‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 90 sur 139 · VERBES AFFECTIFS; IMPF. SUBJ · texte numérisé non relu

VERBES AFFECTIFS; IMPF. SUBJ

§ 138. — L'impf. subj. a le même thème que le prêt, ind. (§ 122). Pour les désinences, il faut distinguer deux types qui dans certains parlers ne sont pas toujours employés indifféremment l'un pour l'autre. Le premier est régulier et complet dans tous les parlers; le second n*existe que dans quelques-uns, pas toujours complet, et toujours en concurrence avec le premier, qui tend à l'évincer complètement.

Le premier type continue les désinences du pqpf. subj. lat., avec les mêmes voyelles caractéristiques de conjugaison qu'au prêt, ind., ex. 3. p. sg. impf. subj. prov. litt. cantèsse, vendeguèsse, bastiguèsse, périg. chantés so, vendèsso, batisso, b. cantasse et cantêsse, benoiisse, bastisse, prêt. ind. prov. litt. cantè, vendegicè, bastiguè, périg. chanté, vende, bâti, b. canta et canté, benou, basti. Il peut être employé dans tous les cas d'emploi de l'impf. subj. indiqués jusqu'ici.

Le second type est l'ancien conditionnel-imparfait subjonctif vpr. chantera, vendera, bastira, dans la formation duquel ont joué un rôle le pqpf. ind., l'impf. et le parf. subj. latins, avec prédominance du pqpf. ind. attestée par a qu'on trouve partout au second élément des désinences dans les monuments de notre ancienne langue. Il est encore d'usage courant dans les textes vaudois jusqu'au xvi^ siècle ; Boysset l'emploie fréquemment {-era et -ara pour les verbes à inf. -ar^); il est encore fréquemment employé dans les mystères alpins, soit au sens de conditionnel, soit

I. « Dans les verbes de la première conjugaison l'ancienne langue avait pour ce temps une deuxième forme plus étymologique, mais moins usitée, en -ara; ainsi semhlara (Flamenca, 3701) pour semblera. On en rencontre quelques exemples isolés dans les textes limousins du xive siècle » (Chab., p. 377). Dans le passage en question de Flamenca^

Ben semblara morgues novels

De Chardossa o de Cistels

S'agues los draps ara vestiz (éd. P. Meyer, v. 3695-3697), rien ne me semble indiquer sûrement s'il y a un futur (oxyton) ou un conditionnel (paroxyton).

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au sens d'imparfait subjonctif. On le trouve encore au xvii" siècle en Velay, employé comme conditionnel :

Si aguessat vist Jouon d'Eiraud, Agucraî dit sons défaut Qu'ei anavo ous antipodes :

Ei pourtavo un coutelas Que, si aguès troubat Erodes, Vaguèro coupât iou nas

(Cordât, XI, p. 60) « si vous aviez vu Jean d'Eyraud, vous naurie:^ pas manqué de dire qu'il allait aux antipodes : il portait un coutelas :i\'QC lequel (cf. § 119 g, note) il aurait coupé le nez à Hérode s'il l'avait trouvé ». De nos jours ce passage de la Nobla leiçon

E dis a li sio apostol e a li autre ensegador

Que entro a la fin del segle fora tota via eu m lor '

« et dit à ses apôtres et aux autres disciples que jusqu'à la fin des siècles il serait toujours avec eux » est traduit en vaud. du Val-Saint- Martin : e a dit à si apôtre e à li àutri que venrèn après que fin à la fin di siècle z/ouro sempre aulour (éd. Montet, p. 56, 57). Dans quelques communes des environs de Nontron notre type est conservé avec le sens d'impf. subj., sauf aux i. et 3. p. sg., où le premier type subsiste seul : le village de Javerlhac emploie un paradigme mixte, ex. (je mets en italiques les formes du second type) chantè(s), chantèra{s), chantè(s), chanteran, chanterais), thantèran ; ailleurs on emploie concurremment au

1 . A rétablir ainsi (corrections miennes combinées avec celles que

propose M. de Stefano) :

E dis ai sio apostol e ai autre ensegador Que entro a la fin del segle fora totjorn au lor

(éd. de Stefano, v. 536, 337).

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