EMPLOI DES TEMPS ET DES MODES
§ 122. — Le prétérit \ ex. cautère « je chantai » en fr. écrit, « j'ai chanté » en fr. parlé, désigne le temps marquant l'action qui a eu lieu dans le passé et qui apparaît complète, l'imparfait , ex. cantave « je chantais », indiquant une action passée dont on envisage le développement plutôt que le terme, — différence de sens commune à toutes les langues romanes qui possèdent un imparfait et un prétérit.
Le prétérit (indicatif) n'est plus usité à Menton, en vaudois et probablement aussi dans les autres parlers des vallées politiquement italiennes. On le remplace par le parfait périphrastique, comme en piémontais et dans le français parlé contemporain. Il est encore régulièrement employé dans les textes vaudois du xvi^ siècle. Il paraît menacé dans plusieurs parlers landais.
L'imparfait subjonctif, ex. cantèsse « (que) je chantasse » en fr. écrit, « (que) je chante » en fr. parlé, se rattache étroitement par sa forme au prétérit indicatif, dont il ne diffère dans la langue actuelle que par les désinences (v.' § 138), les deux temps ayant toujours le même thème, ex. prov. litt. vole « je veux ;;, vouliéu « je voulais », vouguêre
I . Expression consacrée par les grammairiens provençaux, d'Uc Faidit à Camille Chabaneau.
« je voulus », vouguèsse « (que) je voulusse ». Il est conservé par les parlers qui ont laissé perdre le prétérit indicatif.
Outre sa valeur de temps, rimpf. subj. a une valeur particulière d'aspect irréel (cf. §§ 136-138). Il peut ctrc employé dans des propositions subordonnées où le fr. a le conditionnel, ex. sabiéu pas que venguêssc (§ 137); pour les propositions hypothétiques, v. § 133.
Il peut être employé en correspondance avec un prés, ind., ex. Anibert dis que venias (prés, subj.) ou venguèssas (impf. subj.)(Mich., p. 180) « il vous dit devenir, il vous fait dire de venir, il désire que vous veniez ». V. encore § 148, et d. ce vers de Racine (Andromaque, a. i, se. iv) :
On craint qu'il n essuyât les larmes de sa mère.
§ 123. — Aux formes périphrastiques du passé, le verbe « être » est son propre auxiliaire dans la plupart de nos parlers: prov. siéu esta, h. soui estât « j'ai été » (v. §§106, 1° a et 108, note). Les autres verbes forment leurs temps périphrastiques avec « avoir », sauf certains verbes exprimant une idée plus ou moins nette ou générale de mouvement, lesquels usent de « être », ex. ana « aller » (mais le composé tresana « tressaillir » emploie Taux. « avoir »), veni et composés, arriba, parti, tourna et retourna, intra, sourti, naisse (et aq. hase-bade < vadere ) « naître », mouri, descendre, nwunta; mais « avoir » avec courre, ^camina, marcha, landa « décamper, courir précipitamment », fugi, voula, sauta, nada « nager » ; espeli « éclore » admet les deux auxiliaires ; on dit siés toumba au son « tu es tombé par terre », mais a toumba de nèu « il est tombé de la neige ». Pour plusieurs verbes l'usage d un auxiliaire ou de l'autre est assez libre, et d'une manière générale le détail, qui