‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 35 sur 139 · QUE ÉNONCIATIF · texte numérisé non relu

QUE ÉNONCIATIF

qtte avec des formes verbales autrement sorties d'usage, ex. prov. ansin sié ! « ainsi soit-il », adessias « adieu »; autrement, « soit » se dit siegue ou fugue, et « soyez » sigués ou fugues.

La plupart de nos parlers, en outre, préfèrent ne pas employer que toutes les fois que la forme du subjonctif se distingue nettement de la forme de Tindicatif ou que le sens est suffisamment clair d'autre part :

Prov. fase mequihe ! (ind. quiho), exclamation équivalant à fr. le diable m emporte ! Dieu te crêisse! (ind. crèis, mais on emploie Dieu te crêisse! même en méd. et autres parlers qui disent crêisse à l'ind., le sens étant par lui-même assez net) « Dieu te bénisse ! » litt. « te croisse ! » (se dit aux gens qui éternuent) ; v. d'autres ex. au § 131 ad finem.

Mais on mettra que p. ex. devant 3. p. pi. -on, désinence commune au prés. ind. et subj. En outre, on emploie que après une proposition subordonnée, ex. Se dormes pas, que l'ase me quihe ÇOiibr. proso, p. 275) et devant un sujet que complète une proposition introduite par un relatif, ex. Que lou Dieu davans quau caminèron mi paire Abraham e Isa, lou Dieu que me pais despièi ma jouvènço fin- qu'au jour de vuei, que l'Ange que m'a péu-tira de tout mau benesigue aquéstis enfant {Genèsi, xlviii^ 15, 16) « Deus in cuius conspectu ambulauerunt patres mei Abraham et Isaac, Deus qui pascit me ab adolescentia mea usque in praesentem diem. Angélus qui eruit me de cunctis malis benedicat pueris istis )) ; cf. Aire (avec que immédiatement devant le verbe, après le sujet déterminé par la proposition relative) lou qui s'a coupât beires que s'ous pàgui « qui a cassé les verres les paie » (/éthique, v. § 64).

§ 53. — E joue en Aquitaine un rôle assez considérable,

84 ClîAl' IV : LE VERBE ET LE SUJET § 53

bien que moindre — et autre — que celui de que ; relation avec les enclises pronominales et répartition géographique à peu près comme pour que (§ 50) ; e n'apparaît guère qu'à Tépoque moderne dans les textes littéraires avec une grande fréquence pour tous les cas de son emploi actuel, mais on le trouve dès 1316 dans un acte passé à Villeneuve-de-Marsan (Miil. Rec, p. lxiii). E est usité avec une particulière fréquence en Béarn et dans les Landes, le plus souvent devant un mot commençant par une consonne, et sert spécialement à renforcer :

une interrogation : e bos hiene ? « veux-tu venir ? », «r douugues ? « et alors ? » v. encore § 144 ;

une affirmation, surtout après un régime, notamment un pronom asyllabique appuyé sur que : qiie-h e boni aima « je veux vous aimer », que-ns e bo gaha « il veut nous attraper ».

On l'emploie aussi sans intention spéciale, ex. Aire que lou tems^ bo chanya « le temps va (litt. veut) changer ».

Cf. fr. et alors ? et ^ut ! plus énergique que :(ut I seul, et toi et tmi plus énergique que toi et moi ; de même prov. e tu e iéu, comparé k tu e iéu, e mounte anas ? « et où allezvous? », E quand lou Diable ié sarié {Nerto, c. 11, p. 90) « et quand le diable y serait », Vèngue Toussant, e li Baussenco . . . cité §135.

Cf. encore fr. plus il fait ça et plus il en prend l'habitude, it. chi più boschi vede e più lupi ritrova, et les nombreux exemples des diverses langues romanes dans M.-L., t. m, §§ 519» ^52. En vpr. « et » introduit souvent les membres d'une narration (usage conservé aujourd'hui dans le style biblique), parfois une affirmation, ex. So dis lo bars: Et ieu lo pren ; il sert fréquemment à renforcer une interrogation, ex. Fils cars, respon-me un petit : Et as me messa en oblit ? Dona, e per que o dizetz ? (ex. empruntés à Schultz-Gora, § 202).

§§ 54> 55 J"^' ^ ÉNONCIATIFS '85

Jâ

§ 54. — Ja <C jaÇrn) (« oui », en pays toulousain, v. § 145) est employé en Couserans pour renforcer une affirmation : o be, ja benguerè « oui, oui, je viendrai » ; ja-va téngui « je me tiens ».

§ 55. — O <, hoc : à Vinzelles ven « il vient » ou « elle vient », et 0 ven, à peine plus affirmatif que le simple ven (Dauzat, p. 390).

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