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ARTICLE ET SUBSTANTIF

« il VOUS a fallu une demi-heure », lai passa mesado « j'y ai passé un mois », de-matin « le matin, au matin », mais aiL vêspre « le soir, au soir », prov. à jour fait « à la nuit tombante », prov. à soidèu tremount, locc. à soulel coule « au coucher du soleil » (v. § m).

§ 24 . — Notre langue a mieux conservé que le français l'état ancien dans lequel après préposition le substantif n'était pas précédé de l'article défini (plusieurs ex. rentrent d'autre part dans la catégorie précédente, formules collectives, générales, abstraites) : non seulement en vilo, crous, presoun « en ville, croix, prison », Tespaso en man « l'épée en main », en fàci, guiso, formo, biais de « en face, guise, forme, manière de », sus terro « sur terre », souto terro (( sous terre », souto formo de « sous forme de », mais encore en carriero « dans la rue », en fenèstro « à la fenêtre, à sa fenêtre», en palun « sur les marais », mfre terro « dans l'intérieur des terres », quauque tènis après meissoun (( quelque temps après la moisson », emé la dago foro guèino « avec la dague dégainée » {Nerto, c. iv, p. 224), de bouco « oralement »; en camin « en chemin » et « sur le chemin ».

Le sens démonstratif de lat. ille est conservé dans des tournures fr. comme de la sorte, T imbécile est allé raconter rhistoire, les trois amis (dont on vient de parler) s'en allèrent^ etc.. ; cf. prov. Htt. au cop « à la fois, en même temps ». Tous nos parlers emploient dans ces cas la même construction que le français ; de plus, voici des exemples de cet emploi de l'article défini qui n'ont pas d'équivalents exacts en français :

lou grès que dindo

Me crèmo li peiado, e more de la set!

44 ciur. i: groupes de mots ÇÇ 24, 2

« le galet sonore brûle renipreinle de mes pieds, cl je meurs de soif ! y^ {Mir., c. viii, str. 36).

Li mounjo, folo de la pàn

« les nonnes, folles de terreur » {Nerto, c. v, p. 258, après un assez loni^ récit de l'incident qui provoque cette terreur).

li dansarello an toumba de Tesfrai !

({ les danseuses sont tombées dV^m/ » (Mir., c. xi, str. 38; même observation que pour Tex. précédent).

Bounifàci n'en mouriguè de la doulour e de la vergotigno (P. Devoluy, VP 90, p. 3, c. 2) « Boniface en mourut de douleur et de honte » (après un assez long récit des violences exercées contre le pape).

§25. — En fr. un et autre pris substantivement, couplés ou opposés, prennent chacun l'article : Futte et rautre ; Vun après l'autre; l'un ou l'autre; les uns disent oui, les autres non. Notre langue peut toujours employer l'article, mais elle peut l'omettre devant « un » au sing. dans les cas suivants :

%. « Un » couplé avec « autre » par une préposition, ex. d'un à l'autre « de l'un à l'autre » (v. § 79, 3°, note).

Li candélabre, d'enterin, Un après l'autre s'aluminon

« les candélabres, cependant, s'éclairent fun après Vautre » (^NertOy c. v, p. 236).

Eu, prenènt tout acô, li paftejè pèr lou mitan, e placé, uno contro l'autro, li dos part de chasque « lui, prenant tous ces animaux, les partagea par le milieu, et en plaça, Fune contre l'autre, les deux parts » (ficnèsi, xv, 10).

§§ 25, 26 UN, AUTRE; SUBSTANTIVATIONS 45

Il y a en somme sens collectif ou général comme au § 23; Fart, devant « autre » me paraît devoir s'expliquer par des raisons d'euphonie ; cf. plus loin, y.

p. Comme on dit un jour y l'autre noun « de deux jours l'un, tous les deux jours », on dira un. Vautre noun et fém. unOy Vautro noun « alternativement » s'il a été précédemment question ait jour, de m. cop ou fém. fes « fois », etc..

Opposition analogue, avec des fém. sing. employés comme adverbes « 1°, 2° », dans lou vole pas^ uno qu'es vièi », rautro qu'es avare « je ne Veux pas de lui (pour mari), d'abord parce qu'il est vieux, puis parce qu'il est avare ».

Y- Les ex. suivants montrent la conservation de la règle ancienne appliquée à « un » et à « autre » : pas d''article défini après préposition (§ 24). Comme en fr. parla de causo t à'autro « parler de choses et à' autres » ; de plus, d'un biais ni d'autre « (ni) d'une façon ni de l'autre », se caussa d'un pèd en autre « se chausser à rebours », d'an entre autre, 1. d'uno entre autro annado « de deux années l'une ».

