CHAP. VI : LE PREDICAT
coume se lis erian {Varaiy a. iv, se. vu, p. 150) « Mariezvous, allez, mariez- vous I — n'est-ce pas comme si nous Tétions ? » le pronom se rapporte à un part. pass. marida qui n'est pas exprimé, mais dont ridée est contenue dans Timpér. tuaridas-vous : c'est une tournure disgracieuse du langage familier ; les personnages en scène sont des <^cns
du peuple. Sara malurouso ! — Li femo de sa jaujo //
soun jamai (Farai, a. iv, se. m, p. 134) « Elle sera malheureuse! — Les femmes de son acabit ne le sont
jamais » paraît au contraire correct à une oreille provençale malgré le plur. // sot4n correspondant au sing. sara malurouso ; cet exemple vérifie la justesse de ma formule « pronom au genre et au nombre des personnes indiquées comme possédant la qualité dont il s'agit » : ici la qualité est nettement exprimée par un adjectif, alors que dans l'ex. précédent il faut l'extraire assez péniblement d'un impératif. M. Brusewitz (p. 79) ne s'explique pas nettement pourquoi Roumanille a employé d'abord un neutre (sing.), puis un masc. plur. dans une seule et même phrase : un capelan dèu èstre pietadous e caritable. Se lou soun pas, éli qu'an ni femo ni enfant, e qu'an pas lou soucit d'enanti et d'abari uno famiho, e que nous prèchon tant de /'èstre en tant brassejant, quau tron de diéune voulès que //siegue ? (Oubr, proso,p.}i6, Capelan^p. 39) « un curé doit être pitoyable et charitable. S'ils ne le sont pas, eux qui n'ont ni femme ni enfants, et qui n'ont pas le souci d'élever et de nourrir une famille, et qui nous prêchent tant de l'être en faisant tant de gestes, qui diantre voulei'-vous qui le soit ? » Voici l'explication : la qualité est exprimée par des adj. au sing. (s'appliquent à un capelan); l'idée est ensuite reprise avec un verbe au plur., mais le souvenir du sing. employé dans la fin de phrase qui précède immédiatement est encore très présent à l'esprit, de sorte que
§§ 99j 100 « JE LE OU LA SUIS » I5I
le prédicat reste au sing. (le neutre loii), bien que le verbe soit au plur. (soun) en raison du sujet éli qui apparaît immédiatement après ; éli entraîne une longue période, chargée d'incidentes avec tous les verbes au plur., dans laquelle le sentiment du plur. s'établit de manière à justifier // vers la fin ; si on a /'èstre et non lis èstre, c'est que la phrase est mieux rythmée ainsi. Cet exemple montre à la fois que les deux tournures sont licites et qu'un bon écrivain — sciemment ou instinctivement — sait les employer à propos en tenant compte et du mouvement syntaxique et du rythme du discours. Si malgré plur. // on a sing. siegue et non plur. siegon, c'est parce que le pronom quau éveille presque toujours dans l'esprit l'idée du singulier.
§ 100. — L'ex. Que soun malaut, li soun nous a montré l'usage ancien maintenu pour le pron. masc. plur. Donc loii dans une phrase comme Siés countènt ? — Loii siéu (c Es-tu content ? — Je le suis » peut représenter le masc. sing. aussi bien que le neutre. Ils ont la même forme en prov. litt. et en rhod. pop. En méd. les formes sont différentes au moins dès l'époque de Bellaud : masc. lou, neutre va. Les exemples recueillis par M. Brusewitz (p. 80) nous montrent lou employé par Bellaud (toun vrai servi tour, léu lou siéu veramen « ton vrai serviteur. Je le suis
vraiment », mi siéu transit He ! qui noun lou sarié ?
« je me suis transi Hé! qui ne léserait? »), mais va
par Zerbin, un demi-siècle environ après Bellaud (Serai peissoun d'Abriéu pèr vous, Sabès, va seriéu pas pèr tous « je serai poisson d'avril pour vous, vous savez, je ne le serais pas pour tous », Si jamai ome es estât fernie, Cresès que va serai pèr vous « si jamais homme a été ferme, croyez que je le serai pour vous »). Je crois pouvoir affirmer que le méd. actuel n'emploie plus que va.
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§ 101. — Il se peut que Taccord, mnsc. ou fém., sing. ou plur., soit une particularité de la Provence proprement dite. Les textes littéraires vpr. paraissent employer le neutre 0 (v. M.-L., t. III, § 415, et Brusewitz, p. 80). Pour les dialectes autres que le prov. je n'ai pas relevé d'ex, d'accord dans mes lectures. L'emploi du neutre est à coup sûr très ancien en aq. Outre les formes issues de hoc qui ont été notées au § 74 in fine, beaucoup de parlers (not. land., V. Mill. Atl., p. 210, et Tarbes, v. Lanusse, p. 398) usent de l'adv. pron. « en » : Tarbes Es malaut ? — Qu'^w soi ou que nen soi « Es-tu malade ? — Je le suis ». M. Millardet me communique le passage suivant de Desgrouais, Les Gasconisnies corrigés , Toulouse, Douladoure, i8or, p. 159 : « en est gascon quand il a rapport à un adjectif. Cette faute est très commune. La plupart des Gascons disent donc : Mon frère est mélancolique, mais je nen suis pas.. ... Vous trouvez la soupe chaude, mais je ne Yen trouve pas ». Les ex. suivants de Montluc et de Montaigne (cités par Lanusse, p. 398-400) montrent le point de départ de cet emploi de en : « Vu mêmement que c'était division entre les catholiques ou pour le moins qui s en disaient ; J'ai trouvé que lors de ma santé je plaignais les malades beaucoup plus que je ne me trouve moi-même à plaindre quand ']en suis ; Nous appelons Dieu tout-puissant père, et dédaignons que nos enfants nous en appellent » ; d'où même « Il contrefaisait entièrement le port et la contenance d'un homme goutteux ; enfin la fortune lui fit ce plaisir de Yen rendre tout à fait » et autres exemples analogues.
§ 102. — L'omission du pronom (Brusewitz, p. 81, avec un ex. de Zerbin, riche couvw sien « riche comme je (le) suis ») n'est pas un fait particulier à notre langue. Elle est très usitée dans les comparaisons.