CHAP. XI : INTERROG. ET EXCLAM. § I
rans aussi se : se benguerats ? « viendrez-vous ? » (s.-ent. un verbe tel que « je me demande », cf. ail. ob Sie kommen werden ?) Sur Temploi de que et de se dans une alternative, V. § 144.
2" Immédiatement après le verbe, -//, portant Taccent interrogatif (marqué par les italiques des ex. suivants) en fin de phrase ou avant les éléments détachés : i'es-//? « y est-il ? » ou « y est-elle ? » parlavo-// ? « parlait-il ? » ou parlait-elle ? » lou paire i' es-//, à l'oustau ? « le (= ton, votre, § 92 ad finevi) père est-il à la maison ? » mais lou paire es-ti à Vowslau? « le père est-il à la maison ? » es-ti à YoustaUy lou patroun ?.« est-il à la maison, le patron ? »
-// est employé surtout en Provence et dans les contrées limitrophes, de préférence avec un verbe à la troisième personne, mais aussi après toute forme verbale personnelle. C'est le fr. pop. -t-il \ti\ emprunté dans tous ses emplois, ex. siéu-ti uèsci ! « je suis-t-il bête ! » (cf. M.-L., t- "> § 325, Joret, R 1877, p. 133 ss., et A. Meillet, Linguistique, p. 312, 313). Cet emprunt a donné lieu à une discussion entre Gaston Paris, pour l'emprunt (R 1877, p. 438 ss.) et Chabaneau (ibid., p. 442 ss.), proposant d'admettre la généralisation du datif éthique // fréquent dans Flamcfica, ex. v. 6088-9 E cujas // qu'en paradis Aia hom talent de manjar ? La question est bien résumée par M. Brusewitz (p. 6 ss.) : le vpr. n'emploie // qu'à la 2. p. sg., et quand -// se présente à l'époque moderne, les pron. conj. sont déjà placés devant le verbe (§ 68); il y a donc solution de continuité, l'ancien ti prov. disparaît, et le fr. pop. -// s'introduit avec un emploi beaucoup plus étendu ; d'autre part -// n'est employé au xvi*= siècle qu'à la 3. p. sg., et Ruffi (p. 39) écrit ly a-t-il ren de plus noble comme fr. a-l'il; les exemples deviennent de plus en plus fréquents au xvii'^ siècle, avec généralisation à toutes les personnes.
§§ i43> 144 particules; interr. limitée 227
Ordre des mots de la phrase et répétition comme en français : lou paire es-ti à l'oustau? « le père est-il à la maison? » Es-ti bèn verai, toun lengùgi? (Zerbin, p. 14) « est-il bien vrai, ton langage ? » .
L'introduction par « est-ce que » est plutôt rare : es que talonnas ? « est-ce que vous plaisantez ? » Elle peut se combiner avec l'emploi d'une forme interrogative (§ 140) : quant es que shn ? « combien est-ce que nous sommes ? » Queyr., avec le pron. neutre /a, ei-lo que pàrlou ? ei-lo que duérmoun ? (v. § 142),
§ 144. — Interrogation limitée; alternative. — Nous avons rencontré jusqu'ici des interrogations simples contenant la mention d'un fait possible, mais incertain pour le questionneur, et sur lequel l'interrogé doit répondre oui ou non, type fr. « est-ce que ton père est malade? » Il en est d'autres qui supposent acquis des faits déterminés sur lesquels on désire un supplément d'information, plus de précision, etc., type fr. « est-ce ion père qui est malade ? » (on sait qu'il y a un malade dans la maison, mais on ne sait pas qui c'est). Les mots en italiques portent Taccent interrogatif ; l'abaissement musical du ton sur un élément suivant le mot à accent interrogatif laisse cet élément plus haut qu'il ne le serait à la pause d'une phrase simplement énonciative ; de même « est-ce ton père (haut) ou ta mère (bas) qui est malade ? viendrez-vous demain (haut) ou après-demain (bas)? » (v. Roudet, p. 215, 216, et Brugmann, Abrégé, p. 684). Nos parlers ont le même mouvement d'intonation que le français, sauf peut-être une plus grande étendue des intervalles {ci. § 141).
