CHAPITRE PREMIER
Des causes d'erreur des statistiques obstétricales.
Faire une statistique est toujours une question des plus délicates, surtout lorsqu'il s’agit de déterminer un tant pour cent basé sur les chiffres de cette statistique.
La difficulté augmente encore lorsqu'il s’agit d'établir cette statistique pour la comparer à une autre qui a l'avantage de donner des chiffres absolument certains.
Si notre intention était de comparer à la statistique hospitalière celle donnant le total des accouchements et des décès par la fièvre puerpérale de la ville entière, nous violerions la règle élémentaire d’arithmétique qui exige de ne comparer que des quantités de même nature, ce qui équivaut, sur le terrain médical, à se placer toujours dans des conditions identiques.
Mais malheureusement, quelle que soit la bonne volonté employée, il est impossible d'y parvenir, du moins en ce qui nous concerne.
En effet, pour ce qui a trait, et c'est notre cas, à une statistique obstétricale, de nombreuses causes d'erreur surgissent à chaque pas.
Tout d’abord, si on cherche à établir le nombre d’'accouchements qui se sont produits dans une ville quelconque, on y arrive facilement en compulsant le registre des naissances.
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Évidemment, à chaque naissance correspond un accouchement. Il n'y a là que les mort-nés et les grossesses multiples qui puissent causer des erreurs; pour les premiers, on en trouve rapidement le nombre, et il est facile de ramener à l'unité les grossesses multiples.
Mais celassuffit-il? Évidemment non, car pour pouvoir établir une proportion de mortalité par septicémie puerpérale, on doit et on est obligé de compter toutes les femmes ayant élé en posture d’être infectées, du fait de leur puerpéralité. On sait que les femmes ont autant de chances, ou plutôt de malchances, d’être contaminées après un avortement, qu'après un accouchement à terme. Peut-être même les cas d'infection « post abortum », sont-ils relativement plus fréquents que ceux « post partum » , à cause de la quantité de complications qui peuvent survenir après une fausse couche.
Or, peut-on connaître le nombre des avortements ayant eu lieu dans une ville? Évidemment non, du moment que les registres de l'État civil ne tiennent compte que des naissances après six mois de vie intra-utérine.
Il se peut que quelques médecins tiennent note des cas d’avortement qu’ils peuvent constater dans leur clientèle particulière; mais de tels documents doivent être rares, et ne peuvent être d'aucune utilité pour arriver à établir une statistique générale, du fait, d’un côté, de leur caractère particulier, d’un autre côté, de ce qu'ils ne mentionnent qu’une faible partie des avortements. |
Combien, en effet, passent inaperçus ! Je mentionnerai brièvement les avorlements criminels ; nul n’a su et ne saura jamais le nombre des femmes qui ont recours aux bons offices des malrones. Quant à celui des malheureuses qui succombent après les manœuvres plus ou moins aseptiques et adroites de la faiseuse d’anges, il estbien difficile de le connaitre. On voit bien