‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 41 sur 139 · PRONOM ET VERBE · texte numérisé non relu

PRONOM ET VERBE

V. Brusewitz, p. 13 ss.) et l'enclise était, au moins à date ancienne, la position dominante. Les voy. des pronoms en proclise ont été traitées comme les voy. prétoniques, ex. prov. la vole, rrgt. lo bouôli « ]q la veux » comme prov. madiiro, rrgt. nioduro < matiira. Les voy. des pronoms en enclise ont été traitées comme les voy. posttoniques, et les résultats finaux nous donnent la relation chronologique, différente suivant les parlers, entre le passage de ^ ^^ à -^0 ^ [^ d] et la constitution des règles de position des pronoms. Ainsi le prov. devait encore avoir ^a quand il a régularisé l'usage de dire la fau « je la fais » et f ai-la « fais-la » : [lafâii ', fâila^ failâ]. Au contraire le bit. devait déjà avoir -^0 quand il a régularisé la fau [lafdii], fai-lo \failo <^failo], loco-lo[tgkglô] « touche-la ». Le b. a maintenu une enclise telle que portar-las >» pourta-les [purtâks], comme lat. fabas > b. habes. Cf. § 72.

§ 69. — Andrews dit qu'à Menton les pronoms sont en enclise après le verbe à l'infinitif: assetà-se « s'asseoir », massà-te « te tuer », pourtà-ra « la porter » ; je n'ai aucune raison de douter de cette assertion, qui concorde avec les renseignements donnés parl'ALF, 5^ laver la figure. D'après M. deTourtoulon {Dialectes, p. 38), la prononciation après impér. est la même qu'en prov., ex. douna-me-lou \dûnamelû] (souvent écrit donamelo à l'italienne).

En vaud. on trouve lou servi « le servir » plus rarement que nuri-lou « le nourrir », venjà-se « se venger » ; Torre Pellice minjant-lou « le mangeant »; je n'ai pas de renseignements plus complets.

§ 70. — En vpr. le pronom conjoint se réduisait très fréquemment à ses éléments consonantiques quand il pouvait s'appuyer sur un mot précédent :' no-w meravilh « je ne

100 UlAl'. \ ...Vit.N § 70

m'étonne pas », ans quc-//.^ vis '< avant que je vous visse », aitan valria-/^ agues ars « autant vaudrait qu'il les eût brûlés » ; il y a endise sur le mot précédent, avec perte de la valeur syllabique du pronom, et il peut y avoir en outre proclise sur le mot suivant quand le mot sur lequel le pronom s'appuie en enclise est lui-même proclitique, ex. (jueus vis [key:{vis].

Dans la plus grande partie de notre domaine, ces formes asyllabiques ont disparu définitivement vers la fin du XIV* siècle, à peu près en même temps que s'établissaient les règles de position du pronom avant ou après le verbe qui ont été exposées au § 67. Cette évolution, fortement amorcée vers le milieu du xiv* siècle, s'est propagée du nord au sud et de Test à l'ouest (v. mon art. Sur Penclise des pronoms personnels et leurs formes asyllabiques, spécialement en Gascogne, RLR 1908, aux p. 507, 510, 511). Aujourd'hui, des Alpes jusqu'aux lisières d'Aquitaine et du N. jusqu'à la Garonne, on emploie des formes développées correspondant à prov. litt. noun me, que vous, vaudrié que lis contre vpr. no-m, que-us, valria-ls des ex. précédents.

Chabaneau (p. 180) signale en lim. une locution figée avec pronom asyllabique : Nontron si{s) pla{s) et séu(^s) pla{s), Limoges siau(j) pla{s) < vpr. si-us plat:^ « s'il vous plaît ». Ce renseignement est confirmé par l'ALF, B 1672, 5/7 vous plaît, qui de plus indique séuplai dans le S.-O. du dép. du Tarn, siuplai vers Aurillac, [supFd] à Ambert, siuplai dans le N. de l'Auvergne, silauplai et slauplai (avec le sujet neutre la, v. § 49) en vaud. A Vinzelles le continuateur de hoc, en procliseo(v. §§ 49 in fine, 55), est asyllabique dans des groupes comme dona-tne-u [donâmcéw] « donne-moi ça » (Dauzat, p. 385, 560; mais dona-me-le [dânàmifiy\ <i dona -f- me-{- (iiyu « donne-le moi » en parlant d'un objet précédemment nommé). Sur des formes

3^ 7^5 7^ ENCLISE ET ASYLLABISME lOI

enclitiques du pron. sujet dans les interrogations en Queyras, V. § 142.

