CHAP. XV : CONCLUSION §§ 164, 165, T
matique, j'ai cherché surtout à concilier la répartition des faits entre trois séries avec le maintien d'une certaine cohésion dans un groupe de faits qui répondent à une Ultime tendance psychologique.
Je ne relève pas tous les faits, mais ceux qui me paraissent les plus intéressants par leur originalité propre ou par les lumières qu'ils donnent sur les tendances générales de la langue, et je choisis de préférence ceux qui sont au moins communs à la plupart de nos parlers.
§ 165. — 1° . ». — La conservation de désinences verbales assez variées pour exprimer par elles-mêmes les rapports personnels dispense de l'emploi des pronoms sujets (§ 43)-
p. — L'ordre des mots dans la phrase garde une certaine liberté (§§ 34, 162). Ce trait est lié assez directement au précédent : tant que le système des formes reste assez riche pour exprimer de nombreux rapports au moyen de la flexion proprement dite, le besoin d'un ordre des mots absolument fixe ne se fait pas impérieusement sentir. Il est lié d'autre part au trait 2° a.
Y. — Maintien du type turba ruont et son développement jusqu'au type arrés nou hieneran (§ 38, 39) : nombre du verbe déterminé par le concept du sujet, et non par sa forme grammaticale ; même tendance dans le verbe au pluriel avec des sujets unis par « avec » ou par « contre » (§37 )î ^^ même pour la personne dans le type // gènt de
Vauluro avèn (§ 42); réunion de ces deux procédés
dans le type degun auren tort (§38 in fine).- y ^'f^^^ *i.'*>^*- ^*
fi. — Maintien du subjonctif dans les prohibitions (S «30-
§ l65, 1°, 2° TRAITS ARCHAÏa. ET POP. 265
£. — Conservation et même développement de l'emploi de l'impf. subj. pour exprimer un aspect d'irréalité (§ 136), notamment dans les propositions hypothétiques (§ 133).
^. — Maintien, et même développement dans une certaine mesure, des types Deo iuuante et Carthagine deîeta, déwdoppemQnt dQS types cr ou mpa que lis agiière (§ m) et uno fes avé di sis ouro (§110).
-il. — Maintien partiel du continuateur de lat. non employé sans mot de renforcement (§ 154).
0. — Expression indéterminée (fr. on) par la 3. p. pi., tournure latine conservée, et par la tournure réfléchie tenant lieu du passif latin (§ 149).
2°. a. — Développement des éléments subjectifs, afl'ectifs, expressifs du langage : datif éthique (§ 64), expression indéterminée ( fr. on) par la 2. p. pi. et la 2. p. sg-(§i5o).
p (suite du précédent). — Usage de particules énonciatives dans certains parlers, surtout du S.-O. (§§ 50-55).
Y. — Introduction de propositions subordonnées par^w^ et expression de divers rapports au moyen de pronoms ' '^r^ ^j personnels, adverbes pronominaux ou pronoms possessifs "^
reliés au verbe (§§ 119-121).
5. — Développement des tournures de substitution exprimant des rapports de possession ou d'autres rapports personnels, types ié lusié la caro^ ié courreguèron subre (§§ 91- 93); emploi de l'article au lieu d'un possessif, type ai carga lou capèu (§92 ad finem).
e. — Omission du continuateur de lat. non devant des mots de renforcement (§§ 155, 156) ; accumulation de mots de renforcement (§ 158).
266 CHAP. XV : CONCLUSION §§165, 3°, l6é
3° . 1/.. — Traitement partix:ulier, au reste différent suivant les parlers, des groupes de pronoms conjoints à plusieurs au verbe (§§ 84-87).
p. — Un groupe semi-auxiliaire -j- verbe principal n'est généralement pas dissocié par l'insertion de pronoms conjoints, type te loti vau dire « je vais te le dire » (§ 79, 2°,
Y- — Accord du participe passé avec un pronom conjoint au datif (§§106, i", 107, 1°).
Ci. — Formes périphrastiques du passé avec répétition d'auxiliaire, types ai agu canta^ sias agudo estado (§ 126).
e. — Dans la plupart de nos parlers le verbe « être » est son propre auxiliaire aux temps périphrastiques du passé
^. — Prédicat verbal avec attribut, type es de bèu vèire
iQ. — à devant régime direct, sous certaines conditions, dans les parlers du S.-O. (§§ 57-62).
§ 166. — Les traits 1° g, C, y;, 2° a, 3° B, C consistent essentiellement en possibilités stylistiques, au demeurant non seulement applicables dans les œuvres littéraires, mais appliquées avec une extension plus ou moins considérable môme dans la conversation courante.
Les traits 1° 7, s, 0, 2° (S, 7, $, c, 3° 3 reflètent le goût de la langue pour certaines tournures qui sont préférées à d'autres également correctes, mais moins idiomatiques.
Les traits 1° a, B, 3° a, v, £, •/; sont au moins pour une grande part ' de véritables règles grammaticales sans
I. Je réserve ainsi le détail dont on pourra se rendre compte en se
§§ lé6, 167 GROUPES SYNTHÉTIdUES 267
Tapplication desquelles les phrases ne sont plus senties comme correctes.
§ 167. — Certaines combinaisons comprises synthétiquement peuvent garder le même sens général quel que soit l'ordre dans lequel on exprime leurs éléments. Nos parlers présentent de nombreux cas de ce phénomène, qu'on rencontre également, pour des groupes simples et courts, p. ex. en ail., so ein guter Mensch (pour ein so gutèr Mensch) « un si brave homme », en néerl., heel iets anders (pour iets heel anders) « tout à fait autre chose », en fpr. des / environs de Vienne, [lu ^ûfihu a hà dd pçna g s èvolà, iil g ^ tro dd gràdd ^ g,ld\ (pour [ul g dd trç gràdd ^ ghj) « l'engou- ^ lèvent a bien de la peine à s'envoler, il a les ailes trop v grandes».
Cela est d'accord avec le trait i° g; d'autre part les traits 1° Y, 2° Y, 5, 3° Y manifestent une tendance de nos parlers à considérer le sens interne d'un ensemble syntactique plutôt que la valeur grammaticale des expressions de ses éléments.
Grâce à l'application des procédés où se reflète cette tendance, Mistral a souvent pu, dans la Genèsi, suivre de plus près la construction de la Vulgate que ne peut le faire une traduction française du même texte :
XLiv, 9, 10 : Vers quint que fugue de ti servent que s'atrouvara ço que cerques, que more aquéu, e nautre, que
fiiguen lis esclau de noste mèstre ! quint que siegue
vers quau se trouvara ço que cercan, qu'aquéu siegue moun
reportant aux passages cités : ainsi l'emploi des pronoms sujets sans intention spéciale (1° a) est incorrect en prov., mais correct dans plusieurs parlers auv. ; 20 [î, l'usage des particules énonciatives n'est très général, presque obligatoire, que dans le S.-O. de l'Aquitaine ; 30 r\ ne s'applique, dans la plupart des parlers du S.-O. de notre domaine, qu'aux cas de répétition et peut-être de complément.