I34> 135 ALTERNATIVE, ETC ; SUBJ. FUTUR
Cet usage est plus ou moins répandu dans une bande de parlers locc. et guyennais autour de l'Aquitaine : toul. tant que dure le tems (Vestrepain, p. 145) « tant que durera le temps, éternellement », Aten l'urous moumen que hïren la campano (Vestrepain, p. 2-31) « attend l'heu-reux moment où on sonnera la cloche » ; Caraman près Toulouse troubarèi, quand //W^ l'oureto « je trouverai, quand sonnera l'heure » ; Montauban ta lèu que posco « aussitôt que je pourrai ». Je crois qu'il a dû y perdre du terrain depuis le moyen âge ; dans certains parlers il peut être ou avoir été limité aux propositions introduites par « quand »; cette conjonction exige toujours le subj., quand le sens est futur, dans les mystères quercynols de la fin du xv^ siècle (p. p. A. Jeanroy et H. Teulié, Toulouse, Privât, 1893); segon que direm (fut.) en jos can tractem (prés, subj.) de las figuras (JLeys, t. m, p. 94) « comme nous (le) dirons ci-dessous quand nous traiterons des figures ». Les autres dial. emploient le futur ou le préfutur comme le français : ainsi les ex. de l'alinéa précédent seraient en prov. litt. lou que lou veira, Vaura vist, li que voudran, en ço que voudras, auran fa, tant que viéuran^ coume voudras, autant-lèu que sara niue.
§ 135. — Le subjonctif sans conjonction est employé par tous nos parlers dans des tournures comme
Fèngue lou tèms que li viôuleto Dins li pradello frescouleio Espelisson à flo, manco pas de parèu Pèr ana li cueie à l'oumbrino
{Mir., c. IV, str. i) « vienne le temps où les violettes éclosent en masse dans les fraîches prairies, et il ne manquera pas de couples pour aller les cueillir à l'ombre »,
Vèftgue Toussant, e li Baussenco De vermcialo, d amelcnco Te v.in clafi saco e bourrcnco
(Mir., c. I, str. lo) « vienne Toussaint, et les filles des Baux te (éthique) vont remplir sacs et draps d'olives rougeâtres et de grosses olives de table ».
Le subjonctif est exigé par les conjonctions concessives ou conditionnelles « bien que, quoique, pourvu que, pour peu que », par les temporelles « avant que, jusqu'à ce que », par toutes les conjonctions finales (ex. i'ai di, escri que venguèsse « je lui ai dit, écrit de venir »), par presque toutes les conjonctions et combinaisons quelconques exprimant l'indétermination (v. § 153), par « sans que » et par les tournures exclusives, énonciatives ou classificatives des types « la seule fois que, le seul qui, il n'y a que lui qui ; une des rares fautes qu'il ait commises ; le plus, le moins que ]Q puisse faire; le plus, le moins grand qui soit », ex. di bèu que lague « des (plus) beaux qu'il y ait » ; cf. Tobler, 11, p. 14-20. On a vu (§ 133) dans quels cas le subj. est admis après « si ».
L'usage vulgaire en Périgord tend à substituer le conditionnel au subjonctif après les conjonctions concessives ou
conditionnelles « bien que », etc et même à l'employer
après « si ». Dans le même pays on emploie avec le subjonctif le groupe mas que, qui du sens quantitatif-exclusif (cf. noumàs, § 157) a passé au sens temporel, ex. mas que Vaian reçaubudo, vous la mandarai « dès que nous l'aurons reçue, je vous l'enverrai » ; la filiation des sens est visible dans mas quarriehey partirai « pour peu qu'il arrive >> dès qu'il, lorsqu'il arrivera, je partirai » (Daniel, p. 35).
Vinzelles emploie l'ind. dans des phrases comme li a pas d'icliop sus le lèit que troba pas son parèi (proverbe)
§§ nSî 13^ EMPLOIS DIVERS DU SUBJ. 209
« il n'y a pas de sabot sous le lit qui ne trouve pas son pareil ' » (Dauzat, p. 559). Cf. vpr. ses colpa que no-n an, que om no-1 pot comtar cités § 159 ad finem.
