‹ Essai de Statistique Obstétricale ComparéeChapitre 5 sur 12 · HIS · texte numérisé non relu

HIS

de temps en temps se présenter à la porte de l'hôpital une femme dans un état plus ou moins grave, bâtissant un roman pour expliquer les accidents qu’elle présente. Généralement, ces malheureuses succombent rapidement, d'autant plus qu’elles arrivent dans un état désespéré, et c’est sur la table d’amphithéâtre que se fait le diagnostic d’avortement criminel, devant un utérus défoncé par la classique tringle de rideaux, si ce n'est un instrument plus barbare encore.

Voilà bien quelques femmes que l'on peut compter, mais combien avortent sans complications, ou meurent sans rien tenter ! |

Du reste, en cas de mort, lorsque le médecin de l'État civil vient constater le décès et sa cause, il y a longtemps qu'ont disparu les traces non seulement de crime, mais même de puerpéralité, et le décès est enregistré sous un diagnostic erroné ou inconnu.

Voilà donc des femmes qui ne figurent ni d’un côté ni de l’autre sur la statistique.

Sans quitter cette question de l'avortement, nous trouvons encore pas mal de causes d'erreur.

D'abord, admettons que tout se soit passé régulièrement, que l'avortement ait été l’effet de causes toutes naturelles; il peut parfaitement passer inaperçu, même à des yeux très exercés, surtout s’il survient dans les premiers mois de la grossesse. La suppression des règles passe pour un simple retard et l’hémorragie qui accompagne la fausse couche est prise pour le retour des menstrues disparues. L’embryon est expulsé au milieu des caillots et disparaît bien vite avec eux, sous raison d'ordre et de propreté. Supposons qu'un médecin soit appelé : devant Ja persistance de l’hémorragie, ou même l'apparition de quelques phénomènes infectieux, son diagnostic, faute de preuves, sera sûrement réservé.

Que l'infection devienne mortelle chez une telle femme, le diagnostic de l'affection cause du décès sera pneumonie, péritonite, néphrite, infectieuse soit, suivant la forme et la localisation de l'infection, mais il sera impossible de dire le point de départ de cette infection.

Mais ce n’est pas tout encore : il arrive, et cela pas mal souvent sans doute, que des décès dus à la septicémie puerpérale post-abortive soient enregistrés sous leur dénomination, sans que l’on puisse trouver trace de l'avortement sur les actes officiels.

Je ne ferai que mentionner les cas de mort inscrits « volontairement », pour des raisons particulières, sous une fausse dénomination.

Une autre cause d'erreur réside encore dans ce fait que bon nombre de sages-femmes tiennent des maisons d'accouchements. Généralement, viennent accoucher chez elles des femmes de la campagne qui retournent chez elles quelques jours seulement après leur accouchement, alors que le danger est loin d'être écarté. Il arrive même que les accidents infectieux nécessitent le transport de ces femmes à l'hôpital, faussant ainsi la statistique hospitalière, puisque ces femmes n’ont pas accouché et contracté la septicémie dans les salles des maternités.

Je signalerai encore les femmes qui, après avoir accouché à la campagne, reviennent quelques jours après leur délivrance à la ville et dont la puerpéralité ne peut être retrouvée sur les actes officiels.

Voilà donc pas mal d'erreurs qui se ghssent dans les statistiques, mais ce n'en est là qu'une faible partie.

La seplicémie, en effet, se montre par des manifestations très variables de forme et de durée. Telle femme meurt en quelques jours, telle autre en plusieurs mois, et les accidents qui empor-

Page 1