II VIEUX PROV. ET NÉO-PROV
ressante surtout par les formes qu'elle blâme ou qu'elle semble autoriser à regret, celles qui précisément caractérisent l'état réel de la langue. Les actes publics et la production spontanée (p. ex. les Mémoires de Bertrand Boysset) emploient les dialectes locaux, dont plusieurs s'élèvent dans les siècles suivants à une remarquable vie littéraire. La renaissance du xvi^ siècle a pour instrument non plus une langue commune, mais plusieurs dialectes particuliers, à des points d'évolution divers : ainsi le langage de Bellaud de la Bellaudière conserve un grand nombre de traits anciens que le provençal méditerranéen de nos jours a perdus (p. ex. maintien des cons. fin. rom. et de -s au pluriel des noms), tandis que celui de Pierre de Garros est presque identique, à part quelques formes enclitiques de pronom et une graphie archaïsante voulue mais inconséquente ^, au gascon parlé de nos jours à Lectoure.
Le milieu du xiv^ siècle peut être considéré comme une sorte de moment critique central avant et après lequel commencent ou se poursuivent un certain nombre d'innovations linguistiques accusant de plus en plus la divergence des dialectes ^ : a fin. passe dans la plupart de nos parlers à o; dans tous, (5 et o -^ passent à [u]; le passage de -ia disyllabique à [-ye], respect, [-yo], s'accomplit définitivement; dans beaucoup de parlers du nord a influencé par une nasale passe ko (y. § 6, n° 7 et note) ; plusieurs parlers commencent à laisser tomber les consonnes finales et à vocaliser toute / implosive, mais ces deux développements ne s'achèvent qu'à une époque relativement moderne; de même pour la chute de -s ou son passage à -i au pluriel des noms ; la déclinaison à deux cas disparaît définitivement ;