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III. — Urine des période* chroniques aYaneées

Lécorché et Talamon en décrivent deux variétés bien distinctes : le type aWumineux et le type polyurique.

« Dans le type albumineux, l'urine est pâle, décolorée, d'un jaune tirant sur le vert ; elle est le plus souvent trouble, comme opalescente. Elle mousse facilement quand on Tagite ou quand on la verse d'une certaine hauteur dans un vase. Elle est ordinairement acide au moment de l'émission ; le degré de Tacidité est très variable, suivant les cas ; rarement elle est neutre ou alcaline. Elle laisse déposer un sédiment peu abondant ; le microscope y montre différents cristaux, des granulations graisseuses, des cellules épithéliales, de nombreux leucocytes et des cylindres granulo-graisseux, hyalins et colloïdes (^). »

La quantité d'urine est tantôt au-dessous, tantôt au-dessus de la normale. La densité est toujours abaissée. L'albuminurie est abondante, rarement au dessous de 3 ^/o, d'ordinaire de 4 à 10 <^/o.

La diminution considérable de tous les matériaux solides est un des caractères les plus importants de ce type.

Le type poly urique est marqué par l'augmentation du volume de l'urine, qui dépasse toujours 2 litres

(1) Cf. Lécorché, loc, ci7., p. 464.

298 SÉMIOLOGIE URINAI RE

par 24 heures et atteint d'ordinaire trois à quatre litres.

« L'urine est en général claire, limpide, à peine colorée, ou présentant une teinte citrine, jaune d'ambre ; elle ne laisse pas déposer de sédiments : elle est faiblement acide. La densité est en rapport avec l'abondance de la polyurie ; elle peut tomber à 1003, 1002 ; elle varie ordinairement de 1005 à 1010. L'urine des douze heures de la nuit est toujours de beaucoup plus abondante que celle des douze heures du jour. Il est très difficile de constater au microscope, dans de pareilles urines, la présence de cylindres ; l'extrême dilution du liquide sécrété en rend la recherche à peu près impossible ('). »

L'albuminurie est peu prononcée et varie entre 50 centigrammes et 2,50 par litre.

I¥. — Urine de la période termliiale.

Il faut entendre ici par période terminale « la période plus ou moins courte qui précède la mort, quand cette mort est le fait de la lésion rénale même, arrivée aux derniers termes de son évolution (^). »

Les deux caractères constants de ces urines sont : Yoligurie allant jusqu'à l'anurie et la réduction au minimum des matériaux solides.

En général, l'urine reste claire et décolorée. L'urée

(1) Légorché, loo. cit.j p. 456.

(2) h.., ibid., p. 468.

tombe de 2 à 4 grammes par 24 heures ; il n'y a plus que des traces d'acide urique et d'acide phosphorique.

L'albuminurie est constante aux approches de la mort.

Les divers types d'urines que nous venons de décrire, d'après Lécorché et Talamon, sont souvent considérés par les auteurs comme symptomatiques de telle ou telle variété du mal de Bright ; c'est ainsi, par exemple, que le type qui se traduit par ro^i^wri^ et une albuminurie abondante a été rapporté à la néphrite parenchymateuse chronique, tandis que le type à polyurie et à albuminurie faible correspondrait à la néphrite interstitielle.

Lécorché et Talamond n'admettent pas cette délimitation basée sur les caractères de l'urine, et pour eux, aucune variété anatomique du mal de Bright ne saurait revendiquer un de ces types urinaires à l'exclusion des autres. « Chez le même malade, disent-ils, on voit se succéder ces différents aspects... et les types décrits sont seulement en rapport avec les périodes de la maladie (*). »

Mais, s'il est impossible de déterminer, par le seul examen de l'urine, à quelle forme spéciale de néphrite on a affaire, on peut, au contraire, en suivant avec attention la variation de certains éléments urinaires, en déduire des conditions sémiologiques utiles au pronostic.

C'est ainsi que la diminution du volume, l'oligurie,

(1) LÉCORCHÉ, loc. cit.f p. 473.