Dans l'interrogation alternative le béarnais emploie les particules e (spécialement interrogative) au premier terme (intoné haut) et que au second, ex. E-h emhafs, ou que-m
228 CHAP. XI : INTERR. ET EXCLAM. §§ I44, I45
gàhi Tescoube }{Roubiy p. ii) « est-ce que vous vous en allez, ou si je prends le balai ? » Je crois cet usage assez répandu en général dans les parlcrs qui usent de e et de ÇM/ énonciatifs (§§ 50, 51, 53). Les autres parlers usent de « si » au second terme à peu près comme le français, ex. prov. vous ena;/tf5, o 5'agafe Tescoubo ?
Beaucoup d'interrogations « qui n'attendent pas de réponse » (Bally, Précis^ p. 159) sont en réalité des exclamations avec des valeurs expressives très diverses ; v. § 146. On a vu au § 133 la valeur conditionnelle de formules d'interrogation telles que perdy jogo mai ou fugidsse-ti vengti.
Réponses
§ 145. — Réponse affirmative à une question posée sous forme positive : sias malaut ? « êtes-vous malade ?» — O « oui » (= je suis malade).
Au lieu de a < hoc, on emploie souvent oi [çi]y adaptation de vfr. oïly ou oui [wi], emprunté du français moderne, avec les personnes qu'on ne tutoie pas, mais les félibres réagissent contre cet usage en raison de son origine ', et oi * oui, qui du reste n'est pas usité dans tous nos parlers, semble dans une certaine mesure en voie de disparition ^
1. Autres exemples d'emploi, avec une nuance de sens respeaueuse, de mots empruntés au français, considéré comme une langue plii> relevée : moutt pèrOy ma mèro « mon père, ma mère », les mots indigènes paire, maire étant conservés pour le père, la mère d'animaux (ou mouti paire, ma maire, mais ptro, mèro, pour « père, mère » dans un ordre monastique) ; moutt fraire, ma sorre « mon frère, ma sœur », mais/rnï), sur pour désigner un moine, une religieuse ; formules de politesse comme hon-souar « bonsoir », d'où sonar remplaçant sèr ou vèspre. Goudelin écrit déjà mèro. Sur prov. chaio « jeune fille » <^ fr. clxiUe, V. RLR 1906, p. 87.
2. « Mistral a restauré les formes provençales quand il les trouvait
§ 145 INTERR. alternative; réponses 229
Si < sic est spécialement usité dans la Provence orientale et même à Aix. Il est ailleurs d'emploi courant dans les exclamations, où il fonctionne comme phrase nominale pouvant être suivie de que -\- verbe : Si qiies poidido(Cal.^ c. X, p. 422) « ah ! oui certes, elle est jolie ! » Aco si, de chabènço, que nèro uno ! {Rose, c. 11, 1. xviii^ p. 46), litt. « Ç2i, oui ! de chance, que (c') en était une ! )>
On entend quelquefois /^^ <C ja(jfi) en pays toulousain.
En 1. lim. aq. on renforce volontiers 0 par he - hen ou pla - plo - plan ' « bien » ; en Guyenne \oppf\ paraît repré- /^ senter une accommodation ancienne [/)/) <[ kp <C kh] dans hoc hene.
Réponse négative à une question posée sous forme positive ou négative : sias malaut ? « êtes-vous malade ? » sias pas malaut ? « (n')êtes (-vous) pas malade ?» — Noun, dial. nou ^, « non » <I non (= je ne suis pas malade) ; nàni <C vfr. nennil, comme oi - oui pour la réponse affirmative.
Réponse affirmative à une question posée sous forme négative : sias pas malaut ? — Si « si » <C sic (= je suis malade).
Toutes ces formules de réponse, et spécialement celles de la première catégorie, peuvent être renforcées (et celles de la première catégorie remplacées) par segur, de-segtir
encore vivantes, et, grâce à ses efforts et à ceux de ses disciples, elles arrivent peu à peu à rentrer dans l'usage populaire » (Gaston Paris, Penseurs et poètes, p. m).
1, « Bien « s'exprime par le continuateur de planu dans la plupart des parlers locc. (à partir de Lodève), lim. et aq., mais le continuateur de hene est conservé, dans ce groupe « oui bien », par beaucoup de parlers qui autrement emploient pour « bien » le continuateur de planu. ^ N fin. rom. tombe en 1. lim. b. big. (mais reste dans les autres parlers aq.) hors certains cas de liaison étroite. Planu > plo en Gévaudan, Rouergue et Ségala, à Aurillac, en Quercy, Sarladais, Limousin, Périgord et Marche et dans les vallées pyrénéennes d'Aire et de Louron ; ailleurs /'/t? ^ plan suivant le traitement de n fin. rom.