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PLUSIEURS PRONOMS I

datifs contigus (v. un autre ex. en ség. au § 86); le second présente une tournure de substitution pour exprimer un rapport de possession. Mais un datif réel peut très bien s'unir à un datif éthique : la mouort // vous poudo sous ans (Bellaud, ii, p. 20), litt. « la mort vous (éthique) lui tranche ses années », qui se dirait couramment aujourd'hui méd. la mouert li vous (ou vous li) poudo seis an, prov. litt. la mort vous il poudo sis an ; de même te ï a garça'n bacèu ! « il te (éthique) lui a flanqué une gifle! »

§ 85. ~ Voyons maintenant quelle est, pour les combinaisons vraiment usitées, l'ordonnance du groupe pronominal. Celle du groupe pronom et verbe a été examinée plus haut (§§ 67-83), avec quelques exemples à plusieurs pronoms et un verbe, plusieurs verbes et un pronom, plusieurs pronoms et plusieurs verbes ; on a pu voir que la présence de plusieurs verbes ne change rien par elle-même à l'ordre des pronoms : vous lou farai coumprendre comme vous lou dirai, te lou pode bèn dire comme te lou diguère.

L'ordre des pronoms est dicté à la fois par le désir d'une expression claire (d'où p. ex. tendance à un ordre fixe comme dat. -|- ace. ou ace. -j- dat., soit pour exprimer par l'ordre seul la relation entre des pronoms qui ont la même forme aux deux cas, soit pour renforcer par cet ordre une distinction déjà exprimée par la forme) et par la recherche d'une bonne harmonie de la phrase (douno-melou (c donne-le moi », ordres logiques différents, même accentuation du groupe avec position à la fin du pronom qui porte l'accent principal, précédé du pronom senti comme phonétiquement plus léger : [tiùnomçlû, dpnl^mwg,]).

Ces deux considérations peuvent se trouver en conflit pour certaines constructions : alors intervient soit un compromis réservant un ordre pour une tournure, un autre

ordre pour une .miiL unnium.- \^e.\. ir. tu nous le donnes, mais donne- /r uous)^ soit une généralisation analogique (v. plus loin, a). De là des séries qui ne correspondent pas strictement aux catégories logiques du § 84 '.

J'examinerai d'abord la situation actuelle du prov. litt., avec quelques mots sur le vpr. et sur la période intermédiaire, puis je noterai les principales divergences dialectales.

%. Les dat. nie^ te, se, nous, vous précèdent les ace. de la 3' p. louy la, //(j), léi : tne lou dis « il me le dit », vous H donne « je vous les donne », te Us adreissa « te les adresser », pono-tne-lêi « porte-les moi », etc..

Les pronoms légers ine, te, se ont entraîné les autres : pono-nous-la comme porto-tne-la, bien que * lapons fût peut- ^ être plus euphonique, et ainsi s'est établi dans cette série un ordre logique dat. -f- ace. ; il est tout à fait inutile de supposer une influence française (Brusewitz, p. 35), et d'ailleurs le fr. dit donne-/^ moi quand le prov. dit dounotne-lou. Le vpr. avait presque toujours l'ordre inverse sauf pour le neutre 0. L'ordre actuel apparaît dès le w"" siècle, mais l'ordre ancien domine encore jusque vers le milieu du xviii' (nombreux ex. dans Brusewitz, p. 27-29).

p. Le dat. de la 3. p. (iV, devant voy. f)se place après un autre dat. (ex. § 84, me ié faudra, vous ié poudo, te i a garça), avant ou après les ace. de la 3. p. ^ : courre ié lou

1 . Ko. (p. 83) dit à tort que « lorsqu'un verbe a deux compléments » (c.-à-d. régimes), « il faut énoncer d'abord celui qui représente les personnes » : les ex. qu'il cite p. 84 montrent qu'il connaît mal le traitement du dat. iV. M. Brusewitz est mieux renseigné, mais il faut lire et analjrser attentivement les nombreux ex. qu'il cite p. 20-32, parce que son interprétation n'est pas toujours exacte.

2. La règle donnée par Savié de Fourviero (p. 46) « lou, la, li combinés avec if se placent après ce dernier » est fausse, comme le prouvent

§ 85 H DATIFS ET ACCUSATIFS I25

rendre « cours le lui rendre » (Oubr. vers. Partage, p. 152), ié lou paguè, ié la pourtè, ié /'as rendu (TDF, v° ié) ; lou ié tira di man (fienèsi, xxxvii, 21), litt. « le lui tirer des mains », lou ié preste (Conte, La vedigano, p. 4) « le /wrprête (subj.) », la i avien déjà coupado (AP 1894, p. 55) « on la luiaV3.it déjà coupée », Dieu lou ié mantèngue « Dieu le leur maintienne » {Babali, p. 18), lou ié dirai, digaslou-ié (TDF, v° ié).

