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VALEUR ET PORTEE DE L' ANALYSE UROLOGIQUE

« quantité à peu près constant et ils restent dissous « en totalité dans l'urine excrétée. . . Les variations « quantitatives journalières sont très faibles, tant « que les conditions de milieu extérieur restent « égales. SHl se produit des variations quantita- « tives absolues, les variations quantitatives rela- ^ tives 7ie sont pas modifiées {^). »

C'est à déterminer ces rapports normaux des excréta urinaires entre eux que doit s'attacher la sémiologie urinaire et nous verrons que les résultats acquis dans ce sens offrent, d'ores et déjà, une base scientifique des plus sérieuses. C'est aussi dans cet ordre d'idées qu'évolue toute l'urologie actuelle à la suite, il n'est que juste de le reconnaître, des éminents professeurs Bouchard et Albert Robin.

Le professeur Bouchard, en particulier, a publié dans ces dernières années un ensemble de recherches des plus originales sur l'intensité des actes nutritifs et les divers moyens propres à l'évaluer ; nous aurons occasion d'en parler plus longuement ; pour le moment, il nous suffira de rappeler ce principe fondamental sur lequel repose, pour Bouchard, toute l'étude de la nutrition, savoir « que la nutrition doit être étudiée également au point de vue de la destruction et non plus seulement au point de vue de la quantité de la matière détruite {').

C'est ce que, bien avant Bouchard, le professeur

(1) Chfaïs, Assoc. pour l'av. des sciences. Bordeaux, 1895.

(2) BoDCHABD, Traité de pathologie générale, t. III, !»•• partie» p. 227.

Huguet avait si ingéûieusement formulé en disant que, dans la machine humaine^ la qualité prime de beaucoup la quantité (*).

— Rapporis de rurine avee les OEganes qnl concoarent A «a lormatioa on A non excrétion.

Si l'urine reflète la nutrition d'une façon générale, il est manifeste qu'elle doit refléter d'une façon bien plus précise encore le fonctionnement des organes qui concourent plus spécialement à la formation de ses principes constituants.

Or, nous savons qu'au nombre de ces principes, il en est un : Vurée, qui prime tous les autres par son importance quantitative et par son rôle dans l'organisme. L'urée esf en eff*et la forme excrémentitielle parfaite des albuminoïdes alimentaires et l'on sait aujourd'hui que sa production est en grande partie l'œuvre de la glande hépatique. Brouardel a démontré que la quantité d'urée sécrétée et éliminée en vingt-quatre heures était sous la dépendance de deux influences principales :

1** L'état d'intégrité ou d'altération des cellules hépatiques ;

2,^ L'activité plus ou moins grande de la circulation hépatique (2).

Le foie, d'ailleurs, exerce, d'une façon générale, une action des plus manifestes sur la destruction de

(1) HuauET, Notes d'urologie^ p. 19.

. (2) Brouardel, L'urée et le foie.

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ralbumine. « A l'activité de la fonction hépatique, dit Bouchard, doit correspondre une moindre proportion du carbone urinaire ; et à cette activité correspond certainement une moindre toxicité des urines ('). »

Le rôle du foie vis-à-vis de l'albumine est des plus complexes; mais on peut affirmer, avec Bouchard, qu'il agit en transformant l'ammoniaque en urée, en enlevant encore à l'acide urique de son carbone pour en faire de l'urée et enfin en réduisant la toxicité des nombreux poisons urinaires à forte teneur en carbone ('j. 11 envoie aux reins beaucoup d'azote et peu de carbone, à l'intestin beaucoup de carbone et peu d'azote ; il en résulte ceci, c'est que, toutes choses égales d'ailleurs, la diminution de l'urée, l'augmentation de l'acide urique, celle de la toxicité urinaire seront autant d'indices d'un trouble fonctionnel du foie ; ou encore, comme le dit Bouchard, que le rapport du carbone à l'azote urinaire indique l'énergie du foie.

