‹ Essai de statistique de l'île BourbonChapitre 23 sur 90 · RADES, PORTS · texte numérisé non relu

RADES, PORTS

LIlb Bourbon n'offre pas un port dans toute sa circonférence. Elle n a que des rades foraines , peu commodes pour Tattérage , sans sûreté pour le mouillage, et d'où Ton est obligé d'appareiller aux moindres bourrasques. Les seules qui soient ouvertes au com-« merce extérieur sont celles de Saint - Denis et de Saint-Paul.

Le premier mouillage que Ton trouve en abordant rtle par le sud -est, est celui des Cascades. Il est assez bon pour les petits navires, mais dangereux pour les grands bâtimens ; le fond , qui est de sable près de terre, est mêlé de corail à une plus grande distance. La rade est d'ailleurs sans cesse battue des vents généraux , et les bâtimens y sont toujours exposés. On ne peut appareiller qu'avec des vents du sud , ou de petits vents de terre qui soufflent, il est vrai, tous les soirs. Un rocher situé sur la route que sont forcés de tenir les navires, ajoute à la diflSculté de l'appareiUage.

En longeant la côte vers le nord, on trouve l'anse des Maroquins. ,Le fond y est de sable et assez bon pour les petits navires; quoique Tappareillage y soit plus facile qu'aux Cascades , les grands bâtimens y seraient trop exposés pour qu'ils puissent s'y hasarder.

Après ce mouillage vient la rade de Sainte-Rose ,

i38 devant le bourg de ce nom. Près de terre, le fond est de roche et corail ; plus loin de la côte , de neuf à quatorze brasses de profondeur, fl est de sable; plus loin encore il y a trop d'eau pour que de petits bàtimens y laissent tomber leurs ancres , et le fond est trop mauvais pour de plus grands. Cette rade est dangereuse lorsque les vents soufflent du N. au N.-O., mais cet endroit présente aux caboteurs un avantage très-grand ; ils peuvent opérer presque en repos leurs chargemens ou déchargemens dans une petite crique ouverte aux chaloupes et aux plus fortes pîro^ gués. On avait eu le projet d'améliorer cet embarca* daire, ce qui serait facUe, peu dispendieux et surtout fort utile pour ce quartier, qui est le plus éloigné de Saint -Denis. Les transports par terre de Tua « lautre sont difficiles et coûteux , à cause des nombreuses rivières qu'il faut traverser et de l'humidité des quartiers où passe k route.

Aux Orangers , le fond est bon , mais il a trop de profondeur; et comme d'ailleurs la mer y est toujours très-grosse, l'opération de l'embarquement et du débarquement des denrées et marchandises y est trop difficile.

Saint -BiNioit, quartier le phis impoirtant de la partie du vent, avait été choisi par la compagnie des Indes pour un de ses entrepôts. Elle y avait fait bâtir de beaux magasins et avait désiré pouvoir y établir un pont de débarquement; mais la mer y est toujours grosse, et rend presque constamment la côte inabordable. Les vents et les courans en font un fort mauvais mouillage.

i39 De la jusqu'au Bois-Rouge , c'est-à-dire pendant un espace de trois à quatre lieues, on ne trouve plus aucun mouillage 9 quoique trois rivières qui ont constamment de Feau s'y jettent dans la mer. Ce mouillage du Bois-Rouge «tt un peu a l'est de l'embouchure de la rivière Saint-Jean. L'habitation de M. Bellier-Montrose, remarquable par le nombre de ses cases à noirs qui forment une espèce de village, et surtout par la cheminée très-élevée de la machine à vapeur delà sucrerie, le fait conoaitre aisément. La mer y est presque toujours mauvaise ; la rade est trop ouverte et par cette raison trop exposée aux courana, mais d'un autre coté elle offre un appareillage toujours facile. Le fond y est meilleur près de terre que plus au large. On permet quelquefois aux navires français destinés pour la France, d'aller y prendre chargement des denrées abondantes de ce riche quar* ticr. Aussi l'on a établi dans cet endroit un pont débarcadaire pour faciliter les opérations.

