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HCTHODES EMPLOYEES EN SEMIOLOGIE URINAIRE
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70 SÉMIOLOGIE URINAIRE
(1) Pour tout sujet dout Tâge est inférieur à trente ans, la correction
qui sera inscrite se trouve au tableau des corrections d'après i*âge. Pour trente ans et au-dessus, il n'y a pas lieu à correction : on inscrira 1.
(2) Suivant le degré de la complexion, on inscrira le multiplicateur
qu'on trouvera au tableau de correction d'après la complexion.
(3) On inscrira le coerficient fourni par la colonne  du tableau de
correction d'après la musculature.
(4) L'unité est le décimètre.
(5) Inscrire le poids du segment moyen rr qu'on trouvera en
regard de la taille dans le tableau des segments anthropométriques moyens.
(6) Les nombres à inscrire sont également fournis par le tableau
des segments moyens, en regard de la taille.
(7) On obtient le poids du segment normal en multipliaot le poids
du segment moyen par les corrections 1, 2 et 3.
(8) On obtient l'albumine fixe du sepmeot normal en multipliant
TT du segment moyen par les corrections 1, 2 et 3.
(9) On obtient la graisse du segment normal en multipliant rr du
segment moyen par les corrections i et 2.
10) On obtient le poids du segment réel en divisant le poids du
P corps par la taille t;.
(11) On obtient le poids de Palbumine fixe du segment réel en multipliant par 0,li la difîérence entre le segment normal et le segment réel, si ce dernier est le plus faible. S'il est égal ou supérieur au segment normal, le poids de Palbumine fixe est le même pour les deux segments.
(12), L'albumine fixe de tout le corps s'obtient en multipliant par la taille le poids de l'albumine fixe du segment réel.
(13) Si le poids du segment réel est supérieur au poids du segment
normal, la différence entre ces deux segments, augmentée du poids de la graisse du segment normal^ donne le poids de la graisse du segment réel. Si le Fegment réel est moins lourd que le segment normal, on multiplie la difîérence par 0,21 et on retranche le produit du poids de la graisse du segment normal.
(14) On obtient le poids de la graisse de tout le corps en multipliant
par la taille le poids de la graisse du segment réel.
(15) On trouvera, en regard du poids du segment, la formule de la
surface de ce segment au tableau des surfaces des segments.
MÉTHODES EMPLOYÉES EN SÉMIOLOGIE URtNAIRE 71
(16) On trouvera, en regard du poids du segment dans le tableau
des corrections pour la surface du segment de la femme, le multiplicateur par lequel on devra multiplier, s'il s'agit d'une femme , la surface obtenue comme il est dit note 15.
(17) On obtiendra la surface de tout le corps en multipliant par la
taille la surface du segment réel.
(18) On obtient la corpulence en divisant le poids du segment réel
par le poids du segment moyen.
(19) On obtient Tadiposité en divisant la graisse du segment réel par
la graisse du segment normal.
(20) On obtient Texcitation catalytique en divisant la surface par
kilogramme d^albumine fixe, le -j- du segment réel par -r- du
segment moyen.
(21) La correction se fait en divisant soit le chiffre de Purée, soit le
chiffre de Tazote total par le coefficient d'excitation catalytique.
(22) Oq obtient Talbumine réellement détruite en multipliant l'azote
total réel par 6,736.
(23) La correction se fait en divisant l'albumine réellement détruite
par l'excitation catalytique*
(24) La quantité d'albumine qui devrait être normalement détruite, * est donnée, en face de l'âge, par le tableau de l'activité bisto-
lytique, suivant les âges (l^e colonne).
(25) L'activité histoly tique, comparée à la normale qui est 1, s'obtient
en divisant le chiffre corrigé de l'albumine détruite par te chiffre normal obtenu comme il est dit note 24.
(26) Le numérateur de la fraction est 1 . On obtient le dénominateur
en divisant le nombre approprié de ja colonne C (tableau de correction d'après la musculature) par le poids corrigé de Palbumioe fixe détruite en une heure par le kilogramme d'albumine fixe.