300 SÉMIOLOGIE URlNAinE

et à plus forte raison ranurie, correspond à des poussées aiguës ou subaiguës. « Elle est plus ou moins marquée, plus ou moins prolongée, continue ou intermittente ; mais, tant qu'elle persiste, elle indique une aggravation de l'état local, ou une addition de lésions nouvelles aux altérations préexistantes (*). »

Les variations de la quantité (Talbumine sembleraient devoir indiquer la profondeur et l'ancienneté de la lésion rénale ; mais il n'en est rien, car elles sont sous la dépendance de nombreux facteurs, dont les deux principaux sont ; l'étendue de la surface glomérulaire altérée et l'état local de la circulation. Cependant on peut dire que l'albuminurie est plus abondante dans les poussées aiguës primitives et secondaires et plus encore dans celles-ci que dans celles-là.

« Tant que la quantité d'albumine reste élevée, on peut être certain que le travail d'inflammation glomérulaire s'étend ou s'aggrave, qu'on ait ou non réussi à relever la pression et la vitesse du courant sanguin. La guérison ou la détente de la poussée aiguë est marquée par la diminution de l'albuminurie.

Dans les périodes latentes, l'albuminurie est toujours minima ; les lésions sont limitées à quelques groupes de glomérules, dont le nombre peut d'ailleurs s'accroître progressivement, par une succession

(1) Lécorché, loc. cit.^ p. 474.

l'urine dans les maladies du rein 301

lente du processus, lequel n'envahit pour ainsi dire les glomérules qu'un à un, les premiers atteints subissant la transformation fibreuse ultime, pendant que les autres présentent à leur tour les altérations initiales de la glomérulite subaiguë. Les intermittences habituelles de l'albuminurie dans ces cas s'expliquent par les variations de la circulation rénale(*). »

La diminution de Twr^^ est toujours l'indice des périodes actives de la maladie ; dans les périodes latentes, on ne saurait poser de règle absolue. Si l'on veut tirer, disent Lécorché etTalamon, quelque élément de pronostic de la comparaison des proportions d'urée avec la quantité d'eau excrétée, nous croyons qu'il faut dire :

Dans les périodes d'oligurie, le pronostic est moins grave et le trouble fonctionnel du rein moins prononcé, quand la quantité totale d'urée est élevée, que lorsqu'elle est faible.

Dans les périodes de polyurie, une forte proportion d'urée indique un état général satisfaisant, une faible proportion, une tendance à la cachexie (*).

Un autre élément de pronostic dont il faut, à notre avis, tenir grand compte dans les néphrites, est la présence dans l'urine des éléments figurés du rein, et, en particulier, des cylindres. Nous estimons que sur cette question des cylindres urinaires il faut

(1) Lécorché, loc. cit., p. 480.

(2) Id., ibid, p. 515.

302 SÉMIOLOGIE URINAIRE

souscrire sans réserve aux conclusions suivantes du docteur Labadie-Lagrave :

La présence dans l'urine de cylindres hyalins ou granuleux en très grand nombre est un signe certain de néphrite. Si de plus les cyJindres granuleux sont en minorité, et si à la face externe des cylindres hyalins adhèrent des cellules épithéliales intactes, des globules rouges et blancs, c'est une preuve qu'on a affaire à une néphrite aiguë. Au contraire, dans la néphrite chronique les cylindres granuleux prédominent.

Dans les cas d'albiuninurie liée à l'état fébrile ou à une simple stase veineuse du rein, l'urine ne renferme qu'un très petit nombre de cylindres.

De même dans les cas de néphrite atrophique et dans la plupart des cas de dégénérescence amyloïde.

Au début de la néphrite albiuninurique, ce sont en général les cylindres amorphes et minces qui l'emportent sur les cylindres larges et granuleux. La prédominance des cylindres larges est un signe pronostique fâcheux qui dént)te la suppression fonctionnelle d'une grande portion du parenchyme rénal. En effet, tant que le liquide qui traverse le filtre rénal est soumis à une pression considérable et ne rencontre pas des résistances excessives à son écoulement, il détache avec une grande facilité les cylindres des canalicules les plus étroits, et ces productions morbides n'auront pas le temps de subir la transformation granuleuse. Quand les résistances à l'écoulement de l'urine s'accroissent, les, cylindres

l'urine dans les maladies du rein 303

proviendront surtout des tubes droits au calibre le plus large, d'où ils peuvent être détachés : encore séjourneront-ils assez longtemps sur place pour devenir granuleux.