La compagnie avait établi des magasins un peu plus loin vers l'embouchure de la rivière Sainte-Suzanne ; mais quoique cette rade soit un peii moins, ouverte et conséquemment moins exposée aux coprans que celle du Bois-Rouge, elle n'est plus fré^ quenlée, même des bateaux caboteurs; les magasins ont été détruits pendant l'occupation anglaise.

Jttsques à S^int -Denis, on ne trouve plus queh mouillage de Sainte-Marie , à peu près devant l'église de cette paroisse. 11 est bon à une grande dis^ tance de terre,, la mer y est moins mauvaise qu'à Sainte-Suzanne et au Bois-Rouge^ Les navires dêëth-

nés pour la France obtiennent quelquefois aussi d'aller y prendre une portion de leurs chargemens.

La rade de Saint-Denis, quoique exposée à des courans qui varient assez fréquemment, et à de fortes brises qui fatiguent beaucoup les navires , est incontestablement la meiUeure de l'île. Ces brises de S.-S.-E. àl'E.-S.-E. régnent principalement dans les mois de juin, juillet, août et septembre, et rendent alors la mer si mauvaise au rivage , que la communication entre la rade et la terre est très- souvent interrompue pendant plusieurs jours de suite. Habituellement les opérations de transbordement piour les chargemens et les déchargemens s'y opèrent avec facUité , quoique la barre ne rende pas exempts de risques le départ et l'arrivée des pirogues sur la plage. C'est pour remédier aux inconvéniens , aux dangers même de cette barre, qu'a été conçu le projet d'un barachois ou débarcadaire facile et commode.

Continuant le tour de l'ile, la baie de la Possession est au-delà des montagnes qui séparent la partie du vent de celle sous le vent. Dangereuse lorsque les vents viennent du Nord et du N.-E. , hors cette circonstance elle offre un assez bon mouillage. La barre y est presque toujours belle , et les pirogues y accostent le rivage avec moins de risques qu'ailleurs.

Un navire qui se rend de St. -Denis à St. -Paul doit s'élever au nord pour éviter la pointe des Galets sur laquelle porte le courant qui longe la côte. Nous avons vu plusieurs bâtimens y naufrager pour avoir négligé cette précaution.

Au-delà de la rivière des Galets est la rade de Saint-Paul, généralement bonne, mais dangereuse pendant Thivernage à cause de la difficulté d'appareiller. Les navires y sont beaucoup moins fatigués par la mer et les brises durant la belle saison ; néanmoins la barre y est plus dure et les raz de marée plus forts et plus fréquens.

Plus loin est le mouillage de Saint-Gilles, sur un fond de gravier; quoique la barre y soit très-dure, les pirogues abordent facilement le rivage en passant dans une ouverture étroite que laissent entre eux les innombrables pâtés de coraux qui, comme une ceinture , entourent cette partie de l'île. En dehors de cette ligne , le mouillage est assez bon pour de petits bâtimens, mais les grands navires seraient forcés de mouiller au large et y seraient exposés.

Un peu à lest de Saint-Leu , à peu de distance , est le mouillage des Colimaçons , assez bon près de terre pour les bateaux seulement.

Devant le bourg de Saint -Leu est un autre mouillage , sur un fond de corail. La barre y est toujours dure , augmente au moindre vent et devient alors impraticable. La compagnie y avait des maga< sins près desquels accostent les pirogues.

A l'Étang-Salé, commune de Saint -Louis, le mouillage est bon par huit à neuf brasses pour les petits bâtimens ; mais à une plus grande distance de terre il ne l'est pas. Comme à Saint-Gilles et à Saint- Leu , la barre y augmente avec le vent , et celui-ci y est plus exposé que les deux autres.

La rade de Saint-Pierre de la rivière d'Abord»

Semée de pâtés de coraax, battue par les vents et trayersée par de forts courans, n'est pas commode» quoique le fond n'y soit pas généralement manfais. La mer y est si dure presque en tout temps , que les pirogues ont souvent de la peine à franchir la barre pour entrer dans un petit barachois que la nature a pratiqué elle-même à l'entrée de la rivière. On permet quelquefois aux navires français d'aller prendre à Saint-Pierre une partie de leurs chargemens; mais c'est une opération hasardeuse. Ils y courent fré* quemment le risque d'avoir leurs câbles coupés par les coraux et de perdre leurs ancres.

