CHAP. V : LES RÉGIMES §§89, 9O
§ 89. — Un autre procédé de mise en relief consiste à exprimer d'abord brièvement le régime par un pronom (ou adv. pron.) conjoint, puis à le développer à la fm de la phrase : /^creiran, lu! « ils /<? croiront, toi! » (JAiôu^r., FatHyp, 244); Mai que m'agrade à Uu l <f^ pourvu qu'il me plaise, à moi! » {Mir.^ c. ii, str. 57); lé dounes d'èr, à ta sourreto? « //// ressembles-tu, à ta jeune sœur? » (Jbid., str. Il); Vous neti farien, li gènt, d'istàri ! {Nerto, c. vi, p. 312) « ils vous (éthique) en feraient, les gens, des histoires! »; NV« vos, de cant? (Rose, c. m, 1. xxx, p. 78) « en veux-tu, des chansons? » ; La veirai bèn..., la divo Çibid., 1. xxvii, p. 70) « je la verrai bien..., la déesse »; Que fï'as fa, que nos fa, dâu rèi de Betelèn ? « qu'^ as-tu fait, (\\ien as-tu fait, du roi de Bethléem? »> {Mir., c xi, str. i).
§ 90. — Devant « voici, voilà » (§ 77) il peut y avoir pronom conjoint sans que le régime suivant soit détache, ainsi nen vaqui uno di plus hello « en voici une des plus belles » se prononce sans coupe.
Un accusatif neutre peut annoncer toute une petite phrase formant régime développé :
Lou veses p^s, que ta brassado A mes lou fio dins mi pensado ?
« ne vois-tu pas que ton embrassement a mis le feu dans mes pensées ? » {Mir., c. 11, str. 59);
Lou ifi»fs bèn, de que ploure
{Rosty c. IX, 1. Lxxx, p. 232), que Mistral n'hésite pas à traduire litt. « tu le sais bien, de quoi je pleure .». Ex. des xvip et xviii* siècles dans Brusewitz, p. 61.
§§ 90~9^ répétitions; tourn. de substitution 135
Ex. de répétition avec « voilà » au § 76 in fine, la plago, vès-/'aqui.
Dans sV'wsouvèn d'acb « il se souvient de cela », pau mendizw de tis istbri « peu me chaut de tes histoires », etc.. on ne sent pas de répétition, parce que en (d'ailleurs écrit en an seul mot avec le verbe) est senti comme préfixe inséparable du verbe (cf. § 85 7, note); la conscience du sens de en- est tellement perdue qu'on exprime l'adv. pron. p. ex. dans se n'ensouvèn « il s en souvient ».
Tournures de substitution
exprimant des rapports de possession
ou d'autres rapports personnels
§ 91 . — En français moderne usuel on ne dit pas je lave mes mains, tu mets un chapeau sur sa tête, mais je me lave les mains, tu lui mets un chapeau sur la tête ; on ne dit pas on tire sur moi (p. ex. à coups de fusil), tu cours après lui, mais on me tire dessus, tu lui cours après. Des tournures analogues sont tout particulièrement affectionnées par notre langue; les traductions en français usuel montreront bien les différences d'usage entre les deux langues. Elles se rencontrent plus ou moinsdèsle vpr. (v. Brusewitz, p. 100, toi).
A. — Rapports de possession
§ 92. — Au lieu de combiner, dans l'ordre normal des membres de la phrase, un sujet (^sa caro lusié) un régime Qave mi man) ou un complément (tnetes un capèu sus sa
136 c.MAI*. \ : I l> Kh(»IMES § 92
léslo)y on place immédiatement à côte du verbe (donc avant le verbe, sauf à Timpér. et dial. à l'inf. et au part. prés., V. §§67-73) un pron. pers. conjoint désignant le possesseur, puis on exprime à la fin de la phrase le sujet, régime ou complément précédé de l'article défini ou (plus rarement) du pronom possessif. Cette tournure est usitée quand le sujet, le régime ou le complément est une partie du corps, un objet de vêtement, un animal domestique, un outil, une arme et généralement un objet familier de propriété : /V lusié la caro ' aussi bien que sa caro lusié « sa . figure reluisait » ; locc. lou pè se tnes endroumit ^ « mon t pied est engourdi », litt. « /d pied se m'est endormi » ; me lave H man, hvo-te H man plutôt que lave mi man, lavo // man ; /*ai leva la vèsto plutôt que ta vèsto « je t'ai ôté ta veste »; aq., p. ex. Aire que /a embartat Ion chibau « il a embourbé son cheval » ; ié metes, impér. mete-/V un capèu sus la tèsto, et non metes, mete un capèu sus sa tèsto « tu lui mets, mets-/w/ un chapeau sur la tête » ; lou ié tira ^/ man (fienèsi, xxxvii, 21) « liberare eum de manibus eorum »; cf. Tu noun ;;// fas que troublar vwiin cervèu cité § 79, 2° et ba-/f meter a Bone en la maa (avec répétition de datifs, -// et a Bone) cité §79, 3°, note.
Sont à rapprocher de ces tournures de substitution deux tournures tout à fait courantes dans nos parlers :
1° article défini, au lieu du pronom possessif, dans prene lou fusiéu « prendre le (ou son) fusil, » ai carga lou capèu, la vèsto « j'ai mis mon (litt. le), ma (litt. la) veste », toumben /fl vèsto « quittons wo//-^ (litt. la) veste», lou
1 . Quand les ex , ne sont pas précédés d'une indication de dialecte, la tournure peut être considérée comme assez répandue dans tout notre domaine linguistique.
\^ 2. Cf. Montluc : le poil se nu dressait sur la tête (cité par Lanusse, \V- P- 39$-397).