Il faut remarquer que un est très fréquemment substantivé dans nos parlers : un que i'èro « quelqu'un qui y était », un d'Aurenjo « un Orangeois » ; cf. amourouso que d'un cité au § 157.

§ 26. — Nos parlers emploient très abondamment les infinitifs substantivés. Presque tous les verbes peuvent former un nomen actionis par l'infinitif précédé de l'art, défini, ex. lou heure e lou manja « le boire et le manger ». Certains inf. ont une double forme : une forme sert dans la flexion verbale et, substantivée, comme nomen actionis^

et l'autre est un subst. abstrait, ex. prov. litt. détire « devoir » < ^déb(c)re et lou dêure^ qui se traduirait en ail. par das Mùsscfty lou dcvi < debère étant « le devoir », die Pflicht. LMnf. peut ôtrc également pris dans un sens concret, ex. prov. litt. lou bouta-coiiire « le pot-au-feu »,. litt. « le mettre cuire », li viéure « les vivres » et même //;/ viéure « un mets, un plat, un aliment » ; d. Ambert aqué plot farô inoun setà (Mich., p. 82) « cet escabeau me servira de siège » et les tournures notées au § 103.

Sur l'emploi de l'art, défini avec /om/, v. § 19 in fine.

Superlatif

§ 27. — Le superlatif relatif s'exprime comme en fr. en préposant l'art, défini ou un pron. possessif au comparatif, ex. la plus auto cimo « la plus haute cime », voste meiour ami « votre meilleur ami ». Si l'adj. est placé après le subst., on le fait précéder de l'art, défini, ex. fibsti poiiéto li plus ilustre « nos poètes les plus illustres » ; cependant Mistral a écrit Li très nacioun mai catoulico De la crestiano repuhlico « les trois nations (les) plus catholiques de la république chrétienne » {Nerto, c. m, p. 158), conformément à l'ancien usage (Bellaud soun camin plus court « son chemin (le) plus court »), encore conservé au moins en luch., ex. prêts tara odo mes bèro « prix pour l'ode (la) plus belle », et en auv. dans des tournures comme lu mes que parlon « ceux qui parlent le plus », litt. « les plus qui parlent » (v. § 167).

Tournures partitives

§ 28. — La plupart de nos parlers emploient la prép. dt avec un sing. ou plur. sans article, ex. prov. de pan

§§ 28, 29 TOURNURES PARTITIVES 4?

« du pain », d'orne « des hommes », — tournure déjà courante chez Boysset.

Un tout autre cas est p. ex. Vai-me lèu querre uno

bouito de brouqueto. Douno-te siuen de m'adurre di

bono (JDubr. proso, p. 89) « Va vite me chercher une

boîte d'allumettes. Fais bien attention de m'apporter

des bonnes », c.-à-d. « de m'en apporter une de celles qui sont bonnes ». Nous avons ici l'article avec une valeur déterminative bien nette.

L'Aquitaine et les pays voisins à l'E. sont restés fidèles à l'ancienne tournure avec le subst. seul, toul. pa « du pain », Foix aqui se venden libres « ici on vend des livres », b. minya hahes « manger des fèves ». Mistral l'a conservée dans un passage de Nerto (c. m, p. 164) qui ne choque au demeurant aucune oreille provençale : plbu sang e plumo « il pleut du sang et des plumes ».

Au contraire le N.-O. de notre domaine a généralisé l'emploi de l'article : périg. ai minjà dôu po, de la soupo, de las prunas « j'ai mangé du pain, de la soupe, des prunes », Aurillac de lo soupo « de la soupe », dei nus « des ruisseaux » .

En Auvergne l'article est employé au N. d'une ligne passant au S. de Cournon, de Sayat et de Rochefort; Vinzelles, Issoire, etc.. usent de la prép. de -f- subst. sans article (Dauzat, p. 390).

Particularités relatives à la formation et à l'emploi des adverbes, prépositions et conjonctions

§ 29. — Beaucoup de locutions relevant de ces trois catégories sont constituées par des groupes de mots intéressants à divers égards.

Souvent il n'y a pas de limite nettement tranchée, entre

48 CHAI', i: i.ROUPES DE MOTS § 29

la catégorie adverbe, d'une part, et d'autre part soit la catégorie préposition, soit la catégorie conjonction. Prov. avans (et autres formes dialect., ex. aq. abant ~ auanl), comme fr. avant, est à la fois adverbe isolé et préposition devant un nom; avans de et avans que de devant un infinitif; avans qtu devant verbe à une forme personnelle. Prov. foro (et formes dial. comme b. Jmè) est à la fois adv. « dehors » et prép. « hors de » (aussi foro de, en foro de).

