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LE VEKBE ET LH SUJET

Règles d'accord

A. — Nombre

§37. — Plusieurs cas intéressant à la fois le nombre et les personnes se trouvent aux §§38 in fine, 42; pour l'accord dans les constructions réfléchies correspondant au fr. t>w, V. §149.

Le verbe est naturellement au pluriel quand plusieurs sujets sont unis par e « et» ou par m, nimai « ni », au singulier quand ils sont séparés par 0, dial. ou « ou ». Voici maintenant des faits plus particuliers à notre langue.

Très fréquemment, presque à la règle, le verbe est au pluriel quand les sujets sont unis par « avec » (fait constaté avec une extension plus ou moins considérable dans la plupart des langues romanes, en albanais, dans les langues balto-slaves et en allemand, v. Einfiihrung, § 72 et les autorités qui y sont citées) : Jou paire evié la maire plouravon « le père pleurait avec la mère (le père et la mère pleuraient ensemble) » ;

Quand lou matin emé Teigagno EscarrabiÏJOît e fan gau

(AT^rr/o, proul., p. 4) « quand le matin et la rosée (vous) éveillent et (vous) égaient » ;

§§ 37> 3^ couples; collectifs 6i

La terro emé lou cèufan fèsto

« le ciel est en fête avec la terre » {Miôugr., p. 224).

Cf. déjà chez Boysset Genova an tota la communa si reheleron « Gênes et toute la commune se rebellèrent » ; dès le lat. coniux decepta cum filis posuerunt (CIL, ix, 5412).

Voici des exemples où un premier sujet est sousentendu :

(moi) avec toi, fensoiivènes De la fes qu'emé tu parlavian eila au mas? (Mïr., c. xii, str. 32) « te souviens-tu du moment où nous parlions ensemble, là-bas, à la ferme ? » ;

(moi) avec elle, emé mafemo nous embrassaren coume dos coucourdo {Ouhr. proso, p. 516) « ma femme et moi nous nous embrasserons comme deux courges » ;

(toi) avec elle, emé Miano vous sias batu coume dous chin (ibid., p. 48) « Miano et toi vous vous êtes battus comme deux chiens » .

Même construction avec « contre » dans

Armado contro armado A l'endavans se van

a armée contre armée se vont à la rencontre » ÇIsclo, Tambour, p. 56).

§38. — Avec un collectif au singulier comme sujet, le verbe est ordinairement au pluriel (tournure déjà blâmée par les Leys, t. 11, p. 86) : lo san colege d'Avinhon ehgiron per papa « le saint collège d'Avignon élut pape » (Boysset) ; la resta furon couchas « le reste fut chassé » ÇTersin); sigènt. . . èron de meinagié, famiho patriarcalo que Vivien dins soun bèn «ses parents... étaient des cultivateurs, famille patriarcale qui vivait sur ses terres » (Mistral, Ai.

62 CHAI'. i\ : II. \iKiw 11 Ui .sujur §§ 38, 39

149, p. I, c. i); nosto soucieta conralo Li cantaire dôu Clapas dhou ana dimctube faire clanti sou 11 rcpertori... « notre société chorale Li Cantaire dôu Clapas doit aller dimanche faire retentir son répertoire... » (Ai. 129, p. [, . 2); Ion mouttdey rèn que de la vèire, Vatfiavon « les gens, rien qu'à la voir, l'aimaient » (Babaliy p. 8) ; vaqui un soulet popky e que n* an qu'un paria (Gcnèsi, xi, 6) « ecce, unus est populus, et unum labium omnibus » ; même la grand coumpari-

tudo (abstrait plutôt que collectif proprement dit) nous

avicn douna idèio cité § 163 ; b. // escabot de uiounde que JW/r/^/;nz autalèu, omis, hemnes à barreye (i^owZ'/, p. 52) « un troupeau de gens sort aussitôt, hommes et femmes pêle-mêle », ço qui hèn tout lou niounde cité $ 138.

Très usuelles en b. (Lespy, p. 327, 329) sont des tournures comme niant u s'aplegàran douma « plusieurs se retireront demain », arrés nou bieneran (aussi bien que bieîura) « personne ne viendra » : niant u et arrés sont des singuliers, mais les formules « plus d'un se retirera » et « plusieurs se retireront » se croisent en « plus d'un se retireront », et quand on dit « personne » on pense à « ceux qui pourraient venir », d'où « personne ne viendront ». Cf. nou i' a nat Que ne -us surpàssi touts en amistat cité § 121 m fine.