Quant aux cyUndres cireux, il est inexact de prétendre qu'on les rencontre dans les seuls cas de dégénérescence amyloïde. Leur présence dans l'urine dénote l'existence d'une lésion rénale grave et de vieille date ; jamais on ne trouve cette variété de cylindres dans les cas d'albuminurie passagère.

Seuls, les cylindres hyalins, incolores et de petit calibre, se montrent dans toute espèce d'urine albumineuse. On les rencontre constamment dans les urines qui renferment des cylindres granuleux ou cireux (»). »

Nous ne nous appesantirons pas davantage sur la question des cylindres urinaires que nous avons déjà traitée à propos de la sémiologie des sédiments.

II. — Congestions rénales. — Le professeur A. Robin divise les congestions rénales en actives et passives,

« Les premières, dit-il, sont assez fréquentes, mais habituellement méconnues ; car, si l'on n'examine pas l'urine, on pense qu'il s'agit de lumbago, de fièvre catarrhale herpétique ou d'embarras gastrique. Si l'on regarde l'urine, on constate une couleur bouillon de bœuf à reflets rougeâtres, un

(1) Labadie-Laqrave, Urologie clinique, p. 382,

304 SÉMIOLOGIE URINAIRE

asfect trouble, de l'albumine en abondance, de nombreux globules rouges et blancs avec des cylindres hyalins et épithéliaux dans le sédiment ; alors, ridée d'une néphrite aiguë vient aussitôt à l'esprit... L'albiuninurie, si abondante qu'elle soit, est essentiellement transitoire, et, en quelques jours, tout rentre dans la normale (*). »

Dans la congestion rénale passive, qui est ordinairement la conséquence d'une stase veineuse généralisée, les urines sont concentrées, foncées, chargées de sédiments d'urates, acides, à densité élevée ; elles contiennent des globules rouges et quelques cylindres hyalins ^Labadie-Lagrave).

¥• — L'urine dans les pjéUteu et les pyélo-néphrltes.

La pyélite, ou inflammation du bassinet, est, le plus souvent, d'origine calculeuse et la conséquence d'une lithiase rénale ; elle peut être aussi le résultat d'une infection microbienne (néphrite ascendante), ou d'une aflection des voies urinaires (cystite infectieuse).

Dans les pyélites consécutives à une affection des voies urinaires, l'urine est alcaline; le sédiment renferme des globules de pus, des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien,desépithéliums et des bactéries.

(1) A. Robin, Traité de thérapeutique , fasc. II, p. 23.

l'lrine dans les maladies du rein 305

Les cellules épithéliales sont ici caractéristiques, par leur forme spéciale, que nous avons déjà décrite et qui est celle des cellules des bassinets et des reins.

Le symptôme dominant est la présence du pus dans l'urine. Cette pyurie constante et abondante a fait donner à ces malades le nom de « pisseurs de pus (Guyon). » Nous avons vu que ces urines ne s'éclaircissent jamais complètement après repos : « Ce symptôme, observe le docteur Desnos, est caractéristique et très important pour le diagnostic de' la cystite (*). »

Enfin, la polyurie est constante.

Le début de la pyélite peut être brusque ; dans ce cas, les urines sont rares, troubles, parfois même sanguinolentes.

Le plus souvent l'invasion est lente et ce sont alors les troubles urinaires qui s'observent en premier lieu. Il y a d'aboi*d de la polyurie claire, puis de la polyurie trouble. Les urines sont lactescentes, parfois verdâtres ; elles laissent déposer des sédiments formés de pus et de cristaux. Elles restent souvent acides, contrairement aux lU'ines de la cystite purulente, qui sont ordinairement alcalines (Gaucher et •Gallois).

Disons tout de suite, avec le docteur Guyon et Noël Haîlé, que l'étude de la réaction urinaire n'est d'aucun secours pour différencier la pyélite et la pyélo-néphrite d'avec la cystite. « Tout ce qui a été

(1) Desnos, Traité des maladies des voies urinaires^ p. 790.

