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I. — Hlodlilcatenrs intrinsèques

Les modificateurs intrinsèques de la nutrition sont des plus nombreux et il faudrait en première ligne y ranger cette énergie vitale individuelle, que le professeur Bouchard appelle Y activité hystoly tique (») et dont nous venons précisément de signaler Timpor-

(1) Cf. Bouchard, Traité de pathologie générale^ lot, cit,, p. 224.

tance ; nous répéterons, une fois pour toutes, que nous n'avons aucun moyen d'évaluer a priori la valeur de ce facteur ; l'analyse de l'urine est bien, il est vrai , une voie détournée pour en apprécier l'intensité, mais nous verrons qu'elle ne peut fournir en ce sens que des indications d'ordre général et d'une précision douteuse.

Nous ne nous occuperons, pour l'instant, que des modificateurs suivants : poids, taille^ surface corporeUe, âge et sexe; encore n'en parlerons-nous qu'au point de vue de leur influence sur la nutrition considérée dans sa phase destructive. Quant aux méthodes proposées pour mesurer leur part d'action dans les variations quantitatives de l'excrétion urinaire, nous les discuterons dans un chapitre spécial.

Poids corporel. — L'influence du poids corporel sur la quantité des excréta en général, et sur celle de l'urée en particulier, ne saurait être mise en doute; les raisons physiologiques qu'on en peut donner sont des plus péremptoires. Il suffit, pour s'en rendre compte, de rappeler en quelques mots la théorie de la nutrition, si magistralement exposée par le professeur Bouchard.

« Ce qui est actif, dit le savant professeur, ce qui « commande et effectue les métamorphoses de la « matière , ce n'est pas l'eau , ce ne sont pas les sels n qui incrustent le squelette , ce n'est pas la graisse « qui représente dans l'économie quelqxie chose « comme les dépôts de charbon que la machine, la

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« partie active, utilisera à un moment donné pour « en dégager Ténergie. Ce qui est actif, c'est l'en- « semble des tissus azotés , et dans ces tissus azotés « c'est l'albumine. Vuniié active^ c'est le kilo- « gramme de VaWumine consiitiUive des tissus. Ce « n'est pas toute albumine, ce n'est pas Talbumine « circulante, Talbumine du plasma sanguin ou du a plasma lymphatique; c'est Talbumine des cellules, « c'est l'albumine fixe (^). »

Il ressort de là que la désassimilation azotée, qui nous occupe ici plus particulièrement, est, toutes choses égales d'ailleurs, quantitativement proportionnelle au poids de l'albumine fixe, comme le poids de cette dernière est lui-même d'une façon générale proportionnel au poids corporel. On comprendra donc très bien qu'un homme fort, pesant parr exemple 65 à 70 kilogrammes, élimine plus d'urée qu'un marastique qui ne pèserait que 40 à 45 kilogrammes. Cela ne souffre aucune difficulté, en théorie au moins, et il semble bien qu'il y aurait lieu de tenir compte dans les analyses du poids corporel ; mais, nous verrons plus loin qu'il est impossible, en pratique, d'utiliser cette base d'appréciation ou, en d'autres termes, qu'il est impossible de connaître exactement pour chaque sujet le poids d'albumine fixe constitutive de ses tissus.

Taille. — Les mêmes observations s'appliquent à la notion de taille que certains auteurs ont voulu

(1) Bouchard, Traité de pathologie générale^ loc. cil. y p. 184.

faire entrer en ligne de compte. L'élimination de l'urée n'est, en fait, pas plus proportionnelle à la taille qu'elle ne l'est au poids, excepté cependant le cas où à la taille correspond le poids normal pour cette taille, ou si, au poids, correspond la taille normale pour ce poids. Nous verrons, d'ailleurs, que la notion de taille n'a été introduite en urologie que comme correctif de celle du poids et nous aurons à examiner le parti qu'on a cherché à en tirer dans ce sens(i).

Peut-être pourrait-on signaler aussi à côté du poids et de la taille, ce que Bouchard appelle la complexionei la musculature; ces conditions, d'ordre statique, ne sont certainement pas dépourvues d'influence sur le processus désassimilatif, mais, faute de pouvoir définir exactement leur action, il suffira de les indiquer en passant.

Surface corporelle. — Les facteurs que nous venons d'énumérer n'agissent que sur une partie des métamorphoses de la matière, sur celles que nous appellerons avec Bouchard les destructions 7técessaires{i). Cette destruction nécessaire est la condition même de la vie , celle qui s'opère en dehors de toute excitation ou sollicitation extérieure, celle qui se produirait, en un mot, chez tout être vivant placé dans l'état hypothétique de repos absolu.