(27) La fraction normale est indiquée, en face de l'âge, dans le
tableau de Tactivité histolytique suivant les âges (2« colonne).
(28) On obtient le sucre formé par hydratation de l'albumine en mul-
tipliant par 3,759 le chiffre réel de l'azote total.
(29) On obtient le sucre consommé en additionnant le sucre formé
par l'albumine et le sucre ingéré et en retranchant le sucre éliminé.
(30) On obtient l'activité glycolytique en divisant par 62,2 le poids
du sucre consommé en vingt-quatre heures par le kilogramme d'albumine fixe.
(31) En retranchant le carbone de Turée du carbone total, on a Co.
En retranchant l'azote de l'urée de l'azote total on a Az*.
(32) On obtient C* le carbone de l'albumine détruite, en multipliant
par 3,61 le chiffre de l'azote urinaire total.
7^ SÉMIOLOGIE UHINAIRE
La méthode proposée par Bouchard est-elle pratique? Est-elle même vraiment scientifique?
Au point de vue pratique , la question ne se pose même pas. Il n'est pas un seul urologiste, si familier qu'il soit avec les opérations du laboratoire, qui puisse, au moins dans les conditions habituelles, remplir intégralement ce programme. C'est donc un leurre que, de vouloir faire, de cette méthode, une méthode clinique. Tout au plus pourrait-on dire qu'au point de vue des recherches de science pure et spéculative, l'eiTort est intéressant et la tentative originale.
Mais les résultats obtenus sont-ils vraiment scientifiques ? Quel que soit notre respect pour le professeur Bouchard et notre admiration pour ses travafix, nous ne le pensons pas et nous estimons qu'il faut avoir le courage de le dire.
Nous ferons, tout d'abord, à cette méthode, comme à celle de Gautrelet, ime objection de principe qui est celle-ci : on ne peut, selon nous, déterminer a priori, pour un individu pris en particulier, ce que devrait être l'intensité de la rénovation moléculaire, c'est-à-dire son intensité vitale. Un facteur de cette intensité nous échappe, en effet, de la façon la plus absolue, et c'est précisément celui dont tous les autres dépendent ; c'est ce facteur que le professeur Huguet a si élégamment appelé le coefficient de vitalité personnelle. Ce coefficient de vitalité est, au fond, ce qui régit et commande tous les actes vitaux, c'est le dynamisme vital, ou mieux le dynamisme
MÉTHODES EMPLOYÉES EN SÉMIOLOGIE URINÂIRE 73
spécial de la cellule et le dynamisme fonctionnel de l'oi^ane. Or, on conçoit très bien que, même à l'état de santé absolue, ce dynamisme soit très différent chez des individus de même taille, de même poids, de même âge, etc., etc.. N'est-ce pas au fond ce qu'a voulu exprimer Bouchard, en disant que « l'homme n'est pas une unité toujours comparable à elle-même » ou encore que « on se tromperait étra'ngemsnt si Von pensait qu'un hilogramtne d'un individu est semblable à un kilogramme d'un autre individu {^)^ »
Nous savons bien que c'est précisément pour rendre cette unité comparable à elle-même que le professeur Bouchard a édifié toute la théorie que nous venons d'exposer, théorie dont le but capital est de permettre l'évaluation de Tactivilé de destruction deS tissus, c'est-à-dire de Vactivité histolytique. Mais prenons garde que les expériences et les mensurations qui servent ici de base à la théorie sont faites dans des conditions toutes particulières, c'est-à-dire dans des conditions où l'influence de tous les facteurs habituels de la vie a été, de parti pris, ou supprimée ou réduite au minimum . Aussi bien , Bouchard convient-il. lui-même qu'on peut tout au plus, par cette méthode, parvenir à déterminer, dans la métamorphose de la matière, ce qu'il appelle la destructioyi nécessaire et permanente qui est la condition de la vie. Quant aux destructions contingentes,
(1) Le Gendre, Troubles et maladies de la nutrition^ in Traité de médecine Charcot-Boucbard, I, p. 284.