Le quartier Saint-4oseph, tout étendu qu'il est^ présente partout une côte inabordable. 11 n'y a qu'à Langevin , où le mouillage est très-mauvais , que l'on voit rarement quelques pirogues dépêche. Le port Bufiart, qui en est voisin, est si dangereux qu'un seul marin a eu le courage de le ft'équenter : aussi lui a-t-il donné son nom.

On voit par cette rapide, mais exacte description ^ que l'ile Bourbon n'a généralement que de mauvais mouillages , et que les deux seules rades ouvertes au commerce présentent souvent des dangers , ou au moins de graves inconvéniens. On a Souvent cherché à y apporter remède.

Après que les pirogues ont été chargées à sec et hors la laisse de la mer , on les pousse à l'eau â force de bras. Lorsqu'elles reviennent de rade , on les haie â terre toutes chaînées. Dans l'une et l'autre opération , quelque promptitude , quelque soin qu'on y mette, avec quelque attention qu'on gouverne

i43 dans la barre, il n'est pas rare que ces bateaut cfaavirent , ou au moins que leurs chargeuiens éprouvent des avaries-. Pour éviter ces risques , la compagnie des Indes fil construire à Saint-Denis, devant le bâtiment où étaient établis son comptoir et ses principaux magasins ( 1 ) , une jetée apprtiyée sur un enrochement et maintenue par une forte chaîne qui l'entourait. Expo-> sée aux effets de la mer, elle fut emportée par Tonragan de 1751. L'amorce de cette jetée existe encore, quoiqu'une portion assez notable ait été enlevée par la mer en février 1824* Un pontdébarcadaire, supporté par des bigues , la remplace.

M. de la Bourdonnaye , auquel les îles de France et de Bourbon doivent tant de bienfaits , et dont on ne peut s'empêcher de reconnaître partout le génie et les talens , avait indiqué , en 1 735 , un point nommé la calle , un peu a l'ouest de la pointe des jardins, presque sous la batterie royale, comme susceptible d'être disposé à servir de retraite aux embarcations dans les raz de marée , et lorsque l'état de la mer ne permet pas de communiquer avec la rade.

Cette opinion de M. de la Bourdonnaye a été depuis partagée par tant de personnes qu'elle a acquis l'influence d'une vérité incontestable, et qu'elle a enfin prévalu sur les autres projets qui ont été présentés.

Suivant un de ces pi^ojets, on aurait fait un port à Saint'Pàul, en profitant du vaste étang qui est der-*

(t) C'est aujourd'hui VMtè\ do gouvernement.

rière cette ville et adossé aux moatagnes. A côté des avantages qu'offrait cette idée , dont il ne parait pas que Texécution fùl très-difficile, quoique sans doute elle eût été très-coûteuse y on reconnut tant d'inconvéniens que le. projet fut rejeté*

On proposa ensuite Saint-Gilles. A ne considérer ce point que par le territoire, sa position entre deux montagnes, au fond d'un entonnoir, n'était guères propre à le faire choisir ; car pour une ville commerçante il faut une position bien aérée, et où les établissemens puissent s'étendre à fur et à mesure du besoin. D'un autre côté, il n'eût peut-être pas été difficile de dégager la petite rivière Saint-Gilles des alluvions dont elle a comblé en partie ce qui fut autrefois un étang bien plus grand que ce qui en reste; mais il est plus que vraisemblable qu'on aurait rencontré à peu de profondeur un lit de lave qu'il n'eût pas été aisé de déplacer. Quelques sondes lont fait craindre. On 'eût pu sans doute élargir l'étroit passage dont profitent aujourd'hui les pirogues pour se mettre à l'abri entré la terre et la chaîne de coraux qui entoure l'île et rend la mer plus tran* quille dans cet espace; on eût pu appuyer sur ces coraux l'extrémité de jetées et de murs de quais qui eussent formé l'enceinte du port. Mais point de port sans rade, et les grands bàtimens, forcés de se tenir au large , y auraient toujours trouvé un mauvais mouillage, y eussent toujours été exposés à la force des courans , à la violence des vents. Tous les travaux n'eussent donc servi qu'à rendre plus faciles l'attérage et les opérations des pirogues et des cha-

