presque de même ^

Les besoins de la pensée sont le premier agent de la répartition. C'est ainsi que le grec et l'allemand se sont rencontrés en faisant la différence de Mann et Mensch^ de àviqp et àvÔpwTto;.

Entre àvT^p et àvÔpwTcoç il n'y avait originairement aucune différence de sens : l'un signifiait « homme », l'autre « qui a visage d'homme ». Homère, parlant des Éthiopiens qui habitent à l'extrémité de la terre, les appelle ê^ycL-roi avopaiv. Mais une antithèse dont l'occasion ne pouvait manquer de se présenter a fait que peu à peu ils se sont distingués Tun de l'autre et qu'ils ont été opposés l'un à l'autre. Hérodote^ parlant de l'armée des Perses, dit qu'aux Thermopyles Xerxès put s'apercevoir Sti ttoXXoI (xèv àvôpwTroi clev, àXtyoi Se àvSpe;. La distinction est ensuite devenue familière aux Grecs. Xénophon, traitant de J'amour de la gloire qui fait le prix de la vie, ajoute

i. Nous reviendrons sur ce point au chapitre de T Analogie.

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qu'à cela les hommes se reconnaissent: àvSpe; xal 0UX6TI àvOpwTToi [jLovov vojjL'.C'^fxsvo'.. Ricn, ni dans le sens étymologique de àvT^p, ni dans celui de avOpojTroç, ne les prédestinait à cette opposition*.

A toute époque, il y a eu des proverbes pour dire qu'un savant n'est pas nécessairement un sage, « Les uns sont très sages et savants, dit un troubadour*; les autres savants et non sages; les autres, ni sages ni savants. » Ce qui donne à ces antithèses leur saveur particulière, c'est que sage et savant sont d'une même origine, et qu'ils rappellent tous deux, mais à des degrés différents de la langue, le latin sapiens.

Quand l'esprit populaire s'est une fois avisé d'un certain genre de répartition, il a naturellement la tentation d'en compléter les séries. On sait qu'il y a des langues oii les différents actes de la vie ne sont pas désignés de la même façon s'il est question d'un personnage élevé en dignité ou d'un homme ordinaire. Les Cambodgiens ne désignent pas les membres du corps, ni les opérations journalières de la vie, par les mêmes termes s'il s'agit du roi ou d'un simple particulier. Pour exprimer qu'un homme mange, on se sert du mot si; en parlant d'un chef, on dira pisa; si on parle d'un bonze ou d'un roi, ce

1. C'est Tadjectif (o^vôpwno; ayant d'abord été adjectif) qui prend la signification la plus générale. Il en est de même pour Mann et Mensch, Il en est de même aussi en français, pour les hommes et les humains,

2. Guiraut del Olivier, cité par M. Schuchardt {Romanische Etymologieen, I, p. 5) :

Els us son trop savis e sabens, Los autres sabens e no savis, Los autres ni savis ni sabens.

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sera soi. En parlant à un inférieur, « moi » se dit anh] à un supérieur, knhom\ à un bonze, chhan^. Les sectateurs de Zoroastre, qui considèrent le monde comme partagé entre deux puissances contraires, ont un double vocabulaire, suivant qu'ils parlent d'une créature d'Ormuzd ou d'une créature d'Ahriman. Ces exemples nous montrent la répartition marquant une empreinte plus ou moins profonde, comme on voit telle habitude d'esprit à peine indiquée chez l'un et gouvernant toute la vie chez un autre.

Rien au fond n'est plus naturel ni plus nécessaire que la répartition, puisque notre intelligence recueille les mots de différents âges, de différents milieux, et qu'elle serait livrée à la plus absolue confusion si elle n'y mettait un certain rangement. Ce que font savamment les recueils de synonymes, à toute heure nous le faisons tous : quand on examine les termes que l'usage distingue ou subordonne, on constate que l'étymologie justifie rarement les différences que nous y mettons. Si nous prenons, par exemple, les mots de genre et d'espèce, quel motif y avait-il à donner plus de capacité au premier qu'au second? A Y embranchement qu'à la c/asse? Si nous prenons les mots de division, brigadcj régiment, bataillon, ces termes techniques, si exactement subordonnés les uns aux autres, n'ont cependant rien qui les désignât spécialement à telle

1. Nous avons en français quelque chose de semblable, mais seulement à Tétat rudimentaire. Pour marquer la différence entre Thomme et les animaux on a poitrine et poitrail, narines ei naseaux, etc. L'allemand emploie fressen (ver-essen) pour les animaux seulement. H va sans dire que Vétymologie n'y est pour rien.

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)lace. Peut-être ferions-nous une constatation »le s^il nous était possible de remonter jus- )oque où a été constituée la série des noms 3re.

assaut des idées matérielles aux idées , nous verrions encore mieux les effets de 'tition. Entre Y estime^ le respect^ la vénéra- [ n'aperçoit nulle gradation imposée par ogie. Il a fallu des esprits exacts et précis, iété ordonnée et soucieuse des rangs, pour certaines distinctions : est-ce une raison mettre en dehors de Tliistoire du langage?

vous peu de chose sur la création du lanlais l'esprit de répartition en est le véritable iteur ou démiurge. La répartition a été conde création, cette melior Natura dont •vide en retraçant les âges successifs du

idant la répartition, comme toutes les lois s passons en revue, a ses limites, t d'abord — cela est trop clair — qu'elle me matière où se prendre. Comme elle ne ;, mais s'attache à ce qui est pour en tirer le perfectionner, il faut que les termes à 3ier existent dans la langue. Nous pourrions irtaines confusions dont, faute d'un mot, es idiomes les plus parfaits n'ont jamais se débarrasser.

sèment, l'esprit ne parvient pas toujours r toutes les richesses que le langage vient

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lui offrir. Le mécanisme grammatical, par la combinaison des éléments existants, peut produire une telle quantité de formes que l'intelligence en soit embarrassée. Georges Curtius a compté que le nombre des formes personnelles du verbe grec s'élève à 268, nombre considérable, quoique bien inférieur encore à celui du verbe sanscrit, qui va jusqu'à 891. Mais la répartition n'a pu tirer parti de cette abondance : c'est beaucoup déjà que le grec ait su différencier ses quatre prétérits (imparfait, aoriste, parfait, plus-que-parfait). Entre le futur premier et le futur second, entre le parfait premier et le parfait second, l'observation la plus attentive n'a pu constater aucune différence sémantique. Outre cette surproduction de temps, nous avons une surproduction de verbes. Si nous prenons, par exemple, la racine (puy, « fuir», nous avons à côté de (peuyw un verbe cpuyyavoj qui a le même sens. A côté de (pvifxt on a ©àdxo). A côté de ttijjlttXti^jli on a tiXtiôw. Le seul verbe signifiant « étendre » est représenté par teivoj, TiTatvcD et Tavuo). Nous avons êatvo), 6iêy)u,t et êà<jxw, qui signifient tous trois « marcher ». L'extinction des formes inutiles * vient heureusement diminuer le poids de ce capital mort.

Une autre limite au principe de répartition vient du degré plus ou moins avancé de civilisation. Il y a des nuances qui ne sont faites que pour les peuples cultivés. A la synonymie on reconnaît de quels objets la pensée d'une nation s'est surtout préoccupée. Les distinctions sont d'abord faites par quelques intelligences plus fines que les autres : puis elles devien-

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