ACTION DES SOLUTIONS HYPERTONIQUES SUR L'ÉPILEPSIE
Les observations que nous rapportons au chapitre IT sont, dans une certaine mesure, comparables à nos observations de migraineux, on peut noter une action sur le terrain épileptique (malades traités régulièrement) et une action sur le mécanisme même des crises (états de mal). Mais, en réalité, l’action sur le mécanisme intime de la crise d’épilepsie est loin d’être démontrée ; des observations que nous présentons, nous pouvons seulement conclure à une action sur le mécanisme de l’état de mal et l’on sait combien il est plus complexe que celui de la crise isolée.
Nous avons vu l'importance que l’on attache à l’œdème
cortico-méningé et à l'hypertension intra-cranienne dans la pathogenèse de l’état de mal.
Lericne rattache les états de mal jacksonniens, soit à l'hypertension, soit à l’hypotension céphalo-rachidienne et propose leur traitement, suivant les indications données par le manomètre de CLAUDE, par des injections intra-veineuses hyper ou hypotoniques.
Plus tard, LericHe et WERTHEIMER signalent plusieurs observations d’épileptiques jacksonniens à crises fréquentes très améliorés, les uns par les injections intra-veineuses d’eau distillée, les autres par des injections intra-veineuses de solutions hypertoniques, ils expliquent les résultats ainsi obtenus par les variations de pression intra-cranienne que ces thérapeutiques provoquent, ils ont toujours mesuré la pression du liquide céphalo-rachidien avant d'intervenir et ont choisi l’une ou l’autre méthode selon la pression constatée.
L. de GENNES rapporte 2 observations d’états de mal épileptique arrêtés par l’acétylcholhine, 1l estime que ces résultats apportent un argument de plus à la théorie qui fait de l’ischémie cérébrale la base du mécanisme des accès.
DesruELLes et Mlle Agnès CHrarLi rapportent 2 obsèrvavations de crises épileptiques répétées à court intervalle et arrêtées par l’injection intra-veineuse de sérum bromuré hypertonique. Ces auteurs attribuent leurs résultats à l’action du bromure, ils n'emploient les solutions hypertoniques que pour pouvoir injecter des doses massives.
Personnellement, nous rattachons les bons résultats que nous avons observés à l’action du sérum salé hypertonique sur l'hypertension intra-cranienne et sur le fait qu'il doit provoquer la résorption rapide de l’ædème cérébral qui, selon ALAJOUANINE, serait constant au cours de l’état de mal. On peut rapprocher cette manière de voir de celle de RaBiNoviren qui indique comme traitement de l’état de mal l’injection intra-veineuse de 5 à 10 centimètres cubes d’une solution de chlorure de calcium à 5 %, : « ion calcium exerce une Influence déshydratante sur le cerveau gonflé dans l’état de mal»; il cite la thérapeutique employée par Friscn : (Saignée dé 250 centimètres cubes puis injection
intra-veineuse de solution glucosée à 50 %) qui a pour but la déshydratation des tissus et qui combat le gonflement du cerveau.
Îl nous faut encore citer, dans cet ordre d'idées, les 2 observations publiées par Suzor de 2 cas d’éclampsie convulsive traités avec succès par les injections intra-veineuses de sérum glucosé hypertonique ainsi que l’opinion de L. Wiire- MIN CLOG qui traite avec de bons résultats les formes convulsives de l’encéphalite du nourrisson par l’injection intraveineuse de 20 centimètres cubes d’une solution glucosée hypertonique à 20 % et qui explique les succès qu’il obtient par la résorbtion de l’œdème cérébral due à l’élévation de la pression osmotique du sang par le sérum glucosé hypertonique.
Mais notre thérapeutique ne s’est pas montrée efficace seulement sur l’état de mal. La plupart des malades dont nous rapportons l’observation ont été traités de façon régulhière pendant plusieurs mois consécutifs par l'administration tri-hebdomadaire de solutions hypertoniques par voieintraveineuse ou intra-rectale. Comment expliquer l’action, en quelque sorte à distance, sur les crises autrement que par une modification temporaire du terrain ?
