II. ^- Rlodiflcaieura extrinsèqaea
Alimentation. — L'influence de l'alimentation sur l'excrétion urinaire ne doit jamais être perdue de vue, sous peine de s'exposer à commettre les plus graves erreurs de diagnostic. Le médecin qui fait analyser l'urine de son malade devra donc, avant toute chose, se préoccuper de la nature et de la quantité de son alimentation, s'il veut ensuite interpréter judicieusement les données de l'analyse. Nous ne pouvons ici, bien entendu, qu'indiquer des points de repère et tracer des règles générales ; il faudra, pour chaque cas particulier, instituer une enquête approfondie et étudier avec soin tout ensemble la quantité et la qualité de chaque régime alimentaire.
Pour plus de commodité, nous examinerons d'à-
(l) Dictionnaire encyclopédique ^ art. Urine.
Cf. aussi Labadie-Lagrave, Urologie cliniqueyp. 336 et 337. .
bord rinfluence des boissons, puis celle des alimenls solides.
Les boissons influent tout d'abord }»ar leur quantité.a Quand ou inprère de grandes quantités de liquide, dit Labadie-Lagrave, l'activité circulatoire se trouve accrue, et avec elle la quantité d eau qui traverse les reins dans un temps donné. Rien d'étonnant, dès lors, que la quantité d'eau de l'urine soit plus abondante après l'ingestion de.s liquides. Le flux d'urine est surtout abondant une heure environ après l'ingestion des liquides, c'est-à-dire que la diurèse se produit à peu près aussi vite qu'après une injection de liquide dans les veines ; elle est terminée à la fin de la sixième heure (']. »
Cette influence des boissons, prises en quantité anormale, ne porte pas seulement sur le volume de l'urine ; elle se fait également sentir sur leur coloration, leur réaction et leur densité. On sait que les urines émises après d'abondantes libations sont claires, transparentes' et peu colorées ; elles renferment généralement, pour une période de vingtquatre heures, une plus grande proportion d'urée et moins d'acide urique. Cependant cette dernière assertion est contestée, en ce qui concerne l'urée, par Debove et Flamant.
Il faut savoir que la diurèse qui accompagne les libations copieuses est transitoire. C'est ce que l'on a appelé la polytirie potatoire, qu'il faut bien se
(1) Labadie-Laorave, loccit.f p. 46.
tô SÉMIOLOGIE URINAIRE
garder de confondre avec la polyurie essentielle. Toutefois, dans cette polyurie potatoire, il y a lieu de considérer si elle est accidentelle ou habituelle ; dans le premier cas, c'est un phénomène sans importance, dont il n'y a pas à tenir autrement compte ; mais il n'en est pas de même dans le cas de polyurie potatoire habituelle. On conçoit en effet que, dans ces conditions, le filtre rénal se fatigue à la longue par le surmenage qui lui est imposé et que l'abus prolongé de boissons, même inoffensives en elles-mêmes, puisse à la longue provoquer des désordres sérieux.
La diminution habituelle plus ou moins prononcée de la quantité des boissons n'a pas une influence nocive moindre, tout au contraire. Dans ce cas, en effet, la proportion des éléments solides de l'urine restant la même, ces éléments se trouvent en solution plus concentrée dans l'eau urinaire et le travail d'expulsion par le rein devient, de ce chef, plus difficile et plus laborieux. En se plaçant à ce point de vue, nous ne croyons pas qu'il faille conseiller, comme on le fait souvent dans la cure de l'obésité, la diète sèche ou la privation presque complète des boissons. Oertel, lui-même, reconnaît une contre-indication à ce régime dans certains cas et notamment dans la goutte et la diathèse urique. Rosemberg a montré que l'abstinence des liquides peut causer des accidents graves et même mortels ; il a vu l'albuminurie survenir cinq fois sur vingt-quatre malades traités de la sorte (»).
(1) C. Proust et Maihieu, RégUne de l'obesCy p. 125 et 152.