906 SÉMlOLOGie URINAIRE

écrit à ce sujet, sous Tinfluence des notions incomplètes sur la fennentation ammoniacale, est erroné : l'alcalinité, a-t-on dit, indique la provenance vésicale du pus ; l'acidité, la provenance rénale. Or, dans le plus grand nombre des cystites purulentes, l'urine reste acide ; et la fermentation ammoniacale, accident et variété de l'infection, s'observe aussi bien quand la vessie est seule en cause, que lorsque le rein prend part aux lésions (*). »

La détermination de la flore microbienne n'a pas davantage de valeur sémiologique ; toute urine purulente, à quelques rares exceptions près, contient des germes ; les plus communs sont : le coU-bactUe^ le staphylocoque et le streptocoque.

Observons pourtant que la recherche du hacille de Koch doit toujours être faite dans les urines purulentes. Comme le dit Guyon : les « pisseurs de pus > appartiennent au groupe des tuberculeux et des tuberculisables. Le docteur Halle estime qu'on peut évaluer à pins d'un tiers les résultats positifs de la recherche du bacille de Koch dans les urines puru^ lentes où le clinicien a quelque raison de soupçonner la nature tuberculeuse des lésions(*).

A nos yeux, le moyen le plus sûr de différencier les pyélites des cystites découle de l'examen histologique des éléments mélangés au pus. Dans les pyélites et les pyélo-néphriles seules^ à l'exclusion.

(1) N. Halle, Traité de pathologie générale, t. V, p.

(2) Id., i6td., p. 2i0.

l'urine dans les maladies du rein 307

des cystites, on rencontre les cellules caractéris' tiques de i'épithélium des bassinets ; nous avons vu que ce sont des cellules rondes, à protoplasma granuleux et à noyau très volumineux. Les cylindres ne se rencontrent jamais dans la pyélite simple et rarement dans la pyélo-néphrite-

¥1. — li'Urine daim la Tuberculose rénale.

La constatation du bacille de Koch dans l'urine est ici le principal élément de diagnostic ; on le trouve, de préférence, dans de petites masses caséeuses mélangées au pus.

L'hématurie est fréquente et souvent extrêmement faible ; le pus est généralement abondant.

La polyurie apparaît souvent dès le début de l'infection. L'albuminurie est constante.

Voici, d'après le docteur Desnos, les trois principaux caractères de l'urine dans la tuberculose rénale :

La polyurie est claire à la période de début : elle survient par accès correspondant soit à des poussées de congestion rénale, soit, et plus souvent, à l'exagération des douleurs vésicales.

La pymHe^ qui caractérise une période avancée, se présente sous la forme de polyurie ti^ouble. Il se forme en outre au fond du vase un dépôt généralement peu abondant qui, vu de près, apparaît strié, formé de stratifications (Guyon) souvent séparées par une teinte rosée ou rougeâtre.

308 SÉMIOLOGIE URINAIRE

Vliémaiurie, symptôme de début, peut revêtir trois formes (Guyon) : a) mélange complet du sang et de l'urine ; b) sang survenant après la miction seulement; c) grumeaux purulents striés de sang. La seconde de ces formes s'observe aussi dans la tuberculose vésicale, la première et la dernière sont particulières à la tuberculose rénale (*).

¥11. — L*Urine dans le Caacer du Bêla.

L'urine est peu modifiée dans les tumeurs, même malignes, du rein. Le symptôme le plus important pour le diagnostic précoce, mais qui n'a rien de caractéristique, est Yhématurie. Elle existe dans plus de la moitié des cas chez l'adulte. Les caractères de cette hématurie sont les suivants : généralement abondante, elle apparaît brusquement et procède par accès d'une durée assez longue qui varie de trois à six jours, revenant à de longs intervalles distants de quelques semaines à plusieurs mois (Desnos). « C'est un signe d'une importance telle, dit le docteur Desnos, que toute hématurie d'origine rénale se montrant en l'absence de calculs doit faire penser à un néoplasme (*). »

L'évacuation de. caillots, allongés en forme de sangsues, moulés sur l'uretère, est extrêmement rare ; elle ne s'observe qu'à une période avancée de la maladie, quand le bassinet est envahi (Halle).

(1) Desnos, loc. cil., p. 856.

