SUJET NEUTRE LA, LO
3. p. Continuateurs de ille fléchis, ex. prov. sing. m. eu, f. elo, pi. m. f. éli (méd. élei), mtp. sing. m. el, f- ela, pi. m. des, f. elas, b. sing. m. et, f. ^re, pi. m. ets, f. er^5.
Plusieurs parlers ont des formes réduites par suite de la proclise. En lim. « elle, elles » sont généralement h, las devant le verbe, elo, elas après le verbe. J'ai déjà noté § 45 les formes a, i de certains parlers vaudois.
Verbes unipersonnels
§ 49. — Il n'y a pas de verbes impersonnels, mais des formes impersonnelles du verbe (inf. et part.), des verbes employés uniquement à la 3. p. sg. (nèvo « il neige ») ou à la 3. p. sg. et pi. (j)lbu « il pleut », li cop plovon « les coups pieu vent ») et des verbes employés à la 3. p. sg. avec un sens un peu spécial Ces « c'est », ta « il y a »).
Les 3 p. sg. comme nèvo, plàu, es, ta s'emploient sans pronom sujet dans la plupart de nos parlers. Mais des pronoms sujets d'une forme parfois intéressante sont très usités, presque obligatoires, dans beaucoup de parlers des Alpes, dans la plupart des parlers du Limousin et dans des parlers d'Auvergne.
Val-Saint-Martin la (devant voy. /') devant le verbe, îo après le verbe, ex. la se po ben prouva « cela se peut bien prouver, on peut bien prouver, c'est une chose aisée à prouver », /'e la verità « c'est la vérité », /'èro « c'était, cela était », perqué i'a -lo quet mal ? « pourquoi y a-t-il ce mal, pourquoi ce mal existe-t-il ? » Autres ex. pris spécialement dans le parler de Pral : la plôu « il pleut », la n'i a gi « il n'y en a point », la me plai de joua « il me plaît de jouer », /'e mi, tu, vous « c'est moi, toi, vous » ; v. des ex. de lo au § 142.
78 CHAP. IV : Li: vi i i i i 1 1. st-ji-T § 49
De même queyr. Ja se pôu ihwun.u, la plôu, la char « il faut », la me sèmblo « il me semble », ci -lo que pàrlou? « est-ce que je parle ? » ; v. encore § 142.
Le sujet neutre la est encore usité à Roaschia, Bourcet, la Mure» Valbonnais.
L'aire de ces formes a diminué depuis le moyen âge, ce qui concorde bien avec la remarque de M. Brusewitz citée au § 46. La est fréquent dans les mystères alpins, et les textes vaudois des xv^ et xvr siècles offrent lo, ex. lo es de creyre « il est à croire », et plus souvent la, ex. e cum la sia cosa non posibla a li vivent complir li comandament,
la son 4 cosas que « et comme il est impossible aux
vivants (aux hommes) d'accomplir les commandements, il est quatre choses que... » Voici d'autres ex. pris en général (sauf, je crois, Briançon) dans des pays où ces sujets neutres ne sont plus usités aujourd'hui :
lo à Guillestre en 1539 (DLM, p. 437, n° 7), à Vence en 1392 (DLM, p. 518, n° i);
la à Briançon en 1495 (DLM, p. 431, n° 6);
Ludus S. Jacobi : elle es vespre « c'est le soir », lo es ben chaut « il (le potage) est bien chaud » ;
lo est de règle à Digne en 1427- 1440, ex. lo sia licit « qu'il soit licite », lo se scriva « qu'on écrive » (DLM, p. 245SS.);
lo fréquent dans Carr. et dans Tersin ;
Boysset lo son pluros gens « il y a plusieurs personnes », et plusieurs ex. de lo devant verbe au singulier.
Autres ex. dans Brusewitz, p. 8-1 1 (dont un indiqué à tort, V. note au § 104 in fine).
En somme la paraît un peu plus récent que lo, dont on a des ex. dès les troubadours (v. M.-L., t. m, § 338). Ce sont des doublets comparables à fém. la — lo qui seront examinés au § 68 ; ici il peut y avoir eu au reste influence de l'adverbe de lieu la < (jl)lac.
