‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 2 sur 139 · V. Boucherie, RLR, 2^ série, t. ic, 1876, p. 261 ss · texte numérisé non relu

V. Boucherie, RLR, 2^ série, t. ic, 1876, p. 261 ss

paroisses entre Garonne et Dordogne au N. de la Réole).

§ 4. — Le territoire qui vient d*être délimité comprend environ un tiers de la France en superficie, la principauté de Monaco sauf les vieux quartiers de sa capitale, une faible partie de Tltalie et un petit coin de l'Espagne. On peut évaluer la population qui use de nos parlers à dix millions d'âmes environ, soit un peu plus du quart de la population totale de la France.

Depuis le moyen âge, notre langue a perdu du terrain, surtout au nord.

Des migrations analogues à celles qui ont constitué la Petite Gabacherie sont attestées en Saintonge et dans les parties avoisinantes de la Guyenne ; le provençal paraît s'être étendu au moyen âge jusqu'au N. de Barbezieux (v. P. Meyer, R 1877, p. 630 ss.).

Depuis deux ou trois siècles le français tend à supplanter le provençal jusqu'au plein cœur de notre domaine. Actuellement, en territoire politiquement français, il n'y a qu'un nombre insignifiant de monoglottes provençaux, dans les couches de la population qu'on est convenu d'appeler inférieures, contre un nombre assez considérable de monoglottes français, dans les couches dites supérieures, et nos parlers ne sont plus guère employés à titre journalier et principal que par les travailleurs manuels et par un certain nombre de lettrés proprement dits et de personnes ayant poussé leurs études plus loin que l'école primaire.

En Piémont, le provençal recule devant l'italien parlé par les fonctionnaires, militaires, boutiquiers et ouvriers divers venus du dehors, en général par suite de l'accroissement des garnisons rapprochées de la frontière politique. L'indigène apprend le langage des immigrés avec lesquels il

Page 1