‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 62 sur 139 · I°~3° '^ÉG. ACTIF ET REG. PASSIF I · texte numérisé non relu

I°~3° '^ÉG. ACTIF ET REG. PASSIF I

boire ' », n'fai vist heure, fa heure, leissa heure. Je me suis expliqué au § 79, 2° sur des cas tels que hïsso-me la vèire, où le régime actif se rattache nettement au semiauxiliaire, et le régime passif à l'autre verhe : alors le sens est assez clair et la coupure assez nette pour que deux ace. puissent se suivre, et on dit hisso-lou la vèire « laisse-/^ la voir » comme laisso-me la vèire « hïssQ-moi la voir ». D'autre part notre langue peut pratiquer des tournures avec ace. séparés comme « rien au monde ne meïtmilvous épouser » et autres ex. fr. cités par Johansson, p. loi, 102.

2° Régime passif exprimé par un pron. pers. conj., adv. pron. ou pron. rel., régime actif exprimé par un nom autre qu'un pron. pers. conj., adv. pron. ou pron. rel. Mêmes usages qu'en fr. « il le fait croire à tout le 'monde, ce ^«^ j'entends dire àDevoluy, laissez-/^! prendre à d'autres, je laisse les autres le prendre », etc

3° Inverse du cas précédent. Usage extrêmement flottant. Si l'on considérait d'une part les ex. à-de rèng li fai heure... et lis a fa soufri lou martire cités § 96, puis lis a fa heure d'aigo-ardènt, d'autre part Ï2à-ié heure d'aigo-ardènt, on serait tenté de conclure que le prov. repousse le contact de deux accusatifs (l'infinitif avec régime direct béure d'aigo-ardènt pouvant être senti en hloc comme accusatif). Mais on dit ié faguèron passa lou Rose à la gafo « on lui (ou leur) fit passer le Rhône à gué », fai-/^' passa lou Rose sus toun hatèu « his-lui (ou leur) passer le Rhône sur ton hateau », Tai fa legi Oumèro « je lui (ou leur) ai fait lire Homère », vole pas îV faire heure d'aigo-ardènt (ou ié vole

pas faire ) « je ne veux pas lui (ou /^wr) faire hoire de

l'eau-de-vie », et cependant * lou (f. la, pi. m. f. li)

faguèron passa , * hi-lou ({. la, pi. m. f. lêi) passa...,

etc... ne présenteraient pas le contact en question; d'autre

I . Traduction littérale ; leur en hoire serait en fr. au moins bien lourd.

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pan un cliamaian que lou faguè vira la tcsto est correct, quoique moins usité que u. c. q. /V f. v. 1. 1. « un bruit qui lui fit tourner la tête ». Il semble bien qu'il y a une certaine prédilection pour le datif avec le verbe « faire » senti comme semi-auxiliaire formant avec l'inf. suivant un groupe à valeur factitive plus intimement uni que les groupes avec « laisser, voir, entendre '. Rn effet ces autres semi-auxiliaires admettent à peu près indifféremment un ace. ou un dat. : lonÇpwié) laisso béure autant d aigo-ardènt que vôu, lis (ou /') ai vist béure tant d'aigoardènt ! leissas-/^/ (ou it) béure soun aigo-ardènt, /'ai (ou Tai) vist pinta un bèu tablèu « je lui ai vu peindre un beau tableau », lou (ou ic) vese escanipade lagremo aniaro « je lui vois répandre des larmes amères »,laisso-/oM(ou ié\ lou (ou /V) laisse coumpli soun devé « laisse-/^» (ou lui^/]e /^ (ou lui') laisse accomplir son devoir », espère pas de la (ou if) vèire segui mi counsèu « je n'espère pas la (ou lui) voir suivre mes conseils », es tu que ié (plutôt que lou) laisses faire tôuti aquéli bestige! « c'est toi qui lui laisses faire toutes ces bêtises! », /"' ai vist faire tant de bestige! l'ome que z'ai vist faire, ausi dire tant de bèlli causo « l'homme à qui (jque -{- dat. conj. « à qui », § 1 19 ^t) j'ai vu faire, entendu dire tant de belles choses ». C'est à peine si l'on peut dire que le dat. est préféré ou seul admis en raison directe de

1 . Cf. Haas, p. 88, 89 : je donne ce livre à mon père ; mon père, régime indirect, est sujet d'un concept de possession qui suit immédiatement dans l'esprit le concept de don ; u livre devient objet de possession comme il était objet de don ; l'analogie syntaxique de je donne ce livre à mon père produit je fais accepter ce cadeau à mon ami au lieu de la construction logique * je fais mon ami accepter ce cadeau. Ce raisonnement scolastique est en désaccord avec l'histoire que j'ai esquissée au S 9S ; néanmoins, une fois en possession de deux tournures, la langue a pu tendre à en répartir l'emploi suivant une certaine logique instinctive dont il semble impossible de schématiser les résultats.

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