Si, de la considération de la quantité des boissons, on passe à celle de leur qualité, on observe que certaines boissons, et plus spécialement les boissons mousseuses chargées d'acide carbonique, le thé y le café y la bière, le vin blanc, etc. . . augmentent notablement la diurèse. Le lait agit également dans le même sens, mais nous aurons occasion d'en parler plus longuement à propos de la diète lactée.
Ce qu'il faut retenir, pour l'instant, au sujet de l'augmentation ou de la diminution du volume de l'urine sous l'influence des boissons, c'est que, d'une part, les oscillations en plus ou en moins, autour du chiffre normal, comportent une marge assez étendue sans sortir des limites physiologiques, et que, d'autre part, comme le fait observer le professeur Guyon, « pour qu'on puisse prononcer les mots d'oligurie ou de polyurie, pour que de pareilles constatations aient une valeur sémiologique , il faut, non seulement que les chiffres extrêmes soient atteints ou dépassés, mais encore que cet état se prolonge pendant une série de jours consécutifs (i).
Les aliments solides n'influent pas seulement, comme les liquides, sur le volume de l'urine, mais aussi sur la proportion absolue de ses éléments constituants. Ici encore nous avons à considérer les deux notions de quaniiié et de qiialité.
On sait que la quantité normale des aliments
(1) Guyon, loc, cit., p. 383.
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utilisables varie, suivant qu'on considère l'homme au repos ou au travail et suivant que ce travail est lui-même plus ou moins intense. De là divers types de rations alimentaires proportionnées aux divers besoins d'énergie. En principe, la désassimilation est toujours proportionnelle à l'assimilation, et celle-ci à la quantité des ingesta, au moins dans le cas de ration suffisante.
Si nous envisageons les deux cas extrêmes d'tnaniiion ou alimentation insuffisante et A' alimentation excessive^ nous trouverons soit une insuffisance, soit un excès d'excreta, impuiables, non à un vice nutritif, mais, ce qui est bien différent, à un vice alimentaire .
L'insuffisance alimentaire peut être imposée passagèrement, par la force des choses, dans un grand nombre de maladies ; il faudra s'en souvenir en présence d'urines émises par des sujets atteints d'affections aiguës ou chroniques. Elle peut aussi être le fait de conditions économiques défavorables et alors elle crée cet état de déchéance organique bien connu sous le nom de misère physiologique. Dans l'un et l'autre cas, l'apport alimentaire étant amoindri, le quantum des déchets le sera dans les mêmes proportions. C'est ainsi que Ton voit tomber le chiffre de l'azote par 24 heures, chez l'homme à 5 à 6 grammes, et, chez la femme, à 3 à 4 grammes, au lieu de la moyenne physiologique qui est de 13 à 15 grammes pour le même laps de temps (»).
(1) Lamblinq, ia Traité de pathologie générale^ t. III, p. 106.
L*alimentation surabondante est caractérisée par un excès de l'un quelconque des trois aliments primordiaux: albumines, graisses, hydrates de carbone, ou de tous les trois ensemble. Nous n'avons à nous occuper, à Tégard des déchets urinaires, que de l'excès des aliments azotés et il faut à ce propos rappeler en quelques mots ce qu'on appelle : la loi physiologique de V équilibre azoté. Cette loi se formule ainsi : V organisme tend à adapter toujours la désassimilation azotée à la grandeur de f apport azoté alimentaire {%
C'est ce fait que mettent bien en lumière les expériences si connues de Lehmann, qui a trouvé chez lui-même :
Poiu* une alimentation animale (32 œufs) 53,20 d'urée
— mixte 32,50 —
— végétale 22,48 —
— exempte d'azote 15,41 —
Cette adaptation de l'organisme a, d'ailleurs, des limites très étendues puisque, au dire du professeur Lambling, la quantité d'albumine ingérée peut aller, (pour un homme de 70 kilogrammes et en 24 heures), de 70 grammes d'albumine à 200 grammes ; cette limite supérieure ne semble d'ailleurs imposée que par la résistance des organes digestifs (^). Quant aux conséquences de cette surcharge alimentaire, nous
(1) Lambling, loc, cit., p. 111.