§§ 49? 50 UNIPERSONNELS ; PARTICULES 79
Les parlers limousins emploient presque tous la forme masculine continuant illu, ex. Mussidan cô vous vai-t-éfw? « cela vous va-t-il ? » Nontron plôu-t-^w ? « pleut-il ? » Devant le verbe Nontron emploie ou (sorti de eu en pro- ' dise comme -ou- de -eu- prétonique dans sauvage <i sauvage << séuvage <I selvatge <C silvat(i)cu) et cô, ca (^accu hoc > aco, aphérèse de a- et doublet comparable à /o — /a cité plus haut), ex. ou fau « il faut », cd plbu et ^û^ p/ôï^ « il pleut ».
Vinzelles emploie dans une phrase simple o <C hoc et co, aphérèse de aco < *accu hoc : o plêu, co pieu \plœw\ « il pleut » ; point de pronoms dans les propositions subordonnées : crese que plêu « je crois qu'il pleut » (Dauzat, p. 392).
Particules énonciatives
Que
§ 50. — On trouve dès la Canso de la Cro/^ada quelques exemples de que introduisant une proposition simple, une énonciation (v. 48, 216) ; de même, dans un acte de 1269 passé à Castilion (Ariège), bona femna e-1 so hères que deuen auer maiso feita el casai (RG 1899, p. 69); autres exemples un peu partout, mais toujours très sporadiques jusqu'à l'époque moderne en Limousin et surtout en Aquitaine.
Que est fréquent de nos jours dans la conversation courante en Limousin, y compris le Périgord et la Marche, surtout dans quei « c'est », tournure qui peut au reste avoir subi l'influence de cà <C%ac)cu hoc, cf. chez un rimeur limougeaud contemporain (^Las gnorlas de Lingamiau,
80 Cll\r. I\ : Il VKRBE ET LE SUJET § 50
Limôgcis, Docounicu, i^oi) n.i.s-li si <///'</ votre plosèi « allez-y si c'est votre plaisir ».
C'est en Aquitaine que cette particule joue le rôle le plus considérable.
Voici le début de la parabole de rEnfani i-'rodi^Lic en béarnais, cité dans M.-L., t. m, § $64:
U ômi ^w'abè dus hilhs ; lou mèi youen que disou au sou pai : « Lou me pai, da-m lous bes qui débi abé pèr la mie part » ; e et qu ous hè lou partadye déu sou be.
Que s'est implanté surtout dans l'ouest et le sud de l'Aquitaine, et sa fortune est donc assez intimement liée à celle des pronoms enclitiques asyllabiques (v. §§70-75) auxquels il peut servir de support : dans les parlers en question, beaucoup de pronoms usuels sont surtout employés sous forme asyllabique, ex. -/ « te » ; pour dire « je te parle » on appuiera -/ sur que : que-t pàrli ; que s'est généralisé au point d'être employé même quand il serait complètement inutile au point de vue qui vient d'être signalé, ainsi « moi, je te parle » se dira en b. you que-t-pàrli au moins bien plus souvent que you-t pàrli.
Que est presque inusité en Lomagne, rare à Condom, très rare à Mézin, inusité à Langon et à Bordeaux ; son domaine d'élection comprend le et. de l'Isle-en-Dodon, l'arr. de Mirande, Péguilhan, Luchon, Ustou, Saint-Béat, les dép. des Hautes-Pyrénées, des Basses-Pyrénées et des Landes. Dans ce domaine il fait pour ainsi dire partie intégrante du verbe : comme on l'a vu par les ex. cités, il se place entre le sujet et le verbe, et ne peut être séparé du verbe que par un pronom régime. Il ne s'emploie jamais devant un impératif. Il ne s'emploie jamais dans une phrase négative. Il ne s'emploie pas dans une interrogation nette : bos biene? « veux-tu venir » ; que bos biene ? signifie « tu viens, n'est-ce pas? » (Beaurredon, Bulletin de la Société de
§§ 50j 51 Q^^ ÉNONCIATIF 81
Borda, 1893, P- ^95 ^s., contrôlé par mes observations personnelles). Il peut s'employer dans une proposition subordonnée, même si cette proposition est introduite par un premier que à sens conjonctif :
Ouan credou que la mourt que tustabe au pourtau
(Yan Palay) « quand il crut que la mort frappait au portail » ;
Qu'èts bou temouèn (gallicisme^ que you que-m càri ÇRoubi, p. 34) « vous êtes bon témoin que, moi, je me tais » ;
. bèi hère pla,
A ço qui mude d'ença'nla,
Que cade cause ^w^-s desbelhe
{Case, Lou larè, p. 23) « je vois très bien, à ce qui remue çà et là, que chaque objet s'éveille ».