HYDRATES DE CARBONE— ACIDES 0RA8 — GRAISSES — CORPS
AROMATIQUES — CYSTINE)
Nous savons que les hydrates de carbone et les graisses, indispensables à Talimentation, ont une double origine : les aliments d'abord, puis les métamorphoses régressives des albuminoïdes de l'oi^anisme. Cette formation, aux dépens de l'albumine, très vraisemblable pour les graisses, est absolument démontrée pour les hydrates de carbone.
Quoi qu'il en soit de cette origine, les hydrates de carbone, comme les graisses, aboutissent pour la presque totalité de leur masse jusqu'aux produits ultimes de la combustion, c'est-à-dire jusqu'à l'acide carbonique et l'eau, en passant, bien entendu, par une nombreuse série de produits intermédiaires (*}.
(1) Lambuno, loc. cit., p. 175; Gautier, Chimie de la cellule vivante, p. 159 et s.
Normalement, ces produits intermédiaires ne passent qu'en très petites quantités dans l'urine et, à ce point de vue, ne présentent aucun intérêt sémiolo* gique. C'est ainsi qu'on admet assez généralement une çlucosu7He et même une acétonurie physiologiques, sans qu'il y ait lieu de tirer de ces faits aucune conclusion d'ordre pathologique.
En ce qui concerne en particulier la glycosurie normale, elle est « beaucoup trop faible pour être constatée par les réactifs ordinaires. Il n'en est pas moins vrai que la glycosurie constatable n'est pas un phénomène morbide, mais la simple exagération d'un fait physiologique. On est loin aujourd'hui des chiffres de Duhomme, qui croyait à l'existence constante de 4 ou 5 gi*ammes de sucre dans l'urine normale de vingt-quatre heures. Gaube, qui donne des chiffres variant de 1 gramme à 70 centigrammes, est déjà plus près de la vérité.
Quinquaud a des dosages plus exacts encore, qui le conduisent à une proportion variant de 20 à 50 centigrammes.
Ces erreurs dosimétriques se comprennent aisément, si on songe que le réactif habituel, la liqueur cupro-potassique, ne réduit pas que le glucose. On connaissait déjà la fausse réaction que donnent les urates et on savait éviter l'erreur, soit en faisant la contre-épreuve avec la potasse, soit en mélangeant l'urine et la liqueur de Fehling à une température inférieure à l'ébuUition, entre 60 et 70* ; mais les recherches de laboratoire ont multiplié la liste des
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corps réducteurs vis-à-vis de la liqueur de Fehling et les expérimentateurs ont pu être trompés par ces pseudo-réactions, d'autant mieux que nombre de ces substances réductrices donnent des déviations de même sens avec la lumière polarisée.
En réalité, dans la glycosurie physiologique, le sucre urinaire est en proportion trop faible pour être décelé par la liqueur cupro-potassique ; il faut des réactifs plus délicats, et c'est précisément ce qui fait la valeur clinique de la recherche des sucres urinaires telle que nous la pratiquons usuellement. Elle ne nous donne que la glycosurie exagérée, pathologiqtce, et laisse inaperçue la glycosurie physiologique, qui n'intéresse pas le clinicien (*). »
Ces remarques fort judicieuses du professeur Germain Roque (de Lyon) peuvent s'appliquer à tous les autres éléments ternaires anormaux de l'urine. Si, au lieu de subir leurs dédoublements normaux, les hydrates de carbone et les graisses s'arrêtent à un stade intermédiaire, ils déversent dans la circulation des produits incomplètement brûlés, qui sont l'indice d'états morbides spéciaux, ou, tout au moins, d'un trouble de la nutrition dans sa phase d'oxydation. •
Les matières ternaires, qui nous intéressent particulièrement, sont les suivantes :
Les sucres ou hydrates de carbone ;
(1) Gbrhatn Roque, Les Glycosuries non diabétiques^ p. 6.
Les acides des séries lactique et oxalique ;
L'Acétone ;
Les acides p. oxybutyrique et acétylacétique ;
Les acides gras ;
Et enfin les graisses.