74 SÉMIOLOGIE URINAIRE
celles qui varient suivant le travail, l'alimentation, la réfrigération, Tévaporalion , on ne saurait les évaluer. Il faut, en ce cas, réduire au minimum ce qui est essentiellement variable et contingent, c'està-dire supprimer le travail musculaire, diminuer les causes de réfrigération, etc., etc.
Mais alors que deviennent, en pratique, les chiffres de Bo\ichard ? Quelle valeur utilisable conserventils? Par quels coefficients les corrigera-t-on, par rapport à Talimentation, à la température, à Texercice physique et au travail cérébral ? on a expérimenté sur un sujet à jeun depuis 15 à 17 heures, aussi loin que possible par conséquent du dernier repas azoté ; on a maintenu ce sujet au lit, pour ne pas augmenter son travail musculaire et, par suite, son besoin d'énei^ie, surtout pour modifier le moins possible sa température ambiante ; tout cela, sans doute, est parfait ; mais, est-ce que tous les sujets, même les plus normaux, se trouvent dans ces conditions, et peut-on leur demander de s'y placer ? Ce sont là des expériences de physiologie fort intéressantes, nous voulons bien le croire, mais qui ne sauraient, à aucun titre, servir de base à l'interprétation d'une analyse.
Aussi bien, il nous est impossible de souscrire à cette thèse de Bouchard que « la détermination de la surface du corps — pour ne parler que de cellelà — est aussi utile qu'une analyse d'urine et que, « sans elle, les résultats de l'analyse ne livrent pas « toute leur signification. » Encore bien moins
accepterions-nous cette autre affirmation c que novts avons des procédés eœpéditifs et suffisamment approximatifs, par conséquent cliniqueSy pour arri-ver à la détermination de ces données statiques, notamment de celles qui concernent la surface cutanée et la composition du corps, »
Les méthodes d'interprétation de l'analyse urologique, que nous venons d'examiner, reposent toutes sur des considérations de quantités ; mais, si Ton considère le travail fourni par un homme, ou même simplement par une machine inerte, on voit qu'il n'y a pas seulement à en mesurer la quantité, mais aussi à en apprécier la qualité.
Dans la machine éminemment compliquée qu'est l'oi^anisme humain, et, en particulier, dans ce travail de la désassimilation que nous étudions ici, il n'en va pas autrement ; c'est, d'ailleurs, ce qu'a très nettement formulé le professeur Bouchard quand il dit que la nutrition doit être étudiée au point de vue de la qualité de la destruction et non pas seulement au point de vue de la quantité de matière détruite [%
Le problème à résoudre, à ce nouveau point de vue de la qualité des échanges nutritifs, comporte les deux mêmes inconnues que précédemment ; pouvons-nous apprécier la qualité de la nutrition
(1) Bouchard, loc, cit, p. 227.
76 SÉMIOLOGIE URINAIRE
dans sa phase destructive et comment pouvons-nous rapprécier?
Nous avons vu qu'en matière de quantité, le difficile n'était pas d'évaluer la quantité effective de matières détruites, puisque les données de l'analyse les fournissent directement, mais bien d'évaluer la quantité idéale qui aurait dû être détruite dans ce même laps de temps, si l'organisme avait satisfait à toutes les conditions normales. C'est ce terme de comparaison quç nous n'avons pu obtenir de façon précise. En sera-t-il de même au regard de la qualité des déchets? En d'autres termes, savons nous, a priori, à quelles conditions ou exigences normales doivent répondre les déchets urinaires? La chimie de la nutrition va nous répondre.