{2)Id., t6id.
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n'avons pas à en parler ici ; il faut seulement retenir qu'avec Turée sont augmentés tous les autres déchets azotés, tels que l'acide urique, les corps xanthiques, etc., et aussi les éléments minéraux directement dérivés de l'alimentation, comme les chlorures, les phosphates, ou indirectement comme encore les p^p sphatoB ^^tles sulfates.
Il est a^^6rfeniToél^jfS<nle d'évaluer avec précisioni&àflueiiucf*?? l'dlime^wdion sur les déchets urinapes; )\|Q^ (^^^g^Q^ej^ennant qu'en pratique on pemt établir cette règle géqjerale : toutes les fois qu on CTiûstate une auggient^on ou une diminution notable er»<; £^iSg^i^ Jé<rensemble des éléments normaux de l'urine, il est probable que la raison s'en trouve dans une alimentation surabondante ou insuffisante et l'enquête doit être dirigée dans ce sens.
Si, maintenant, l'on envisage Talimentation par rapport à la qualité des aliments, on a à étudier l'action des régimes où l'un quelconque des aliments l'emporte sur les autres et celle des régimes exclusifs (diète lactée par exemple) .
Nous savons que l'insuffisance ou l'excès de telle ou telle catégorie d'aliments peut entraîner de graves désordres dans la nutrition, désordres qui se traduisent dans la composition de l'urine. « Les principes azotés, dit Le Gendre, ne peuvent être longtemps refusés à l'organisme sans que la mort survienne. Magendie considère la diète de matière protéique comme aussi préjudiciable que l'abstinence complète.
La privation relative des hydro-carbonés est moins rapidement préjudiciable que celle des aliments protéiques {*). »
Un régime purement animal peut faire monter le chiflFre de l'urée jusqu'à 40 et 50 granunes en 24 heures, tandis qu'une alimentation essentiellement v^étalele ferait tomber à 24 grammes. Gamerer a montré que l'azote de l'urée et de l'ammoniaque est d'autant plus considérable que le régime est plus animal, tandis qu'au contraire l'azote de la xanthine est accru par l'ingestion des végétaux et est presque indépendant de l'azote total (').
L'acide urique augmente comme l'urée avec une alimentation azotée abondante ; il en est de même des sels.
Si, au contraire, on introduit dans l'alimentation un excès d'hydrates de carbone ou de graisses, on constate que la quantité d'azote total éliminé par les urines diminue, à supposer bien entendu que la ration d'albumine ne soit pas trop près du minimum indispensable (').
La diète lactée présente au point de vue de son influence sur l'urine un intérêt tout spécial. Nombre de malades, surtout des albuminuriques, se trouvant soumis à ce régime, il importe de connaître les principales modifications qu'il imprime à l'urine.
Notons, en première ligne, une augmentation
(1) Lr Gbndrb, loc, ct7., p. 317.
(2) In GoYON, loc, cit,, p. 399.
(3) Lamblino, loc, ciLf p. 119.
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habituelle du vdlume. Gela tient à une double cause ; d'abord à ce que le lait est légèrement diurétique et surtout à ce que la diète lactée rigoureuse exige Tingestion quotidienne de plusieurs litres de lait (2 à 3 litres au moins) .
« Le fait le plus frappant, dit Germain Sée, est « l'augmentation de la sécrétion urinaire ; le malade « dont les urines atteignaient avant le traitement un « chiffre souvent fort au-dessous de la normale « devient polyurique, . . . l'urine est limpide, abon- « dante, claire, et prend un reflet jaune verdâtre qui « permet, sans autre renseignement, à un œil exercé « de reconnaître une urine lactée. La densité, cela « va de soi, diminue proportionnellement à la a quantité éliminée ; la réaction est moins acide (*). »
Exercices physiques. — L'exercice a aussi une influence sur la composition de l'urine, mais il faut soigneusement distinguer entre l'exercice normal qui ne dépasse pas la limite de l'entraînement et l'exercice immodéré ou surmenage. Ce dernier crée à l'organisme un état pathologique, qui se traduit par la présence d'acide lactique (ou mieux sarcolactique) dans l'urine, par une augmentation de l'acidité urinaire et la précipitation de l'acide urique.
