S PLACE ET FORMES DES PRON. SUJETS
autres dialectes placent le verbe après le sujet, à moins de raison particulière d'euphonie; cf. à ce sujet les str. 41 et 32 au c. II de Mirèio :
« La cregnès dounc bèn, la coutigo ? » Eu iéfai de sa bouco amigo
« vous le craignez donc bien, le chatouillement ? » lui ditil de sa bouche amie » (41) ; ordre normal;
« O », té f ai eu « oui », réplique Vincent » (32); eu ié fai aurait donné un hiatus entre 0 et éw, d'autre part la combinaison \wy] de eu ié serait ici plutôt désagréable à une oreille provençale, alors qu'elle est bien tolérée au commencement d'un groupe de souffle dans la str. 41.
§ 48. — Je ne considère pas comme inutiles ici quelques renseignements sur la forme des pronoms sujets, sans cependant trop empiéter sur les domaines de la morphologie et de la phonétique.
I. p. sg. Les formes de nos parlers continuent e(^g)o, ex. prov. iéu, Queyras ïu, vallée de la Drôme iou, ag. g. jou, b. you. A Nontron un ancien lu est réduit à i, qui vaut [}'J devant voyelle, ex. / aime [yaime] « j'aime ». Pour Vinzelles, v. § 45 in fine.
Le continuateur de e(^g)o a subi dans plusieurs parlers la concurrence de mi, représentant du datif latin, employé originairement après les prépositions. Bellaud écni coumo mi (sujet détaché) « comme moi », tu e mi (sujet devant verbe) sarian bons « toi et moi (nous) serions bons », mais aujourd'hui on dirait en méd. iéu dans les deux cas. Mi en fonction de nominatif est usité aujourd'hui à Menton, assez généralement dans les parlers vaudois, à Sinard ; la vallée de la Drôme est partagée, le bas disant plutôt mi et le haut ibu. Queyras vau-quïu ? « vais- je ? » (pronom
7^ THAP. I\ : II- VFRRE J I II rn T § 48
nettement sujet), Fci-lo tni ? <« est-ce niui .'' » (pronom grammaticalement prédicat), //// lâivuy a làvou ou simplement làvon « je lave », Oulx tni a crèbou de fam « je crève de faim »; cf. <ï et / vaud. notés § 45, et v. § 49 pour le pronom sujet neutre /o et § 142 pour les formes interrogatives en Queyras.
2. p. sg. Nos formes continuent /m, ex. prov. ag. g. b. tu. Nimes, mtp. bit. Villefranche-de-Rouergue, querc. rrgt. tus^ avec un élargissement consonantique récent (Sage de Montpellier écrit encore /// en 1636) qui paraît provenir de l'analogie de vous.
Ti est moins répandu que mi\ il est employé à Mens, dans le Val-Saint-Martin et dans la basse vallée de la Drôme, mais p. ex. le Queyras, qui emploie \u et m/, ne connaît que tu comme sujet. Ti est analogique d'après mi\ tCy continuant l'ace, lat., est employé comme sujet à Sardent (/' devant voy., ex. t'as « tu as »).
I. et 2. p. pi. Série de formes parallèles; ce que je dirai de la I. p. s'appliquera généralement à la 2.
La plupart de nos parlers se servent, sauf pour « vous » en s'adressant à une personne qu'on ne tutoie pas, de composés signifiant originairement « nous autres, vous autres », ex. prov. m. nous-autre et nautre^ f. nous-autro et nautro ', mtp. m. nautres, f. nautras, b. nous-auts, f. nousautes. Mais les simples nous, vous sont conservés en vaud. queyr. lim. A Nontron nous, vous peuvent se réduire à n\ v^ devant voyelle, et vous à [m] devant consonne, à [m] devant voyelle, ex. ous ses un fat [iiseûnfd] « vous êtes un sot », ou as na \u>ând] « vous êtes allé ». Le Périgord proprement dit et Limoges connaissent également la réduction de nous, vous à w' v devant voyelle.
I. Devant un subst. étroitement lié en apposition m. f. nous-àutri iméd.-dutret) et nàutri (méd. nàutrei).