D'une façon générale, l'accimiulation de l'apport des éléments ternaires : hydrates de carbone et graisses, ou l'insuffisance de leur destruction, sont les deux principales causes qui provoquent leur élimination en nature ou celle de leurs dérivés. Nous allons les passer rapidement en revue, nous réservant d'y insister plus longuement à propos des états morbides spéciaux qui en dérivent.
Glycose. — Le passage du sucre dans l'urine, dans le cas, bien entendu, où il revêt un caractère pathologique, suffit-il à constituer l'entité morbide bien connue sous le nom de diabète sucré ? Le problème mérite d'être discuté, ne fût-ce que pour établir l'exagération de la solution qu'on lui donne habituellement. Avec le professeur Germain Roque (de Lyon), qui a fait de cette question une étude des plus complètes, nous répondrons par la négative. Nous verrons que le diabète sucré ou meltiturie comporte un syndrome beaucoup plus complexe, que la glycosurie n'en est pas le trait unique, ni même le trait dominant.
Pour le docteur Roque le caractère dominant de ces glycosuries non diabétiques réside en ceci, qu'elles
150 SÉMIOLOGIE URINAIRE
ne sont pas spontanées, mais secondaires et symptomcUiques ; il les divise, suivant leurs facteurs étiologiques, en quatre variétés :
1» Glycosurie intermittente des arthritiques ;
2<» Glycosuries digestives ;
3» Glycosuries nerveuses ;
4<» Glycosurie puerpérale.
Nous allons, en résumant le travail du professeur Roque, les examiner succinctement.
Glycosurie intermittente des arthritiques. — On distingue sous ce nom : la glycosurie arthritique héréditaire des jeunes gens ; la glycosurie goutteuse ; Tazoturie glycosurique et enfin la glycosurie des obèses.
Les caractères généraux des urines sont les suivants, d'après Germain Roque :
<( Si nous faisons, dit-il, abstraction de Tazoturie glycosurique, sur laquelle nous reviendrons, l'urine des glycosuries arthritiques est normale. Sa quantité totale en vingt-quatre heures n'est pas augmentée, et c'est là un caractère capital de différenciation avec le diabète goutteux.
Sa couleur varie de l'ambre clair au jaune paille, elle est limpide et réfracte fortement la lumière. Elle n'a pas de sédiments, mais laisse voir quelquefois des cristaux d'acide urique, ou laisse déposer au fond du vase du sable urinaire ; c'est la gravelle rouge de Lécorché. En dehors de l'acide urique, elle contient souvent de l'acide oxalique, qui peut donner aussi un précipité spécial.
En tout cas, les urines sont très acides, et cette byperacidité est un caractère primordial.
La densité n'est pas augmentée. Quelquefois même elle est diminuée, s'il y a une légère augmentation de la quantité des urines. C'est encore un signe distinctif de premier ordre avec les urines diabétiques.
Le sucre y est toujours en très faible proportion : 1 gramme jusqu'à 15 ou 20 grammes en moyenne; aussi ces urines n'ont pas la saveur sucrée, elles ne tacbent ni n'empèsent pas le linge, et leur réaction avec la liqueur cupro-potassique n'est pas toujours très nette ; le dépôt d'oxydule de cuivre ne se forme qu'incomplètement, l'opacité est imparfaite, et la décoloration jaune n'est pas instantanée et ne se montre qu'après refroidissement.
Cette glycosurie si légère varie d'un jour à l'autre, peut disparaître môme complètement. pour revenir le lendemain.
En dehors de tout traitement, elle est modifiable par le régime alimentaire et par l'exercice musculaire.
Enfin elle n'existe que le jour et disparaît généralement pendant la nuit : si on a soin de faire uriner le malade avant qu'il ne se couche, on ne devra jamais retrouver de sucre dans les urines du réveil. Le caractère est tellement important que Lécorché n'hésite pas à considérer comme un diabétique vrai tout individu dont les urines matutinales restent sucrées.
L'urée est généralement augmentée comme chez tous les arthritiques, 25 à 30 grammes au moins, les
152 SÉMIOLOGIE URINAIRE
chlorures sont plutôt diminués, les phosphates et les urates suivent une progression parallèle à celle de l'urée.
Enfin on trouve presque toujours de la leucine et de la tyrosine, qu'on ne rencontre guère chez les vraiâ diabétiques.