i45 loupes à rames. On n'eût pas fait un port, tel que ce mot en fait nidtre l'idée ; on n'eût eu qu'un débarcadaire) tout au plus un lieu de refuge pour les petits bâtimens. Il eût fallu d'ailleurs fonder une ville, bâtir les magasins , les ateliars, etc. , dans un lieu où rien de tout cela n'existe. Cette idée était yraiment à la fois trop petite et trop gigantesque pour être adoptée , et si elle a pu fixer un moment l'attention parce qu'elle présentait en effet qudque chose d'attrayant, elle n'a jamais dû résister à un sé-> rieux examen.

Aussi en ê^-on reyenu aux prc^ets de M. de la Bour donnaye , qui, dans leur simplicité, ne donnent que ce qui est nécessaire, mais ne proposent rien qui ne puisse être exécuté. Il a fallu pour cela que l'tle Bourbon, désormais séparée de l'Ue de France , communiquant directement ayec sa métropole , fût re^ tirée de l'état d'asservissement où elle était restée jusqu'à 1814» et qu'elle jouit d'un système de gouTernement qui permit de faire sans frottemens , sans rivalités, tout le bien que réclamaient également et l'avantage de la métropole et celui de la colonie.

Dès l'année 181 5 les administrateurs généraux > chargés de la reprise de possession de l'île , sentirent le besoin d'une amélioration à ce qui existait ; mais ils savaient aussi qu'on ne peut entreprendre de grands travaux, et surtout des travaux à la mer, avant d'avoir en. réserve , sinon tout , au moins une grande partie des fonds nécessaires. En attendant que la situation des finances de la France permit de venir au T. I. 10

i46 secourt de la colonie , ils imposèrent un droit de quai sur tous les objets embarquads ou dâ)arquans, et résolurent que le montant de cette perception reste^ rait intact en caisse jusqu'au moment où il serait possible de l'employer*

Malheureusement leur administratioh fut trop ora^ geuse pour qu'ils pussent donner suite à leur bienfaisant projet, et celle de leurs successeurs eut trop peu de durée pour qu'ils pussent s'en occuper* Cependant ces derniers firent exécuter , a l'endroit indiqué , un déblai de galets qui donna une calle assea commode pour le halage à terre des petits bâlimens qui y restaient durant la mauvaise saison. C'était un commencement.

Du moment que la colonie fut régie par un administrateur unique^ laco&centration des pouvoirs dans une seule main donnant plus de force à l'autorité , elle ne rencontra plus ces obstacles qui naissent toujours et nécessairement de la discussion, dirai-je de la rivalité entre deux personnes chai^gées ensemble du pouvoir, mais entre lesquelles les moyens d'exécution sont in^alement répartis. Ce chef, qui arriva en sep-* tembre. 1818, prit aussitôt connaissance de tout ce qui avait été projeté. Il fit examiner, il examina luimême les localités; il reconnut qu'il y avait possibilité de procurer à Saint-Denis un barachois( I ) suffisant pour éviter les inconvéniens dont on se plaignait sans cesse et avec tant de raison. Il fit mettre la main àl'ceuvre, et le 2 7 novembre 1 8 19 la première pierre de la je-

(0 Barachois , subst. masc. , petit port. ( Smak Harbour or Cove«.)

ï47 tée fut posée avec solennitéf i ). Il s'agissait alors seulement de pousser à la mer une jetée de soixante-^ix mètres de longueur , an bout de laquelle aurait été un retour ou coudç, vers l'ouest , de soixante-quinze mètres , terminé par un petit môle couronné d'une batterie.

Mais d^à Tingénieur qui avait donné le projet avait été remplacé par un autre, qui, en arrivant, trouva le plan inexécutable; et pour mieux le prouver , il voulait isoler la jetée du rivage et laisser entre eux une ouverture que le courant ordinaire eût bientôt élargie, et qui aurait en effet détruit bientôt tout l'ouTrage.