Je crois l'ordre ace. + dat. plus usité que Tordre inverse, mais il me semble que le choix dépend uniquement de considérations d'euphonie : aipsi après le verbe digas lou-ié, douno-la-ié semblent conclure le groupe phonétique mieux que digâs-ié-lou, douno-ié-la ; au contraire au plur., où on dispose d'une forme pleine d'ace, on dira douno-ié-lêi plutôt que douno-lis-ié. Mais là tournure de beaucoup la plus fréquente consiste à omettre l'ace, toutes les fois que le sens reste néanmoins assez clair, ex. aqueloflour fai ligueto

au pichot, douno-zV /'as dounado? « cette fleur fait

envie au petit, donne-(la) lui... (la) /«i as-tu donnée? »

Le vpr. préfère ici encore l'ordre ace. + dat. ; on voit apparaître l'ordre dat. + ace. au xvii^ siècle ; les dialectes qui conservent le dat. H ^ hésitent entre les deux construc-

les ex. cités ici au texte. Même erreur chez Ko., déjà relevée plus haut en note.

I. Il est impossible d'entrer ici dans un détail morphologique infini. Voici un résumé de l'essentiel.

Ié, devant voy. î' [y], est à la fois adv. pron. « y » et dat. m. f. sing. plur. « lui, leur «en prov. litt. et rhod. pop. (y compris Nimes), mtp. lod., qqf. à Villeneuve-sur-Lot; dat. m. f. sing. plur. carc. alb. et qqf. gév.

/, valant \y] devant voy., est adv. pron. dans les pays non cités ci-dessus comme employant ié ; dat. m. f. sing. plur. (en concurrence avec // ou avec U, lour) en bit. narb. carc. toul. gév. ség. lim.

Pour le dat. le reste de notre domaine a soit // aux deux genres et aux deux nombres, soit sing. m. f. U, plur. m. f. lour, Ihour, lus, tus

lié CHAP. V : Lhî» KhulMhs S ^5 •^> V

tions (v. § 86). Quant h l'ellipse de Tacc, elle est plus ou moins pratiquée un peu partout, avec // comme avec ié. Le fait qu'on n'en a peut-être pas d'exemples écrits avant le XIX* siècle ne prouve rien contre son ancienneté : les écrivains pouvaient la rejeter par purisme (cf. § 51 sur la rareté de que énonciatif dans les textes). Je ne vois donc aucune raison pour ne pas la considérer comme ancienne et je crois qu'elle s'explique, comme vfr. dist li pour dist le li (M.-L., t. III, § 379), parla superposition syllabique : la li > //, et, l'habitude étant prise de dire // = la li, on aura de même, après l'adoption du nouveau pronom, dit U = la ié,

•y. Les adverbes pronominaux « en » et « y » se placent après les pronoms, comme (au moins de beaucoup le plus souvent) en vpr. : se «'avisé « il s'en avisa », vous tien

et autres formes remontant à (il)lôru, *{iî)lûru, eôru avec divers croisements et divers élargissements de phonétique syntactique. Li vaut [/J devant voy., sauf à Marseille /' valant [/J.

Les formes principales du dat. en aq. ont été indiquées au § 74- Dans plusieurs parlers (not. b.) on trouve encore i employé soit seul, soit agglutiné avec des formes d'accusatif.

En méd. niç. // est employé à la règle comme adv. pron. « y » ; Bellaud employait déjà // plus souvent que i\ on trouve i et li concurrents not. en Rouergue, en Ségala et à Aurillac.

De l'emploi de / pour li au datif, attesté déjà en vpr., proviennent les confusions et substitutions qui viennent d'être notées : ainsi //s'emploie au plur. comme t, d'où disparition de lour datif, entraînant celle de lonr pron. poss., auquel on substitue soiin (prov.) Au xvie siècle, dans la Provence proprement dite, li et lour sont concurrents au dat. plur. ; au xvii* Saboly (rhod.) emploie encore li dat. sing. plur. ; au xviii» s'établit l'usage exclusif de /len méd., de ié en rhod., et lour disparaît définitivement.

Ié me paraît sortir d'une coupure ie-s pour i es dans le groupe fréquent « y est », coupure suggérée par des aphérèses usuelles comme aco-s « c'est ». M. Brusewitz donne (p. 1 16) une autre explication qui est beaucoup moins simple et qui me semble beaucoup moins satisfaisante.