L'albuminurie est rare, parfois rétractile ; elle est souvent l'indice d'une complication, d'une sclérose rénale coexistante qui s'est créée à la faveur de l'arthritisme et de l'artério-sclérose ; quelquefois pourtant il y a de simples albuminuries dyscrasiques, alternant avec de l'azoturie et de l'urobilinurie.
Abandonnées à elles-mêmes, les urines glycosur riques ne fermentent pas, ou du moins difficilement. C'est l'inverse des urines diabétiques .
En supposant donc que la constatation primitive du sucre ait pu faire naître des doutes dans l'esprit, et faire redouter le diabète, un simple examen de la quantité des urines, de leur densité, de leur hyperacidité, un dosage du sucre qu'elles contiennent, l'absence de fermentation, la présence de la leucine, de la tyrosine, et d'autres produits excrémentitiels suffiront à dissiper toute équivoque et à trancher le diagnostic.
Dans certains cas, pourtant, la chose est moins facile. Dans l'azoturie glycosurique, il y a de la polyurie, jamais très considérable, 3 litres, 4 litres au maximum. Il y a un taux beaucoup plus élevé de sucre qui va souvent à 50 et 60 grammes, peut même atteindre, d'après Lécorché, 120 grammes,
comme limite extrême ; au-delà de ce chiffre, c'est du diabète. L'ui*ée atteint des chiffres" énormes, de 60 à ?0 et 120 grammes. La densité des urines est fatalement augmentée, atteint 1040 à 1045. Si bien qu'en face de ces urines abondantes, denses et très riches en sucre, on reste embarrassé.
Mais dans tous ces cas, c'est l'azoturie qui a été le phénomène primitif, qui a précédé de plusieurs mois la glycosurie. Celle-ci ne se montre qu'au fur et à mesure que le taux de l'urée s'accroît et disparaît dès que ce taux s'abaisse. Elle est essentiellement intermittente, cesse toujours pendant la nuit, et, malgré leur richesse en sucre, les urines n'ont qu'une fermentation insignifiante, très peu développée.
En y regardant de près, même dans ce cas limite, la distinction reste facile {').
Glycosurie goutteuse. —. Elle est, comme la précédente, intermittente et de plus toujours faible, surtout au début. Cependant, à la longue, die peut devenir persistante et se transformer en diabète vrai ; ce sont des glycosuries, en quelque sorte, prédiabétiques.
Glycosurie des obèses. — Elle est nettement distincte de ce qu'on a appelé le diabète gras et ne . comporte aucun des accidents diabétiques.
« Dans le cours d'une obésité confirmée, et sans symptôme révélateur spécial, l'analyse des urines révèle la proportion de 8 à 12 grammes de sucre uri-
(1) Ger^iain Roque, Idc, cit., p. 18 et s-.
ih4t SÉMIOLOGIE URINAIRE
naire. Il n'y a ni polyurie, ni augmentation de la densité. Cette glycosurie est intermittente, se trouve surtout dans les trois ou quatre heures consécutives aux repas, et disparaît complètement pendant la nuit.
Elle augmente ou diminue avec la nature de l'alimentation, et cesse en quelques jours par un r^ime approprié. Mais elle peut réapparaître à l'occasion d un trouble digestif ou d'un repas trop copieux. Elle peut ainsi se montrer par intermittences pendant plusieurs années, tant que dure l'obésité*. »
Glycosurie azoturiqtce. . — C'est une complication de l'azoturie et celle qui se rapproche le plus du diabète sucré proprement dit. Toutefois, la polyurie reste faible et ne dépasse jamais 3 ou 4 litres en 24 heures. « Dès que l'urée diminue, la polyurie s'atténue et la soif disparaît ; de même la glycosurie disparaît pour se montrer à nouveau si le taux de l'urée se relève. Enfin, et c'est là un caractère essentiel : « L'azoturie, qui est toujours très considérable, précède la glycosurie, existe seule pendant des mois ou des semaines. C'est l'inverse dans le diabète sucré, où l'azoturie n'est qu'une complication tardive et est toujours secondaire (^). »
Quant aux autres formes cliniques de glycosurie non diabétique, il est assez facile d'ordinaire de les rapporter à leur cause étiologique prochaine. En tous cas, dans les glycosuries non diabétiques, au moins à leurs débuts, les urines présentent des carac-
(1) Germatn Roque, loc. cit. y p. 25.
