MÉTÉOROLOGIE
VBIITS.
La zone ou région des vents généraux qui soufflent toute Tannée , ordinairement du S.-E. , souvent de TE. , quelquefois du N.-E. , a pour limites au Sud , les vents variables qu'on trouve ordinairement vers le 28* degré de latitude , et au Nord, vers le 10* ou 1 22*, les vents de mousson , qui, depuis novembre jusqu'à la fin de mars , viennent du N.-O. et pendant le reste de Tannée d u S.-E. L'île Bourbon est placée dans cette zone.
Dans les syzgies , ces vents cessent de suivre leurs lois générales. On l'éprouve surtout depuis novembre jusqu'en avril. Leurs variations sont plus fréquentes maintenant qu'autrefois, si Ton s'en rap^ porte aux remarques des marins qui naviguent entre les lies Bourbon , Maurice et Madagascar. Ces variations ont toujours lieu de TE. vers le N. et suivent les autres aires de vent jusqu'à leur retour au S.*E. et à TE. Ainsi après une forte brise de S.-E. , le vent passe à TE. , où ordinairement le calme survient. La première fraîcheur qui le suit vient du N.-E. et du N. Le vent est faible alors, il augmente en approchant du IV .-O. ou de TO. ; mais dès qu'il est parvenu au S.-O. et au S.^ il est au maximum
de sa force, qui diminue jusqu'à ce qu'il soit revenu au S.-E.
Ces révolutions , tellement violentes quelquefois qu'elles reçoivent, suivant leur intensité, les noms de coup de Tent ou d'ouragan , ont vraisemblablement pour cause les obstacles que les vents généraux rencontrent dans leur cours ordinaire , par les variations qu'éprouve l'atmosphère dans cette saison. En effet , depuis décembre jusqu'en avril , espace de temps durant lequel la mousson du N.-O. règoe au sud de la ligne jusqu'au 12* degré et quelquefois au-delà , eUe s'avance le long des côtes de Madagascar jusqu'à l'extrémité Sud de cette Ile ; et quoique ces vents de la partie du nord ne s'éloignent pas beaucoup des côtes , ils détruisent néanmoins l'équilibre des vents généraux du S.-E. qui régnent au large , refoulent les nuages que ceux-ci ont amenés et font naître des calmes , favorisés également qu'ils sont par l'action du soleil qui est au zénith dans cette saison et dans cette partie du globe. Les vents généraux se trouvent donc resserrés du côté du N. par les vents de mousson , qui souvent dépassent leurs limites; ils le sont au Sud par les vents variables , qui , souvent aussi , s'avancent audelà de leurs bornes ordinaires, tandis que leur cours est arrêté par les vents d'O. qui proviennent des orages qu'occasionne la présence du soleil aux environs du tropique du Capricorne. Ils sont ainsi contenus dans un espace de douze à seize degrés; cette concentration augmente leur force: de là les ouragans qui ont des effets si terribles.
Cette théorie se trouve confirmée par les faits. Ja- mais un ouragan ne commence que du S.-E. et de TEst : aussitôt que le vent est passé au N. , c'est-à-dire à mesure que l'équilibre se rétablit, et que le courant d'air s'est presqu'entièreinent épuisé , la violence du vent diminue et s'amortit après avoir dépassé le S.
L'ouragan est ordinairement précédé de calmes et de chaleurs extraordinaires. L'atmosphère se charge de vapeurs épaisses ; la mer grossit sur les côtes , notaiument sur celles de la partie orientale ; le baro-* mètre s'abaisse extraordinairement.
D'autres signes se manifestent dans la partie sous le vent, abritée par les montagnes : à vrai dire, ces signes annoncent moins son approche de l'Ile que sa présence dans l'autre côté. Un bruit sourd se fait entendre dans l'intérieur ; il n'est autre que l'effet du vent déjà parvenu dans cette vaste coupe , et qui , arrêté par les hautes montagnes perpendiculaires dont ses bords sont formés à rO.,se replie sur lui-même en tourbillons , et tourmente les arbres des forêts. Mais bientôt les nuages déchirés sortent par les fissures où coulent les rivières et dépassent les montagnes. Les vents soufflant avec d'autant plus de violence qu'ils ont été comprimés davantage, viennent exercer sur les quartiers sous le vent les ravages dont ceux du vent ont été déjà le théâtre (i). Ils détrui-
(i) On se souvient à Bourbon des ouragans de 1751 ^ '77^^ 1773, qui rainèrent les anciennes clifeiries. Ceux de 1786, 1806 el 181 4 frappèrent surtout les gîrofleries qui donnent
6o sent les plantalions, déracinent les arbres, renversent les édifices. Les dégâts qu'ils y occasionnent sont généralement plus grands que de Tautre côté , où , Tenant de la mer, le vent suit à peu près la direction de la côte , tandis qu'ici les rafales sont plus fortes et plus inégales, et que la violence s'est accrue en raison des obstacles que la vitesse a rencontrés.
Pendant l'ouragan , la pluie tombe sans cesse ; les grains se succèdent sans interruption ; bientôt les rivières débordent, les ravines coulent en torrens, la communication est interceptée dans toute Ftle.