On sait que les aliments, quels qu'ils soient, se résolvent, en fin de compte, en trois groupes chimiques : les alhuminoïdes, les graisses et les hydrates de carbone. Ces deux derniers groupes sont ici hors de cause, puisqu'ils subissent dans l'organisme une combustion à peu près complète et ne donnent, comme produits ultimes de leur destruction, que de l'eau et de l'acide carbonique; les phases de cette destruction ne peuvent donc être suivies que par l'étude des produits de la respiration. « Les albuft minoïdes, au contraire, fournissent, par leur « destruction, outre l'eau et l'acide carbonique, des « produits de désassimilation azotée (urée, acide « urique, etc.) et la quantité beaucoup moindre des c produits sulfurés qui s'éliminent par les urines-
« Chez un orçranisme maintenu à l'état d'entretien; « tout l'azote albuminoïde peut être retrouvé dans « les urines. La composition des urines est donc « dans une dépendance étroite vis-à-vis du mouve- « ment des principes azotés, dont elle reflète rapide- « me7it et fidèlement toutes les variations, tandis « que, en ce qui concerne la désassirailation des a graisses et des apiylacées. l'urine ne donne, pour « ainsi dire, aucun renseignement (i). »
Cette affirmation du professeur Lambling est exacte, à condition qu'au terme de principes azotés on substitue celui de prbicipes albuminoïdes, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. C'est qu'en effet, si les albuminoïdes sont surtout caractérisés par l'azote, dont ils renferment environ 16 pour 100, il ne faut pas oublier qu'ils contiennent également 2 pour 100 de soufre et dans certains cas (nucléines) 5 pour 100 de phosphore. Or, l'observation montre que les 4/5 du soufre des matières albuminoïdes se transforment par oxydation, en acide sulfurique, qui s'élimine par les urines, et il en va de même pour le phosphore provenant des nucléines, qui s'élimine sous forme d'acide phosphorique.
Reste enfin une autre substance, qui tient une large place dans l'élimination urinaire : le chlorure de sodium. Il est bien vrai, comme le remarque Bouchard, que le chlorure de sodium n'est pas, à proprement parler, une matière excrémentitielle,
. (1) LjiU^ujiQf Traité de pathologie géniale, 111, p. 24.
78 SÉMIOLOGIE URINAIRE
mais plutôt une substance de passage qui ne fait que traverser Toi^anisme, sans y subir la transformation régressive des autres aliments ; si pourtant Ton considère le rôle osmo tique du chlorure de sodium, au niveau du glomérule, on conviendra que l'étude de ses variations ne saurait être indifférente. Malheureusement, l'alimentation, dans laquelle intervient directement le chlorure de sodium, complique ici le problème à résoudre, et, de fait, ce n'est que dans certaines conditions spéciales que l'augmentation où la diminution des chlorures fournit quelques indications utiles.
Nous restons donc, en définitive, en présence de la seule désassimilation des albuminoïdes, représentée, dans Tiirine, par l'élimination de déchets azotés, sulfurés et phosphores. Voyons quelles conditions de qualité doit remplir cette élimination.
Pour l'azote, la question est bien simple. Nous en connaissons la répartition normale dans l'urine. Dans le cas d'une alimentation mixte, nous savons que, sur 100 parties d azote urinaire, on en trouve :
84 à 87 pour 100 dans l'urée.
2à 5 — l'ammoniaque.
1 à 3 — l'acide urique.
7 à 1 — les matières extractives azotées.
Nous voici donc en possession, pour la première fois, d'une notion de rapport, c'est-à-dire, d'une notion de qualité. Plus l'élimination de l'azote se
MÉTHODES EMPLOYÉES EN SÉMfOLOGIE URINAIRE 79
rapprochera de ces chiffres et plus la nutrition sera parfaite ; plus, au contraire, elle s'en éloignera, en plus ou en moins, et plus aussi la nutrition sera viciée, ou par excès ou par défaut. On sait, en effet, que l'urée est la forme excrémentitielle la plus parfaite des albuminoïdes. Pour connaître la proportion d'azote transformé en urée, deux opérations sont nécessaires : 1® le dosage de l'azote total de l'urine ; 2» celui de l'azote uréique. Le rapport entre ces deux chiffres est capital en urologie ; c'est celui qui renseigne le plus rapidement et le plus fidèlement sur la qualité de la nutrition. C'est ce qu'on a appelé le rapport azoturiqûe, ou mieux, le coefficient dCutUisation azotée.