§8) Y, § ADVERBES PRONOMINAUX I27

parlarai «je vous en parlerai », vai-/'m « vâ-t'en », anennous-en « allons-woeiJ ^w », vtnt-fen « viens-^'ew » (^Mir., c. I, str. éi) ' ; nous ié coundus « il nous y conduit », se i acrouvara « il s'y trouvera », Se zV viré 'mé grand tendresso « il se tourna vers lui (le mas où demeurait Mirèio) avec grande tendresse » {Mir., c. v, str. 54), litt. « il /j' tourna », ///^ /V levarias rèn ? (Conte, Loubon sèn, p. 184) « vous ne me rabattriez rien (sur le prix que vous m'avez demandé) ? » litt. « vous ne ni y enlèveriez rien ? ^ »

La combinaison de en avec ié dat. de la 3. p. ou adv. pron. présente des particularités (v. plus loin, 0).

L'ellipse de l'ace, de la 3. p. avec ié est ici plus rare que quand /^fonctionne comme datif (g) ; cependant on pourra dire p. ex. Ounte vas pourta aquéli flour ? — A l'oustau. — Bon, porto-zV « où vas-tu porter ces fleurs ? — A la maison. — Bon, porte-(/^5) y ».

5. La combinaison de en, n, nen (v. § 65, début) avec ié, i (v. plus haut, note sous g) dat. ou adv. pron. donne ni en [nen] devant consonne : nfen presènto uni dous o

1. Hors l'impér. on écrit en un seul moi s'enana « s'en aller ^),s'enveni « revenir », litt. « s'envenir », s'entourna, «revenir », litt. «s'entourner » et autres verbes signifiant « s'en aller » ou « revenir » : m'entourne, nous entournerian, etc., mais impér. tourno-Cen, tournas-vous-en. Dans les verbes ayant une autre signification en est traité comme préfixe inséparable : emporto-lou « emporte-le », comme V emportes « tu l'emportes ».

Les combinaisons de en avec les ace. de la 3 . p. sont souvent rejetées comme peu harmonieuses ou peu claires. Ainsi on ne dira guère li n'as tira « tu les en a tirés », iwo-lis-en ou i\ro-li-n'en « tire- les en » ; on préférera tourner autrement : lis as tira d'aqui, i\ro-lH d'aqui. Mais on dira très bien p. ex. quand l'envejo/'^» gagno« quand Tenvie l'en prend», Montauban quand l'embejo lou ne gagno (Estibandie).

2. Dans iè la jito dedins, que le TDF (vo U) traduit litt. « il l'y jette dedans », l'ordre inverse s'explique par la répétition des compléments, accusée en mettant iè et dedins aux deux bouts opposés de la phrase (cf. §§ 162, 163); autrement on dirait la zV jito « il l'y jette ».

I2S CHAT. \- : Il !l '.I\!|-^ § 86

quatre (AP 1877, P- ^3) " '^•' ^'" prcsciuc deux ou quatre » ; nfen metren {Conte, Lou candidat y p. 32) « nous y en mettrons » ; n*t [h] devant voyelle : «*!* a [/m] « il y en a » ; fCien est rare devant voyelle, cependant ni en avié une {Conte y La vies sv de sant Aloi, p. 125) « il y en avait une ». Le vpr. avait ni = « en » + « y », mais li-n et Ven = <r lui » -\- « en » (v. Brusewitz, p. 31, et les autorités qui y sont citées).

§ 86. — Les règles qui ont été formulées au § 85 a ne s'appliquent guère qu'au prov. litt. et au rhod. pop. (y compris la marche nimoise), et en général au méd. et au lor. y compris Béziers. Ailleurs on préfère souvent l'ordre ace. -|- dat. ; cet ordre a pu être favorisé dans certains dial. par l'adoption de formes m/, //, si senties comme plus pleines que la, lou (méd. niç. Colognac, gév.), dans certains autres par le fait que « me, te, se, nous, vous » se prêtent mieux que les pron. de la 3. p. à l'enclise asyllabique (aq., surtout du sud). A Ambert (v. pi. loin) Tordre diffère suivant que les pronoms sont ou après le verbe. L'accusatif neutre (le prov. litt. n'a pas de forme spéciale, on se sert du masc. lou) est souvent placé après les datifs, ex. lom. ets ne disi « je vous le dis », toul. bous au dîsi; mais rrgt. :((7w me pagaras « tu me le paieras ». Pour les formes de lace, neutre v. §§ 74 et 99, 2°.