(!) Cf. Bouchard, loc, ci7., p. 181 et ss.

(2) b., ibid., p. 197.

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Mais, dans cette hypothèse même, il est une cause de destruction de la matière qu'on ne saurait supprimer ; c'est celle qui est due à la différence de température entre le corps et l'air extérieur, différence d*où il résulte que Thomme, ne pouvant pas vivre dans un air qui est à la fois à sa températui'e et saturé de vapeur d'eau, perd nécessairement du calorique par les poumons et par la peau , mais surtout par la peau, et se trouve, par conséquent, incité à en produire ('). « Cette perte de calorique, ce besoin cVénergîe sont proportionnels à Vétendue de notre surface culanée{^). Cette condition, ajoute Bouchard, est constante, nécessaire, elle est constitutionnelle, elle est liée à l'architecture du corps.

La conséquence de cette théorie physiologique est que la surface corporelle est à considérer dans l'appréciation des déchets organiques. Bouchard va jusqu'à dire que cette détermination est aussi utile qu'une analyse d'urine et que, sans elle, les résultats de V analyse ne livrent pas toute leur signification (^). Nous ne suivrons pas l'éminent pathologiste dans cette voie de spéculations transcendantes.

Age. — C'est peut-être de tous les facteurs intrinsèques celui dont l'influence est la plus nette, précisément parce qu'il est en rapport direct avec le

(!) Cf. BoucHABD, loc, cit., p. 198 et ss.

(2) 1d., ibid.y cf. aussi Traité de médecine, I, p. 187.

(3) Cf. Traité de médecine, I, p. 28».

pote7iliel vital, qui commande, en fin de compte, tous les actes de la vie.

Au point de vue de la question qui nous occupe ici, on distingue trois périodes dans Tâge humain : la première correspondant à sa période d'accroissement (enfance, adolescence); la seconde à la période d'état (âge adulte) ; la troisième enfin à la période de décroissance organique (vieillesse).

Vis-à-vis de la nutrition et, par suite, des déchets urinaires, la période dç croissance est caractérisée par ce fait général qu'il y a prédominance de l'assimilation sur la désassimilation. MM. Garron de la Carrière et Monfet, qui ont étudié à ce point de vue Y urine normale de V enfant, proposent les conclusions suivantes :

1<> L'enfant sain urine proportionnellement beaucoup plus que l'adulte.

2<» Le poids spécifique de son urine est un peu plus élevé.

3** L'acidité est très sensiblement plus forte que chez l'adulte.

4® l kilogramme d'enfant travaille un poids de substances bien plus élevé que ne le fait 1 kilogramme d'adulte.

5® La nutrition azotée de la cellule infantile est plus active, d'un tiers environ, que celle de l'homme parvenu à son complet développement • en d'autres termes, 1 kilo d'enfant travaille un poids d'azote d'environ un tiers plus considérable que 1 kilo d'adulte.

En outre , ce travail azoté est beaucoup plus parfait ; tandis que chez Tadulte nous ne trouvons qu'environ 85 pour 100 d'azote utilisé, chez Tenfant, l'azote utile atteint en moyenne les quatre-vingt-dix centièmes de l'azote total ; le déchet azoté de l'enfant n'est que de 10 pour 100 au lieu de 15 pour 100 chez l'adulte.

6<* La nutrition minérale nous offre des différences encore plus marquées : la cellule infantile est plus ' fortement minéralisée que celle de l'adulte. Il est bien vrai de dire qu'il y a une corrélation étroite entre l'intensité vitale de l'organisme humain et la richesse de sa minéralisation ;

7° En somme, chez l'enfant, tous les phénomènes de nutrition sont incomparablement plus actifs que chez l'adulte , et le maximum paraît atteint dans la période comprise entre cinq et dix ans ;

S^ Les rapports des divers éléments entre eux et principalement le rapport azoturique^ le plus important de tous, subissent un relèvement très sensible ;

9® En raison de la variation constante du poids corporel de l'enfant, il sera de nécessité absolue de connaître ce poids net et de rapporter les résultats obtenus au kilo corporel ;

10<» Les chiffres classiques de la composition de l'urine normale de l'adulte ne sont pas applicables à l'enfant (*).

(1) D»" Carron de la Carrière et Monfet, L'urine not^male de l'enfant y p. 16.

La croissance terminée , les deux courants d'assimilation et de désassimilation deviennent équivalents et s'équilibrent. Chez l'adulte, par conséquent, Tâge ne semble pas intervenir pour modifier la composition de l'urine, celle-ci restant normale si le sujet est lui-même dans des conditions normales.