Mais, la molécule d'albumine ne se compose pas seulement d'azote, elle renferme une bien plus grande proportion de carbone. En effet, nous savons que pour 1 d'azote urinaire total, auquel il convient d'ajouter 0,051 d'azote fécal, il y a 6,716 d'albumine détruite dans l'oi^anisme. Or, ces 6,716 d'albumine correspondent à 3^,610 de carbone. Une partie de ce carbone en s'hydratant donne du glycogène, puis de la glycose renfermant elle-même 1 ,556 de carbone, qui s'élimine par la voie pulmonaire sous forme d'acide carbonique. La différence entre le carbone total (3,610) et le carbone éliminé par les poumons (1,556) représente donc le carbone éliminé par les matières fécales et l'urine, soit 2,054. La plus grande partie de ce carbone passe par Tintestin (environ 1,179) et il reste, en fin de compte, pour l'urine, une
80 SÉMIOLOGIE URINAIRE
moyenne d'élimination de 0,875 de carbone pour 1 d'azote total.
Bouchard, à qui nous empruntons tous ces chiffres, observe avec raison que , de même que chez l'homme sain « la nutrition active tend à augmenter le chiffre de l'urée et à faire passer tous les corps azotés urinaire§ à l'état d'urée», de même aussi' cette nutrition « tend à dégager l'azote de son carbone, à faire passer le plus possible de carbone de l'albumine par l'intestin ou le poumon (*). »
Voici un second rapport urinaire, celui du carbone
total à l'azote total -— - qui a la même origine et la
Az' \
même signification que celui de l'azote uréique à
Az" l'azote total -— - en ce sens que les deux rapports
Az*
expriment l'activité des échanges nutritifs.
En somme, plus il y a d'azote uréique par rapport à Tazote total, moins il y a de carbone total par rapport à l'azote total, plus la nutrition est normale et
parfaite. On pourrait encore substituer à ce rapport
-T— celui du carbone de l'urée au carbone total 7^ Az Lr
Az" qui est encore le même que le rapport j-j-.
La vraie signification de ces rapports est relative, avons-nous:dit, à la perfection des échanges nutritifs ; il faut préciser et dire, avec Bouchard, qu'ils ex-
(1) Bouchard, in Journal de physiologie et de pathologie générale, loc. cit., p. 77.
Cf. Id., in Traité de médecine^ F, 297, et Traité de pathologie générale, UI, passim.
MÉTHODES EMPLOYÉES EN SEMIOLOGIE URÏNAIRE 81
priment surtout V énergie du foie, « En effet, l'urée étant, après l'ammoniaque, le composé azoté urinaire le plus pauvre en carbone, plus il y- aura d'azote urinaire à l'état d'urée, moins il y aura dans Tyrine de carbone fixé sur l'azote. Beaucoup d'azote à l'état d'urée ou peu de carbone fixé sur l'azote sont deux circonstances qui vont ensemble(*). »
Ajoutons que , d'après les déterminations de Bouchard , la valeur moyenne de ces différents rapports serait la suivante :
A7U pi pu
N'abandonnons pas cette question des rapports, que nous venons de signaler, sans observer, une fois encore, que leur valeur est indépendante des modificateurs de l'excrétion urinaire dont nous avons parlé au chapitre précédent. Nous avons vu que la grosse difficulté à résoudre dans la méthode des coefficients était précisément de déterminer l'influence de ces divers facteurs, et surtout de dégager l'inconnue relative à l'activité fonctionnelle ; ici, rien de semblable ; nous connaissons, a priori^ au moins dans ses grandes lignes, la formule de la destruction de l'albumine; nous savons qu'elle s'accomplit autour d'un type chimique défini, et cela nous suffit. Si les transformations déduites de l'analyse sont conformes à ce type, nous en concluons
(1) Bouchard, in Journal de- physiologie^ loc. cit. y p. 79.
