SUBSTANTIF + ADJECTIF
homme », rEscrituro Santo plutôt que la Santo Escrituro, mais li Sàntis Escrituro plutôt que lis Escrituro Santo ; grand orne « grand homme ».
Sens différents : uno faniiho nohlo « une famille noble (appartenant à l'ordre de la noblesse) », mais aquesto nohlo famiho « cette noble famille (noble par les sentiments) ».
Grandit pichot (prov. litt. ; méd. pichoun ; autres dial., en général petit) s'emploient à peu près comme fr. grand et petit ; ct'ptnàd.ni segne- grand « grand-père », rèire-grand (( aïeul », maire-grand « grand'mère » plutôt que grandmaire.
On dit imo auto capello « une haute chapelle », mais la capello auto ou la capello-:{-auto ' « la chapelle haute (supérieure) », V. Mir.y c. XII, str. 8 ; li terro auto « les hautes terres (la montagne, le pays en amont) », mais Vauto Prouvènço « la haute Provence », lis àuti vélo « les voiles hautes (d'un navire) », lis àutis erho « les hautes herbes » ; mêmes constructions avec haSy sauf qu'on dira uno capello hasso.
Bourcet a emprunté la construction allemande et dit p. ex. ura vendua maisoiin « une maison vendue ».
« Ainsi » s'emploie couramment après un subst., ex. uno femo ansin ^ « une femme pareille, de cette espèce, comme ça », litt. « une femme ainsi ».
Pronom + adjectif ou adverbe
§ 15. — Comme en français : quaiicun d'incouneigu
1. -i- généralisé du groupe à-i- auto voues « à haute voix » ; traitement du -d de lat. ad devant voy. initiale du mot suivant comme das à-:(-Ais « à Aix », etc..
2. Forme spécialement prov., avec un double élément nasal d'origine peu claire.
« quelqu'un d'inconnu » quaucarèn de nbti « quelque chose de neuf », rhi de potilit « rien de joli », un de niai, mens, trop « un de plus, moins, trop ».
Sans correspondante française exacte est la tournure eiço potilit, àcb béu « cette jolie chose (-ci), cette belle chose (-là) », ex.
Li VenicianOy aurtas di très Sereno, Akgravien eiço poulil cantavon
« les Vénitiennes, on eût dit trois Sirènes, chantaient allègrement cette chanson jolie » {Rose, c. iv, 1. xlii, p. 108) ; suit au texte la chanson en question.
Le b. forme des expressions collectives neutres avec ço <C {ecy:e Jjoc -\- de -h adj., ex. ça de nabèt « ce qui est nouveau, le nouveau, les nouveautés » (esp. lo nuevo) ; cf. ço de tu « ce qui est à toi, ce qui t'appartient » (esp. lo tuyo) et ço de nousie cité § 17. Des constructions analogues sont également usités en L, ex. ço de melhou « ce (qu'il y a) de meilleur », et spécialement en mtp., ex. ce plus grand, fort « ce (qu'il y a) de plus grand, fort », ce pauc quaviè « le peu qu'il avait ». En prov. elles ne subsistent guère que dans quelques proverbes et dictons.
Particularités relatives aux pronoms personnels
§ 16. — Je crois qu'il faut voir un groupe figé prép. de -f une forme réduite du continuateur de ipsu -\- prép. pér « par » -\- pron. pers. dans d'esperéu « de lui-même, de son propre mouvement, spontanément, de son chef ». Cette tournure est, je crois, spéciale à la Provence pro~ prement dite, à la marche nimoise et aux parties voisines du Languedoc ; plus à l'ouest en Languedoc on dit de pér et. Le sentiment de la composition est à peu près perdu.
§§ lé, 17 PRONOMS PERS. ET POSS. 3I
La tournure est très usitée avec le pronom de la 3' personne : sing. masc. rhod. méd. d'esperéu, Nimes et lor. (p. ex. Lanszrgues) d'esperely fém. rhod. méd. ^imes d'esperelo, lor. d'esperela ; plur. masc. rhod, Nimes d'esperéli, méd. d'esperélei, lor. d'espereles, fém. rhod. Nimes d'esperéli, méd. d'esperélei, lor. d'esperelas. Elle est plus rare aux autres personnes : « moi », d'esperiéu (TDF, avec un ex. méd.); « toi », d'espertu (id.) ; « soi », d'espersé (P. Devoluy, VP 91, p. 3, c. I, 1. i) ; pour « nous » je n'ai point d'exemple; a vous », d'espervàiitri {Vido d'enfant^ p. 44e). Bellaud dit naturellement d'espermi : l'usage du nom. iéu, au lieu de l'ace, mi, après les prép. ne s'établit qu'au cours du xvii'^ siècle.
