LA NÉGATION
§ 154. — Lat. 22012 est dans notre langue noim, dial. non (v. § 145, note sur « bien »), forme pleine pouvant porter l'accent et suffisant à elle seule à exprimer la négation, et ne procl., devant voy. n\ forme réduite employée de nos jours seulement en proclise et quand la négation est renforcée ensuite par un autre mot ' ; ne est inusité dans la Provence proprement dite, qui emploie devant cons. noun, devant voy. noun ou n :
noun siés qu'un pauras {Mir., c. vu, str. 12) « tu n'es qu'un pauvre diable »,
Que noun de iéu fasiés un astre ?
« que ne faisais-tu de moi un astre ? » {ibid.\ str. 15);
noun ai pou de res « je n'ai peur de personne » {Rose^ c. IV, 1. xLii, p. 112),
Lou remèdi noun ôuperè
(( le remède n'opéra point » (Oubr. vers, Maud'iue, p. 86) ; Res autre qu'eu w'aura moun amo
{Mir., c. VII, str. 58) « nul autre que lui n'aura mon âme »,
I . Mais Despourrin emploie encore ne sans renforcement dans nou i a nat Que «^-us surpàssi touts en amistat cité § 121 in fine.
2^6 CHAP. XIII : l.A NLGATION §§ I)], I > ')
N'èro-ti pas entre-milan d'aquéli
Baus fèr, Roco de Glun o Roco-Mauro,
Que Gar<;antian re^navo
{Rose, c. I, I. IV, p. lo) « n'était-ce pas au milieu de ces sauvages falaises, Roche de Glun ou Rochemaure, que Gargantua régnait »
§ 155. — L'expression de.;/t)M;/ (devant voy. généralement «') est encore de règle chez Bellnud et chez Ruffi, mais plus tard en Provence la négation s'omet de plus en plus devant un mot de renforcement, et p. ex. de nos jours « je ne le vois pas » se dit loti vese pas beaucoup plus souvent que tiouu lou vesc, et êro-li pas est au moins aussi fréquent que ucro-ti pas ; les tournures avec noun sont surtout archaïques (proverbes etc..) ou puristes) littérature félibréenne), en dehors de cas spéciaux comme miés que fwun cresiéu, partes pas que ttoun vèngues, etc.. (§ 159).
On omet généralement la négation avec :
1° les mots de renforcement (pronoms et adverbes) qui ont ainsi fini par prendre un véritable sens négatif:
passti : lou vese pas ; siéu pas malaut a je ne suis pas malade » ;
^enus : ai ges de capèu « je n'ai point de chapeau » ;
rem : ai rén vist « je n'ai rien vu »;
res : passo res ? « il ne passe personne ? »
pins : l'ai plus visto « je ne l'ai plus vue » ;
jant tfiagis : se troumpo jantai « il ne se trompe jamais » ;
got. * waigaro ' : a gaire de goust « il n'a guère de goût ».
Tous les mots de cette catégorie sémantique sont traités
I. Xhtk. mha. weigaro, weigiro ne peuvent rendre compte de -aï- dans