I. Goethe, Faust, ire partie, scène iv
§ 10. — Le langage qui est cité dans cet Essai comme unique témoin, soit quand lui seul m'a fourni un fait syntaxique donné, soit quand les autres dialectes ne présentent pas de différences particulièrement intéressantes, est naturellement le provençal mistralien. Ce vulgaire illustre repose sur le parler de Maillane, patrie de Mistral. Gaston Paris en a magistralement exposé la genèse dans les pages de Penseurs et poètes (m ss.) consacrées au travail d'épuration, de fixation et d'enrichissement que Mistral a su accomplir comme Dante avait « défriché et planté dans la forêt linguistique de sa patrie ' ».
§ 11. — Cet Essai s'applique aux parlers modernes, et principalement contemporains, mais, soit pour éclairer le développement historique, soit simplement pour relever une particularité intéressante, je citerai parfois des textes remontant jusqu'au xiv* siècle ou même encore plus haut.
Sous les réserves qu'impose un état de devenir continu, sur lequel on n'a souvent d'ailleurs que des informations incomplètes, on peut faire commencer la période néo-provençale au moment où, à la suite des événements politiques du XIII* siècle, le midi de la Gaule perd le sentiment d'une culture commune et l'usage de la langue littéraire qui en était l'instrument. Dans la première moitié du xiv* siècle, l'écart entre l'ancien provençal écrit et les dialectes parlés est déjà trop considérable pour que la restauration puriste et archaïsante de la compagnie des Jeux Floraux de Toulouse puisse réussir : elle ne s'appuie sur aucune tradition vivante dans l'Église, l'enseignement ou l'administration, mais seulement sur une production littéraire artificielle et médiocre et sur une longue compilation grammaticale inté-
I. Eduard Boehraer, DU provenj^alische Pi*esU der Gegenwart, Halle, Barthel, 1870, p. 22.