AVANT-PROPOS
L'incontestable utilité du jeu de guerre est aujourd'hui chose généralement reconnue et appréciée. Néanmoins, nous voyons chaque jour abandonner des tentatives à peine entreprises. Ceci doit surprendre en présence des excellents ouvrages qui ont été écrits sur la matière et au moyen desquels on a pratiqué et on pratique encore le jeu en maints endroits, avec grand succès. On est
donc porté à se demander quelle peut être la cause de cet abandon et du peu de succès relatif du jeu de guerre.
Le plus sauvent, lorsque je me suis enquis des motifs pour lesquels on ne pratiquait plus le jeu, il me fut répondu : Nous n avons personne qui s'entende à le diriger convenablement.
Cette allégation, pour autant qu'elle se rapporte à l'appréciation des situations militaires qui se présentent dans le cours d'une partie, ne peut pas être considérée comme fondée. Évidemment, la conduite du jeu exige la connaissance de la tactique des différentes armes, ain^i que leur force de résistance; mais l'instruction préalable des officiers leur aura donné les bases de cette connaissance; la pratique du jeu ne fera que les développer et les affermir.
Tout officier supérieur, depuis le grade de major inclus, peut se trouver dans le cas, aux manœuvres, d'avoir à commander des
détachements des trois armes; il est donc indispensable que ces ofBciers se préparent d'avance à de telles éventualités en s'appliquant à résoudre les problèmes que le jeu de guerre leur oflFre.
Nous admettons pour un instant que Tinstruction militaire préparatoire des jeunes officiers présente parfois certaines lacunes, que les décisions mômes de l'arbitre ne soient pas toujours inattaquables; mais pareilles choses ne se présentent-elles pas dans toute opération militaire? Non seulement elles se rencontrent, mais elles sont même très fréquentes sur le terrain et avec des troupes exercées.
Ce n'est donc pas dans les raisons qui précèdent qu'il faut chercher l'insuccès du jeu de guerre, mais bien, pour autant que j'ai pu l'observer, dans les difficultés sans nombre auxquelles se heurtent les débutants, dans le maniement des tables de décisions, tableaux de pertes, etc.
Evidemment, celui qui n'aura appris le jeu que par la lecture des livres, qui ne l'aura jamais vu pratiquer et qui voudra se graver dans la mémoire les règles si multiples qu'il comporte, celui-là aura une tâche bien longue et bien ardue, s'il veut en arriver à savoir diriger convenablement une partie. C'est probablement ce qui, dans les petites garnisons surtout, aura souvent rebuté ceux qui auraient dû, en raison de leur grade ou de la position qu'ils occupent, prendre la chose sous leur direction.
Je ne veux en aucune façon ni méconnaître, ni amoindrir les services rendus par les diflFérents guides et instructions sur le jeu de guerre, avec leurs règles si complexes, leurs dés et leurs tables, ni même ceux qu'ils rendront encore par la suite.
Leur utilité consistera toujours en ce que l'arbitre y trouvera, pour tous les cas. des règles bien définies sur la capacité des différentes armes, les effets du feu et le choc à
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Tarme blanche. Le dé à jouer laisse, comme dans la réalité, une certaine part au hasard et au bonheur.
La question de savoir si ce ne serait pas ajouter à Tefflcacité du jeu que de le débarrasser de ses innombrables règles et de son fatras de tables et de tableaux, doit, à mon sens et d'après l'expérience que j'en ai faite, être résolue aflSrïaativement.
Les résultats militaires que l'on cherche à obtenir par le jeu de guerre sont identiquement les mêmes que ceux que l'on atteint par les différents voyages d'état- major :
l'état-major général en fait exécuter sur une très vaste échelle, tant par les états-majors particuliers que par les écoles de guerre, corps de cavalerie, etc. Dans aucun de ces exercices on n'a eu l'idée de faire décider de la réussite de telle ou telle opération par le hasard d'un dé à jouer; mais toujours c'est le directeur qui a donné sa décision, selon sa manière de voir; on n'a pas non plus
reconnu nécessaire de préciser chaque fois et dans leurs détails les eflfets du feu, du choc, etc.; il suffit, lorsqu'on a saisi le résultat général, de pouvoir déterminer si une troupe a subi de grandes pertes, si elle est tellement ébranlée que sa force de résistance en soit sensiblement diminuée ou si elle peut encore résister au feu ennemi et continuer la lutte.