(2) Id., ibid., p. 28.
tères spéciaux qui rendent le diagnostic relativement facile.
Cl Leur quantité n'est pas augmentée , leur densité reste normale. Elles sont acides ; le sucre y est en très faible proportion, de façon inconstante, se trouve dans le jour, surtout après les repas, ne se retrouve pas dans les urines du sommeil : abandonnées à elles-mêmes, ces urines ne fermentent pas. Elles contiennent, suivant les cas, de l'albumine, de l'acide urique ou oxalique, de l'urée en taux excessif, quelquefois de la leucine ou de la tyrosine ou d'autres produits excrémentitiels. Parfois enfin le sucre urinaire n'est pas du glycose, c'est du lactose (*). »
Ce dernier cas, présence du lactose dans l'urine, se rencontre uniquement dans les glycosuries puerpérales ; encore certains auteurs affirment-ils qu'il s'agit, dans l'espèce, non dé lactose, mais bien de glycose vrai (*).
Voici, d'après le professeur Bouchard, les conditions qui peuvent exagérer la glycosurie :
1*> Tout ce qui empêchera le sucre alimentaire ou quelques corps analogues de se fixer dans le foie à l'état de glycogène;
2^ Tout ce qui activera la formation du sucre dans le foie ;
3<» Tout ce qui aggrave le défaut de destruction ou de fixation du sucre dans les tissus.'
(1) Cf. RoQDB, loc. ciLf p. 73.
(2) Id., ièid.t loc. cit., p. 66 et ss.
156 SÉMIOLOGIE URINAIRE
!'• catégorie. — a) Obstruction de la veine porte.
b) Dilatation des extrémités de la veine porte.
c) Altération des cellules hépatiques.
d) Dilacération du foie.
2* catégorie, — a) Surabondance des aliments sucrés.
V) Causes névro-trophiques stimulant l'assimilation et la désassimilation du foie (afflux sanguin et rapide, injection de sang artériel dans la veine porte).
c) Augmentation des générateurs du glycogène.
3* catégorie. — Modificateurs de la nutrition générale.
Troubles nerveux.
Troubles circulatoires.
Troubles digestifs.
. Troubles respiratoires (*).
On voit, par cette énumération, que la cause la plus fréquente de la glycosurie est un trouble de la fonction glycogénique du foie : c'est un signe presque infaillible de l'insuffisance hépatique. Nous parlerons de la glycosurie diabétique dans la troisième partie de cet ouvrage.
Acide lactique. — Ce corps se produit parfois, en extrême abondance, dans le tube digestif de certains dyspeptiques ; c'est de l'acide lactique de fermentation. Sous la forme d'acide par alactiqtie ou sarcolactique^ il se trouve normalement dans les
(1) Maladies par ralentissement^ p. 157 et ss.
SÉftIIOLOGIE DES ELEMENTS TERNAIRES 157
tissus, principalement dans les muscles, d*où il peut passer dans l'urine sous diverses influences pathologiques.
Hoppe-Seyler et Araki ont démontré que la destruction du sucre s'arrête au stade lactique chaque fois qu'il y a apport insuffisant d'oxygène ; l'acide lactique passe alors dans les urines, accompagné souvent de glycose et d'albumine. Ce phénomène est surtout fréquent à la suite d'intoxication (i).
Marchand, Lehmann, Gorup-Bésanez ont signalé l'acide lactique dans les urines de rachi tiques ; la même constatation a été faite par Mors, Muck, Laugendorf et Mommsen dans celles de l'ostéonaalacie ; on l'a paiement incriminé dans le rhumatisme articulaire aigu('). Ce qui paraît certain, d'après Bouchard, c'est que l'acide lactique est un des principaux facteurs de la dyscrasie acide. « L'acide lactique, dit-il, peut apparaître dans les urines, et il détermine, dans son passage à travers le corps, certaines altérations de tissus qui se manifestent non seulement par l'état maladif des os, mais par des éruptions eczémateuses, furonculeuses, ecthymateuses à la peau. En même temps, les urines présentent des dépôts fréquents d'urates, des sédiments d'oxalate de chaux, et la précipitation de ces deux substances peut s'observer même dans les voies urinaires et constituer des calculs dans les reins et surtout dans la vessie ('). »
(1) Cf. Lambliro, loc, cit., p. 177.