82 SÉMIOLOGŒ URINAIRE
que la nutrition est normale ou, dans le cas contraire, qu'elle est plus ou moins profondément viciée. Ce vice nutritif provient-il d'un trouble fonctionnel passager ou diathésique, est-il imputable à un simple vice alimentaire? c'est ce que l'analyse peut ne pas indiquer, bien que, souvent aussi, elle suffise à nous renseigner à cet égard. Chercher à pénétrer plus avant dans la solution de ces obscures- questions serait sortir du domaine scientifique pour se lancer dans celui de l'hypothèse à outrance.
Nous avons constaté plus haut que, sur 100 parties d'azote urinaire, on en trouvait de 1 à 3 dans Vacide îirique. Or, nous savons que l'acide urique, par le rôle qvi'il joue dans un grand nombre de maladies, est un des corps les plus intéressants de l'urine humaine ; son élimination en excès ou, plus simplement, sa rétention dans les tissus, peut amener des accidents parfois redoutables. Il faut donc se demander quelle est la proportion normale de ce corps dans l'urine par rapport aux autres constituants de ce liquide.
Longtemps l'acide urique a été considéré comme un résidu excrémentitiel correspondant à une utilisation incomplète de l'azote, à un reste physiologique de la production de l'urée. Cette doctrine n'a plus cours aujourd'hui et l'on tend de plus en plus à regarder l'acide urique comme un déchet provenant spécialement de la désagrégation des nucléines[^)^
(l) Cf. Lambling, loc, cil. y p. 167,
et par suite, à lui assigner une place spéciale et à part dans l'élimination urinaire. Mais, de ce que l'acide urique ne doit plus être regardé comme un produit vers l'urée, en résulte-t-il, comme le soutient Lambling, qu'il soit impossible de saisir une relation constante entre la quantité d'acide urique et celle d'azote total ou d'urée (*) ? Nous ne le pensons pas et, avec la majorité des auteurs, nous estimons que le rapport de l'azote de l'urée, ou simplement de l'urée, à l'acide urique, mérite une mention spéciale. En tous cas, deux faits nous semblent absolument démontrés relativement à l'origine de l'acide urique et à son lieu de formation dans l'organisme. Le premier de ces faits est le rôle prépondérant des mwléines dans la genèse de l'acide urique. Nous n'avons pas à rappeler ici les très nombreux arguments qui militent en faveur de cette théorie ; on les trouvera longuement développés dans le beau travail déjà cité du professeur Lambling. Le second fait , beaucoup plus intéressant dans la question qui nous occupe, est relatif au rôle du foie dans la genèse de l'acide urique. Il est, en effet, bien établi aujourd'hui que l'acide urique augmente dans toutes les affections hépatiques, cirrhose atrophique, cirrhose hypertrophique, hépatite syphilitique, ictère catarrhal, abcès du foie, etc., etc. Aussi bien, cette particularité que possèdent les affections hépatiques d'augmenter la formation de l'acide urique a porté Lécorché à
(1) Cf. Lambling, loc, cit., p. 160.
84 SÉMIOLOGIE URINAIRE
considérer le foie comme le siège principal, sinon unique, de sa formation (*).
Si les variations en excès de Tacide uriqne correspondent à un trouble fonctionnel du foie, ne sommesnous pas autorisés à les comparer à celles de l'urée que Ton sait être également dans une étroite dépendance de la glande hépatique ? Puisque nous savons que sur 100 d'azote urinaire, il y en a de 87 à 90 **/o dans Turée et de 2 à 3 «/o dans Tacide urique, ne devons-nous pas, au moins dans une certaine mesure, considérer ce rapport comme l'expression d'un état physiologique normal et lui attribuer une valeur relativement au fonctionnement du foie ?
Il est bien vrai qu'il ne faut pas pousser les choses trop loin et regarder l'élimination de l'urée et de l'acide urique comme absolument solidaires l'une de l'autre ; il semble bien, comme le soutient Lécorché, que la formation de l'acide urique soit indépendante de celle de l'urée; mais, de ce que, à l'état normal, on saisit une relation de quantité entre ces deux corps, ne s'ensuit-il pas qu'il faille faire entrer ce rapport en ligne de compte dans l'interprétation de l'analyse? D'ailleurs, ce rôle des nucléines, dans l'origine de l'acide urique, exclut-il complètement l'hypothèse d'une transformation, au moins partielle, de l'acide urique en urée dans le foie, non sous l'influence contestable d'un processus d'oxydation, mais sous l'action d'un ferment spécial
(1) Cf. Lécorché, Traité de la goutte, p. 82.
qui existe, semble-t-il, dans le foie des mammifères et manque par contre dans celui des oiseaux (^).
