I°-3° AVANTAGES DES TOURNURES PROV
pèr tout païs ounte s'atrovo dans l'un des ex. cités plus loin sous 4°;
E de jardin qu, ounte que vague.
Lame que i intro i es perdu
« et des jardins en labyrinthe où l'on est perdu, si l'on entre « {Nerto, c. vu, p. 330), litt. « et des jardins que, où qu'il aille, l'omme qui y entre y est perdu » ;
uno longo cracinado I
Que sabiéu pas d^ounte venié
« un craquement prolongé dont l'origine m'était inexplicable » {Nerto, c. i, p. 36), litt. « un long craquement que je ne savais pas d'où il venait » (ici que seul, sans pronom ni adverbe pronominal, que le sens de la phrase ne comporte pas) ;
2° d'employer dans la proposition introduite par que non seulement un auxiliaire ou' semi-auxiliaire (types fr. « un bœuf quun scorpion a mordu, veut mordre, vient de mordre »), mais presque tout verbe joint par une préposition au verbe principal :
un biôu emé si bano
Quun escourpioun se lanço pèr lou mordre
« un bœuf cornu que menace un scorpion de sa piqûre » {Rose, c. XII, 1. civ, p. 3 10), Htt. « un bœuf avec ses cornes qu'un scorpion se lance pour le mordre » ;
3° de mettre bien en relief, dans une phrase de construction très libre, des mots particulièrement significatifs (dans l'exemple cité ici, pougne et mordre), sans préjudice de la clarté du sens (observation qui s'applique également à la catégorie 4° ci-après) :
l86 CHAP. IX : PROÏ». SUBORDONNÉES § 120, 3°, 4°
Vers lou mitan iVn biôu que vai Ion pougne Au ventre un escourpioun, un chin Ion mordre
{Rosty c. VII, 1. Lxi, p. 172). La traduction française de Mistral « vers le milieu un bœuf que sous le ventre un scorpion va piquer, qu'un chien va mordre » ne rend pas le mouvement de la phrase provençale. En prov., si on n'exprimait pas les deux ace. lou^ on aurait ou bien qiiun escoiirpioun vai pougne au ventre, quun chin vai mordre, ce qui serait plat, ou il faudrait tourner la phrase tout autrement, p. ex. quun escourpioun vai pougne au ventre, enlanto qu*un chin lou vai mordre à Fespalo « qu'un scorpion va piquer au ventre, tandis qu'un chien va le mordre à Tépaule ' », et l'effet sémantique et phonétique voulu, mettre en relief pougne et mordre, ne serait pas atteint comme dans la construction « que va le piquer au ventre un scorpion, un chien le mordre ».
4° d'exprimer dans une même proposition subordonnée, ou dans plusieurs propositions subordonnées unies ou non par « et », etc., plusieurs rapports distincts, ce qui rend possibles dans de longues périodes des effets tout particuliers soit de variété, de balancement, soit d'ampleur et de masse :
d'aquélis ome que si femo // menon pèr lou bout dou nas (Ouhr. proso, p. 50) « de ces hommes que leurs femmes mènent par le bout du nez » ;
Es uno pauro abandounado Que t ai proumés de la sauva
I. Dans les représentations traditionnelles du sacrifice de Mithra le chien ne mord pas le taureau au ventre, mais vers l'épaule. Mistral a écrit « bœuf » ; biàu signifie « bœuf » et « taureau » ; ici il s'agit exactement d'un taureau (cf. E que dôu nègre tau dins lis Areno cité plus loin' au texte sous 40).