(2) Id., ibid., p. 843.

— L^Urliie dans Ia Ghylarle.

« On désigne, dit le professeur Robin, sous le nom de chylurie l'état pathologique dans lequel les urines renferment des matières grasses émulsionnées et accompagnées d'un élément caractéristique du chyle ou de la lymphe (*). »

Les caractères généraux des urines chyleuses sont les suivants, d'après le même auteur : « Elles se recouvrent après repos d'une pellicule crémeuse ; fréquemment elles se coagulent spontanément et l'on voit de gros caillots blanchâtres ou rougeâtres occuper le fond du verre où on les recueille. On y rencontre de la fibrine, de la serine, de la globuline et des peptones. La coloration des urines purement chyleuses est blanc jaunâtre, opaque. Mais la présence du sang est habituelle et leur donne une coloration qui varie du brun au rouge foncé vin de Porto ou au brun sale. D'autres fois, dans le liquide blanchâtre on voit nager des caillots allongés, rouges ou gris rougeâtre (*). »

On distingue deux variétés de chylurie : la chylurie parasitaire^ spéciale aux pays chauds, et la chylurie non parasitaire^ ou chylurie 7iostras, Urologiquement, ces deux modalités pathologiques ne se distinguent que par la présence ou l'absence du parasite.

On sait que le parasite de la chylurie est la Pilaire

(1) A. Robin, Traité de thérapeutique, II, p. 296.

(2) Id., ibid.

310 S£.VIOEX)GIE URINAIRE

du sang, ver nématode, qui est le véritable agent pathogène de cette maladie, endémique au Brésil. On le rencontre dans Turine sous forme de larve ou d'embryon vermiforme cylindrique. Nous avons eu occasion de Tobserver une fois dans l'urine d'un habitant de la Martinique. Quelques auteurs croient que la fîlaire ne joue qu'un rôle secondaire et n'est pas indispensable pour expliquer la çhylurie. Celle-ci reconnaîtrait une origine mécanique qui a son point de départ dans une altération fonctionnelle ou lésionalè du système lymphatique (').

Ce qui est certain, c'est que la çhylurie nostras est indépendante de tout parasite, et comme elle se présente avec les mêmes signes cliniques que la çhylurie des pays chauds, il semble en effet rationnel de lui attribuer une cause commune ; ayant eu la bonne fortune de rencontrer un cas de çhylurie nostras bien caractérisé, nous croyons utile de le décrire avec quelques détails. Voici l'observation telle que nous l'avons publiée en 1899 (*).

La malade dont il s'agit est une femme de la campagne, âgée aujourd'hui d'une soixantaine d'années ; elle travaille dans une ferme du département de l'Allier. Son urine nous a été envoyée par le T)^ Joly de Montvicq (Allier), qui nous signalait en même temps les particularités suivantes : cette femme rend des urines chyleuses depuis vingt ans

(1) Cf. Robin, toc. cit,

(2) C. Vieillard, Un Cas de çhylurie non parasitaire.

et dit que ce trouble urinaire lui est survenu à la suite de sa dernière couche. Détail curieux, elle ne rend jamais d'urines chyleuses le jour, lorsqu'elle Abaque à ses occupations. Ce ne sont que les urines de la nuit qui sont laiteuses, excepté toutefois si elle ne se couche pas. Par contre, si elle vient par hasard à dormir une partie de la journée, les urines deviennent aussitôt chyleuses. Le passage du chyle dans l'urine est donc lié au décuMtus dorsal, le chyle ne passant jamais pendant la période d'activité quotidienne.

Les urines nous ont été expédiées en deux vases séparés, celle du jour d'une part, et celle de la nuit de l'autre. L'urine du jour, non chyleuse, atteint un volume total de lOlS^^'^et celle de la nuit, qui est chyleuse, un volume de 625", soit en tout pour l'excrétion des 24 heures, 1640".

