ORDRE DES MOTS DANS LES PHRASES VERBALES
§ 34. — La variété des désinences verbales rend les rapports personnels assez clairs pour autoriser une assez grande liberté de construction, i° commode en vers, 2° utile à l'harmonie de certaines périodes, 3° permettant de donner un relief particulier à certains éléments de la phrase :
1° E cour Ion Diable au degoulàu « et le Diable court à l'abîme » {NertOy proL, p. 18) ; Mai cuerb îou Rose un sagarés de nèblo cité § 150; Jogon dins l'azur 1i blanc parpaioun « dans Tazur jouent les papillons blancs » (JFiho, Abriéu, p. 100);
Um bruneio ai rescountra cité § 106 in fine.
2° Mai quau fa fa counéisse quêres nus, franc que d'aquelo frucho, que faviéu defendudo, agues manja? (fienèsi, m, 11) « quis enim indicauit tibi quod nudus esses, nisi quod ex ligno de quo praeceperam tibi ne comederes, comedisti ? »
3° ex. §§ 162, 163; Tex. qui précède rentre d'ailleurs dans cette catégorie.
V. enfin, § 167, des types de construction synthétique examinés au point de vue des tendances générales de nos parlers.
§ 35. — L'ordre normal sujet -|- verbe est généra-
§§ ^5y 3^ SUJET, RÉGIMES, ETC.. 57
lement inversé dans des tournures introductives encore plus fréquentes qu'en français :
Fên lou moumen que. . . « le moment vient où. . . », vau mai un bon counsèu ... « mieux vaut un bon conseil...», seguis un chapitre sus la metatèsi « suit un chapitre sur la métathèse », intro. . . « entre. . . », arribo. . . « arrive...», parèis,.. « paraît... », rèsto... « reste... »; v. encore §§ 39,
Mais le b. dit bèt tems «^ « il y a beau temps, longtemps»
avec le même ordre de mots que Fit. dans une tournure analogue comme tre annifa.
Pour les interrogations, v. §§ 140-143.
§ 36. — Les régimes, prédicats et compléments
suivent généralement le verbe, ainsi même vau mai, litt. « vaut plus », contre fr. mieux vaut, sauf certains cas où l'on veut un effet particulier (v. plus haut, 2°, 3*% et §§ 162, 163).
Les règles particulières aux pronoms personnels seront exposées aux §§ 67-87.
Pour le régime devant subjonctif au sens d'impératif, v. §131. Sur les compléments constitués par une proposition entière, v. § 112.
Quelques régimes ou compléments courts et très usités, adverbes de temps, de quantité, de manière, mots pour renforcer la négation (v. § 155), s'insèrent entre l'auxiliaire ou semi-auxiliaire et le verbe principal :
«Toujours, jamais, souvent, puis, bientôt, (ne) plus, (ne) plus jamais, encore », ex. Tai toujour di « je l'ai toujours dit », l'ai jamai visto « je ne l'ai jamais vue », l'aurai ïêu fa « je l'aurai bientôt fait, » etc.
« Tant, plus, moins, beaucoup, peu, guère, assez, trop, presque », ex. en tant brassejant cité § 99, 2°, l'aviéu
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jatnai tant vist « c'est la première fois que je le vois, litt. je ne l'avais jamais tant vu », i'ai forçv pensa « j'y ai beaucoup pensé, » etc.. ; cf. sènso n'en mai saupre (^Rose^ c. ni, l. XXX, p. 78) « sans en savoir davantage » et Anen lis un pan vèire cité § 82.
« Bien, mal, mieux », ex. te lou pode bèn dire ou pode bèn te lou dire « je peux bien te le dire », vous lou farai hèn coumprendre « je vous le ferai bien comprendre », a miésh « il a mieux fait », etc.; ces mots s'insèrent volontiers entre un pronom conjoint et un infinitif :
Un journau es, dins la bataio,
Un canoun que tiro à mitraio ;
S'agis que de lou hèn pouinta (^gallicisme)
(Campano, c. 11, p. 23) « un journal est, dans la bataille, un canon qui tire à mitraille ; il ne s'agit que de bien le pointer ».
Passu : se la fa pas teisa « si lu ne la fais pas taire » l'ai pas vist « je ne l'ai pas vu », etc.. ; ce mot s'insère volontiers entre un pronom conjoint et un infinitif : poudès lou crèire o loupas crèire {Oubr. vers, Li bardouioy p. 32) « vous pouvez le croire ou ne pas le croire » ; lou pas manca cité § 155, 2°; rrgt. li se pas recounèisse cité § 86.
Rem : vous sias rèn facho mau, Mirèio ? (§ 106, 1° ^), ai rén di « je n'ai rien dit ».
Genus n*a pas de place bien déterminée /affaire d'euphonie : ai ges agu, as agu ges de chabènço « je n'ai pas eu, tu n'as pas eu de chance ».
« Peut-être » : aura beléu agu d'auvàri « il aura peut-être eu quelque accident », aurzbelèu pas pouscu « il n'aura peutêtre pas pu ».
« Tout » peut se placer entre un pronom conjoint et un
§ 3^ RÉGIMES ET COMPLEMENTS 59
infinitif : dise pas de lou tout prene {Conte, Lou bon sèn, p. i8é) « je ne dis pas de tout le prendre. » Sur locc. aq. en tout canta, v. § iio.
« Ceci, cela » se place volontiers entre une préposition et un infinitif très usité : pèr eiçd, acb faire « pour ce faire )>.
Sur la construction des tournures du type fr. on nia tiré dessus, V. § 93.