Ces faits sont constants et Labadie-Lagrave a écrit avec juste raison que « les maladies du foie sont parmi les premières qui entravent la transformation de la matière azotée ('). »

Un autre organe concourt tout à la fois à la for-

(1) Bouchard, Pathologie générale ^ toc, cit., p. 230.

(2) Bouchard, Journal de physiologie et de pathologie générale, Janvier 1899, p. 79.

(3) Labadib-Laorave, Pathogénie et traitement des néphrites, p. 24.

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mation et à Texcrétion de Turine, c'est le rein. On sait aujourd'hui que le rein est, tout ensemble, un filtre et une glande. S'il n'était qu'un simple filtre, son intégrité n'en serait pas moins indispensable à la dépuration urinaire ; mais combien plus si, à ce rôle purement mécanique, il faut en ajouter un d'ordre plus élevé, c'est-à-dire d'ordre glandulaire. Or, il est-constant que nombre d'affections du rein, telles par exemple que certaines congestions passives, ne peuvent se déceler que par l'examen de l'urine. Et alors même que les néphrites pourraient se diagnostiquer par d'autres signes cliniques, ce n'est que l'analyse de l'urine qui renseignera sur l'étendue de la lésion et sa gravité. « Les congestions rénales simples, dit le professeur Alb. Robin, sont assez fréquentes, mais habituellement méconnues ; car, si on n'examine pas l'urine on pense qu'il s'agit de lombago, de fièvre catarrhale herpétique ou d'embarras gastrique (»). »

Nous ne faisons, bien entendu, qu'indiquer ici sommairement les indications que peut fournir l'urine sur le fonctionnement du rein, mais on conçoit qu'elles doivent être des plus utiles et des plus précises.

Nous pourrions en dire autant des autres parties de l'appareil urinaire et, en particulier, de la vessie. La vessie, en effet, si elle ne concourt pas comme le rein à la formation de l'urine, en est

(1) Robin, Traité de thérapeutique appliquée^ t. II, p. 23.

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cependant le réservoir naturel; à ce titre, elle peut, à la longue, s'altérer dans son fonctionnement par le contact d'une urine pathologique, ou, par contre, étant primitivement infectée, conununiquer à l'urine des modifications pathologiques déterminées. Dans lun comme dans l'autre cas, l'examen de l'urine permet le plus souvent de remonter à la source du mal, d'en fixer la nature et, jusqu'à un certain point, d'en déterminer l'étendue.

Lorsqu'il s'agit, enfin, de diagnostiquer,voiremême de différencier les affections des reins de celles de la vessie ou de la prostate, l'analyse de l'urine et spécialement l'analyse histologique, rend les plus grands services. Grâce à elle, dit le professeur Guy on, « nous reconnaissons sans conteste une lésion de l'appareil ; nous pouvons parfois préciser sa nature, déterminer son siège et son degré (»).-»

Nous pouvons maintenant diviser en deux catégories principales les indications fournies par l'analyse de l'urine : indications sèmiologiques directes ; et indications sèmiologiques indirectes.

Les indications sèmiologiques directes portent, d une part, sur ïintensité et le sens du processus nutritif considéré dans son ensemble, c'est-à-dire dans le jeu de tous les organes qui concourent à la nutrition générale; d'autre part, sur Vintégriié fonctionnelle des oi^anes ou appareils qui participent à l'élaboration des déchets urinaires ou à leur expul-

(1) GuYoïf, loe, cit,, t. I, p. 284.

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sion au dehors. Disons tout de suite que ces indications, celles au moins qui ont trait à la nutrition générale, sont forcément un peu vagues et indécises. C'est que, d'une part, le mode intégral de la nutrition ne nous est pas absolument connu et que, de l'autre, l'urine, par ses déchets, ne représente pas à beaucoup près toute la nutrition. Il ne faudrait donc pas se leurrer et croire qu'avec une bonne analyse d'urine on peut résoudre tous les problèmes de la nutrition ; quelque loin qu'on pousse la précision analytique, on ne peut, jusqu'à présent du moins, qu'entrevoir un des côtés du mystère.

