‹ Essai de sémiologie urinaire: méthodes d'interprétation de l'analyseChapitre 15 sur 53 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

MÉTHODES EMPLOYÉES EN SÉMIOLOGIE URINAIRE. — MÉTHODE DES COEFFICIENTS UROLOGIQUES. — MÉTHODE DE BOUCHARD. ~ RAPPORTS UROLO- GIQUES. — LEUR VALEUR ET LEUR SIGNIFICATION.

Nous venons de passer rapidement en revue les principales causes susceptibles d'influencer, à l'état physiologique, lexcrétion urinaire ; il faut nous demander maintenant s'il est possible d'évaluer numériquement, d'une façon au moins approximative, et de traduire par des formules la part d'action propre à chacun de ces facteurs et, comme conséquence, de fixer un prototype urinaire normal qui puisse servir de point de départ et de terme de comparaison.

Qu'on le veuille ou non, c'est de là qu'il faut partir pour aborder une interprétation systématique de l'analyse urinaire. Ou celle-ci ne peut rien nous apprendre sur l'état de la nutrition, ou nous devons, au préalable, connaître la formule urinaire qui correspond à la nutrition normale. Conmie le dit très bien le professeur Bouchard, pour mesurer la nutri-

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tion et la vie, ce qui fait défaut « ce qu'on a cherché toujours, c'est Tunité, c'est le terme de comparaison. L'étalon nous manque pour les recherches cliniques ; il nous manque également pour les recherches plus précises du laboratoire... Nous ne sommes pas encore fixés sur l'intensité de la vie et sur les variations de cette intensité, soit chez l'homme sain, soit chez l'homme malade (*). »

Pour l'urine, en particulier, qui est un des meilleurs moyens d'apprécier l'activité de la nutrition, s'il existait un type bien défini d'urine normale et si ce type univoque était applicable à tous les sujets indistinctement, sans qu'il y eût à tenir compte de Tâge, du sexe, du poids corporel, de l'alimentation, etc^ le problème qui nous occupe serait résolu; nous posséderions l'étalon demandé, et il suffirait de comparer à ce prototype urinaire l'urine examinée et d'en noter les écarts en plus ou en moins. Gomme on connaît, d'ailleurs, assez exactement l'origine et la signification des divers éléments normaux de l'urine, il serait relativement facile d'en interpréter utilement les variations pondérales.

Malheureusement, ce point de départ, cette unité théorique, qui servirait ici de base d'appréciation, n'existe pas et, qui plus est, ne saurait exister. Si l'urine, en effet, traduit quelque chose au point de vue de la nutrition, ce ne peut être que l'activité de cette nutrition, activité qui, même à l'état de santé,

(1) Bouchard, Traité de pathologie générale, t. III, p. 180.

varie sous de si nombreuses influences qu'on ne saurait a priori en fixer les limites.

Aussi bien, les deux propositions suivantes nous semblent absolument établies :

1° Les moyennes numériques de ce qu'on est convenu d'appeler Yurine normale sont fonction de moyennes physiologiques correspondantes, en dehors desquelles elles n'ont aucune valeur ;

2<» Les constantes physiologiques ne pouvant être déterminées avec précision pour chaque individu, on ne peut a priori lui imposer un type abstrait d'urine normale, qui serve de terme de comparaison à son excrétion urinaire réelle.

La première de ces propositions se comprend et se justifie d'elle-même ; il nous suffira de dire que nous entendons ici par moyennes physiologiques l'influence de tous les facteurs susceptibles de modifier Texcrétion urinaire en dehors de la maladie, tels, par exemple, que l'âge, le sexe, le climat, le poids corporel, l'alimentation, etc., etc. Nous savons bien que, dans le cas particulier d'expériences de laboratoire, on a pu arriver, soit à annuler l'action de ces divers facteurs, soit à la mesurer exactement, ce qui, dans une certaine mesure, a permis d'obtenir, pour les éléments de l'urine, des moyennes comparables . Mais encore une fois, ces chiffres et ces moyennes n'ont de valeur que pour le cas particulier de l'expérience.

Tout ce qu'on peut faire, à la rigueur, c'est d'çn tenir compte comme base générale d'appréciation.

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C'est dans ce sens que Ton dira, par exemple, que Tâge moyen de la vie est de tant d'années , la taille moyenne de Tadulte de tant de centimètres, etc. . ., sans que, d'ailleurs, les chiflfres puissent exprimer autre chose que des moyennes vagues et élastiques .

Cependant, bien qu'il soit, à notre avis, matériellement impossible de déterminer, pour chaque individu, les constantes physiologiques qu'il devrait avoir, par rapport à son âge, à son sexe, à sa taille et à son poids, nombre de tentatives ont été faites dans ce sens et nombre de formules proposées. La première en date, à notre connaissance, est celle de Gautrelet ; on la trouvera longuement exposée dans son livre : Urine^ dépôts, sédiments^ calculs, publié en 1889. Dans sa récente thèse pour le doctorat en pharmacie (*), Gautrelet s'est appuyé sur la même théorie pour fixer son type d'urine normale. Voici quelles sont les grandes lignes de sa doctrine :

Le système de Gautrelet repose sur ce postulatum : qu'il est possible, grâce à des formules algébriques exprimant l'influence des divers facteurs physiologiques sur l'excrétion urinaire, de déterminer, pour chaque individu, le coefficient urinaire théorique qu'il devrait avoir en fonction de son poids , de son âge, de son sexe, de son genre de vie, etc., etc., c'est-à-dire son coefficient biologique. Comme il est, d'autre part, facile de déterminer, par l'analyse,

(1) Gautrelet, Spectroscopie critique des pigme^xts ur Inaires, p. 140 et B8.

rexcrétion urinaire réelle de ce même îndividn, la comparaison entre les deux données, l'une théorique, l'autre expérimentale , permet de formuler des conclusions séméiologiques qu'on traduit ensuite sous forme de graphiques, ou, comme dit Gautrelet, de tracés uroséméiologîques.

Pour évaluer le coefficient biologique individuel, Gautrelet commence par fixer une fois pour toutes ce qu'il appelle Vunité urologique normale, correspondant à une période de vingt-quatre heures. Les expériences qui lui ont servi de base auraient porté sur dix sujets, considérés comme bien portants, vivant d'une vie normale, habitant un climat moyen, pris à l'âge moyen et faisant usage d'une alimentation mixte se rapprochant autant que possible de la ration d'entretien. Nous ne discuterons pas ici les chiffres obtenus par Gautrelet pour chaque élément de l'urine, d'autant qu'ils concordent assez exactement avec ceux qu'on regarde généralement comme exprimant les moyennes normales.

Mais peut-on généraliser ces moyennes globales et les appliquer à l'excrétion de chaque sujet pris en particulier ? il est clair que nous sortons ici des conditions de la première expérience, où tout était supposé moyen : poids, âge, taille, climat, exercice, etc.. Gautrelet a bien senti la difficulté du problème, et, pour le résoudre, il a cherché à évaluer, dans chaque cas, ce qu'il appelle \q poids physiologiquement actif de chaque sujet, d'après un prétendu rapport qui existerait, selon lui, entre l'âge, la taille et le poids

corporel. C'est là le coefficient biologique propre à chaque individu. En le multipliant par les normales biologiques unitaires obtenues précédemment, on

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