Quoi qu'il en soit, nous estimons qu'il convient, provisoirement au moins, de conserver le rapport de l'acide urique à l'urée, rapport que l'on évalue d'ordinaire de 2,50 à 3 «/o.
Nous n'avons envisagé jusqu'ici dans le dédoublement de la molécule d'albumine que l'azote et le carbone ; il faut ne pas perdre de vue deux autres éléments , dont l'importance est également fort grande : le Phosphore et le Soufre.
Le Phosphore se trouve dans l'urine sous forme d'acide phosphorique uni à des alcalis (soude, potasse) et à des terres (chaux, magnésie); on y a également constaté la présence A'acide pJiosphoglygérique (Lépine et Eymonnet). Exprimé en acide phosphorique, ce dernier corps ne représenterait guère que 1 ®/o du phosphore total.
La phosphore urinaire a deux sources : l'alimentation d'abord, puis en second lieu la désassimilation de certains protéides spéciaux, tels que les lécithines et les nucléines. Gumlich a obtenu chez un chien, après ingestion de 22 grammes d'acide nucléique du thymus, une augmentation de 2,50 de l'acide phosphorique des urines (').
Quelle que soit l'origine de l'acide phosphorique de l'oi^anisnle, il est hors de doute qu'il existe dans son élimination un parallélisme assez constant avec
(1) Cf. Bouchard, in Journal de pathologie^ loc. cit., p. 78.
(2) Cf. Lambluvo^ loc, cit., p. 36.
86 SÉMIOLOGIE U BINAIRE
celle de l'urée. Aussi les variations de ce corps, par rapport à l'urée, ont une importance tout à fait capitale. A l'état normal, d'après Y von, le rapport des phosphates à l'urée est de 1/8 (1/10 pour Tanret, Bretet et nous-même); Ritter l'évalue à 10,72; Beaunis et Gautier admettent 10,92 ; le professeur Spehl 10 et enfin Thorion 13,62 (»). « Ce rapport, dit Yvon, est tellement constant que je n'hésite pas à conclure à la phosphaturie toutes les fois qu'il devient plus élevé, quelle que soit d'ailleurs la quantité d'acide phosphorique éliminée(*). » Nous verrons que cette variété de phosphaturie, où le chiffre total brut de l'acide phosphorique n'est pas augmenté, constitue une entité morbide spéciale désignée par A. Robin sous le nom de phosphaturie relative ; elle correspond à une désassimilation exagérée des oi^aneg riches en phosphate et se rencontre principalement chez les malades dont l'alimentation est insuffisante.
* Le soufre, plus encore peut-être que l'acide phosphorique, dérive de la désintégration des albuminoïdes. Il apparaît dans l'urine sous deux formes : 1® à l'état de sulfates et d'éthérosulfates (phénylsuU fates, indoxylsulfates, etc.); 2** sous la forme de combinaisons moins oxydées que l'acide sulfurique (traces de cystine, de sulfocyanate de potassium, acide taurocholique, etc.). C'est le soufre neutre de Salkowski.
(1) Cf. Thorion, loc. cit.y p. iOl.
(2) YvoN^ Manuel clinique de l'analyse des urines ^ 5® édit., p. 156.
Il est certain , comme le remarque Lambling , que l'origine albuminoïde de cet élément confère à Tétude de ses variations un intérêt^de premier ordre. Toutefois, il ne faut pas exagérer l'importance de ce rapport dont la signification est en somme identique à celle du rapport azoturique.