(2) Cf. BoubHARD, Maladies par ralentissement ^ p. 339.
(3) Id.^ ibid., p. 62.
Enfin, ce mêmeacide lactique serait, pour quelques auteurs, le caractère le plus saillant de l'urine neurasthénique, où il peut être considéré comme constant. Le docteur Vigouroux, qui a spécialement étudié cette question, rapporte un grand nombre de dosages de ce corps dans l'urine, où il aurait atteint, d'après Gautrelet, les proportions fantastiques de 6,47 ; 6,98, et même 12,14, en 24 heures. On nous permettra, jusqu'à plus ample informé, de suspecter l'exactitude de ces chiffres qu'aucun autre auteur n'a encore confirmés (*).
Acide oxalique. — Cet acide se rattache à l'acide lactique par une origine commune, c'est-à-dire comme produit de l'oxydation incomplète des albu-
minoïdes. « L'acide oxalique, dit Bouchard, augmente dans l'oi^anisme dans toutes les conditions qui produisent le ralentissement de la nutrition, dans les états de débilité congénitale ou acquise du système nerveux, dans l'hypochondrie, dans la scrofule, dans la phthisie apyrétique, dans la goutte, dans l'obésité, rarement au contraire dans l'état fébrile. On le trouve également à la suite des abus alimentaires^ et c'est un des sédiments urinaires communs chez les gros mangeurs. Lorsque l'acide oxalique existe d'une façon continue et permanente dans les urines ; quand on l'y trouve surtout en quantité notable et quand il n'est pas attribuable à l'excès
(1) Cf. Vigouroux, Neurasthénie et arthritisme, passim.
des aliments, cette oxalurie s'accompagne d'un ensemble de symptômes généraux qui lui donnent en quelque sorte la physionomie d'une maladie, mais qui me paraissent dépendre moins d'une sorte d'intoxication par l'acide oxalique que de la dyscrasie qui accompagne en général l'accumulation des acides. Le malade est faible, nerveux, irritable; il se fatigue rapidement, et l'exercice provoque des sueurs faciles. Les traits sont flasques. Le malade ressent pendant la journée un accablement qui impose le sommeil, et le sommeil n'est pas réparateur. Le matin au réveil, il se sent incapable d'action, brisé, fatigué plus que la veille lorsqu'il s'est couché ; c'est que le sommeil, qui entrave les oxydations, qui diminue la consommation de l'oxygène et la formation de l'acide carbonique, qui abaisse la température, est défavorable à la combustion des acides. Il est donc probable qu'il réalise à un plus haut degré cette diminution de l'alcalinité du sang qui a pour conséquence, d'après J. Ranke, la faiblesse musculaire. En même temps, on constate l'acidité de la sueur, quelquefois l'acidité des selles, souvent la fétidité de l'haleine et de la peau, souvent aussi le mauvais état des téguments. Les urines, fréquemment chaînées d'urates, renferment un excès d'acideurique et de phosphates terreux à côté des cristaux d'oxalate de chaux. Enfin le malade maigrit (*). » Nous reparlerons de l'acide oxalique à propos de la sémiologie des sédiments.
(1) Bouchard, Maladies par ralentissement^ p. 65.
460 SÉMIOLOGIE URINAIRE
Acétone. — L'acétone et les corps acétinogènes, tels que les acides p. oxybutyrique et acétylacétique, méritent une mention spéciale à cause du rôle prépondérant qu'on a voulu leur faire jouer dans les accidents du coma diabétique. Comme le sucre, l'acétone est aujourd'hui considéré comme un produit normal de l'économie. Toutefois, à l'état physiologique, on n'en trouve que des traces dans l'urine, environ dix milligrammes par 24 heures. Ce qui lui donne un caractère pathologique, c'est sa présence en proportions plus considérables dans certains états morbides.