Parmi les troubles humoraux constatés chez les épileptiques, un surtout nous semble pouvoir être influencé par notre thérapeutique, c’est la toxicité du sérum d’épileptique et ses propriétés convulsivantes dans la période préparoxystique mises en évidence par Paantez. Les solutions hypertoniques agiraient, comme le pense CHEvassu, en provoquant une désintoxication par excitation des divers émonctoires. On peut aussi supposer qu'il y a des modifications des colloïdes humoraux et cellulaires dues aux variations brusques de pression osmotique provoquées par l’administration des solutions hypertoniques. Cette hypothèse ne nous paraît pas entièrement satisfaisante. Elle rend bien compte de l’action possible des injections intra-veineuses, 1l est plus difficile, nous semble-t-il, d'admettre que les instillations goutte à goutte intra-rectales aient une action comparable.
Nous avons vu les rapports qui pouvaient parfois exister
RAPPE à 7: EURE
entre épilepsie et anaphylaxie. Nous avons parlé un peu plus haut de l’antagonisme qui nous semble exister au point de vue hématologique entre les effets des solutions hypertoniques et du shock vasotrophique. Mais, en raison même de la rareté des cas d’épilepsie où l’on peut incriminer des phénomènes anaphylactiques, cette hypothèse du sérum hypertonique agissant comme anti-shock ne nous paraît pas rendre compte très exactement des faits.
Une action sur les troubles endocriniens nous paraît fort improbable et, d'autre part, nous n'avons Jamais trouvé aucune référence bibliographique où l'hypothèse d’une action endocrinienne du sérum hypertonique soit soulevée.
Nous avons vu plus haut les arguments qui nous inclinent à penser que l'injection intra-veineuse de sérum salé hypertonique retentit sur le vago-sympathique en élevant le tonus para-sympathique. Là, notre thérapeutique 1rait à l'encontre du but qu’elle se propose ; nous avons vu, en effet, que l’hypervagotonie est constatée chez beaucoup d’épileptiques, elle s’exagère dans la période pré-paroxystique et beaucoup d’auteurs estiment qu’elle joue un rôle prépondérant dans la production des accès. C’est peut-être à cette action sur le système végétatif qu'il faut attribuer les quelques cas où nous avons constaté une augmentation du nombre des crises au cours du traitement.
La théorie qui voudrait expliquer l’action thérapeutique des solutions hypertoniques par une action mécanique : l’abaissement de la pression intra-cranienne, est extrêmement séduisante, Nous avons vu que bien des auteurs pensent que les variations de pression intra-cranienne constituent le phénomène fondamental de lépilepsie.
Werragimer rapporte plusieurs observations d’épilepsie jacksonnienne ou essentielle très améliorées par des injections intra-veineuses répétées de sérum glucosé hypertonique. I explique le fait clinique observé par l’abaissement de la pression céphalo-rachidienne observé au manomètre. Cependant, la question du rôle joué par l'hypertension intra-cramienne dans la genèse des accidents épileptiques est extrêmement controversée. D'autre part, LAmMACHE a montré que l'effet hypotenseur de l'injection était de relativement courte
durée. Enfin, nous-mêmes, au cours de notre étude expérimentale, avons constaté un de nos plus beaux succès thérapeutiques chez une malade dont la pression céphalo-rachidienne n'avait pas varié sous l’action d’une injection intraveineuse de sérum hypertonique. Il nous paraît cependant difficile de rejeter cette hypothèse quia l'avantage d'expliquer l’action thérapeutique des solutions hypertoniques quelle que soit la voie d'introduction d’autant que de nombreux auteurs pensent qu'il y a une gêne dans la circulation du 1iquide céphalo-rachidien, cette gène suffisamment intense pourrait rendre indépendantes l’une de l’autre la pression lombaire et la pression ventriculaire. On expliquerait ainsi que la médication par les solutions hypertoniques peut avoir des résultats thérapeutiques très satisfaisants tout en ne faisant varier que dans des proportions insignifiantes la pression relevée par ponction lombaire.