L'analyse chimique de ces deux échantillons d'urine a donné les résultats suivants :

Urine chyleuse Urine non chyleuse (nuit) (jour)

Volume 625"

Aspect laiteux

Govkur blanc gris

Réaction ^très acide

Densité 1.020

Extrait sec 3i.37

Matièrds organiques. . . 27.50

Cendres 6.87

Azote total 8.28

— de Turée 7.42

louche

jaune foncé

alcaline

312 SÉMIOLOGIE URINAIRE

Urine chyleuse Urine non chyleuse (nuit) (jour)

Urée 15.88 16.29

Acide urique non dosé 0.042

Acide phosphorique ... 1 . t5 1 .72

Chlorare de sodium... 9.50 11.67

Albumines diverses... 5.93 néant

Graisse.... 18.12 »

Sucre néant »

Indoi néant traces faibles

Les chiflres ci-dessus représentant la totalité de Texcrétion pour chaque période diurne et nocturne, nous aurons, en les additionnant, Texcrétion globale des 24 heures.

• Extrait sec 82.07

Matières organiques 55.92

):"^ndres 26.15

Azote total 16.31

Azote de Turée 15.03

Urée 32.17

Acide urique

Acide phosphorjque 3.57

Chlorure de sodium 17.60

Considérés dans leur valeur absolue ces chiffres sont tous supérieurs à ceux de l'excrétion normale, sauf pour l'acide urique qui semble n'exister qu'à l'état de traces dans cette urine. Au point de vue de leur valeur relative, c'est-à-dire de leurs rapports, ils fournissent les rapports d'échanges nutritifs suivants :

Rapport des sels à Pextrait 31 p. lOO

azoturique 92 —

— de Ph^O» à l'urée 11 —

Ces rapports oscillent tous autour de la normale avec une légère tendance à la dépasser, d'où l'on pfeut tirer cette conclusion que les échanges nutritifs sont plutôt exagérés que ralentis dans l'espèce.

L'examen microscopique de l'urine chyleuse nous a permis d'y constater :

lo Un nombre incalculable de granulatioos moléculaires couvrant uniformément tout le champ de Tobjectif et constituées par de la matière grasse très ànement éroulsionnée.

2* Un très grand nombre de globules blancs mono et polynucléaires ;

3^ Quelques hématies, relativement peu nombreuses ;

4« Enfin, quelques rnres cellules vésicales. D'ailleurs aucun élément bistologique d'origine rénale.

Ce même dépôt, examiné au point de vue bactériologique, renfermait les espèces microbiennes suivantes :

a) Un très grand nombre de bactéries banales de Turine, identiques au bacillus urew de Miquel ;

b) Un assez graod nombre de staphylocoques et enHn un assez grand nombre de streptocoques en chaînettes plus ou moins longues.

Quant au sédiment de l'urine non chyleuse, il consistait uniquement en granulations amorphes de phosphates terreux et en nombreux cristaux de triple phosphate ; aucun globule de graisse, aucun globule blanc. Ajoutons que cette urine était vraisemblablement devenue alcaline pendant le voyage et qu'à ce titre la présence de ces éléments du chyle ne faisait d'autre part que confirmer les données de l'analyse ch'mique.

En présence de ces résultats analytiques et des renseignements fournis par le médecin traitant,

314 SÉMIOLOGIE URLXAIRE

quelles conclusions peut-on tirer de ce cas particulier pour en expliquer la pathogénie?

Tout d'abord, il faut se rappeler ce fait très curieux de l'intermittence de la chylurie liée au décubitus dorsal. Tout extraordinaire qu'il puisse paraître au. premier abord, ce phénomène pathologique n'est pas unique dans la littérature médicale de la chylurie. . Nous avons pu trouver dans des observations très complètes de médecins anglais des cas de chylurie intermittente absolument identiques à celui qui fait l'objet de cette note. En voici un, entre autres, du D' Gubitt, rapporté par Lionel Beale dans son traité de l'urine et des dépôts urinaires. Nous n'en transcrirons ici que les points les plus typiques.

De temps en temps, dit l'auteur de l'observation, et sans cause apparente, l'urine reprend son aspect normal, mais ce fait est rare et ne dure jamais plus de deux ou trois jours. Jamais il ne lui est arrivé (à la malade), de rendre de l'urine laiietAse pendant la journée; ce n'est que Vitrine rendue le matin après le sommeil de la nuit qui présente ce caractère (Beale, p. 307).