On a beaucoup discuté sur l'origine de Y acétone dans Toi^anisme ; on l'attribue communément à une oxydation incomplète des matières protéiques. « La formation de Yacide acéiylacétique et de Y acétone aux dépens de l'albumine peut être considérée comme démontrée. Mais ces deux composés n'apparaissent dans l'urine que lorsqu'il y a fonte d albumine corporelle. Lorsque le besoin total de calories est couvert, on a beau enfler la ration d'albumine, l'urine n'élimine ni acétone (ou seulement des traces), ni acide acétylacétique. Ces deux déchets apparaissent, au contraire, en quantités considérables dans l'inanition ou dans l'alimentation insuffisante (*). »
Voici, d'après un travail du docteur de Backer et J. Bruhat, les principales maladies où l'acétone a été constaté :
C'est d'abord dans le diabète qu'on l'a trouvé; sur-*
(1) Lahblinq, loc, cit. y p. 175.
tout chez certaiqes formes et dans la période finale ; et on lui a attribué longtemps d'être la cause exclusive du coma diabétique.
C'est le diabète qui a foiu:ni le plus grand nombre d'observations d'acétonurie et c'est dans cette maladie qu'elle a été, de beaucoup, la plus étudiée.
L'acétonurie a été également observée dans certaines affections infectieuses, surtout celles qui s'accompagnent de fièvres à haute température ; de même aussi dans la cachexie cancéreuse, au cours d'auto-intoxications d'origine gastro-intestinale, les vomissements incoercibles de l'hystérie, dans certaines psychoses compliquées d'anorexie, dans l'éclampsie et chez certains neurasthéniques.
M. Jufé (Wurtzbourg, 1886), a signalé la présence de l'acétone dans l'urine, après le narcose par le chloroforme, pendant un r^ime alimentaire de viande pure.
Enfin, MM. Paracca, Vicarelli et Knapp ont constaté la présence de l'acétone dans l'urine de femmes portant un fœtus mort. MM. Lambinon et Lop font remarquer* à ce sujet que l'acétonurie ne saurait pourtant être considérée comme un signe absolu de la mort du fœtus, car on la voit parfois apparaître dans les affections gastro-intestinales, même chez des femmes non glycosuriques, au cours de la grossesse (docteur Lop, Gazette des Hôpitaux, 18 mai 1899) {']. »
(1) De Backer et Bruhat, VAcétonurie physiologique et paiho' logique, p. 16.
162 SÉMIOLOGIE URINAIRE
S. West a étudié aussi l'acétoiiurie pathologique et voici les résultats les plus intéressants de son travail :
L'acétone est absente ou n'existe qu'à l'état de traces dans l'urine saine ; '
L'acétonurie est commune dans le diabète sans coma et n'est pas toujours, mais souvent, observée dans le coma diabétique ;
Elle varie grandement, dans le même cas, d'un moment à l'autre sans aucune cause évidente. Il n'y a pas de relation entre sa quantité et celle du sucré dans l'urine et la valeur de la densité de l'urine.
West a trouvé l'acétone dans d'autres maladies que le diabète ; par exemple, dans la pneumonie (4 cas), dans la cirrhose du foie, dans un cas d'affection de la moelle, dans un cas d'hémorrhagie cérébrale et dans le delirium iremens (*).
Il ne faut pas séparer de l'acétone les acides p. oxybutyrique et acétylacétique ou acide diacétique. On a successivement attribué à chacun de ces corps les accidents du coma diabétique, d'où les théories de l'acétonurie et de la'diacéturie ; nous ne faisons que les signaler ici ; on en trouvera la discussion dans le travail très complet du docteur Le Gendre (^) sur cette question et dans celui des docteurs de Backer et Bruhat que nous avons déjà cité. Disons seulement que, d'après certains travaux récents, l'acide diacétique (qui est un des corps
(1) In Chabrié, loc. cU»t p. i3»7. '
(2) Le Gbmdrb, in Traité de médecine^ l, p. 518 el ss.
donnant la colpration rouge au contact du perchlorure de fer) serait peu toxique et nullement particulier aux cas de coma. Cependant West considère la présence de la réaction du fer comme plus sérieuse que celle de l'acétone.
