LE PRÉDICAT
§ 98. — Renvoyant à M.-L., t. m, §§ 396 ss. pour les faits plus ou moins communs à toutes les langues romanes, je me bornerai à signaler quelques particularités de nos parlers.
Parmi les verbes essentiellement prédicatifs, î;m/ s'emploie presque aussi souvent que deveni au sens de « devenir ». « Redevenir » : redeveni, revenir et aussi tourna.
Faire et rendre s'emploient à peu près comme leurs équivalents fr faire (roi, noble, etc ) et rendre (heureux,
malade, etc....).
En somme (cf. M.-L., t. m, § 399), à peu près tous les verbes peuvent recevoir un prédicat, v. p. ex. intravo couventiau cité § 1 1 1 et Siéuno an la colo e la planuro cité §17.
Toutes les formes nominales se prêtent à la fonction de prédicat (v. M.-L., t. m, § 400). On dit 71' ai mi pléni man plutôt que nai li man pleno « j'en ai les mains pleines ». Courante est la tournure acos miéu « cela est à moi, cela m'appartient » (§ 17) ; acos de iéu est inusité, et acos à iéu est un gallicisme. Les pronoms personnels présentent des particularités intéressantes.
§ 99. — « C'est moi, c'est nous », etc... ont été examinés au § 41. Quant aux types syntactiques qu'on peut schématiser 1° « Êtes-vous la fée Mélusine ? — « Je la suis » et
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2° « Êtcs-vous/Â' ? — Je /e suis », notre langue offre le traitement suivant :
1° Si le pronom représente une personne déterminée ou des personnes déterminées, il prend le genre et le nombre de cette personne ou de ces personnes : Vos que la fugue un pau, ta maire, iéu ? « veux-tu que je la sois un peu, ta mère, moi? » {Pecat, a. i, se. vi, p. 40); Sias li mandadou de l'emperaire ? — Li sian « Etes-vous les députés de Tempereur? — Nous les sommes ' ».
2° Sinon, c'est-à-dire si le pronom représente une qualité, le neutre ^ tend de plus en plus à être employé
1 . Traduction littérale des formes pronominales pour faire saisir le mécanisme de la phrase, mais en français on dirait plutôt « oui, c'est bien nous ». La traduction littérale d'Aubanel ou de son éditeur n'est peut-être pas non plus d'un français irréprochable ; il me semble qu'on dirait plutôt, sans pronom, « veux-tu que je sois un peu ta mère, moi ? »
2. Prov. litt. lou, comme l'ace, conj. masc. La plupart des autres parlers emploient divers continuateurs de lat. hoc dont voici un tableau très résumé :
Hou (/; initiale est une simple tradition graphique)< hoc (procl. traitée comme prétonique, hoc portât > hou porto comme portamus > pourtau) est la forme dominante dans la plus grande partie de notre territoire linguistique, haute Provence, Dauphiné, Languedoc sauf l'extrême sud, Guyenne, Auvergne, Velay, Limousin. Plusieurs parlers vaud. emploient concurremment /x)u et lou. Montpellier hou. Cette lou. Hou est parfois développé en /;ÔM(dauph. lim.), souvent en i'OM(dauph., Velay, Vivarais, Auvergne) ou en ^ou (ag. gév. ség. lim. querc.) qui devant voy. initiale de mot suivant se réduisent à v', i' ; hàn provient d'un élargissement en position tonique, vou d'une résolution d'hiatus après voy. finale de mot précédent, ^ou de fausses coupures quand un mot précédent étroitement lié finissait par -s.
Oc tonique à Toulouse, ex. digos-oc « dis-le » ; en proclise on emploie auy qui a dû se produire à côté d'un W«, aujourd'hui inusité, comme va à côté de vo (v. ci-après).
O < hoc devant cons. initiale de mot suivant est devenu vo (puis bo dans les parlers qui ont fait passer tout v à h) comme hou est devenu vou ; w a été réservé à la position tonique après une forme verbale, et
exclusivement ou tout au moins le plus souvent, comme en fr. moderne le. Mais, tout au moins en prov. litt., chez les écrivains comme dans Tusage populaire, l'ancienne règle se maintient encore fréquemment : pronom au genre et au nombre de la personne indiquée ou des personnes indiquées comme possédant la qualité dont il s'agit. Ex '
countènt, loti sian mai que jamai (Cassan, p. 104) « contents, nous le sommes plus que jamais » ; mais Oh ! Dieu ! cresès que la fugue, countènto ! {Rose, c. x, 1. Lxxxvii, p. 252) « Oh ! Dieu ! croyez-vous qu'elle le fut, contente ! » es poulido e la sara long-tèms « elle est jolie et le sera longtemps » (TDF, v° /a) ; à forço de crèire Que soun malaut, //" soun {Oiibr. vers, Mail d'iue, p. 82) « à force de croire qu'ils sont malades, ils le sont » ; fau èstre jouine e amourous coume // sian {Baile, p. 274) « il faut être jeune et amoureux comme nous le sommes ». Dans Maridas-vous, anas, maridas-vous ! — n'es pas
une forme procl. va s'est créée sur le modèle fém. lo — la (y. §§67, 82) : ton. méd. vo, alb. narb. carc. laur. et encore Saint-Pons et Montauban ho ; forme procl. correspondante dans ces mêmes parlers l'a ^ ^rt, devant voy. initiale de mot suivant f'--Z?'.
Pour les principales formes aq. v. § 74 in fine \ pour Vinzelles v. §§ 49 in fine, 55, 70 in fine.
I. Les ex. cités par M. Brusewitz (p. 78) sont pour la plupart mal choisis ou mal interprétés. De plus V èstre n'est pas concluant, puisque /' peut être la forme devant voyelle du fém. la tout aussi bien que du neutre lou ; de même dans Vère rien n'indique s'il s'agit du masc. ou du neutre ; M. Brusewitz fait observer lui-même que « la forme du pronom ne donne pas de renseignement sur l'usage » dans Ves à se faire amaph forço. Pour aqiiéu Ves, entendu, je ne comprends pas bien ce que M. Brusewitz veut dire, et je crains qu'il n'ait pas saisi le véritable sens de la phrase : il s'agit d'une répétition de prédicats (v. § 104) comme dans l'exemple la fugue, countènto, qu'il a bien compris. Je reprends plus loin au texte, avec une explication plus juste ou plus complète, quelques exemples qu'il cite p. 78 et 79. Il ne faut pas faire état des manuels provençaux qui copient pour ainsi dire machinalement les manuels français.