Pour 3 les dial. à h « lui » (§ 85 3, note) admettent en général une grande liberté de construction (préférant cependant la postposition de //, sauf quand l'ace, de la 3. p. est au neutre, cf. ALF, B 1650, Je nai pas osé le lui dire) et l'ellipse de Face. 3. p. quand le sens est assez clair.

L'ordre indiqué au§ 85 pour la série v n'est pas suivi par tous les parlers qui ont adopté // au sens de « y » (v. plus loin les ex. méd., niç., rrgt. et aurillacois).

§ 86 PARTICULARITÉS DIALECTALES I29

Pour 0, ni ou ni [w] devant voyelle est, je crois, à peu près universel, mais ni en devant cons. est spécial au prov. litt. et au rhod. pop.; ailleurs on dit ni, i-n ou i en \yen\\ les exemples écrits sont au reste très rares.

Voici quelques exemples notés au cours de mes lectures ou entendus sur place :

Méd. p liloii paguè <( il le lui paya », mais va li avèn di

nous le lui avons dit » ; y lei ripaio que li si fa « les ripailles

qu'on y fait », litt. « les ripailles qui s'y fait », cf. qu li

/adouno (Ruffi, p. 51) « qui /)' adonne »; Aix li se pre-

sènto (( il s'y présente » , mais afin que Boueno

gardo se li mountèsso (Cabanes, p. 1 1) « afin qu'on y montât bonne garde », litt. « que s'y montât » ; // dat. ou adv. pron. se combine avec en, suivant les parlers, en Ten ou en lien [l'en] : déjà le Marseillais Ruffi dit l'en a grosso aboundànci (p. 35) « il y en a grosse abondance », quand l'Aixois Brueys dit l'envejo li en prendrié (éd. Mortreuil, t. i, p. 361) «l'envie l'en (litt. lui en) prendrait »; des parlers peuvent distinguer // n'ai parla « je lui en ai parlé » de l'en ou // en a « il y en a ».

Niç. a lou mi pènsi, litt. « je me (éthique) le pense », lou vous presènti « je vous le présente », lou m'as levât de la bouca r' tu 77ie /'as ôté de la bouche » ; v U nen eau anà « il nous faut y aller », litt. « il y nous faut aller ».

Colognac a la mi dounarô « il me la donnera ».

Gév. a ipOYto-lou-mi « portt-le tnci » ; [3 lou li moustrarai c( ]q le lui montrerai. >»

Rrgt. Y li se pas recounèisse « ne pas ^'3^ reconnaître ».

Ség. a lou te bressarai « je ie /^ bercerai », las te dôni « je te les (fém.) donne », Ion bous dounarai « ]evous le donnerai », et même, avec le neutre, '{ou me pagara « il me le paiera »; g // me cal dire quicon <( il faut jque je lui dise quelque chose », litt. « il me lui faut dire quelque chose »,

J. RoNjAT. — Essa^' de syntaxe des parlers provençaux modernes. 9

130 CHAP. V : LES RÉGIMES § 8é

lau li panèt « il //r lui vola » ; 7 noun « wom^ en » ; v, î Itu « lui en » et « y en ».

Toul. a la /'as manjado « tu l'as mangée » (/'datif éthique).

Montauban a Ion tn an countat « on tfie /'a conté ».

Querc. a lou te forai beire « je te le ferai voir ».

Aurillac a lou /'ofuste « je te (éthique) /'ajuste », 7 // se miralho « ellej*y mire », H s* es negat « il s'y est noyé ».

Sur se les en Aquitaine, Toulousain et pays de Foix, V. § 66 ; sur Foix lou pè se m'es endroumit, v. § 92.

Ambert a la te baile [latMih] « je te la donne », mais après le verbe bailo -tne-la [bàilotmld] « donne-/^ moi ».

Vinzelles (Dauzat, p. 560) a fnhou dis [}nudîs^^ « il me le dit », dona-mc-le [dbnâmeU^ « donne-le moi », dija-me-u [dïjâmœùf] « dis-le moi » (pour -le et -u « le » v. § 70 in fine)', g Ihi hou dis [ïud'is] « il le lui dit », dona-lhi-le [dbnâïilf\ « donne-le lui », et même ordre avec « leur » qu'avec « lui » ; 7, en séparable dans le verbe «s'en aller » : ni en vole na « je veux m'en aller », vous en chau na « il faut vous en aller ».

Lim. a lou nie représente « je nie le représente », la^s") vou(j) balhe « je vous les donne », lous te balhà « te les donner » ; mais périg. vou(^s) la mandarai « je vous /' (fém.) enverrai ».

Couserans a que le-m tournaras « tu me le rendras » .

Luch. a didet-/o-w, v. § 71 in fim.