La violence du vent dure ordinairement douze à quinze heures du S -E. â TE. , et diminue successivemeut jusqu'à ce qu'après avoir parcouru les aires intermédiaires, il arrive au N.-O. et à l'O. Alors le calme succède.
Si ces signes ne présentent jamais aucune équivoque, rien n'annonce mieux l'approche de l'ouragan que le baromètre. En avril et en octobre , il se tient au bord I de la mer à aS pouces; en juin, juillet et août , il s'élève quelquefois de deux lignes ; en décembre', janvier et février, il se tient ordinairement à deux lignes au-dessous de 28 pouces, et reste ainsi stationnaire durant cette saison , s'il n'y a pas de dérangement dans l'état de l'atmosphère : mais si le temps se dispose à un coup de vent , le baromètre descend d'environ quatre lignes ; si l'abaissement du mercure est plus grand, l'ouragan est indubitable,
plus de prise au vent, les arbres étant plus élevés et plus couverts de feuilles.
6i surtout si le baromètre coniinue a baisser quand le coup de vent est déclaré. Pendant Fouragan , on voit quelquefois le baromètre baisser subitement de plusieurs lignes à l'approche d'un grain violent, et remonter dès que le grain est passé : quand il ne descend plus, on peut compter que le vent n'augmentera pas , et si l'ascension continue , on est certain que le vent diminuera.
L'ouragan si dangereux à terre, l'est encore plus pour les naviros mouillés dans les rades de l'ile. Un signal les avertit de son approche ; on les oblige ensuite à prendre le large. L'appareillage est facile sur la rade de Saint-Denis ; mais celle de Saint-Paul est , sous ce rapport , beaucoup moins favorable. Un navire qui ne mettrait pas sous voile dès les premiers avertissemens , serait très-exposé et en danger imminent de périr dans le^ moment où le vent , passant au N. et à TO. , bat en côte et concourt, avec une mer ordinairement affreuse , à jeter les bâtimens sur le rivage. Quelle que soit au surplus la facilité de l'appareillage dans la rade même de Saint-Denis , il est ar-^ rivé que des navires qui ont hésité à mettre sous voile, ou qui sont restés mouillés trop près de terre , ont été victimes d'une funeste sécurité ( i ). Heureusement ces accidens sont très-rares ; mais on ne doit pas moins se tenir sur ses gardes.
Dans les mois de mai , juin , juillet et août, les révolutions durent quelquefois vingt-quatre heures;
(i) Nous avons été témoins du naufiage de onze bàtimeus dans la nuit du aB février i8i4-
dans les autres mois de Tannée, elles s'opèrent bien plus lentement.
Chaque direction du vent offre des phénomènes qui lui sont particuliers.
Le vent du S. -E. souffle avec force et est presque toujours sec. . Il ' s'élève communément sur les huit heures du matin, et est remplacé le soir ou dans la nuit par des brises de terre. Lorsqu'il est flié à cette aire , on voit fréquemment des nuages blancs stationnaires, tant du côté de Test que sur les montagnes. Insensiblement elles s'en trouvent entièrement enveloppées jusqu'au moment où le vent de terre les en
dégage.
Le vent du N.-E. est ordinairement pluvieux. C'est celui qui, dans les mois de janvier, février et mars, souffle pendant les plus fortes pluies. Dans les autres mois de l'année, il amène soujent de légers grains.
Le vent du N. est pluvieux.
Les vents du N.-O. , d'O. et du S.-O. sont quel* quefois accompagnés de pluies, plus souvent dans la saison chaude. Ces vents sont ordinairement chauds, secs et malsains ; leur eflfet sur la végétation est de brûler les feuilles comme si le feu y avait passé.
Il ne faut pas omettre de remarquer que la plu* part des observations qui précèdent s'appliquent a l'extrémité nord de l'tle. La brise varie de direction et d'intensité sur tous les points de la circonférence. N'oublions pas que son effet ordinaire est modifié par les montagnes ; que le courant d'air se divise , comme le courant des eaux , pour se réunir dans le nord-ouest, assez loin de l'ile. Cette réunion des deux
coarans réfléchit les vents du large, qui soufflent sous lèvent de l'tle d'une manière assez régulière , à moins que les vents généraux n'entrent eux-mêmes dans cette partie quand ils dépendent plus du nord ou plus du sud, selon la saison. Cette réflexion des vents du large na lieu, au surplus, que quand la brise du S.-E. (ou les vents généraux ) n'est pas assez forte pour ne pouvoir vaincre et surmonter les obstacles que lui oppose Télévation des montagnes ; mais quand il vente grand frais, elle les franchit et vient se réunira vingtcinq ou trente lieues sous le vent , aux deux courans latéraux. Alors la portion de côte ou de mer qui se trouve dans la courbe que décrit la colonne d'air jouit d'un calme profond. Cette irrégularité des vents , les petites rafales qu'on ressent à la distance indiquée , quand on se trouve dans la direction de ces courans, font juger de l'approche de File lorsqu'on y arrive par l'ouest , même assez long-temps avant qu'on l'aperçoive.