L'analyse des urines de cette malade a fourni au D"^ Beale les mêmes résultats que ceux que nous venons de transcrire. L'urine chyleuse de la nuit contenait 13 grammes de matière albumineuse et 139'"90 de matière grasse. Le deuxième échantillon ne renfermait aucune trace d'albumine et de graisse- « La présence dans le premier échantillon, dit le D' Beale, d'une proportion si considérable de matières

grasses combinées peut-être avec ralbumine et V absence complète de ces matières dans le deuxième échantillon constituent un fait très intéressant, en connexion avec la patliogénie de cet état étrange. » (Beale, p. 319.)

Le D' Golding Bird cite un cas analogue dans lequel l'urine du matin était seule cbyleuse, tandis que celle qui était excrétée quelques heures plus tard était claire, pâle et transparente.

Ces faits de chylurie, exclusivement, ou tout au moins,avec prédominance nocturne,sont aujourd'hui bien connus. Le docteur Ghabrié en rapporte un grand nombre d'observations dues à Brieger, Armin Huber, et à lui-même (*). Le cas de Brieger a trait à une chylurie non parasitaire ; l'urine de la nuit était seule chyleuse, tandis que celle du jour, claire, limpide, de couleur jaune paille, ne contenait jamais de sucre ou d'albumine, ni de graisse.

L'analyse suivante du docteur Ghabrié se rapporte, au contraire, à la chylurie parasitaire :

Quantité .

Densité .• Héaction .

Couleur . .

OJeur....

Aspect . . .

Dépôt. . . .

635 centiiti. cubes.

lOit.

alcaline.

thé au lait.

de tang.

trouble.

hématies , cellules épUhéliales vulvaireSytrès grande abondance de globules rie graisse, cristaux de graisse, Abrrne.

370 centimètres cabes.

alcaline.

thé au lait.

fraîche, de sang.

louche.

hématies nombreuses, araez (rrande abondance de cellules épilhéliales vulvaires et vésicales, crist-mx de graisse. Cylindres de granulations graisseuses mesurant 20 a 30 (A.

Beaucoup de globules dw* graisse.

Caillots sanguins.

(1) Ghabrié, /oc. cit. y p. 139.

316 SÉMIOLOGIE URINAIRE

Glucose \

Indican ' pas a .

Pigmenls biliaires \

Albumine 40r,5O 89r,60

Graifisee 39r,50 OgrJS

Urëe 180r.92 18gr,61

Chlorures 7gr,20 89r,50

Acide phospborique Sgr.OO 3gr,00.

Nous n'avons pas à discuter ici la théorie invoquée pour expliquer le passage du chyle dans la vessie ; il nous paraît rationnel d'admettre une cause mécanique qui permet la communication des lymphatiques voisins des mretères avec ceux-ci, ou l'un d'eux seulement.

Ajoutons qu'une observation très intéressante de Havelburg, rapportée par Bizzozero, établit formellement le passage direct du chyle dans les uretères. La malade ayant succombé, on trouva une dilatation considérable des lymphatiques du côté gauche du bassin, formant une sorte de sac irrégulier, dilaté çà et là, qui, perforant la paroi vésicale, formait dans le réservoir une saillie d'où la pression faisait écouler un liquide chyleux. (Bizzozero, p. 499).

Quant au trouble nutritif qui pourrait être la conséquence, parfois même la cause, de la chylurie, il ne semble pas très accentué, au moins dans le cas que nous avons observé. Cependant le professeur Robin a recueilli certains faits qui tendraient à prouver la réalité de ce trouble nutritif. Ainsi, il a constaté la diminution du coefficient d'oxydation azotée, l'augmentation notable des pertes en potasse, en chaux et en magnésie, tandis que les pertes en

l'urine dans les maladies du hein 317

acide phosphorique, en chlore et en soude semblaient plutôt restreintes (*).

La présence du streptocoque, dans le cas qui nous est personnel, ne semble pas autrement intéressante, d'autant que Turine n'ayant pas été recueillie purement, nous ne pouvons à cet égard formuler aucune hypothèse sérieuse. La question mériterait toutefois d'être reprise au point de vue bactériologique, mais nous inclinons fortement à penser que l'infection urinaire est ici un épiphénomène et ne joue pas un rôle pathogénique direct.

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