Sengouagnet 2 minja-/fl-;;/o//5 (BDM 1912, p. 137) « la manger » (jnous datif éthique).

Lom. a ets ac dîsi « j e vous le dis ».

Verdun-sur-Garonne v nou-n « nous-en » (BDM 19 12,

B. a u cruel hat que -u ni a enlhebat (Despourrin, cité par Lespy, p. 306) « un sort cruel me /'a enlevé », cerczxs-lou-me « cherchez-/^ www' », que la-m darats « tu m^ la

§§ 86-88 dialectes; trois pronoms 131

donneras », la m èi benude {Roubi, p. 74) « je l'ai vendue » (m' datif éthique), lous (masc), las (fém.) te tiré « il fêles enleva », avec l'impér. masc. tirc-us-te [tïr9wsî4], fém. tire- las-te \tïrdlast(\. Cf. le discours de Henri IV aux notables de Rouen en 1596 : Si je voulais acquérir le titre d'orateur, j'aurais appris quelque longue et belle harangue, et la vous ' prononcerais avec assez de gravité (cité par Lespy, p. 306). Mais le dat. précède Tacc. neutre ip'at dise en dus moûts (Lespy, p. 30e) « vous le dire en deux mots »; Y parlo-fnen « parle-m'm », dats-lou-ne « donnez-/^/ en » (Lespy, p. 301), bou-n « vous en ».

Aire g prene-se-le et prcne-le-se cités § 72, se la prene et la se prene cités § 80.

§ 87. — Les séries de trois termes sont extrêmement rares, comme étant en général disgracieuses et peu claires. Je ne les crois guère praticables qu'avec un datif éthique et un adverbe pronominal. L'ordre se déduira des règles précédemment posées : ainsi prov. litt. a -|- ^( te l'en tiro « il te (éthique) /'en tire », vous lou i a coundu « il vous (éthique) Ty a conduit », mQuo-me-lou-ié pourrait être en français populaire « mhne-le-moi-^-y ». Il vaut mieux en général tourner la phrase autrement.

Répétitions de régimes

§ 88. — On a vu (§ 57) plusieurs exemples de répétition de régimes dans les parlers qui font précéder le régime direct de à. D'autres répétitions sont plus ou moins com-

I. C'est au demeurant à peine un béarnisme : en 1596 l'ordre des pronoms français n'était pas encore fixé.

î ^2 (Il \r. \ . , , ,1 >.i\ii:s § 88

muncs au provençal et aux autres langues romanes (v. M.-L., t. m, §§393-395); notre langue les affectionne particulièrement.

La répétition par un pronom (ou adv. pron.) conjoint est à peu près de règle à partir du xvr siècle (ex. dans Brusewitz, p. 55) quand un régime principal (notamment s'il est un peu long) est explicitement détaché devant le verbe : Tw, lou clar soulèu te reviho « loi, le clair soleil te réveille » {Miôugr., BlocJo negro, p. 274) ; tVm, /;/'es vejairc « (à) moi/i\ me semble »; De mai bravo, n\ a ges {Miôugr., Piêiicello, p. 278) « de plus sage, il n'y en a pas »; Un di bastimen, ié resté que Tamo! (Mir., c. i, str. 29'), litt. « un des bâtiments, il ne lui resta que Tâme ! » ; // cim] sou que soun de manco, li baiarés i paure (J2onte,A passa tèms, p. 161) « les cinq sous qui manquent, vous les donnerez aux pauvres » ; ço que proumete, lou tène (Conte, Lou jougadou, p. 167) « ce que je promets, je le tiens ».

Il n'y a pas de répétition dans tout pousquen vèirc ! « puissions-noustoutvoir ! » c.-à-d. « tout bien nous advienne! » et dans d'autres ex. cités par M. Brusewitz et parfois ma^ interprétés (p. 56, 57) '. Dans ces ex. le régime direct s'unit immédiatement au verbe sans coupe. Dans la langue actuelle, la répétition est naturellement de règle si le régime principal est détaché : Vausi, lou vèire, acô me lèvo (Mfr., c. II, str. 49) « cela m'enlève Touïe et la vue », litt. « Ventendre, le voir cela m'enlève » est une tournure hardie qui n'est admissible qu'en vers; la virgule entre vèire et acb n'est conforme ni au mouvement de la phrase

I. Ailleurs (p. 103) M. Brusewitz prend un nom. détaché pour un ace. : vous, comme iéu, vous n'atroubarias bén (Onhr . vers, Méste Coulau, p. 204) ; le sens est « vous (nom. abs.) comme nwi (nom. abs.), (vous) vous (ace. conj.)en trouveriez bien ».

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