Tulle en-pèr <C inde per « pour cela » ; cf. fr. dialectal en pour % esp. et vport. por ende, port, porém ; autres sont le sens et la formation de vfr. empor, - our, - iir « pour, en considération de ; en échange, contre, moyennant », combinaison de en < in avec por, pour, pur comparable aux groupes de prépositions cités au § 29, dont le lat. avait déjà de nombreux modèles tels que depost, abante, detrans, etc.. (v. Einfûhrung, § 199).
Particularités relatives à l'emploi des pronoms possessifs
§ 17. — La plupart de nos parlers ont deux séries de formes pour la plupart des pronoms possessifs, ex. prov. litt. miéu « mien » <C meu (qu'on peut appeler forme pleine), moun « mon » < * mom (qu'on peut appeler forme légère ou réduite ^).
1. Usité en Puisaye, d'après une communication de M. H. Gauthier- Villars, — et probablement aussi dans d'autres pays.
2. Les expressions tonique et atone sont impropres : une forme
32 CHAP. i: GROUPES DE MOTS § I7
Les formes pleines s'emploient :
substantivement, ex. prov. tnouu paire c Ion tiêu « mon père et le tien », an miéu « chez moi, ■^ la maison », an tUu « chez toi », au siéu « chez lui » ;
comme prédicats, ex. prov. litt. aqnesle capèu es miéu « ce chapeau est à moi, voici mon chapeau », et en style élevé Siénuo an la cola e la plauuro (( ils ont à eux la montagne et la plaine » {Nerto, c. vi, p. 292) ;
comme attributs, ex. prov. un ami miéu « un mien ami », an chanja sa flahuto contro un viôuloun pas siéu (Mistral, Ai. 159, p. i,c. 3, 1. r, 2) « ont changé leur flûte contre un violon qui ne leur convenait pas », acd miéu « ce qui est à moi, ce qui m'appartient », et formes dial. comme lim. un ami mïu, un viulou pas stu, cà mïu, etc.. ; h. ço de fwuste « les choses du pays, de chez nous » ;
à la place des formes réduites dans des apostrophes et autres tournures de style élevé comme Paire miéu ! « mon père ! » lou pan quoutidian nostre « notre pain quotidien » {Rose, c. I, 1. IX, p. 24).
Les formes réduites s'emploient devant subst. ou autre mot pris substantivement, ex. prov. soun paire « son père », moun bèu « mon cher, mon brave », litt. « mon beau », soun viéure « sa nourriture », litt. « son vivre ».
Mais quelques parlers (surtout aq.) ont abandonné la plupart des formes pleines, ex. land. lou toun « le tien », et d'autres se servent presque exclusivement de formes pleines au lieu de formes réduites, ex. niç. lou miéu paire « mon père », lu miéu car fr aire ! « mes chers frères ! » Le détail des formes dialectales est du ressort de la morphologie.
pleine comme miéu est tonique dans acb's miéu « cela est à moi » et atone dans lou miéu paire « mon j)ère » ; une forme réduite est atone dans /0M« paircy land. lou toun pai a ton père » et tonique dans land. îou toun « le tien » ; cf. plus loin au texte.
§ l8 « CECI, CELA », ETC.. 35
Groupes pronom démonstratif + préposition de -f- adverbe de lieu
§ 18. — Nos parlers disposent d'un jeu varié de pronoms démonstratifs composés par l'union de hoc (neutres sing.) et de istu, illu (fléchis masc. et fém., sing. et plur.) avec des éléments initiaux représentant ecce, eccu et des croisements entre ecce, eccu et clc, atque. Le détail des formes est du ressort de la morphologie ; je me bornerai ici à indiquer prov. litt. eiçb « ceci » (objet rapproché, chose qui va être dite, etc.), aco « cela^ ça » (objet plus éloigné, chose qui a été dite, etc.); acb est employé toutes les fois qu'on ne veut pas marquer spécialement la proximité, le futur, etc.; aqueste (et plus rarement eiceste) « ce. ..-ci, celuici », aquéu « ce, celui » et spécialement « ce ... -là, celuilà ».
