‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 107 sur 139 · MOTS DE RENFORCEMENT · texte numérisé non relu

MOTS DE RENFORCEMENT

capu{t) : Nimes, 1. aq. cap s'emploie comme prov. ges, ex. Nimes cap de poulidi fiho « point de jolies filles », n \ a pas cap « il n'y en a point » ;

(homo) natus : aq. nat « personne », fléchi, ex. b. fém. nadcy plur. masc. nats^ fém. nades ;

granu : lim. gro « point » (dès le xvi^ siècle), ex. périg, (contes en parler de Montignac publiés par M. Léo Borne dans BP 19 12, p. 79) cô n'einançavo gro lou trabal « ça n'avançait en rien le travail», n'èro orf^? atrapo-minou « il n'était pas du tout patelin », cô pot dans cops, al mens,» eivertà lou sort, si^ro l'escounjurà « cela peut quelquefois, du moins, détourner le sort, sinon le conjurer » ;

Çuyia an(i) ma >> narma « personne » chez Laborieux et encore aujourd'hui dans plusieurs parlers auv., not. à Vinzelles (Dauzat, p. 395);

b. bete, boude ^ brigue, qui s'emploient à peu près comme fr. « pas, point » ; bete signifie au propre « brin de lin » (lat. vitta, prov. veto « bandelette, ruban de fil »), bourle a effilure », brigue « miette » ; v. Lespy, p. 413. On trouve pong dans un texte b. de 1387 : no y a pong de prim « il n'y a point d'héritier », pong d'enfans « point d'enfants » (cité par Lespy, p. ^12) \ punt « point » chez Salettes (^ibid.) est le continuateur normal b. de punctu (cf. ungle <C îing(u)la) ; [pwen] écrit poegn par des auteurs modernes Çibid.) est ^v. point adapté d'après l'analogie de louegn[lu>en] « loin )).

En b. plusieurs mots employés ailleurs uniquement dans les tournures négatives ont gardé ou même pris un sens positif, ex. b. moderne boulets, cercats arré? (lat. reni) « voulez-vous, cherchez-vous quelque chose ? » (à côté de arré nou m'agrade « rien ne me plaît », nou boni arré « je ne veux rien »), si-u troubats en-loc (lat. in locci), hèts biene-u « si vous le trouvez quelque part, faites-le venir »

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(Lespy, p. 327, 413), b. ancien si ttegtin (lat. nec unu) cmbadibf a ncptn biandant cité § 62. Cf. Flamenca^ v. 341 3, 3414, Mais, s'Aniftrs vol qiic-trj sî:i hcs Niilln rt-n <r'iî«^^o c*ar mi pes.

§ 157. — « Ne... que » s exprime par uoiin... qiie ou par ^M^ seul (ex. aux §§ 154, 155, 2"), mais le lim. emploie surtout noumà(^s) < mn magis, et quelquefois niaÇs^ seul, cf. nos qui iiihil maç^is quam iustum Dei iudicium praedicamus(Hier. in ep. ad Rom., m) ; quam n'est pas exprimé : damande mumhs à vous fa plasèi « je ne demande qu'à vous faire plaisir » ; cf. Ambert fiias, § 136 in fine. Je crois que dans ce mot (plus ou moins répandu dans tout le domaine roman, v. M.-L., t. m, § 702, et Einfiïhrung , § 206) la composition n'est plus sensible au sujet parlant ; tel est assurément le cas pour soun-que - parlers à chute de n fin. rom. souvent sou-que, toul. sounco, aq. sounco, sotincos (b. soiifiqtie) « sinon, si ce n'est, si ce n'est que, à peine, tout à l'heure », formes de tempo allegro qui paraissent reposer sur si non quid {soun-que, sou-que), si non quam ou si non quid ad (^sounco, b. souttque ; souncos avec élargissement -s conmie dans une foule d'adverbes et de prépositions, ex. vpr. oncas, aras, poissas, sens sur l'analogie de pois, foras, sus, vers, tic ); rhod. pop. soucamen « seulement, rien que » paraît reposer sur un croisement de sotilamen <C sola mente avec * sou-que pour soun-que (cf., pour la chute de -n, hessai et houdiéu cités § 145 ad fineni) ; sur des formes esp. et port, analogues, v. M.-L., t. m, § 703 et Carolina Michaëlis de Vasconcellos, ZRP 1880, p. 602-

§ 158. — Non seulement les mots de renforcement

§ 158 « NE... aUE » ; RENFORC. RÉPÉTÉ 25 T

s'emploient deux à deux quand cela est utile au sens, l'un d'eux ayant p. ex. une valeur temporelle spéciale, ex. jamai rèn « jamais rien », plus ges de Nerto ! « plus de Nerte ! » (Nerto, c. v, p. 272), mais pas peut précéder un autre mot tout à fait explétivement :

Mai que pas ges de cansouneto

« plus que nulle chansonnette » (Mir., c. 11, str. 16). Ce dernier usage est pariiculièrement affectionné à Montpellier et à Lodève : pas cap de « point de », pas pus « plus », pas jamai « jamais », pas gaire « guère », pas qu un sou

« (ne) qu'un sou » ; de même en Aquitaine : b. 7iade

brigue, nat peu (natu -\- piltî) « rien du tout », E fî'at entenè pas nat peu de quet estrem (Fondeville, cité par Lespy, p. 414) « lui ne Tentendait nullement de cette oreille (litt. de ce bout) », non boui pas arré « je ne veux rien », 71 \ a pas cap de brigue a il n'y a rien du tout » ; g. pas ouaires cité § 20 ad finem ; Sengouagnet ;/'an pas cap troubatch cap de clau lapoc (BDM 19 12, p. 138) « on n'a pas non plus trouvé de clef ». Cf. Flamenca, v. 6577, 6578, tan liai que nulla ren Negus a sos ops non reten.

L'accumulation ou la répétition peut n'être qu'une simple redondance, mais elle peut être aussi une nuance d'expression, ainsi b. nou pas nou « pas du tout » (Lespy,

p. 412) et n nou dans l'ex. cité au début du § 142. Cf.

encore haut-lim. penpiau « rien du tout » < passu unu pilu, employé aussi devant un nom, comme prov. rèn (^ 155, 1°), ex. la viti penpiau usurièro (Foucaud cité par Chabaneau, p. 327) « elle n'est pas du tout usurière ».

Cet usage est plutôt exceptionnel dans la Provence proprement dite, sauf avec nïl, qui s'est conservé en Comtat- Venaissin (niéu') et dans la vallée de la Drôme (Châtillon

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