Bouchard a dosé l'albumine détruite par kilogramme d'albumine fixe et par heure chez des sujets sains dont l'âge était compris entre quatorze et soixante-dix ans; partie par lexpérience directe, partie par le calcul, il a dressé un tableau où se trouve indiqué en regard de l'âge le nombre de millig^mmes d'albumine détruite en une heure par kilogramme d'albumine fixe, puis la fraction de l'albumine totale, fixe et circulante, qui est détruite en vingt-quatre heures.

Nous n'avons pas à discuter ici l'exactitude de ces données purement physiologiques; il nous suffira de retenir ce fait général que la caractéristique de l'âge adulte est, à l'état de santé absolue, l'équilibre parfait de l'assimilation et de la désassimilation, tant au point de vue de la quantité des déchets qu'à celui de leur qualité excrémentitielle. Mais où commence et où finit cet état d'équilibre! Il serait bien difficile de le déterminer.

Chez le vieillard, au contraire de l'enfant et de l'adulte, c'est la désassimilation qui l'emporte sur l'assimilation. « Cette évolution est en rapport avec la minéralisation progressive des éléments anatomiques, qui restreint la part de la matière vivante et

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diminue les phénomènes de nutrition (*). » L'urée diminue, par conséquent, et n'est souvent dans la vieillesse que la moitié de celle de l'adulte. Les recherches de Mossé ont montré que dans les urines du vieillard les éléments complètement oxydés sont diminués et les éléments incomplètement oxydés augmentés... L'élimination de l'acide urique se fait très irrégulièrement par de véritables décharges; l'excrétion moyenne en est proportionnellement plus forte que chez l'adulte, bien que d'une façon absolue elle soit plus faible. La toxicité urinaire est moindre chez le vieillard que chez l'enfant (^j.

I. — En général, la femme rend moins d urine que l'homme et expulse moins d'éléments solides, moins d'urée et d'acide urique par conséquent. Pour le volume de l'émission, Yvon admet, pour l'homme adulte de 14 à 1500 centimètres cubes par 24 heures et de 11 à 1200 seulement pour la femme. Quant aux matériaux sohdes, la proportion serait la suivante pour des adultes de 25 ans pesant un poids moyen de 70 kilogrammes ( ) :

Hommes Femmes

Substances organiques 36,60 31 ,5U

Substances inorganiques 16,40 13,50

Mais il y a d'autres considérations à envisager chez la femme, celles qui résultent des perturbations que

^l) Springer, Étude sur la croissance, 1890.

(2) Traité de médecine^ loc. cit. y p. 328.

(3) Cf. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, art. Urine.

lui créent certains états physiologiques, comme la gestation, la lactation, les périodes menstruelles, etc. Nous empruntons au I)^ Le Gendre la description de ces troubles qu'il ne faut pas confondre avec de véritables états morbides. « Pendant les époques mens truelles, dit ce savant auteur, il y a lieu de signaler un trouble passager de la nutrition avec perversion, quelquefois assez accusée, des échanges : les sédiments uratiques abondent dans les urines... il y a diminution de l'azote total, de l'urée et surtout des matières azotées incomplètement oxydées, et augmentation très nette du coefficient d'oxydation d'A. Robin...

Pendant la ^ro5^^55e il y a généralement "impulsion plus vive imprimée aux phénomènes nutritifs, en vue de la formation des tissus du nouvel être ; mais, par suite même de l'augmentation des actes nutritifs, il y a formation de déchets plus abondants. . . La lithiase biliaire est fréquente pendant la grossesse et pendant la lactation, ainsi que la tendance à l'obésité (*). »

Le tableau suivant peut donner une idée des perturbations apportées par la grossesse à l'élimination urinaire :

Périodes de la gestation. Substances Substances

— # organiques, inorganiques. Total*

2mois1/2 42,88 15,11 57,99

5« mois 40,55 17,06 57,61

7e mois 31,73 13,90 45,63

9« mois (3 jours avant raccouchemenl). 32,04 11,89 43,94

(1) Le Gendre, ia Traité de médecine y I, p. 327.

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Ainsi, pins on approche du moment de la délivrance, plus la quantité de matériaux solubles diminue, ce qui tient évidemment à ce que le fœtus emprunte au sang maternel des matériaux d'autant plus abondants qu'il est plus développé (*).

Telles sont, au moins dans leurs grandes lignes, les principales variations que les modificateurs intrinsèques font subir à l'urine. Nous devons étudier maintenant celles qui relèvent des modificateurs extrinsèques, en première ligne desquels figure l'alimentation.

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