Les divers rapports urolpgiques dont nous venons de parler (sauf peut-être celui de l'acide urique à l'urée) nous renseignent tous sur le même point, savoir le plus ou moins de perfection de la destruction de l'albumine, que celle-ci d'ailleurs soit considérée comme albumine fixe ou comme albumine circulante. Leur signification ne va pas au-delà et nous savons, au surplus, que c'est précisément là que se limitent les indications légitimes de l'analyse de l'urine.
On pourrait à la rigueur envisager d'autres rapports, tels, par exemple, que celui de l'urée aux matériaux solides ou celui des sels aux éléments solides.
Le premier de ces rapports, désigné quelquefois sous le nom de coefficient de Bouchard, a la même signification globale que le rapport azoturique, sans en avoir toute la précision. Il peut cependant rendre quelques services en urologie clinique, alors que l'outillage et le temps font défaut pour procéder au dosage rigoureux de l'azote total.
Quant au second rapport, celui des sels minéraux aux matériaux solides pris en bloc, c'est le coefficient de déminéralisation d'A. Robin. Ce rapport est un
des plus importants et sa déterminatioQ s'impase dans tous les cas, mais surtout dans les maladies où Toi^anisme tend à éliminer en excès les sels minéraux qui lui sont indispensables.
Cette question des éléments minéraux nous amène à parler du chlorure de sodium^ dont on a essayé de fixer le rapport vis-à-vis de l'azote total et de l'urée. Nous ne croyons pas que ce rapport ait assez de fixité pour mériter qu'on lui accorde une bien grande valeur. Cependant Bouveret a prétendu qu'il y avait une indication diagnostique importante dans le rapport de l'urée aux chlorures (*). Nous reviendrons sur cette question à propos des affections de l'estomac.
Mais, de ce que la valeur du rapport de l'urée aux chlorures est discutable, il ne faudrait pas en conclure que les considérations tirées du dosage des chlorures soient dépourvues d'intérêt. L'énergie avec laquelle le sang maintient sa richesse en chlorure de sodium est liée, en effet, à des conditions iHsotonie des humeurs indispensables au bon fonctionnement du filtre rénal. Il importe donc, à ce titre, de déterminer avec soin la teneur de l'urine en chlorure de sodium, tout en n'oubliant pas que les chlorures sont apportés exclusivement par l'alimentation, et parfois même lui sont surajoutés. Au point de vue sémiologique, nous partageons pleinement l'avis du D' Chabrié lorsqu'il dit que les variations des chlo-
(1) Bouveret, Revue de médecine, 1891.
rures sont plus utiles à connaître pour le pronostic que pour le diagnostic (*).
Nous passons, volontairement, sous silence un grand nombre d'autres rapports secondaires qui ont, pour la plupart, le but d'évaluer le degré d*oxydation plus ou moins avancé des formes sous lesquelles s'élimine un corps déterminé. De ce nombre sont : les rapports du phosphore des phosphates au phosphore organique, du soufre complètement oxydé au soufre neutre, etc., etc. Ces rapports, à vrai dire, nous font pénétrer plus avant dans, le problème des échanges nutritifs, considérés au point de vue de leur qualité, mais en pratique il est rare qu'on puisse les utiliser d'une façon courante.
Pour une autre raison, d'ordre chimique celle-là, nous ne dirons rien du rapport des phosphates terreux aux phosphates alcalins, bien que certains auteurs lui aient attribué une valeur importante, dans les maladies nerveuses en particulier.
On nous pardonnera de rappeler ici que c'est à notre instigation et à celle du très distingué docteur Moreigne que le dernier Congrès de Pharmacie (Paris, 1900), dans sa section de chimie biologique, a émis le vœu que les analyses d'urines « dites complètes » comportent ordinairement la détermination des rapports suivants :
1<» Rapport azoturique ;
(1) CHABRié, in Traité de pathologie , loc, cit., p. 185.
2^ Rapport des matières minérales aux matières fixes totales ; 3« Rapport de l'acide phosphorique à Tazote total ; 4<» Rapport de l'urée aux matières organiques ; 5® Rapport de Tacide urique à l'urée (*).
(1) IX* Congrès ioternalioDal de Pharmacie, compte rendu officiel, p. 15.