L'hypothèse la plus intéressante à nos yeux, et probablement celle qui se rapproche ie plus de la vérité, est celle qui estime que le sérum hypertonique agit en rie le métabolisme de l’eau. Nous ne reviendrons pas sur les études qui ont trait au métabolisme de l’eau chez les épileptiques. On sait qu’un des facteurs prépondérants du mécanisme épileptogène est la rétention d’eau par les tissus, et en particulier, par le tissu nerveux. Les solutions hypertoniques peuvent-elles agir sur ce facteur ? Acnarp écrit : (Un excès de chlorure de sodium introduit dans l’organisme provoque aux dépens de la réserve liquide extra-vasculaire un afflux d’eau dans le sang, par suite, la masse du sang s’accroît, mais rapidement, la diurèse et l’extravasation du liquide surabondant rétablissent l’équilibre ».
DEsmoor a montré, en 1906, que la concentration di quide qui circule de vaisseaux modifie l’endothélium, les solutions hypotoniques le gonflent, les solutions hypertoniques le rétractent.
H. de Vrres a décrit sous le nom de plasmolyse le gonflement des colloïdes d’une cellule plongée dans un milieu hypotonique. On peut observer le phénomène inverse et la rétraction par perte d’eau d’une cellule plongée au milieu hypertonique. On peut donc conclure que les changements de
pression osmotique du milieu liquide qui baigne les cellules modifient profondément celles-ci. °
AcHarD, Logper, Paisseau, distinguent 2 sortes d’altérations cellulaires, les unes relèvent directement du trouble apporté à la concentration moléculaire du milieu, les autres dépendent de la nature de la substance dissoute dont est constitué le milieu anormal. Parmi les solutions simples, ce sont les solutions au chlorure de sodium qui semblent le mieux assurer le maintien de la structure cellulaire.
À. F. FerraRo a constaté que les injections intra-veineuses répétées et abondantes d’eau distillée entraînent une hydratation marquée du cerveau. Les plexus choroïdes prennent un aspect vacuolaire très accusé. Le tissu sous-épendymaire des ventricules est infiltré par le hquide céphalo-rachidien, la barrière épithéliaie est rompue, les espaces péri-vasculaires sont très dilatés, ainsi que ceux situés autour des neurones et ce, surtout dans les couches inférieures du cortex et dans la corne d’AmMox.
Nathalie Zanxp a constaté que l'introduction de solutions hyper ou hypotoniques dans la carotide interne produit des changements de consistance du tissu nerveux. Ces modifications s'effectuent aux dépens des fentes interstitielles, du gonflement ou du ratatinement des fibres conjonctivales et nerveuses, de la dilatation ou du rétrécissement des vaisseaux sanguins. Par contre, les espaces péri-vasculaires ne présentent pas de différences notables que l’on ait injecté des solutions hyper ou hypotoniques, ils sont un peu dilatés dans les 2 cas, cette dilatation étant un peu plus accentuée quand on a injecté des solutions hypotoniques.
Les expériences que nous avons nous-mêmes pratiquées tendent à montrer que l’injeetion intra-veineuse de sérum saié hypertonique influe de façon très nette sur la résorption de l’eau distillée injectée dans le derme. Cette influence peut être perturbée par l’ingestion massive d’eau par voie digestive.
Tous ces arguments permettent, à notre avis, de rapprocher la méthode thérapeutique que nous avons employée de celle utilisée par les auteurs américains et qui est basée sur la réduction aussi complète que possible des hquides in-
gérés et 1l nous semble que l'explication des bons résultats que nous avons obtenus peut être trouvée dans la déshydratation des tissus obtenue en administrant fréquemment au patient des doses modérées de solution hyperconcentrée.