‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 112 sur 139 · PROCI^DÉS POUR MEITRE EN RELIEF CERTAINS ÉLÉMENTS DE LA PHRASE · texte numérisé non relu

PROCI^DÉS POUR MEITRE EN RELIEF CERTAINS ÉLÉMENTS DE LA PHRASE

§ 161. — Ces procédés consistent essentiellement soit à répéter l'élément qu'on veut mettre en relief, soit à le détacher à une place exceptionnelle dans la phrase ; ils peuvent se combiner entre eux, notamment en exprimant l'élément en question à deux places bien en vue, p. ex. aux deux bouts de la phrase. Un autre procédé consiste dans l'emploi de certaines particules énonciatives (v. §§ 50-

Répétition

Un « tôt, bientôt, vite », lèu-Un, lèu-Ièii-lêu « vite vite, tout de suite » ; plan « doucement, à l'aise », plan-plan, plan-planeto (ici le second terme a un suffixe diminutit) « tout doucement » ; remudo-remiido (postverbal de remuda a remuer ») « vicissitudes » {Rose, c. viii, 1. lxx, p. 198) ; rèn de rèn « rien du tout, absolument rien » et autres accumulations négatives notées § 158; parlo que pari aras ! « parle toujours, parle à ton aise, parle tant que tu voudras, parle tout ton soûl ! »

L'expression du pronom su jet dans les ex. des §§43, 2°, 44 constitue une sorte de répétition, puisque la forme verbale suffit à indiquer le rapport personnel. Il peut y avoir de plus détachement du sujet après le verbe (ex. ihid.^

§§ i6i, 162 répétition; détachement 259

Pour les répétitions de régimes, v. §§ 57, 88-90 et

l'ex. // qm vivon encaro cité § 140; pour les répétitions

de prédicats, v. § 104 ; pour les répétitions de compléments, V. § 113; pour les répétitions d'auxiliaires, v. § 126.

Détachement

§162. — La liberté de construction de notre langue (§ 34) permet des tournures avec régimes, prédicats et compléments devant le verbe comme grand gau me farias « vous me feriez grand plaisir », b. me es lo viu, to es lo mort « le mien, c'est celui qui est vivant ; le tien, c'est celui qui est mort » (paroles de l'une des femmes qui se présentent au jugement de Salomon, Récits d'histoire sainte cités par Lespy, p. 257), de iéu tout autre es lou vejaire (Mistral, dans une lettre à moi adressée) « tout autre est mon avis », litt. « de moi tout autre est l'avis » ; v. encore

d'aquelo frucho agues manja cité § 34 et Siéuno an la

colo e la planuro cité § 17.

Sujet (nom ou pronom absolu) placé après le verbe, avec coupe : lou farai, iéu « je le ferai, moi » ; prenèn, nautre, (ou prenèn, H felibre, v. § 42), li dicho mistralenco au serions « nous autres (ou nous autres félibres), nous prenons les paroles de Mistral au sérieux»; autres ex. § 47. Cf. Vinzelles (Dauzat, p. 560) Tome que vou(s) vo parla z-is qui « l'homme qui veut vous parler est ici », :(-is qui l'ome que vou(s) vo parla « il est ici, l'homme qui veut vous parler, voici l'h. q. v. V. p. »

Régime direct avant le verbe, entre deux coupes : Vinzelles (récit populaire cité par Dauzat, p. 560) Piarre l'engrognàs, tout ce que tapa, rogna « Pierre le grognon, tout ce qu'(il) attrape, (il le) ronge ».

260 CHAI' Xiv : MISE EN RELIEF § 163

Détachement et répétition, et autres procédés stylistiques

§ 163. — L'introduction par « c'est », etc (§40

constitue à la fois un détachement et une répétition, l'élément intéressé étant sujet ou prédicat du verbe « être », puis étant répété par un relatif devant le verbe principal : es eu que Tadi « c'est lui qui l'a dit », es aquéu libre que vole « c'est ce livre que je veux ».

Dans nôsti jôuini magnanarello ^ fugue plus poussible que pleguèsson mai Tiue (Ch. Riéu, Ai. 122, p. 2, c. 3) « nos jeunes éleveuses de vers à soie ne purent plus fermer l'œil », le sujet est détaché en tête de la phrase dans laquelle s'accorde avec lui le verbe pleguèsson « fermassent » introduit par « il ne fut plus possible que ». Cf. E la lumiero, Dieu veguè qu'èro bono {Geiiési, i, 4) « et uidit Deus lucern quod esset bona » et Mai lou vas que venié d'adurre, Aurias mga, vous l'assegure. Que i' aguèsse passa coutèu de pastrihoun cité § 23 fli fitiem.

Le prov. use également de « voici, voilà, voici que ,

voilà que , voici, voilà X*** qui , que.... », ex. dans

Genési, xxiv, 13 iéu me (répétition) veici contro la font « ecce ego sto prope fontem aquae », xlii, 22 vaqui que souft sang se recerco « en sanguis eius requiritur », m, 22 vaqui Adam quQS devengu coume un de nautre « ecce Adam quasi unus ex nobisfactus est ».

Il emploie aussi « il y a », et cela non seulement dans fa miechouro que vous espère « il y a une demi-heure que

je vous attends », ta de gènt que dison « il y a des

gens qui disent », etc , mais p. ex. dans

Di miradou nouvèu que l'envirounon, Dou ribeirau espetaclous, di runo.

§ léj PROCÉDÉS DIVERS 26 1

Di degoulôu emé sis ensarriado, Di vièi castèu enmantela de glori E dou chalun de l'èr que luminejo Fa lou prince Guihèn qu'a lou cor ébri

(^Rose, c. III, 1. XXVII, p. 6S, 70) « des spectacles nouveaux qui l'environnent, de la merveilleuse vallée, des ravins et des falaises çà et là écroulées en grands amas de pierres, des vieux châteaux drapés dans leur gloire et de la volupté de l'air lumineux voici que le prince Guillaume a le cœur enivré ».

Voici un bel exemple de période où un sujet chargé d'incises et d'attributs est détaché en tête de la phrase, puis répété par un relatif amené par « c'est » introduisant un complément ; suit une phrase à trois membres, sujet détaché en tête, complément local au milieu, verbe principal à la fin (avec répétition du complément local) introduit par « il y a » formant complément temporel :

Lou sauvadou de Roumo, Càius Màius (comme nôsti païsan apellon Caius Marins), encaro poupulàri dins touto l'encountrado, es au pèd d'aquéu barri ^w'esperè li Barbare, darrié li paret de soun camp. E sitroufêu vitouriaUj à Sant- Roumié sus lis Antico, fa dous milo an que ié roussejon {Esp., ch. I, p. i) « c'est au pied de ce rempart (la chaîne des Alpilles) que le sauveur de Rome, Càius Màius (comme nos paysans appellent Caius Marius), encore populaire dans tout le pays, attendit les Barbares derrière les muniilles de son camp. Et il y a deux mille ans que ses trophées de victoire prennent l'éclat de l'or roux sur le plateau des Antiques ».

Cf. avec cette seconde phrase le début de l'avant-propos de la Genèsi :

La grand coumparitudo de la vido biblico e de sa lengo

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