Heureusement pour la colonie, dès que Ton eut en France l'avis du commencement des travaux , un ingénieur en chef fut envoyé pour en suivre l'exécution. M. Gaudin était en effet par ses connaissances théoriques et pratiques, par son instruction, son expérience, et surtout par son excellent esprit et son grand caractère, propre à la mission qui lui était confiée : il adopta avant tout le plan qui lui fut remis, se réservant d'y faire , après avoir étudié les lieux , les modifications dont il lui paraîtrait susceptible.

Ces travaux étaient alors Tobjet de l'attention de toute la colonie. C'était à Saint-Denis l'unique but des promenades ; dans les campagnes , c'était l'unique sujet des conversations. Cependant , au milieu de la satisfaction générale , s'élevaient des observations, des contradictions, des critiques. Le désir du

(i) Fojre% le jwocès- verbal aax notes.

lo*

i48 succès y la crainte de n'en point obtenir, dictaient les premières ; la jalousie , la mauvaise- foi , inspiraient les autres. Il fut d'un homme sage de tout écouter , d'approfondir tout , de profiter de tout.

Mais bientôt le gouverneur qui avait ordonné et fait commencer le barachois eut un successeur ; et comme presque toujours celui qui arrive â des idées différentes de celui qui part , on eut de vives inquiétudes sur le sort de cette entreprise. On ne connais* sait point le noble caractère de M. de Frej'cinet. On fut rassuré lorsqu'au moment de l'embarquement de M. le baron Milius, le nouveau gouverneur lui donna , sur les travaux mêmes, devant les principaux chefs de la colonie, et en présence d'une nombreuse foule qui l'accompagnait, l'assurance que son œuvre ne resterait point imparfaite, et qu'il attacherait autant de gloire à la continuer qu'il en revenait à son prédécesseur pour l'avoir commencée*

Ce fut peu après que l'ingénieur en chef Gaudin , ayant étudié la formation et la marche du galet à l'ile Bourbon , ayant étudié les effets ordinaires de la mer, ayant eu déjà l'expérience des ouragans, reconnut la nécessité, autant que la convenance, d'étendre le premier projet , et se fit fort de procurer à la colonie , non pas un port comme à l'île de France , mais un lieu de refuge pour les bâtimens de cent à cent cinquante tonneaux. Un projet de cette importance devait être mûri dans le silence du cabinet, et les travaux qui s'exécutaient devaient être dirigés de manière à ce que les changemens qui seraient reconnus bons à faire, même au projet déjà modifié^ pus-

i49 sent être opérés sans rien déranger de ce qui serait déjà exécuté.

Les changemens pouvaient être déterminés par une connaissance plus parfaite de l'effet des ouragans : il est diflScile d'apprécier de prime abord la Tiolence de la mer en ces circonstances, et de concevoir quelle doit être la sdidité des ouvrages destinés à lui résister. Des blocs de roche du plus gros volume et d'une pesanteur considérable , sont déplacés en un instant par une énorme masse d'eau qui vient', avec une élévation et une vitesse effrayantes , se briser sur le ri- Tage qu'elle menace d'engloutir. D'un autre côté les fréquens raz de marée qui ont lieu bouleversent les sables du bord de la mer, et enfouissent des portions d'enrochement que l'on voyait déjà élevées au-dessus de l'eau. Ces résultats , regardés comme heureux par les gens du métier parce qu'Os rendent l'ouvrage plus solide, découragent le public, qui croit perdu Fenrochement qu'il ne voit plus.

Cependant avec une persévérance qui ne peut être bien appréciée en Europe , où l'on ne se figure point les dilBBlcultés de tout genre que l'on rencontre à chaque pas à Bourbon ; malgré la privation de conducteurs, d'appareilleurs, de piqueurs intelligens; quoique dépourvu des machines et-instrumens nécessaires , dont il faut exécuter ceux qui sont indisipensables, ou auxquels il faut suppléer, on était parvenu à porter les travaux, à la fin de 18249 au point le plus satisfaisant, et dont l'exécution donne le plus de garantie pour le succès de leur continuation et de leur achèvement.

C'est ici le lieu de décrire le barachois , ou pelit port , promis à la colonie de l'île Bourbon et qui est l'objet de tous ses vœux.

