COLLECTIFS ET ABSTRAITS 4I
§ 23. — Une série de groupes verbe -f subst. sans art. sont des survivances du temps où l'article avait encore gardé beaucoup du sens déterminatif de lat. ille, et où en conséquence le subst. s'employait seul dans un sens général ou abstrait. Communs avec le fr. sont des cas tels que avé fam, set, som, tort, resoun, pieia, envejo « avoir faim, soif, sommeil, tort, raison, pitié, envie ^^, faire pdu,ensié ou envejo, pieta, gràci, doim « faire peur, envie, pitié, grâce, don », faire, donna responso « faire, donner réponse », prene jour « prendre jour », liéura hataio « livrer bataille », cerca reno « chercher querelle », donna envejo « donner envie », demanda gràci, connsêu « demander grâce, conseil », rendre resoun, justiço, service « rendre raison, justice, service y)^ parla ponlitico « parler politique ». Mais voici des cas où le fr. met un article ou un pronom possessif : leva gnerro « faire la guerre », ponrta esfrai « inspirer la terreur » , litt. « porter effroi », trouva sousto « trouver un abri », prene vanc, al'en « prendre son élan, sa respiration ».
De même dans des comparaisons : hlanc conme nèn « blanc comme neige » ; et notre langue omet l'article plus volontiers que le français, ex. Coussndo e fièro autant coume bourgeso, que Mistral traduit « cossues et braves autant comme bourgeoises » {Rose, c. i, 1. ii, p. 6), c.-à-d. « cossues et fières autant que le sont les bourgeoises » ; cf. encore Uno armounïo à timbre d'or « une harmonie au timbre d'or » (Nerto, c. vu, p. 340).
Les constructions sans article abondent naturellement dans les proverbes : ils sont en général assez anciens, et prennent le plus souvent les mots dans un sens très général. Ex. prov. \kt. fedo que s'escarlo es proche don lonp « brebis qui s'écarte est près du loup », chin en vido van miés que lioun mort « chien en vie vaut mieux que lion mort », b.
Ljûu qui a l^emne bête, Caslèt enfrountère E bipie en carrèrt^ hi'i manque pas gomm
« qui a une belle femme, un château sur la frontière et une vigne sur un chemin public, point ne lui manque (occasion de) guerre » .
Pas d'article non plus dans les formules de négation, d'exclusion, des types {x.sans que jamais passai âme qui vive, jamais tentation plus forte m m* assaillit, etc. ; même
Mai lou vas que venié d'adurre, Aurias nega, vous Vassegure, Que laguèsse passa coutèu de pastrihoun
« mais le vase qu'il venait d'apporter, vous auriez nié, je vous l'assure, que couteau de berger eût passé par là » (M/V., c. IV, str. 24).
Absence d'article particulièrement quand deux subst. sont couplés, ce qui accuse le sens collectif, ex. cèu e terro « ciel et terre », niuech-e-jour « nuit et jour », ivér-estiéu « l'été et l'hiver, toute l'année », Alemand e Francis soun dons pople bcn diferént « Allemands et Français sont deux peuples bien différents » ; cf. pldu sang e pluma cité au § 28 et Genêsiy avans-prepaus, p. vu, La grand coumparitudo de la vido biblico e de sa lengo pastouralo em' aquelo di pastrc c gardian de Prouvènço « la grande ressemblance de la vie biblique et de sa langue pastorale avec celle des bergers et (des) gardian de Provence » (cf. § 163 in fine).
Absence d'article encore dans beaucoup d'indications de quantité (lieu et temps) et de moments du jour, ex. miejo-Ugo « une derhi-lieue », ta bono lègo de camin « il y a une bonne lieue de chemin », vous a faugu miecljouro