Le prov. aime à grouper des mots pour former des adverbes de temps : adj. -|- subst. comme àutri-fes, àutriœp « autrefois », long-tèms « longtemps )) ; de -\- adj. fém., probablement à sens collectif (cf. sing. fém. prado « prairie », osso « ossements », représentant les neutres plur. lat. prata, ossa, et des formations analogiques comme frucho « fruits, dessert »), ex. de-Iongo, de-countùni « toujours, constamment »; adj. fém. + adverbe dans longoinai « longtemps encore » <! longa -\- inagis; notons encore çai en rêire, aq. ça en arrè « ci-devant, jadis » < {ec)ce hac in (aq. in ad) rétro et à-de-rèng, 1. aq. aderré ~ adarré « tour à tour, successivement » <Z ad -\- de (resp. de -f- ad) -\- germ. hring.

De se combine volontiers avec à, ex. à-de-rèng qui vient d'être cité, et cf. lart. prov. lim. don, mtp. dan <,de -^ ad -\- illu, et avec en, ex. li gènt d'en Prouvènço « les gens de Provence », d^en Aigo-Morto Partian, i'a quinge jour « J'Aigues-Mortes nous partions, il y a quinze jours » {Rose, c. III, 1. XXV, p. (>6). Fréquentes sont en aq. des combinaisons comme b. countre de « contre, en face de, à côté de », darré de « derrière ». Cf. l'observation finale au

En Béarn, aux environs de Montpellier et sans doute aussi dans d'autres pays l'usage populaire est d'intercaler de entre « Monsieur » ou un prénom et un nom de

§§ 29, 30 FORMATION d'aDVERBES 49

famille, ex. b. Mous de Planté « Monsieur Planté », Miquèu de Camelat « Michel Camelat ». Je ne saurais décider s'il y a là une généralisation d'après les noms de famille qui étaient originairement des noms de lieu, comme Laplace, Lacoste, etc., ou d'après des formules du type « Jean de N*** » = « Jean, fils de N*** », le père, chef de famille, étant ordinairement désigné par le nom de famille seul; pour de dans cette dernière hypothèse, cf. prov. litt. de quau siés ? « de qui es-tu ? » c.-à-d. <( à qui appartienstu ? » c.-à-d. « comment s'appellent tes parents ? »

Beaucoup d'expressions désignant des positions du corps, des modes de transport, etc.. sont constituées par de, à, d'à -\- subst. ouadj,, ex. prov. de dre « debout », à chivau, d'à chivau « à cheval », à pêd, d'à pêd « à pied », de pèd (ici le subst. est au pluriel, l. de pès ~ de pèses) « debout » ; remploi de dérivés continuant lat. -one ' est fréquent : prov. d'ageinouioun « à genoux », de-cavaucoun {cavauca « chevaucher ») et d'escambarloun (càmho (c jambe », escamharla a enjamber ») « à califourchon », d'escoundoun {escoimdre < *excondere pour abscondere) « en cachette », de-clinoun (clina <^clinare, et adj. clin) « en se courbant »; les subst. sont au plur : querc. à cabalgous, l. d'escambârlous, d^escoundous.

§ 30. — Un assez grand nombre de locutions prépositives sont constituées par

a. subst. ou adj. (neutre, valeur d'adverbe) -|- prép., parfois employé sans prép. :

I. -om servait primitivement à individualiser, d'où l'emploi du suffixe ici, pour désigner' une action individuelle, frappante, extraordinaire, puis seulement passagère, et de là une position du corps... n'étant pas habituelle » (M.-L., t. ii, §§ 456, 621). Les ex, au texte montrent que le suffixe dans sa forme actuelle s'adapte indifféremment à un thème nominal ou à un thème verbal.

J. RoNjAT. — Essai de syntaxe des parlers praveiiçaux modernes. 4

50 CHAP. i: GROUPES DE MOTS § 30

capu(f) ad ' > 1. aq. capà v vers »,

franc de « ;\ part, excepté »,

Costa : liuir. costo-s blads « à côté des blés, contre les blés ».

Prov. fin-quà « jusqu'à » peut représenter un fine qtietn ad ou fine quid (^=^quod) ad, à moins qu'il n'y ait eu action analogique de jusquà <C deusque ad ; on trouve plus rarement dans le même sens fin <Z/ine et fins <^ fines.