Ce ne doit être qu'une enceinte peu étendue dans laquelle les caboteurs, les bateaux de cote, les embarcations des navires de long cours , les chaloupes et les pirogues du port, viendront prendre ou dé-< poser sans risques et sans avaries les denrées coloniales, ou les marchandises de l'Europe et de l'Inde.

On construitàcet effet dans la mer, unpeuen avant de la batterie royale, et dans le prolongement de la rue du barachois , une jetée de cent vingt mètres de longueur, au bout de laquelle on fondera un môle de cent dix mètres dans la direction de l'O.^S.-O. , prolongé de quarante-cinq mètres à cette distance, dans la direction du S.-S.-O., et terminé par un musoir circulaire où sera placée une petite batterie des^ tinée à faire ou rendre les saints et à garder l'entrée du port. Dans le prolongement de la rue royale, une autre jetée s'avancera dans la direction du N.-N.-& et soutiendra un autre môle qui viendra , en s'aiToa*dissant , se terminer vers le coude du premier môle , laissant entre eux un espace de trente-six mètres* Les . deux jetées seront unies à leur naissance par un quai planté d'arbres , et orné dans le prolongement de la rue de l'Iutendauce, par une fontaine qui servira d'aiguade aux bâtimens.

Cette enceinte tracée , il fallait la protéger du côté où la mer vient le plus ordinairemait et le plus im*pétueusement se briser. Pour cela la grande jetée et

i5i le môle à la saite, ezoédant de six mètres le niveau ordioaive des hautes eaux , auront leur droite bordée d'un mur de i4o mètres d'élévation au-<dessus de ce niveau et de â",3o d'épaisseur, auquel s'adossera un enrochement en talus , dont la partie la plus élevée sera de 20 mètres an*<lessu8 du niveau ordinaire de la mer. L'objet de cet enrochement et du mur qui le soutient, est de garantir les travaux contre Timpé-tuosîtédes vagues, qui, amorties parle talus, n'atteindront vraisemblablement jamais l'extrémité supérieure , et permettront de travailler sur le quai sans rien craindre, même dans les plus mauvais temps.

Les travaux étaient dé)à assez avancés au commencement de 1 824 ; la jetée était arrivée au point où elle doit se courber, le mur qui la couvre au vent ainsi que le talus sur lequel il s'appuie , étaient élevés de 2f5 mètres au-dessus du niveau de la mer; l'enrochement formait un quai supérieur assez large pour les opérations qui s'exécutent; on avait pratiqué un quai inférieur qui permettait le débarquement de bord à terre des personnes et celui des choses légères; les entrepreneurs de batelage y avaient porté leurs ateliers et abandonné les points où ils s'étaient établis jusqu'alors; ils élevaient des hangards fermés pour recevoir les marchandises qui n'auraient pu être enlevées dans le jour. La diminution des frais de batelage de 26 pour cent sur les denrées coloniales et de ao pour cent sur les marchandises d'Europe, procurait déjà au commerce maritime une économie annuelle qu'un négociant judicieux évaluait à cent cinquante mille francs au moins.

Ainsi la colonie et la métropole Commençaient â )Ouir des ayantages qui lem* ont été promis et qu'elles ont pu espérer.

Momentanément suspendu par suite des rapports inexacts faits dans l'ombre par des gens sans mission, trompés peut -être, intéressés peut-^6tre à tromper, mais qui doivent céder à l'évidence, ce beau travail sera sans doute conduit à sa fin, et Ttle Bourbon devra encore cet important bienfait à la icoyale famille dont elfe est fière de porter le nom.

canaux:*

La rivière Saint-Étienne portait inutilement à la mer, par une pente rapide , un volume d*eau considérable , même dans les temps ordinaires. Deux petits canaux avaient été dérivés de son lit par deux habitans de Saint-Louis , afin de pouvoir faire travailler leurs sucreries. Un de ces canaux , long-temps latéral à la rivière, s'en éloigne peu ensuite. L'autre , qui porte Teau à une assez grande distance au-delà de la ravine du Gol , large et profonde, la traverse sur un pont-aqueduc. Les habitans de la rive gauche voyaient avec regret ces belles eaux perdues , tandis qu'une très-grande étendue de terrain jusqu'à la rivière d'Abord était frappée de stérilité. Quoique le sol soit en général d'une bonne qualité, que sa pente jusqu'à la mer soit très- douce, la privation absolue d'eau le maintenait dans une aridité affligeante : il suffisait de l'arroser pour le rendre à la culture ; mais les habitans ne pouvaient entreprendre seuls, sans direction, sans autorisation, un travail qu'ils concevaient bi^i , mais d'une étendue et d'une dépense beaucoup trop considérables. Il fallait .de toute nécessité que le gouvernement intervint pour arrêter le plan du canal, prévenir les difficultés qui auraient pu naître de la part des propriétaires des terres sur lesquelles il devait passer, concourir à la