On peut donc fort bien appliquer dans le cabinet et avec des cartes, les principes et les moyens employés sur le terrain pour les voyages d'état-major. Naturellement, il se présentera certaines diflférences. Dans les opérations à l'aide de cartes, le travail des reconnaissances préalables, par exemple, fait défaut; par contre, elles procurent une grande économie de temps, puisqu'elles permettent de représenter en quelques heures des opérations qui, sur le terrain, demanderaient une ou plusieurs journées.
En appliquant les principes que nous
venons d'exposer, les exercices sur les plans peuvents'exécuter de deux manières, selon réchelle , des cartes dont on se servira et selon le but qu'on aura en vue.
Les cartes d'état-major .conviennent surtout au jeu de guerre dit stratégique, qui permet de faire de vastes opérations, voire même de représenter des campagnes entières, avec de grandes masses de troupes. L'échelle réduite de ces cartes empêche de bien exprimer les détails tactiques ; aussi n'emploie-t-on,pour ce jeu, ni pions de section, ni même de pions de compagnie.
Veut-on, par contre, se servir de cartes au 8,000'' dont il a été fait usage jusqu'à ce jour, on appliquera dans ce cas les principes formulés pour les voyages, d'état-major et on emploiera des pions de détail.
Cette façon de procéder abrégera de beaucoup le temps employé, dans l'ancienne pratique, à consulter les règles et les tableaux de pertes, et elle facilitera surtout l'étude du
jeu, étude aride dans laquelle tant de mili- . taires échouent.
Le mode adopté de placer sur les cartes toutes les troupes dès qu'elles sont en vue de l'adversaire, est extrêmement instructif.
Dans les voyages d'état-naajor, par exemple, on demande parfois à Fofficier sur le terrain môme : Figurez-vous une colonne d'infanterie sortant inopinément de ce village làbas. De très bons officiers, qui, dans la réalité et en présence de Tennemi, trouveraient immédiatement le meilleur parti à prendre, sont souvent embarrassés et ne parviennent même pas à se représenter ce qu*on leur demande. Ceci provient de ce que. cette faculté, ce sens de figuration n'est pas développé au même degré chez tout le monde.
Cette lacune est comblée en grande partie dans le jeu de guerre, par le placement de pions sur les cartes.
Le jeu de guerre peut donc s'employer efficacement de trois manières différentes,
avec plus ou moins d'extension, selon le but que Ton a en vue :
1** Le jeu de guerre stratégique avec emploi des cartes d'état-major, où il s'agit plutôt d'opérations et de manœuvres que de détails tactiques ;
2° Le jeu de guerre tel qu'il a été enseigné jusqu'à ce jour, avec ses règles, ses dés et ses différentes tables ;
S"" Le jeu de guerre au moyen de la méthode simplifiée avec emploi des cartes au 8,000®, ainsi que des pions, mais en faisant abstraction des anciennes règles, des tables de pertes et du dé à jouer.
Toute réunioû d'officiers fera choix de la méthode qui répond le mieux à son but.
Quel que soit d'ailleurs le mode choisi* la valeur de l'étude dépendra toujours du degré d'aptitudes et des facultés militaires que possédera le directeur.
Quant au jeu de guerre stratégique, tant d'officiers en Allemagne ont déjà pris part
aux voyages d'état-major, qu'il ne doit pas en manquer possédant les connaissances requises pour diriger ce jeu.
La méthode n^ 2 est traitée dans d'excellents ouvrages ; aussi, le présent travail n'at-il pour but que de donner une instruction et des explications pour celle qui est indiquée sous le n® 3. Cette méthode, cependant, n'est absolument pas nouvelle, car, il y a plus de vingt ans déjà, je faisais partie d'un cercle qui pratiquait le jeu d'après cette règle et je n'ai pas cessé, pour mon compte, en dehors du jeu stratégique, de le jouer de cette façon.
Le travail qui va suivre n'est fait que pour tenir lieu d'exemple à ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion de pratiquer le jeu d'après cette méthode.
J'ai pensé que la meilleure manière de vulgariser cette méthode consistait à représenter une opération conduite par un nombre restreint d'oflSciers, tel que serait, par exemple, celui d'un bataillon détaché.
Cette opération se ferait très facilement de vive voix en présence de la carte, mais par écrit elle présente des difficultés, à cause des calculs souvent assez longs que nécessitent la détermination des distances et celle des heures de départ et d'arrivée des différentes fractions de troupes engagées. J'en ai néanmoins tenté l'essai, dans l'espoir de répandre davantage Tétude de ce jeu, à la fois si utile et si intéressant pour tout officier. Je Tai notamment écrit pour l'usage de. ceux de ces Messieurs que les dés, les règles et les tables de chances et de pertes avaient
rebutés .