Au moins dans la Provence proprement dite, on use, pour marquer des rapports plus précis, de groupes constitués par pronoms démonstratifs + prép. de (ici, devant voyelle, û?') + adverbes de lieu formés avec hic, hac (il)lac et les éléments initiaux des pronoms, soit eici, eiça « ici », aqiii « ici, là » sans précision spéciale (ex. es aqui « il est ici, il est là, il y est ^^'),eila, « là, là-bas ». L'emploi de ces combinaisons ne saurait être soumis à des règles strictes. Voici quelques indications empruntées au TDF, en parfait accord avec l'usage populaire.
Acb et aquéu ne peuvent se combiner qu'avec aqui, eila, Acb-d'aqui indique une certaine proximité ; cf. es acô-d'aqui « c'est cela-même ». Eila accuse l'éloignement : acà-d'eila « ce qui est là-bas ». Aquéu-d'aqui désigne une personne ou un objet éloigné, mais plus rapproché de la personne qui parle que de celle à qui elle parle ; aquéu-d'eila exprime le rapport inverse.
J. RoNjAT. — Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes. 5
34 CHAP. 1 : GROUPES DE MOTS §§ l8, I9
Ei^d et aqueste ne peuvent se combiner qu'avec eiciy eiçay qui accusent nettement la proximité.
Le maximuw d'opposition sera donc obtenu en employant p. ex. pour un objet ciçà-irein et pour un autre acà-deila.
Particularités relatives à quelques pronoms indéfinis '
§ 19. — La confusion entre tout adverbe et tout fléchi paraît à peu près aussi avancée qu'en français, mais l'usage ne concorde pas toujours dans les deux langues.
Ex. de tout invariable : fenéstro tout grand duberio « fenêtre toute grande ouverte », tout malauto qiies « malade comme elle est, toute malade qu'elle soit » ; ces tournures sont logiques; la suivante, très populaire, est analogique ou repose sur un sentiment de collectif :
Sian tout d'ami, sian tout de fraire, Sian li cantaire dôu pats !
Sian tout d'ami galoi e libre Que la Prouvênço nous fai gau
(Mistral, Cant di Felibre,AP 1855, P* ^9) ^^ "ous sommes tous des amis, nous sommes tous des frères, nous sommes les chantres du pays!... Nous sommes tous des amis gais et libres que la Provence réjouit. »
Ex. d'accord : touto nmlauto « toute malade », a Us auriho tâutis espeiado « il a les oreilles tout * écorchées »,
Touto souleto, Digo, as pas pàu dôu loup ?
1 . J'adopte ce terme commode et consacré pour désigner des formes exprimant divers rapports de quantité, de qualité et de manière. Sur les tournures partitives v. § 28 ; sur « quiconque », etc.. v. § 153.
2. Mistral écrit toutes au TDF, mais il me semble qu'en fr. on dirait plutôt tout.
§§ 19, 20 PRONOMS INDEFINIS 35
(Mistral, Dins loti Trescamp, VP 34, p. i, c. i, AP 1908, p. 23, Ôulivado, p. 130) « toute seulette, dis, n'as-tu pas peur du loup ? )>
M. Dauzat (p. 388) note la plus grande hésitation en auv. pour tout invariable ou fléchi dans cette série de tournures.
Tout est réuni ou non à un subst. par l'article comme en fr. dans touto la vilo, terro « toute la ville, terre », tôuti Us orne « tous les hommes », tout orne que... « tout homme qui... »; mais tôuti fes « toutes les fois », touti dous, très « tous (les) deux, trois », et de même sans art. avec tous les numéraux, ex. tôuti s'ege « tous les seize ».
« Plus d'un » admet à côté d'une tournure correspondant exactement au fr., mai d\n, une autre où que s'intercale comme dans avans que de -f- inf. à côté de avans de, ex. Mai que d'un Angles cabusso e péris ; Mai d'un Prouvençau à r Angles s'arrapo (M/r., c. i, str. 29^'")-
§ 20. — Beaucoup d'expressions de quantité présentent la concurrence du pronom fléchi et de la tournure adverbe -\- prép. de (parfois omise), ainsi que les résultats du croisement des types tantos homines et tantum hominum qui donnaient déjàenvpr.p. ex. tanta de frejor ,motas de paraulas .