lî)/j dépense, mais surtout à l'exécution des travaux par un atelier assez considérable , pour que le canal fût proroptement terminé et pourvût à l'irrigation des terres qui devaient redevenir fertiles. Depuis long* temps on sollicitait du gouvernement les mesures que lui seul pouY^it prendre ; mais les réclamations les plus viv^s n'étaient point entendues; les propositions les plu» judicieuses étaient rejetées, Lqrs du voyage que fit en 1819 M, Je baron Milius , commandant et administrateur pour le roi, T^tat malheureux de cette partie de la colonie fut mis sous ^es yeux. On lui présenta les divers projets que l'étude des lieux avait suggérés aux habitans. Il fit reconnaître le terrain par ringénîeur en chef qui raccompagnait , prescrivit les nivellemans nécessaires , et enfin sur le rapport qui lui fut fait, rendit le 22 octobre iStg l'ordonnance d'après laquelle le canal 1 demandé en vain depuis long^temps , serait entrepris. Ce gouvemeor fut remplacé en ) Sa 1 , et Ton craignit que l'ordonnaDce , objet de tant de prières, ne restât sans exécution. Mais le successeur de M. Milius regardait avec raison audessous de lui ces puérils dédains que Ton a malheureusement trop souvent pour les décisions d'un prédécesseur. Il voulut attacher aussi son nom à ce qu'il regardait également comme un bienfait de haute importance pour le pays; Il ordonna les travaux, les visita fréquemment, et après avoir surmonté avec un rare bonheur les obstacles que la nature très-'^ouvent , et quelquefois les élémens ont opposés 4 Tart, le canal fut achevé en i8â5 , «t Teau arriva à Saint*Pierre le 1*' janvier i8a6.

i55 Ainsi maîntenanl ces terres, qui comportent une étendue de a myriamètres de longueur «ur o"^'a5 de largeur, vont se couvrir de moissons d'autant plus riches qu'elles ont long --temps reposé : il y en aura bien quelques-unes qui, trop sablonneuses, ne pourront être employées à la culture des céréales , mais les industrieux habitans de ce quartier ne resteront certainement pas sans jouir d'un bienfait après lequel ils ont si long-temps soupiré , et déjà en 1827 deux sucreries ont été établies sur le bord du canal.

Cet exemple , si heureusement présenté, a ranimé les espérances des habitans d'un autre quartier de File qui réclament un semblable bienfait. Il ne leur serait pas moins précieux , bien que les rosées trèsfortes qu'ils éprouvent souvent le rendent d'une moindre urgence que celui dont il vient d'être parlé. Il s'agit du Ghamborne , commune de Saint-André.

Ce grand espace à la gauche et à l'embouchure de la rivière du Mat, formé des alluvions très-an- , ciennes de cette rivière , et tellement élevé maintenant qu'il l'a forcée à se détourner vers lest, n'a d'humidité que celle qui filtre à travers les roches sur lesquelles il est établi, et les rosées qui parviennent jusqu'à lui , en suivant la gorge par laquelle la rivière parvient à la route royale. Il sollicite un canal qui, commençant un peu au-dessus du pont, viendrait porter une nouvelle vie dans un quartier très-peuplé et parmi des habitans qui se livrent avec plus de zèle que de succès aux nouvelles

i56 cultures qui enrichissent le pays. Il n'y aurait pas, A beaucoup près, les mêmes difficultés que Ton a dû Taincre à Saiut*Pierre; et il faudrait infiniment moins de temps et de dépenses pour obtenir un résultat semblable.

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