Ex. analogues en prov. litt. :

Degunsian d'apendris (A/. C. d. T., Moulin d'oli, p. 65) « aucun de nous n'est un apprenti, litt. personne (nous ne) sotnnies des apprentis » ;

Jamai dcgun auren tort {ibid., Font dôu Paradou, p. 85) « jamais aucun de nous n'aura tort, litt. jamais personne (jions n*) aurons ton. » Pour la i. p. pi. dans ces deux derniers exemples v. § 42.

§ 39. — Par contre, on trouve très souvent un verbe

§§ 39'4ï collectifs; propositions sujets 63

au singulier suivi — plus rarement précédé — d'un sujet au pluriel, comme en fr. un peu ancien et en fr. parlé cest mes amis, contre ce sont en fr. écrit (cf. § 149 les tournures correspondantes à fr. on) : pico très ouro « il sonne trois heures, trois heures sonnent » ; avec les deux nombres dans la même phrase, Au mas venguè li ligarello, Vengiièron li rastelarello, Venguè li pastre, li glenaire (Mir., c. i, str. 28) ; Très bèu bastimen tout dre nous arriho (Mir., c. I, str. 29'''). Dans renonciation du type fr. ce so7it ow cest, le singulier est seul admis : es mi papié, et non soun (cf. lis es, es éli, § 41).

§ 40. — Si le sujet est une proposition toute entière, le verbe est à la 3. p. sg., la proposition étant sentie comme un sujet neutre sing. (cf. çoqueproiimete, lou têne, § 88) : lou

mai qu'à iéu m'agrado es la chato dou mas « ce qui

m'agrée le plus, c'est la fille de la ferme » {Mir., c. i, str. 14), lou mai qu'amo es la jouguino « ce qu'il préfère, c'est le jeu » {Nerto, prol., p. 14) ; l'accord est curieux dans

lou mai que lèron grèvo

Ero li niue, quand dins Festrecho bôri Falié coucha' mé touto la chaumiho

{Rose, c. VI, 1. LU, p. 144) « ce qui lui pesait le plus, c'était quand il fallait passer la nuit dans l'étroite cabane avec toute la marmaille », litt. « le plus qui lui étaient lourdes (, c') était les nuits, quand »

B. — Personnes

§ 41. — Comme on l'a vu aux exemples emé tu par lavian, etc.. du§ 37, les règles de subordination des personnes

64 f iiAP. i\ : I 1 VERBE ET Li: hUJl 1 § 41

sont les inêiiJL^viin. dans les langues romanes en ^Liiéral : un sujet à la i. p. entraîne le verbe à la i. p., mc-me s'il y a d'autres sujets à d'autres personnes; avec sujets à la 2. et ;\ la 3., le verbe est à la 2 .

Dans les énonciations du type fr. cest moi, nous, toi, vous, lui, elle, c'est ou ccsotit eux, elles, le verbe est à la 3. p. sg. : es iéu, m. nautre, f. nautro, tu, vous (une seule personne qu'on ne tutoie pas) ou m. vautre, f. vautro (plusieurs personnes), eu, elo, éli ' ;

Car es tu la patrie e /// la liberta

« car c'est toi la patrie et toi la liberté » (Cal., c. iv, p. 156).

Dans la plupart de nos parlers on ne rencontre plus que très sporadiquement l'accord personnel du verbe et du pronom, et cela seulement, à ma connaissance, pour la i. p. sg. : siéu iéu (AP 1876, p. 49) « c'est moi » ; les écrivains du XVIII* siècle emploient encore concurremment siéu iéu et es iéuÇex. dans Brusewitz, p. loi). Cette formule ne peut d'ailleurs s'employer que seule, la personne ou les personnes en question se nommant, s'annonçant, p. ex. en réponse à la question « qui est là ? » et on dit p. ex. es iéu (et non siéu iéu) que vous siéu tengu, e noun vous à iéu « c'est moi qui suis votre obligé, et non vous qui êtes le mien ». Elle est assez généralement conservée en aq. : Aire que soui you, qu'es tu, qu éts bous « c'est moi, toi, vous »; Luchon Qui i a aquiéu ? Qui ei acrô? « qui est là ? qui est-ce ?» — Que so jou (ou jou que so\ qu étn nous-àuti <' c'est moi, nous ». — Ah ! quès tu, quét bous-àuti « ah !

