RÉG. ET POSSESSIFS DE « ON
d'exemples avec la 3. p. pi., et je ne veux pas construire des exemples schématiques que je sens par avance inélégants et obscurs. Avec la tournure réfléchie l'emploi du régime ferait une répétition de se insupportable; je ne crois pas non plus praticable l'emploi du possessif proprement dit, mais on dira très bien p. ex. quand se pren lou fusiéu « quand on prend son fusil » (v. § 92 ad finem). Avec la 2. p. pi. ou sg. la tournure est aisée et claire, ainsi : es de causo que vous dises (ou te dises) e que noun li dirias (ou diriés) is autre « ce sont des choses qu'ow se dit (à soi-même) et qu'ow ne dirait pas aux autres » ; quand prends voste tèms, fasès bono obro « quand on prend son temps, on fait du bon travail » . Mais l'emploi de ces tournures reste limité à des sentences ou à des phrases de débit animé, prenant en quelque sorte à partie l'interlocuteur ou les interlocuteurs. La tournure avec Ton est valable en tout état de cause, ex. Ton se pren « on se prend », Ton a sis idèio « on a ses idées », alor se canto e Ton se trato cité §151.
p. — Avec toutes les tournures on emploie des régimes et des possessifs correspondants à ceux qui sont usités en français : je crois que les équivalents idiomatiques prov. des types fr. donnés plus haut seraient principalement fau pas crèire tout ço que vous dison ; vous (éthique) cresès de poudé camina d'eisido' en aquest mounde, mai la vido vous vai lèu desembula ; Ton es jamai segur de pousqué adouba sis afaire coume Ton voudrié; tout es eisa quand la fourtuno vous ris. Mais voici mieux, des exemples classiques : d'abord
I. Ou (moins idiomatique) : vous cresès de poudé faire d'eisido voste camin en aquest mounde, ou : Von se crèi de poudé faire d'eisido
soun camin en aquest mounde; suite avec vous desembula comme au
texte.
J. RoNjAT. — Essai de syntaxe des parler s provençaux modernes. 16
242 CHAP. XIl : EXPRESSIONS INDÉTERMINÉES §152
Max fan que Tage nous angouissc, Fau que /V;/ plourc c que /V« gouissc : Alor, mai bcn trop tard, l'on vèi e /V« counèis!
cité § 151, puis ce passage du monologue de Faneto se
plaignant d'être négligée par son mari :
A la niue, quand s'acampo, en un caire s'amourro,
Manjo sènso muta lou liéume, bourro-bourro,
Pensaticu e serious, e n'a jamai lesi
De vous dire un prepaus que vous fagueplesi.
Lou repas acaba, se pièi vous duerb la bouco,
Parlo que de soun blad, de si fen, de si souco,
O charro à si varlet de Tobro de deman
E dôu tèms que fara. Sa lanterno à la man,
Fai lou tour dis estable e mounto alor se jaire.
Esmougudo, à soun lié lou seguisse, pecaire !
Mai la niue vous ôublido autant coume lou jour...
{Pecaty a. i, se. m, p. 16) « A la nuit, quand il rentre, il tombe assis dans un coin, il mange sans dire mot les légumes, vite, vite, pensif et sérieux, et il n a jamais le temps de vous dire une parole qui vous fasse plaisir. Le repas terminé, s'il ouvre {vous éthique) ensuite la bouche, il ne parle que de son blé, de ses foins, de ses vignes, ou il cause avec ses valets du travail du lendemain et du temps qu'il fera. Sa lanterne à la main, il fait le tour des étables et monte alors se coucher. Je le suis à son lit, toute émue. Mais la nuit il vous oublie autant que le jour ».
V. encore Aurias nega, vous l'assegure.... cité § 23 ad finem .
Voici enfin un ex. toul. : On nou pot pas jouï del bounur de la bido Sans que la caritat bous serbisco de guido (Vestrepain, p. 147).
§§ 152, 153 ^^ Q-Ui Q-UE CE SOIT )), ETC.. 243
Le régime peut être omis quand ainsi le sens reste assez clair, ex. Quand lou matin emé l'eigagno Escarrabihon e fan
gaii cité § 37, un d'aquéli tèms de Nouvèmbre
quafrejoiilisson e agamoiUhson « un de ces temps de novembre qui (vous) glacent et {vous) affaissent » cité §31 in fine.
(( Qui que ce soit, fût, eût été », etc....
§ 153. — Relatif quelconque -|- que -\- subj . au temps exigé par le sens :
que que fugue «quoi que ce soit, n'importe quoi » ;
Pèr ausi dire quau que parle
« au dire d'un chacun », litt. « pour entendre dire (c.-à-d. parler) qui que (ce soit qui) parle yy (Nerto, c. iv,
que que cosie « quoi qu'(il en) coûte », uno fraso quelo que siegue « une phrase quelconque » ;
ounte que fuguèsse « en quelque endroit que ce fût » ;
quouro que vêngue « à quelque moment que ce soit qu'il vienne »;
cotune que Mistral ague, aguêsse escri « de quelque manière que Mistral ait, eût écrit » ;
quant que ni ' ague « quelque nombreux qu'ils soient, quelque quantité qu'il y en ait », quant paure que fugue « quelque pauvre qu'il soit »,
C'est la tournure la plus générale^, applicable à tous les cas.
Ta?ît -f adj. ou adv. -\- que + subj., ex. tant hèu que siegue « si beau qu'il soit ».
Tant sans adj. ou adv. est presque toujours précédé de la préposition « pour » : pèr tant que ni ague « quelque
244 CHAP. XII : EXPRESSIONS INOèXERMINèES § 153
nombre qu*il yen ait »,/>^r tant quefague « quoi qu'il fasse, il a beau faire », pèr tant que iê digue « quoi que je lui dise ».
Pèr peut également précéder quaul. L'adj. ou adv. est volontiers rejeté à la fin de la proposition quand celle-ci commence par pèr quant, pèr tant ou tant renforcé par mai « plus » : pèr quant que fugue pichoto « si petite qu'elle soit », pèr tant que fugue grand « quelque grand qu'il soit », tant mai quesicguc Jiu^n « aussi loin que ce soit ».
Tout -\- adj. (ou subst. fonctionnant comme prédicat) -}- ind. ou subj., suivant la nuance de sens : tout malauto ques (( toute malade qu'elle est, bien qu'elle soit malade », tout paure que siegue « tout pauvre qu'il soit », tout fclihre que siegue « tout félibre qu'il soit ».
Pèr -j- adj. (ou subst. prédicat) ~|- subj. : Pèr soûl que rèste{NertOy c. ii, p. 94) « quelque seul qu'il reste ».
Un même adj. (ou subst. prédicat) répété avant et après quey en phrase nominale : Paure que paure (^Mir., c. m, str. 44) « quelque pauvre qu'il soit, tout pauvre qu'il est », ami quami « pour amis que l'on soit » (TDF, v° que^.
Un même subj. répété avant et après que : coste que coste « quoi qu'il en coûte », cf. ïr. vaille que vaille.