§ 136. — On vient de voir une série de cas d'emploi du subj. où nos parlers sont tantôt en accord avec le français : se ié vai e que lou vegon, alternative, « quand même »
(§ I33)j vèngneXoM tèms que , propositions concessives,
etc (§ 135); tantôt en désaccord : à peu près tous pour
le subj. prohibitif et pour le subj. à valeur impérative après régimes ou compléments (§ 131), pour l'emploi de l'impf. subj. dans les propositions qui expriment une condition ou hypothèse (§ 133), quelques-uns pour les propositions subordonnées à sens futur (aq., § 134)-
Tous ces cas se ramènent à la notion générale qu'en principe le subjonctif roman, par opposition à l'indicatif, sert cl marquer une action ou un état indiqué non comme réel, mais comme pensé, supposé, ou voulu (cf. Zauner, Rom. Sprachiu., t. 11, p. 44, 45, dont la rédaction semble au premier abord, pour détruire certaines erreurs propagées par des manuels scolaires en ce qui concerne les verbes dits affectifs, mettre uniquement dans le subjonctif la nuance de pensée qui est dans l'ensemble de la phrase).
Il en est de même d'autres cas où l'emploi de l'indicatif, du conditionnel ou du subjonctif concorde le plus souvent avec l'usage français, sauf l'emploi très général de l'impf. subj. dans les types sabiéu pas que vengiiêsse et cresegiie-
rian que la grando salo escJatèsse (§ 137) et l'emploi du
futur ou du conditionnel dans certains parlers (périg. auv., V. la fin de ce §). Il s'agit de constructions avec des verbes
I. C.-à-d. un autre pouvant foire la paire avec lui; c'est une variante du proverbe français sur le mariage : « On trouve toujours chaussure à son pied. »
J. RoNjAT. — Essai de syntaxe des parlers provençaux modernes. 14
qu'on peut considérer d'une manière générale comme exprimant Virréaïiié au sens qui vient d'être défini, ou, si l'on veut, la subjectivité. Il est bien entendu que, comme la suite va le montrer, le mode à employer n'est pas déterminé en quelque sorte mécaniquement, automatiquement, par le verbe, même affectif, qui introduit la phrase (pas plus que p. ex. au § 135 par une conjonction introduisant la proposition subordonnée), mais logiquement par le sens général de celle-ci. La logique ici en question est naturellement une logique instinctive, dont les procédés subtils ne se laissent guère cataloguer par vole de rigide classification grammaticale. Je me bornerai donc à quelques indications pratiques, sans prétention aucune à une systématisation que le sujet ne me semble pas comporter. Pour abréger, je ne donnerai que les équivalents français, et seulement çà et là (en prov. litt., sauf indication contraire) une expression particulièrement intéressante de nos parlers. Ce qui suit n'est nullement une liste exhaustive, mais une sorte de revue des principaux concepts.
Que -\- subjonctif après des verbes exprimant la volonté, le consentement, le désir, toute sorte de nuances entre la prière et l'ordre, l'attente, tels que « vouloir; consentir, permettre, tolérer; désirer, souhaiter; prier, demander, exiger ; attendre » (espéra « attendre » avec le subj. ; espéra « espérer » avec le futur ou le conditionnel à peu près comme en français) ; subj. également avec les contraires de ces verbes, tels que « ne pas vouloir ; ne pas consentir, ne pas permettre, ne pas tolérer, n'être pas d'avis, défendre, interdire; ne pas espérer, craindre, redouter »; des attraits positifs ou négatifs (répulsions), tels que « aimer; détester; il + dat. conj. + plaît; il -|- dat. conj. + déplaît »; des impressions ou des sentiments, tels que ttte dbu « cela me fait de la peine », que « se plaindre, s'étonner, il est étonnant » ;