Long y long de, de-long de, dôu long de « le long de ».

p. Prép. -f- subst. ou adj., donc ordre inverse du précédent; au mot long on vient de voir un ex. de combinaison des deux procédés :

de mixtu > locc. Jemest « parmi, au milieu de » (le vpr. employait de tnest et niest seul, ex. dans Bartsch, p. 82, V. 4 et p. 295, V. Il),

de valle > aq. débat « sous » (le mot a pénétré sous cette forme à Agen et à Moissac, où la forme indigène serait *déaiy

Prov. litt. et rhod. pop. encb (et après mot étroitement lié finissant par une voyelle 'nco) de « chez » (sans mouvement), dUncd de « de chez », niç. (TDF, v° encb^ encà de, méd. acô de, cb de, ség. acb de, aq. ençb de paraissent représenter des formes de tempo allegro de continuateurs de lat. casa souvent croisées avec acb <i*accu hoc ou avec ço <iÇec)ce hoc et généralement précédées du continuateur de in ou de celui de ad ; vpr. aco de, en aco de ; cf. b. ço de tu, ço de noiiste cités §§ 15 in fine, 17; -à- de casa est conservé en niç. et dans quelques noms de lieu prov. comme Cadôulivo < vpr. Cadoliva, dont le sens primitif est ft maison d'un nommé Oliva ».

I. Schémas latins indiqués pour abréger, étant bien entendu qu'il s'agit ici, au moins presque toujours, de combinaisons romanes.

§§ ^O, 31 ADV., PRÈPOS., CONJONCTIONS 51

Y. prép. -f- inf. dans prov. aleva « excepté, à part », litt. « à (en)lever ».

5. prép. 4- art. + subst. + pi'ép. + adv. + prép. dans de la man d'eiça de « de ce côté de, en deçà de » et de la man d'eila de « de l'autre côté de, au delà de » .

e. petites phrases nominales ou exclamations : fr. Dieu merci >- prov. dôumaci (le lim. a des formes indigènes, ex. Nontron Déu marce) « grâce à » (dôumdci vous « grâce à vous », originairement « grâce à Dieu (et) à vous »)

Plat, hona et mala die^ prov. bono-di et bonadi (méd. boueno-di et bouenadi) « grâce à » et malo-di « à cause de, par suite de », quand il s'agit d'un événement défavorable, ex. malo-di la famino que grèvo sèmpre mai la terro de Canaan (fienèsi^ xlvii, 4) « ingrauescente famé in terra Chanaan ».

§ 31. — Pour les conjonctions, voici les ex. de groupes qui me semblent les plus intéressants :

« A mesure que, au fur et à mesure que » : prov. à dicho que {dicta >- dicho « dire, parole, enchère »), d'à mesuro que, à fur e mesuro que, à flour e mesuro que (cf. à flour d'aigo « à fleur d'eau », à ' flour, flour à flour, en flour « à niveau »).

(( Plus... plus, moins... moins, plus... moins, moins... plus » s'expriment par « plus, moins » précédés soit de « du » ou de « au » aux deux membres de la comparaison, soit de « du » au premier et de « au » au second, ex. prov. dâumai n'i' en diras, dôu-mens n'en fara « plus tu lui en diras, moins il en fera », et ainsi dôu-mai... dâu-mai, au-mai.., au-mai, dâu-mai... au-mens, dôu-mens... au-mai, etc. L'ordre des membres est généralement le même qu'en français;

52 i.HAi'. i: t.KuUPES DE MOTS § jl

cependant Au-mai es hti, dâti-mai es viéi (Oubr. vers, 3' éd., 1864, p. 280, cité par M. Herzog, p. 16) « plus il (le vin) est vieux, plus il est bon ». Le périg. et beaucoup de parlcrs 1. emploient dottntnaiy dmnmens,o\i 'doun- peut être le relatif « dont ». On emploie également « tant », soit seul, soit en composition ou en groupe : prov. autant.., autant, comme en l"r. ; Tant-mai la plago es dangeirouso, Tant-mai la masco es pouderouso ! « plus la plaie est dangereuse, plus la sorcière est puissante! » {Mir., c. vi, str. 22), Tant- tnai es vièi, d'autant mai brulo Lou banastoun « le mannequin d'autant mieux brûle qu'il est plus vieux » {NertOy c. vi, p. 312). On peut employer le simple tant dans les tournures du type « d'autant plus que » : Tant mai ardent que mai n'en rèsto « d'autant plus ardent qu'il en reste davantage » {Mir., c. iv, str. 59).

Notons encore de tant que « tant, tellement » dans des phrases comme un d'aquéli tèms de Nouvèmbre... qu'afrejoulisson e agamoutisson, de tant ^//'espilon de languitôri e de tristesso (Jan Grand, VP 95, p. 2, c. 2) « un de ces temps de novembre... qui (vous) glacent et (vous) affaissent, tant ils distillent de langueur et de tristesse ».

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