§ 71. — L'état ancien est assez bien conservé en Béarn, dans les Landes et dans les vallées pyrénéennes, soit en général dans les pays qui usent abondamment de particules énonciatives (§§ 50-53); le reste de l'Aquitaine et les pays de Toulouse et de Foix présentent une situation intermédiaire.

Le Béarn, les Landes et les vallées pyrénéennes placent les pronoms après l'impér. et souvent après l'inf. et le part, prés., avant les autres formes verbales. Les pronoms placés devant le verbe sont proclitiques ; ils perdent leur valeur syllabique ou non suivant les pronoms et suivant les parlers, ex. b. ço qui-m dises « ce que tu me dis », you-^ èi bist et you que-^ èi bist « moi, je vous ai vu », t-ns troumpam ? « nous trompons-nous ? », mais luch. se te^ plats « s'il vous plaît » .

Après les formes paroxytoniques d'impératif, le pronom prend l'accent principal s'il garde sa valeur syllabique : lom. luch. escouto-moiis [eskùtomûs] « écoute- nous ». Si le pronom est asyllabique, il peut y avoir avancement d'accent : Aire gahe-u [gahéiu] « attrape-le », mais luch. porto-n [pôrtçn] « portes-en ».

Après les formes oxyton iques, il y a enclise : luch. creinie \kréyme] « crois-moi », aimat-bous [aymâbbus] « aimezvous », b. figurat-pe [figûrdppe] « figurez-vous » ; asyllabisme si l'impér. a une finale vocalique pure ou si deux pronoms suivent qui se puissent combiner en une syllabe (ces parlers n'admettant pas de proparoxytons) : b. da-m (c donne-moi », guarda-le-m [gwardâbm] « me la garder », luch. didet-lo-m [didéllom] « dites-la-moi », anat-bou-n [andbbun] « allez-vous-en » ; si cette combinaison est im-

102 ( ii\r. V : i.r*; pf.r.îMrs §§ 71, 72

possible, le dernier prononi t ; ,Uv^;iu.c, vi>inme après un infinitif (v. ci-dessous).

§ 72. — Pour Tinfinitif, la construction spécifiquement aq. est verbe -|- pron., avec enclisc, asyllabisme et avancement d'accent comme pour l'impératif : Couserans atrapalo [airapâlç] « T (fém.) attraper », \uch. prega-bous [prçgâbus]^ b. prcga-p « vous prier », b. pour la-us (masc.) [purldws], pourta-ks (fém.) \purtàbs] <* les porter », cara-tn « me taire », lucb. pourta-t « te porter », mais bei-te « te voir », prengm-u [prengçw] « le prendre ' » ; de même avec plusieurs pronoms : Aire prene-se-le et prene-le-se (je est un datif éthique) « la prendre » (accents sur le thème du verbe et sur le dernier pronom ; j'ignore quel est l'accent principal, je pense que c'est le second, cf: lom. luch. escouto-vwus [eskùtçmûs]).

Mais déjà dans la célèbre chanson attribuée à Gaston Phébus on lit Si sabi las bede ou las resconntra « si je savais les voir ou les rencontrer » ; de nos jours l'ordre pronom -\verbe est assez fréquent, et probablement plus fréquent que l'ordre inverse quand il y a plusieurs pronoms ou que l'inf. est suivi d'un régime autre qu'un pron. conj., ou d'un complément, ou des deux ensemble : Aire se la prene et la se prene au moins aussi bien que prene-se-le et prene-le-se-, b. ta -n perde la memôri (Lespy, p. 300) « à en perdre la mémoire », Pastourale déu païsa qui cerque mestiè à soun

I . L'avancement d'accent paraît une tendance récente ; les faits sont trop complexes ou trop peu étudiés (sauf pour Luchon, v. Sarrieu, RLR 1904, p. 504 ss.) pour qu'un résumé soit possible. A Luchon il n'y a pas d'avancement aux 2. p. sg. de la première conjugaison, ex, porto-n « portcs-en » cité § 71, il y a au contraire avancement à tous les infinitifs de la deuxième en ^t (ex. ici au texte, ptengue-ti), sauf pour este « être ». Mais le b. dit p. ex. bede-us [bfdrws] « les (masc.) voir ».