La Provence proprement dite emploie presque exclusivement les adverbes : forço gènt « beaucoup de monde », tant, quant de mounde « tant, combien de monde », quant soun? « combien sont-ils? » ou « sont-elles? », proun mounedo « assez d'argent », pau de sèn « peu de (bon) sens ». Cependant les formes fléchies, plus anciennes (ex. Boysset tantos masc. plur.), n'ont pas disparu entièrement en ce qui concerne tant et quant : courante est la locution sing. touto fes e quanto ou plur. tôuti fes e quanto « toutes et quantes fois », et Mistral a écrit
3 6 CHAP. I : GROUPES DE MOTS § lO
Agucres tant de lustre e tànti d* avantage
(K. y.» a. IV, se. VI, p. 218) (i tu as eu laiu de lustre et tant d'avantages », pour bien marquer que lustre est sing. et avantage plur. ' .
Les continuateurs flccius de tatttu, quantu sont d'usage courant en narb. carc. laur. toul . et à Foix, surtout au plur. (masc. tàntis^ ijuàntis, fém. tanlos, guantos), et d'une manière générale les pronoms de quantité fléchis et joints à dessubst. avec ou sans de sont très usités vers le centre de notre domaine ^ Voici quelques exemples notés au cours de mes lectures :
bit. m. pi. prousses « assez de » (v. plus loin^ ség.)
Saint-Pons m. pi. fous « beaucoup de ».
Parlers 1. voisins du Roussillon catalan pi. m. gaires, {. gairos (^ guère de, peu de » (v. Krûger, RDR 191 1,
Escales plànis d'otnes « bien des hommes, beaucoup d'hommes » (^pla « bien » << planti).
toul. pi. m. tàntiSy quàntis, plànis ti plànis de, f. pianos, paucos regos « peu de lignes » .
Albi pi. f. quantos de; en 1387 tropas de autras rasos « plusieurs autres raisons » (RLR 1905, p. 463).
Montauban pi. m. iàntis de, plùssis, f. maitos {mai <! magi{s) avec un -^ emprunté à tdntis).
Ces tournures semblent fortement implantées dès le XV* siècle entre Albi et Toulouse : le Voyage au purgatoire
1. Rien qui ressemble à une cheville : il eut été facile, avec tant, de gagner une syllabe en mettant emai au lieu de e.
2. De même, le long des Alpes (toujours sans de) : niç. pi. m. tànlu, f. -i ; Roaschia pi. m. tènti, quènti (métaphonie ; sing. tant, quant) ; Terre Peliice pi. m. tànti ; Val-Saint-Martin pi. m. pàqut « peu de » (ce n'est pas it. pocJjî emprunté : sing. poc, avec traitement local de bt. au tonique).
§ 20 PRONOMS INDEFINIS 37
de saint Patrice (p. p. Jeanroy et Vignaux, Toulouse, Ed. Privât, 1903) a très fréquemment p. ex. tant s de hostes, mots de companhos.
Ség. sing. f. prousso soupo « assez de soupe », prousso d'aio « assez d'eau », tanto de doulou « une si grande douleur » ; pi. (le plus souvent avec de) m., tantes^ maites, f. -os; pi. m. gaires, prousses, f. -os ; pi. m. touplesses « tout plein de »; pi. f. tropos « trop de » ; -ss- dans prousso, etc.. et touplesses est emprunté à des formes fléchies de plus.
Un peu partout, dans les pays qui viennent d'être cités, pi. m. pauques - pàuquis,i, paucos « peu de ».
Rrgt. pi. f. tontos de.
Gév. pi. m. forces ornes ^ tontes de présent s , maisses « plus de » (-^5- de plusses'), ni abiô pas plusses « il n'y en avait pas plus », f. forços, tontos de,proussos.
Cahorspl. m. tontses J^(plur. redoublé, cf. tanses dans les Délibérations du conseil communal d" Alhi de i^']2 a ij88 p. p. Vidal, dans RLR 1903-1905), plosses de (plur. redoublé de plo <C planu), f. qubntoi de tendres sos.
Aurillac sing. f. prousso soupo, plusso d'aigo, maito d'aigo; pi. m. tontes, maites, prâuchis Ç-ch-, dont je ne puis déterminer l'origine, est également dans guéchis « eux » et dans oquéchis « ceux-là »), f. tdntoi de, proussos.
