‹ Essai de syntaxe des parlers provençaux modernesChapitre 97 sur 139 · INTERR. AVEC PRON. INVERTI · texte numérisé non relu

INTERR. AVEC PRON. INVERTI

sèÇsyvàutri ? ou Ihi sè{s)-ou{s) ? « y êtes-vous ? » venon-i ? ou venon-lhour ? « viennent-ils ? » et aussi, à toutes les personnes, le pronom neutre hou (v. note au § 99, 2°), Ihi sè(/)-hou? venon-hou ? et cela même quand la phrase commence par une forme interrogative, ex. que sabon-hou? « que sait-on ? » (Mich., p. 56). De même dans la haute Marche cb <C clcô <C '^accu hoc s'emploie non seulement dans de-quei cb ? « qu'est-ce ? qu'est (-ce que c'est que) ça ? » mais p. ex. dans d'ante vènei(^s)-cb donne ? « d'où viens-tu donc? » (A. Thomas, RPL 1888, p. 143).

Les parlers vaudois et les parlers, géographiquement et linguistiquement très voisins, du Queyras emploient abondamment dans l'interrogation le pronom neutre lo dont il a été déjà question au § 49.

Au Val-Saint- Martin, parallèlement à la plôu « il pleut », la n'i' a gi(s) « il n'y en a point », la me plai de joua « il me plaît de jouer », on dit perqué i'a -lo quet mal ? « pourquoi y a-t-il ce mal? pourquoi ce mal existet-il ? » et par extension -lo est devenu comme une particule interrogative applicable à toutes les personnes, ex. dèvoulo veni ? « dois-je venir? » ven-/o-lou ? [venlglû] « vient-il? » ven-/o-li ? [venlçli] « vient-elle ? »

Le Queyras présente également un emploi abondant du pronom neutre -lo : q'i-Io que pàrlou ? « est-ce que je parle ? » ei-/o que duérmoun ? « est-ce qu'ils dorment ? » Quand « est-ce » est suivi d'un participe passé ou d'un pronom sujet (ou, grammaticalement, prédicat, cf. § 41), le pronom neutre est généralement répété : /'ei-/o fach ? « est-ce fait? » /'ei-/o iu (et /'ei-/o mi)? « est-ce moi? » /'ei-/a tu, el, nous, vous, éli ? « est-ce toi, lui-, nous, vous, eux ? » D'autre part MM. Chabrand et de Rochas (^Patois des Alpes Cotiîennes,p. 25) donnent S en deux séries paral-

I . Avec plusieurs coquilles et une graphie peu conséquente. J'ai réta-

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lèles pour les verbes « aller »> et « parler », des exemples de deux autres tournures interrogatives verbe -f- pronom sujet :

i" vas-tu? « vas-tu? » vai-Ji? « va-t-il? » anèn-ttous? « allons-nous ? » ana{s)-ivus ? et ana-uÇs) ? [^nàu] « allezvous ? » van-li ? a vont-ils ? » parks-iu ? « parles-tu ? » parlo-li? <^ parle-t-il ? » parUn-wns? « parlons-nous? » paila(j)'V0us ? et parla-u{s)? [parldij] « parlez-vous ? » pàrloutt-li? « parlent-ils? » Verbe -\- pronom sujet, le pron. de la 3. p. en forme réduite. J'ignore où est Taccent principal du groupe ; il est fort possible qu'au moins après une forme verbale monosyllabique ou oxytonique les pron. de la 3. p. et ceux des i. et 2. p. pi. soient enclitiques; en tout cas une enclise (soit ancienne, soit encore actuelle) paraît bien attestée par les formes avec pronom asyllabique [atîàUy parlàu]. Cf. vaud. silauplai, slauplai cité § 70 in fine,

2° vau-qaïu? « vais-je ? est-ce que je vais? » pàrlouqntu? « est-ce que je parle? » Les graphies employées ici et celles de Vop. laud. expriment une interprétation par verbe -|- conjonction que -f- pronom sujet. Elle n'a en soi rien d'absurde, mais une autre paraît tout aussi probable. Ce serait un fait d'analogie comparable en somme à celui

d'où sort le -/- de fr. parle-t-il , etc Notre langue a

connu et connaît encore des i. p. sg. avec -c analogique, imitées de prés, comme die < dico et de prêt, comme vwc

bli l'orthographe féhbrécnnc, mettant entre parenthèses des s qui n'ont qu'une valeur étymologique dans l'emploi qu'ont ici les mots cités. ParleA\ ? « parle-t-il ? » est évidemment une coquille pour /»t7;7o-, et de même /wr/^-qu'iou ? est-ce que je parle ? » doit s'interpréter pàrlotiqu'lu ? Cf. aux paradigmes de la p. 20, o/>. laud.^ lài'ott a je lave », lavo « il lave » ; d'ailleurs p. 25 on trouve pour « aller » les formes normales de la I. p. sg. vau et de la 3. p. sg. vai^ ce qui m'autorise à rétablir de même pour « parler » i . pàrlou et 3 . parla.

§§ 142, 143 PRON. inverti; particules 225

< *movm : vpr. estauc à côté de estau < *stao pour slo, etc.. ; chez Goudelin et encore aujourd'hui toul. m'i bauc afana « je vais m'y appHquer », à côté de faii quicoumet « je fais quelque chose » ; « je suis » 5/^r dans Carr. et chez Bellaud (devant voy.) ; suc « je suis » etfuc « je fus » dans les textes vaudois du moyen âge ; dans les mystères alpins /<7//^ « je fliis )), vmic « je vais », die et disoc « je dis », etc.. et innombrables exemples de i. p. sg., à tous les temps, en l^ik] écrit -oc ou -ouc, impf. de la 2^ conjugaison en [-yûk] écrit -ioc ou -iouc, cond. en [-a'^'î^/v] écrit -rioc ou -riouc; aujourd'hui -c à la désinence de la 3. p. sg. prêt, en Queyras, Gapençais, etc., ex. parlée « il parla », prenguèc «■ il prit » ; dans le parler d'Arvieux toutes les i. p. sg. paroxytoniques ont pour désinence -ouc \ Rien n'empêche de supposer que -c, employé à Arvieux en toute position, s'est maintenu dans le reste du Queyras uniquement en position intervocalique créée par la séquence du pronom lu, tandis qu'en toute autre position s'établissait l'usage exclusif d'une variante précédemment réservée à la position devant consonne initiale de mot suivant, d'où l'état actuel : vau « je vais », pàrlou « je parle », vauc-ïii? « vais-je ? » pàrlouc-lii ? « est-ce que je parle ?»

§ 143. — Outre auv. -hou, haute Marche -cù, vaud. queyr, -lo et autres éléments de phrase interrogative dont l'origine vient d'être examinée, on rencontre dans notre domaine linguistique les particules interrogatives suivantes :

1° Devant le verbe, en proclise, aq. e (v. § 53), Couse-

I . Texte de langue dans Salut à VOccita^iie, imité de Florian, traduit en divers idiomes et publié à Voccadon du centenaire de Vahhè Favre, Montpellier, Hamelin, 1886.

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