§§ 72j 73 ENCLISE ET ASYLLABISME I03

hilh, chens ne troiiba à soun grat (titre de la pastorale de Fondeville) « pastorale du paysan qui cherche (un) métier à son fils, sans en trouver (un) à son gré ». En vers, le choix de la construction peut dépendre du mètre et de la rime, ex. Mes sens me da lou tems de poudé neteya-m (Fondeville, cité par Lespy, p. 304). Cf. encore ALF, Se laver la figure.

Ce qui est dit ici de l'infinitif s'applique au participe présent, sauf qu'il n'y a pas asyllabisme et que l'accent principal reste toujours sur la dernière syllabe du part. prés. : b. Ihehant-se « se levant ))^ trucant-se l'estoumac « se frappant la poitrine », seguint-lou « le suivant » (Rouhi, p. 35, 26, 43).

§ 73. — Le reste de l'Aquitaine a beaucoup moins conservé la position après inf. et les formes asyllabiques. Dans le N. des Landes, à partir du Marensin, de la Grande Lande et du pays de Born, les formes asyllabiques usitées se réduisent à peu près exclusivement à -w « me », -t « te », -s (c se », et déjà Aire dit la se prene et non las ; faits analogues à Bordeaux et à Mimizan ; Bazas et Langon ignorent à peu près complètement les formes asyllabiques. Casaubon dit encore embia-tse-les « vous les (fém.) envoyer » (cf. Aire prene-se-le)^ Auch hè-bous « vous faire ». Mais en Lomagne la position des pronoms devant l'infinitif est de beaucoup la plus fréquente, et presque tous lespron. gardent leur valeur syllabique : se coumbertis « il se convertit », lou cridèc « il lui cria »; cependant le pron. de la 2. p. pi. peut apparaître sous forme asyllabique : aquet qui -ts aimo « celui qui vous aime », à côté de ets ac disi « je vous le dis ». Faits analogues à Puydaniel, Muret, et en général dans les dép. de la Haute-Garonne sauf les vallées pyrénéennes et du Gers sauf les parties voisines des Landes.

104 nwv. V : IKS RÉGIMES §§ 73- 7i

Pierre de Garros emploie constamment jott-bs « je vous » (Lectoure, 2* moitié du xvi« siècle), son frère Jean jou-ts. Vers le milieu du xvii' siècle Dastros (lom.) emploie beaucoup de formes asyiiabiques, mais Bedout (Auch), dans la préface» de ses œuvres, s'excuse dY-crirc/oM bous au lieu de jou'-lfs ou jou-ls. De nos jours le sentiment de ces formes est tellement perdu en Lomagne que l'éditeur des Garros. Alcée Durrieux, Lectourois, hésite sur leur sens (t. ii, p. 124, n.i)'.

§ 74. — Voici un résumé des principales formes aq. de pronoms qui peuvent nous intéresser ici :

« Me », procl. me, et devant voy. tn ; encl. -me, asyll. -m. Procl. em (Condom en, traitement phonétique de toute ;// finale) surtout le long des Pyrénées, de Bigorre en Couserans.

« Te », procl. /^,et devant voy. /' ; encl. -te, asyll. -/. Je n'ai rencontré et procl. qu'en Couserans.

« Se », procl. se, et devant voy. 5'; encl. -se, asyll. -s. Procl. es répandu à peu près comme em.

« En » (v. le début du § 65), procl. en, encl. -en et -nr (-ne surtout b.), asyll. -n.

« Y », i, valant [y] en proclise devant voy. ou enclise après voy., ex. b. i êi passât \yeypasàt] « j'y ai passé », ana-i [andy] « y aller », bede-i [bçdey](i y voir ».

« Nous ». La plupart des parlers qui rejettent les formes asyiiabiques ou les emploient rarement se servent de mous, avec m- emprunté au sing. me (cf. les ex. de faits analogues dans diverses langues indo-européennes cités par

I. Note à propos desi-bs ajud Dut « ainsi Dieu vous aide, Dieu vous soit en aide » : <c Sibs, je ne connais pas ce mot. Serait-il dérivé deaùvou çjv avec, ou serait-il la contraction de si bous ? » Sic au texte : Sibs ajud Diu.

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