On conçoit aisément, d'après cela^ que toute la portion de côte comprise entre la Grande-Chaloupe et Saint-Leu , éprouve une température différente du reste de File, et qui y est plus douce et plus calme ; qu'il y a plus de sécheresse lorsque la partie du veut exposée à la brise est sujette à plus d'humidité. De ce côté, le quartier Saint-Benoit, qui en reçoit les premières impressions , est celui où les pluies sont plus fréquentes et où l'abordage de la côte est le moins facile.
Nous joignons à ces remarques générales , qui ont pour but de faire mieux connaître une lie avec la-
quelle les communications de l'Europe devienneot chaque jour plus fréquentes, des observations mensuelles faites , en iSiâet 1819, par M. Gibert Desmolières , homme instruit , qui , tout en consacrant la plus grande partie de son temps aux importantes fonctions de la magistrature , trouve encore quelques instans à donner à la science, et celles faites en i8âO et 1821 par M. Desplanches , ancien lieutenant de vaisseau au corps royal de la marine , et maintenant capitaine de port à Saint-Denis. Ces deux observateurs résidaient en cette yiUe ; mais le premier était à une demi-lieue de la mer , au pied des montagnes, Tautre sur le rivage, notant moins la direction éprouvée au lieu médic , que celle remarquée en rade , où rien ne gêne et ne contrarie la marche de la colonne d'air.
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Après ce l]ue nous venonà de dire des effets de Tatmosphère sur le baromètre y il est bo^ de placer ici «ne suite d'observations faites aussi par M. tin bert Desmolières .* nous les faisons précéder des remarques dont il a accompagné les deux tableaux sttivans.
c Le tube du baromètre et la x^uvette sont renfer-
• mes dans leur monture ^ qui ne laisse é découTort
• que la partie du lube où se prennent les hauteurs*
• Le baromètre est muni d'un thermomètre intérieur 1» également renfermé dans la monture et communi- 0 quant avec le tube de Tinstrument.
» Les indications exposées ont été corrigées de » l'effet produit par la capillarité du tube ; elles sont
• aussi réduites à la température de glace fondante , » en prenant pour la dilatation du mercure nn pour
• chaque degré du thermomère centigrade.
» La hauteur moyenne du baromètre à 6 heures
• du matin ne surpasse, dans Tannée i8i8, la hau-
• teur wtojeBDB qui résulte de la demi*somme des » extrêmes^ que de ^^ de millimètre ; en iSig^cetel- « ces n'est que de îI« ; ainsi Ton obtient à 6 heures du » matin , à très-peu près , la même hauteur baromé- » trique. La différence plus forte qui existe en i8i8 » peut être attribuée à ce que, durant cette année, » les observations du matin ont été faites pendant les > six premiers mois au lever du soleil : en 1819 , elles » ont toujours eu lieu à 6 heures précises.
M Le mercure s'élève toujours un peu après neuf x> heures du matmet s'abaisse encore après trois heures
• du seir ; cesmouvemens sont dus le plus souvent
• au plus ou moins de dilatation qui résulte des
• changemens de température. En général ils sont
> très-petits entre huit heures et demie et dix heures » du matin , et entre deux heures et demie et quatre
> heures du soir; et si Ton ne s'attachait à une grande
• rigueur, on pourrait regarder le baromètre comme » stationnaire à ces deux époques* Il parait encore ré- » sulter d'un grand nombre d'observations qu'à midi <» et à six heures du soir, les indications du baromètre
• donnent des hauteurs moyennes peu différentes de
• celles prises à 6 heures du matin. A neuf heures du D soir, on observe un second maximum.
• La quantité moyenne de Toscillation diurne en
• 1819 (i"""74)» i3»e diffère que d'un centième demil- »limètre de Foscillation diurne en 1818 (i"'"'73) : cet
• accord remarquable n'étant encore donné que par » deux années d'observations , acquerra plus d'impoi^
• tance s'il est confirmé par le résumé des années
• suivantes.
» La hauteur moyenne du baromètre résultant de « ces deux années est à 6 heures du matin 759"""38 » sur la demi-sonune des extrêmes 769 20
Différence o 1 8
t En 1818, mars est le mois des plus petites hau- 4teurs moyennes, et juillet celui des plus grandes. »En 1819, janvier est le mois des plus petites hau- » teurs, et juillet celui des plus grandes.
• Le mouvement du mercure dans le baromètre,
• à la latitude de Bourbon , est extrêmement remar-
• quable par sa régularité. On compte à peine dix
•jours dans l'année où le mouvement oscillatoire
• diurne n'ait pas lieu aux heures fixées. Indépen-
• damment de ce mouvement , il existe une oscilla- ' tion annuelle et une mensuelle. Cette dernière parait ■ jusqu'à présent s'accorder fréquemment avec la
• position de la lune.
TABLEAU
DB LL MARCHE MOYENNE DU BAROMiSTRE.
A 6 heorea
A 9 heures
A 3 heures
OacillatioD
et demie
et demie
diurne
da matin.
do matin.
du soir.
moyenne..
MOIS
Janfier. ,
met.
mm.
PéTrier.
Mars . . .