P. Argutinski a montré que l'excrétion de l'azote total s'accroît pendant le travail musculaire excessif. Le docteur Lagrange a fait, avec Gautrelet, un grand
(1) Germain Séb, Du régime alimentaire dans les maladies^ p. 709.
nombre d'expériences sur ce point et il soutient n'avoir jamais constaté d'augmentation d'urée, à la suite d'un exercice violent, mais plutôt une diminution. « Si l'exercice musculaire, dit-il, amène des changements dans le taux de la déperdition d'urée, ces changements sont plutôt de nature à atténuer qu'à a^raver la tendance à l'azoturie (*). » Munk prétend aussi que, pendant un travail modéré, Texcrétion de l'urée ne subit pas d'accroissement.
Pour ce qui concerne l'acide urique, voici quelles sont les conclusions du D' Lagrange : « Chez l'homme en état d'entraînement, l'exercice violent fait plutôt baisser que hausser le taux de l'acide urique et le taux des acides en général, et, en résumé, ne produit aucune perturbation appréciable dans les fonctions chimiques de la nutrition, fonctions dont le liquide urinaire est le témoin.
« Chez l'homme non entraîné, au contraire, l'exercice musculaire a augmenté de 50 0/0 le taux de l'acide urique, et a fait monter de plus du double la dose des éléments acides (*) . »
Travail intellectuel. — L'action de ce facteur sur les éléments de l'urine, et, en particulier, sur l'élimination des phosphates, a été étudiée par un grand nombre d'auteurs. Nous ne citerons ici que les travaux de Byasson, de Mairet et de Thorion ; on trouvera dans la thèse de ce dernier une biblio-
(1^ LAeiiAifGB, De Cexercice chez les euiuUeSf p. 212. (2) Lagranob, loo. et/., p. 171.
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graphie très complète sur cette question. Voici la conclusion du docteur Thorion : — le travail intellectuel augmente le volume de l'urine, la magnésie et surtout la chaux ; il diminue la densité et Tacide sulfurique ; Tacide phosphorique total, qui ne présente pas de variation quantitative, subit probablement un changement qualitatif : sa répartitie^ est, sans doute, modifiée entre les phosphates terreux, qui s'élèvent, et les phosphates alcalins, qui s'abaissent (*). »
Le climat exerce une action plutôt indirecte sur l'excrétion urinaire, en ce sens qu'il impose une alimentation appropriée dont la nature se fait forcément sentir sur l'urine. C'est un fait bien connu que les populations du Nord consomment plus de graisses que celles des climats tempérés et tropicaux ; ces dernières mangent moins de viandes et boivent davantage.
Il en est de même des variations saisonnières pour un même climat ; on sait, par exemple, que durant l'hiver, l'excrétion urinaire est plus abondante que l'été, à cause de la transpiration qui est souvent fort abondante pendant les fortes chaleurs . De même, l'urine étant plus concentrée pendant l'été, elle aura une densité plus élevée et une réaction plus acide.
On voit, en somme, que, parmi les modificateurs
(1) Thorion, Influence du travail intellectuel sut les variations de quelques éléments de Vurine^ p. 111.
extrinsèques de i'excrétion urinaire, c'est ralimentation qui joue le principal rôle. Il faut reconnaître d'ailleurs que, pour des sujets observés à peu près dans les mêmes conditions physiologiques par rapport à l'âge, au poids, à l'alimentation, au climat, à l'exercice physique, etc., les moyennes d'excrétion urinaire normale varient peu. Malheureusement, en pratique, ces conditions de milieu intérieur et extérieur sont souvent très variables ; il serait donc fort intéressant de pouvoir mesurer la part d'influence, que chacune d'elles exerce, pour obtenir non plus nn type idéal moyen d'urine normale, mais un type réel propre à chaque individu pris en particulier. Est-ce possible ? c'est ce que nous allons maintenant examiner.
jf