I. Prov. litt., et de même dans la plupart des autres parlers, ex. mtp. es icUy m. nautres, f. nantras, tus, vous ou m. vautres, f. vautras, sing. m. el, f. ela, pi. m. eles, f. elas.

§ 41 ^^ c'est moi », ETC 65

c'est toi, vous », et de même que soun éri, ères « c'est (ou ce sont) eux^ elles », mais si p. ex. on demande Qui ac a hèt, acro ? « qui a fait ça ? (litt. qui l'a fait, ça ?) », la réponse est Qu'ei jou, tu, nous-àuti, bous-àuti, éri, ères, et de même toujours quand une proposition relative suit, ex. Qu'ei jou qu'ac è hèt « c'est moi qui l'ai fait », quei tu

qu'ac as hèt « c'est toi qui l'as fait », etc ; mêmes

usages en Béarn, ainsi le rapporteur d'un concours scolaire de versions françaises-béarnaises organisé par le groupe félibréen Escole Gastou-Fèhus relève comme une faute qu ei you 201 WtM àt que soui yoii ÇR^G 19 12, p. 202).

A la 3. p., au moins au plur. et au moins en prov. litt. et en rhod. pop., à côté de la tournure « (<:') est » -\- pronom absolu existe la tournure pronom conjoint -|- « est » : lis es « ce sont elles » ÇMir., c. xii, str. 40), litt. « (ce) les est », tournure que j'ai entendue en fr. dans la bouche de personnes originaires de pays franco-provençaux. Es éli met le pronom plus enreUefque lis es : ainsi es hèn éli ! « c'est bien elles! » (ibid., str. 39), et non *lis es hèn! Devant un relatif on a toujours es éli (ex. dans Mir., c. v, str. 68, Es éli, coume uno tempèsto, Que tuerton lou batèu d'aquéu rude trantai) ; de même en fr. régional ce les est, mais cest eux qui

J'ai rassemblé ici pêle-mêle des exemples où le pronom joue suivant les grammairiens le rôle de prédicat et au moins un où il me semble plutôt sujet {tu sujet, patrïo et liherta prédicats, sens « tu es la patrie et tu es la liberté »), me préoccupant moins du mécanisme grammatical que du sentiment général de la phrase : c'est en somme une même idée de sujet qui est rendue par des procédés aussi différents que it. sono io, fr. cest moi, ail. ichhins.

La plupart de nos parlers accordent le verbe en personne dans une proposition relative, en ce sens que le verbe qui

J. RoNjAT. — Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes. 5

suit « qui » est à la même personne que le verbe qui le précède dans descn^ f'K ']\^r

^it'ii uiu) Lii.uoiino Qiiamc un jouveinet

« je suis une jouvencelle qui aime un jouvenceau » {Mir.,

c. X, str. 27'"); on dirait de même siés (\\iamc5

« tu es qui aimes », sian de chatouno qu'flwflw

« nous sommes des jeunes filles qui aimons », sias

qu'^m^ïi... « vous êtes... qui aimez... » En aq. on rencontre tantôt l'accord en personne, tantôt le verbe uniformément à la troisième personne : luch. que so

iô goujato qu'â/w/..., quVi (\\iaitnes , quVw gou-

jates quaimam , quêt... qu aitnat bien plutôt que que

so qu'aime , quês qu aime , qu'm

quaimen , quêt... qu aimen... ' ; en b. usage d'une

seule tournure ou des deux concurremment (que soui ue

gouyate qui ûtîVwt..., etc.. et que 50/// qui aime — ,

etc ) variable de village en village; en land. domine

l'accord, étendu même aux cas tels que que sàui aquet quibs ^ êi benut lou blad « je suis celui qui vous a (litt. ai) vendu le blé » (Mill. Atl., p. 384).

§ 42. — En substituant le type es icu au type siéu iéu la plupart de nos parlers semblent avoir fait prédominer une sorte de normalisation formelle sur le sentiment psychique de la personne intéressée dans renonciation. Voici des tournures qui paraissent procéder d'une préférence à peu près exactement inverse.

I Un sujet constitué par un substantif pluriel, par un

1 . Dans chaque formule le premier que est énonciatif (§ 50) et le second est pronom relatif,

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