‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 102 sur 139 · EXPRESSIONS INDÉTERMINÉES · texte numérisé non relu

EXPRESSIONS INDÉTERMINÉES

« On »

§ 149. — La tournure latine par la 3. p. pi. s'est bien conservée: dison « on dit «^ ié dison Pèire « il s'appelle Pierre », litt. « (ils) lui disent Pierre ».

Dès le vpr . elle subit la concurrence de la tournure réfléchie (tenant lieu du passif latin), laquelle, au moins depuis le xv^ siècle (ex. dans Brusewitz, p. 71, 72), s'emploie même avec des verbes intransitifs : se dis « on dit » ; se dansara « on dansera », se part « on part », se ié vai « on y va » ; coume se dèu « comme il faut » ; dans l'ex. suivant (TDF, v° se^ le premier verbe est transitif, les autres sont intransitifs : se saiip quouro se nais, e noun se saup quouro se mor « on sait quand on naît, et on ne sait pas quand on meurt ».

L'emploi de se avec un verbe intransitif montre que la conscience du sens originaire de la construction réfléchie peut s'éteindre. De là, à côté de phrases où le verbe s'accorde avec le sujet, comme Li paradou s'entèndon que tabasson «on entend lesfoulons qui frappent àgrands coups y){Rose^ c. II, 1. XVII, p. 46), où le pluriel entèndon est au reste pour ainsi dire commandé par le pluriel obligatoire suivant tabasson, des constructions plus fréquentes où se -\- verbe à la 3. p. sg. introduit un mot ou un groupe senti comme régime. Les constructions avec verbe au sing. et sujet (ou régime apparent) au plur. se rencontrent dès le xvi^ siècle

2^(^ rn\P. MI : I M .vi.^...v>.>.-. ,;>i>hii.K\iî.\hh.^ § 149

(ex. dans Bruscwitz, p. 71, 73) ; elles sont presque de règle aujourd'hui :

.iiiSI

11 li llour ncgado

« on voit ainsi les fleurs noyées » (^Mir., c. iv, str. 45);

sadtis li malandrous « on apporte les infirmes » (Mir., c. I, str. 40), sV///(W qu' éli « on n'entend qu'eux >y {Oitbr. vers, Roso e margariilo, p. 232);

E, despièi d*an que noun se noumbro

« et, de temps immémorial » (Nerto, c. m, p. 178) ; méd. lei ripaio que li si fa cité § 86 ;

Li sablas de l'Ardecho emé si baumo Que se ié vèiy dison, de meraviho

{Rose, c. XI, 1. xcv, p. 282) c les sablons de l'Ardèche avec leurs grottes où Ton voit, dit-on, des merveilles » ; cet exemple montre l'avantage d'avoir deux tournures au choix; se iévèif se dis serait d'un mauvais effet. Dans ce passage de Mir. (c. m, str. 4)

Lou bon muscat de Baumo e lou Ferigoulet Alor se chourlo à la gargato ;

Alor se vêi e drôle e chato Au son dôu tambourin fourma si vertoulet

« le bon musent de Baume et le Ferigoulet se boivent alors à la régalade ; . . . alors on voit garçons et filles former leurs rondes au son du tambourin », vit est assurément un sing. en même fonction que les sing. des ex. précédents ; quant à clxfurlo, il me semble qu on peut indifl^éremment l'interpréter soit comme vêi, avec inversion du régime apparent

§§ I49j 150 <^ ON » PAR TOURN. RÉFLÉCHIE 237

lou bon muscat, etc. . . (cf. §§34, 35, 162, 163), soit comme un verbe (proprement réfléchi) accordé au sing. avec le dernier ternie d'une énumération de sujets, tournure qui se rencontre un peu partout, et notamment en fr. chez les meilleurs auteurs.

Cette inconscience du sens originaire de la construction explique que le participe passé puisse rester invariable :

Jamai se n'èi vist de tant bello

(Cassan, p. 120) « jamais on n'en a vu d'aussi belles »,

Jamai S'èro vist talo flour de Mai

{Roumancero, p. 86) « jamais on n'avait vu telle fleur de mai )),

contre p. ex. s'es visto mouri « elle s'est vu ^ mourir » (cf. § 106, 2° ;S).

Au point de vue des combinaisons de pronoms (§§ 84-87), « se » est traité dans les constructions correspondant à fr. « on » comme dans les tournures réfléchies proprement

dites (§§ 85, 86) : v. plus haut les ex. se ié vai, li sablas

que se ié vèi , jamai se «'èi vist de tant bello et § ^G les

ex. méd. // si fa et se li mountèsso ;.niç. la si porta « on la porte ».

§ 150. — Dès le vpr. on trouve également la 2. p. pL, tournure très fréquente de nos jours :

Quand devis, fau paga « quand on doit, il faut payer » (titre d'une « étude de mœurs avignonnaises » de Roumanille, Avignon, impr. Seguin, 1849);

I . J'écris vu sans me préoccuper des subtilités de certains grammairiens français ; je crois qu'en fr. on dit ici vu comme fait dans « je l'ai fait mourir (elle) ».

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