En ce qui concerne, au contraire, l'appréciation de l'intégrité fonctionnelle de certains organes, tels que le foie, le rein et la vessie, on peut aller beaucoup plus avant dans la voie des probabilités et même de la certitude. Pour le rein et la vessie sur toul, .l'analyse histologique et bactériologique sont d'un précieux secours et permettent souvent un diagnostic ferme et un pronostic rationnel.

A côté de ces indications directes fournies par l'analyse de l'urine, il. convient de placer ce que nous appelons des indications indirectes. Quoique moins utiles au diagnostic, elle n'en ont pas moins une importance capitale pour le pronostic. Ce sont elles qui décèlent les complications lorqu'elles se produisent, de même qu'elles en font constater la disparition lorsque la santé se rétablit. Sans doute, comme nous l'avons déjà observé, le médecin n'a que faire de l'examen de l'urine pour

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diagnostiquer une fièvre typhoïde ou une scarlatine; mais il en a grand besoin, par contre, pour s'assurer de la présence possible de certains éléments anormaux {albumine^ sang, urobiline, iMîcan, etc.) qui modifient du tout au tout l'allure de la maladie et, en tous cas, appellent une intervention appropriée. Cela est d'ailleurs tellement bien compris des bons cliniciens qu'ils ne n^ligent, pour ainsi dire, jamais de suivre pas à pas la maladie à l'aide de l'examen journalier de l'urine. Ce côté de l'analyse urologique est, à nos yeux, de beaucoup le plus important pour le médecin et il est indispensable qu'il puisse en faire, en connaissance de cause, une bonne interprétation.

Mais il y a plus, et au simple point de vue de la diététique, l'analyse de l'urine fournit encore de précieux renseignements. Si, par exemple, tous les éléments de l'urine sont sensiblement augmentés, on sera en droit de conclure que la ration alimentaire est excessive; comme, au contraire, dans le cas d'une diminution, on pourra y trouver dans certains cas une preuve de son insuffisance. Si même l'augmentation ou la diminution ne portent que sur certains éléments, il est possible de soupçonner quel est le côté défectueux de l'alimentation et, par suite, de rétablir l'équilibre momentanément rompu. C'est ainsi qu'il est facile de prévoir par l'analyse de l'urine, si un sujet abuse des aliments azotés, ou s'il n'en consomme pas une quantité suffisante ; les régimes exclusifs en particulier, comme la diète lactée par exemple, impriment à l'urine une carac-

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féristique spéciale qu'il est facile de reconnaître et dont il y à toujours lieu de tenir compte dans l'interprétation de l'analyse.

Nous voyons, par les considérations qui précèdent, que la sémiologie urinaire est loin d'être une chimère, et qu'elle a une valeur et une portée considérables. Un peu vagues et indécises pour l'interprétation des troubles nutritifs, ses indications deviennent précises et rigoureuses pour celle de certains troubles fonctionnels. Mais, pour suivre ici le sage conseil du professeur Guyon, il ne faut pas«séparer en urologie les divers aspects de l'analyse et se confiner par exemple dans l'analyse chimique, comme on est trop souvent tenté de le faire ; à certains égards nous dirions même que l'analyse chimique n'est pas à beaucoup prèâ la plus importante; à son aide et pour l'éclairer, souvent même pour la compléter, il faut avoir recours à l'analyse histologique, à l'examen bactériologique et parfois aussi à l'examen physiologique. « Chacune de ces diverses analyses apporte son contingent de résultats ; il importe seulement de savoir les coordonner (*). »

Nous avons maintenant à nous occuper des conditions de mise en œuvre de la sémiologie urinaire. La première de ces conditions est de savoir ce qui, dans l'urine, est l'œuvre de la maladie ou l'œuvre des causes nombreuses, qui, en dehors de la maladie, sont susceptibles de modifier la composition de ce liquide.

(1) Cf. Guyon, Zoc. cU.^ p. 288.

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