Acides gras. — Les acides formique, acétique, hutyriqve^ valériquCy propionique, etc., sont également dérivés des matières albuminoïdes et n'apparaissent dans Purine que lorsque les oxydations sont entravées. Leur constatation n'a pas plus d'importance en clinique, que celle de l'acidité exagérée de l'urine ; ils correspondent à un ralentissement de là nutrition et contribuent, pour leur part, à constituer les dyscrasies acides qui dominent la pathogénie d'un si grand nombre de maladies.
Graisses. — Le passage des graisses dans l'urine a une signification sémiologique des plus sérieuses ; il peut être dû, d'après M. Ghabrié, aux causes suivantes :
1® A la présence d'un parasite dans le sang ; le fonctionnement du rein n'en paraît pas impressionné relativement à la sécrétion des principes normaux. La graisse est plus abondante dans l'urine de la nuit ;
20 A certains cas pathologiques et, en particulier, à celui d'un mal de Bright, la lipurie étant d'ailleurs assez l^ère ;
3o A l'ingestion abondante des graisses ;
164 SÉMIOLOGIE URINAIRE
4* A la rétention intestinale (hernie étranglée chez rhomme)!*).
Ce phénomène pathologique répond donc en définitive, à deux entités morbides distinctes : la chyluHe et la lipurie. Nous les étudierons en détail, dans la troisième partie de ce livre.
En dehors des corps ternaires dont noua venons de parler, nous devrions, pour être complets, dire quelques mots d'autres substances anormales qui méritent d'être signalées. C'est d'abord le groupe des corps de la série aromatique : le phénol, le crésol, Vindol et le scatol ». Ces corps, dit le professeur Lambling, sont en partie résorbés dans le tube digestif et s'éliminent par les urines à l'état de dérivés sulfo-conjugués, c'est-à-dire de dérivés éthérés de l'acide sulfurique, phénylsulfates, crésylsulfates, indoxylsulphates, etc., de potassium. Ces composés sont d'autant plus abondants dans l'urine que les putréfactions intestinales post-digestives ont été plus actives, et l'on sait que le dosage de l'acide sulfurique de ces sulfo-conjugués constitue aujourd'hui un moyen précieux pour mesurer l'intensité de ces phénomènes de putréfaction, ou l'efficacité d'un antiseptique intestinal (Bouchard) ('). »
Nous parlerons de Vindol et du scatol à propos de la sémiologie des pigments.
(1) In GuYON, loc. cit ., p. 430.
(2) Lamblino, loc, cit,, p. 174.
G3rstine. — Enfin, au groupe des déchets à la fois sulfurés et azotés appartient la cystine^ dont on s'est beaucoup occupé ces temps derniers et à laquelle le docteur Moreigne a consacré une étude des plus documentées (*). Disons de suite avec ce savant que la cystinurie est une affection extrêmement rare; sans lui enlever son intérêt théorique, ce caractère de fait exceptionnel la rend pourtant moins intéressante au point de vue pratique. Aussi nous bornerons-nous à transcrire ici les principales con^ clusions du docteur Moreigne :
« La cystinurie est une affection, ou plutôt un état particulier de l'organisme, extrêmement rare, qui doit son nom à la présence dans l'urine d'un corps de nature spéciale, la cysiine.
L'importance pathologique de la cystine tient aux troubles qu'elle peut occasionner mécaniquement : elle donne généralement lieu, par élimination de graviers cystiniques, à des coliques néphrétiques et, dans certains cas, elle forme des calculs dans la
vessie.
Les urines qui ont été examinées sont acides au tournesol, peu colorées, à reflet jaune verdâtre et laissent déposer en général de la cystine à l'état sédimenteux sous forme de plaques hexagonales. En un mot, elles offrent les caractères communs aux urines des cystinuriques dont l'appareil urinaire est en bon état.
(1) MoREiONB, Élîide sur la CystinuriCy 1899. Cf. aussi Chabrié, loc, cit. y p. Ifô et s.
SEMIOLOGIE URINAIRE
Tous les résultats de mes analyses tendent à établir que la cystinurie est caractérisée par un état de l'économie dans lequel la nutrition est ralentie. Il y a diminution dans l'activité des échanges iûtraorganiques, ou encore, sous une autre forme, il y a exagération de la vie anaérobie des cellules et arrêt partiel des oxydations. »