La flexion des continuateurs de tantu, quantu est, je crois, générale en Aquitaine : ex. pi. m. b. tantes, quantes et tandes, quandes (accommodation de sonorité -nt-^ -nd-), luch. tànti', ces mots s'emploient aussi fléchis avec de, ex. b. quantes de hilhotes dou nous te pats (BT 76, p. I, c. i). B. hères de biladyes « beaucoup de villages » (adv. hère « beaucoup, très » <^fera, cf. les emplois pop. de fr. raide, dur, rudement et l'évolution sémantique de ail. sehr), chics « peu de gens, peu d'hommes » (Lespy, p. 329, cf. chic « peu », // chic « un peu ») ; Beaumont-de-
38 CHAP. i: GROUPES DE MOTS §§ 20, 21
Lomagne m. pi. plants c beaucoup de » ; g. un amie coumo s'en trobo pas ouaircs {AG 191 3, p. 77) « un ami comme on n'en trouve guère ' ». Je n'ai pas rencontré d'ex, modernes de trop fléchi comme m. pi. trops « beaucoup de » à vSaint-Sever en 1480 (Mill. Rcc, p. xxvi) et trops, tropaSf tropes dans les Fors de Béarti ckùs par Lespy (p. 26e): aquegs son testimonis, et trops d* autres qui recebon la carta de la maa deu senhor « ceux-là sont témoins, et plusieurs autres (ou beaucoup ^'autres) qui reçurent la charte de la main du seigneur », una o tropas filhas « une ou plusieurs filles », tropes autes partides « plusieurs autres (ou beaucoup d'autres) parties ».
Voici deux groupes très usités pour exprimer la nullité, l'absence : surtout dans TE. de notre domaine ^es de; surtout dans le S.-O. cap de. Les premiers éléments représentent respectivement gemis et capu(J) ; les deux formules équivalent à fr. « pas de, point de ». J'ai rencontré en gév. une forme fléchie de la première, m. pi. gesses de.
Notons encore le groupe proun un « maint, plus d'un », fitt. « assez un »; ex. dans Rose, c. v, 1. xlvii, p. 124. Dans le même sens on emploie mant un (surtout b. mant m).
§21. — En b. big. land. bèt <^bellu peut se vider de son sens originaire pour devenir une sorte de pronom indéfini : b. bèt tems ^ « il y a beau temps, longtemps », bêt dïe (f (un) beau jour, un jour », bère noueit « une nuit », à bèts cops « certaines fois », et même bèt dïe qui abè plabut « un jour qu'il avait plu ». Lespy (p. 265), à qui j'em-
I. Got. *waigaro (cf. la note au § 155, 1°) > prov. 1. gaire, aq. guaire s2m( oiiaire dans plusieurs parlers du centre qui réduisent tout ancien (/w'-] à [ti/-].
§§ 21, 22 B£r; ARTICLE + SUBSTANTIF 39
prunte la plupart de ces exemples, cite encore ce passage de Fondeville :
à Tabescat anan ha gran festi ;
La regine, en un loc, dab Tabesque i lous majes; Las filhes, en bit aut, dab escudès i pages
« on alla (litt. ils allèrent, cf. § 149) faire grand festin à l'évêché ; la reine, à une place, avec l'évêque et les grands personnages^ ; les demoiselles d'honneur^, à une autre ^ avec les écuyers et les pages ».
Article + substantif ou mot substantivé ; infinitifs substantivés
§ 22. — L'article se met couramment, en style familier, devant les noms de personnes^ noms de famille ou prénoms, ex. lou Devoluy, la Gatouno.
Noms de lieu. — Les sommets montagneux et les cours d'eau sont en général nommés sans article, ex. Ventour, Rose « le Ventoux, le Rhône »; usage ancien: toujours sans article i^o^^chez Boysset, Ro^er dans Croxada. Pour les noms de pays, l'usage est à peu près le même qu'en français, surtout en style courant, mais on dira sans article Fivo Prouvénço! vivo Lengado ! etc.
Titres divers. — Pas d'article devant En, Ma ou Dono (employés en style félibréen), Mèste (populaire et courant); usage hésitant pour segne, que beaucoup d'écrivains contemporains voudraient substituer à Moussu, qui est le fr. monsieur emprunté.