AR
Le surlendemain, 16 mai, l’érythème qui rétrocédait déjà la veille, avait complètement disparu.
Un essai de traitement par 3 injections d’acétylarsan, bien supporté d’abord, fit réapparaître un léger érythème à la 3 piqûre, et dut être abandonné, de même que les injections de novarsénobenzol qui, dès la première, entraînèrent une légère céphalée.
Définitivement, on abandonna, chez cette malade intolérante, toute médication arsenica'e et un traitement par le bismuth fut mis en train.
Cette observation est intéressante à plusieurs points de vue ; il faut d’abord dissocier ce que est intolérance de ce qui est réaction biotropique.
Pour les réactions d’intolérance, nous serons bref ; elles ont été semblables à celles que nous avons déjà décrites, à’ part l’érythème, symptôme nouveau, mais que nous retrouverons jouant un rôle de premier plan dans deux observations relatées à la suite.
Pour les réactions biotropiques, nous rappellerons que M. Milian désigne sous le nom de Biotropisme « les stimulations microbiennes qui surviennent dans un organisme sous des influences étrangères, le plus souvent médicamenteuses », et nous savons avec quelle fréquence les composés arsenicaux donnent naissance à ces phénomènes de Biotropisme : nous ajouterons donc le K.U.D.A. à la liste des corps capables de déclencher des réactions biotropiques.
L'observation que nous venons d'exposer peut être considérée comme un exemple de ce « biotropisme indirect » (M. Milian) dans lequel un traitement antisyphilitique réveille un micro-organisme latent autre que celui contre lequel la médication était dirigée ; mais il nous a été donné d'observer au moins un cas très net de « biotropisme direct », c’est-à-dire de stimulisation, par les injections de K.U.D.A., de la syphilis, se traduisant par une réaction focale au niveau des lésions spécifiques, par une réaction d'Herxheimer, accompagnée ou non de phénomènes généraux.
Nous avons constaté, en effet, dans l'observation de Cou... Marie (observ. n° 25), au lendemain de la première injection de Icc. de K.U.D.A., une poussée congestive des éléments papuleux de la roséole ; cette réaction s’effaça d’ailleurs rapidement par la continuation du traitement.
À côté des érythèmes biotropiques, le K.U.D.A. a donné lieu à des érythèmes toxiques qui, dans les deux cas que nous allons relater, n'eurent pas la gravité de certaines érythrodermies, mais n'en furent pas moins assez longs à guérir, deman-
dant trois semaines pour s’effacer, dans le cas de Bard.… Marie (observ. n° 10).
= gÿ
Observation n° 9. — AT... Valentine, 29 ans.
Chancre syphilitique passé inaperçu, Présente, le 9 avril 1931, des syphilides papuleuses et papulo-
érosives disséminées autour de l’anus et sur les grandes lèvres,
dont l'apparition remonte à 8 jours environ, Adénopathie inguinale bilatérale indolore sans périadénite, ù
Pas d’autres signes de syphilis secondaire, si ce n'est :
B.-W. : ++++, Hecht : + +++,et un Vernes à 27.
Mise au traitement, elle supporte une série importante pendant 8 semaines de traitement — 11 gr. 02 de K.U.D:A., soit 2 gr. 40 d’arsenic.
Dès la quatrième semaine, les syphilides étaient épidermisées. On avait noté au cours du traitement un épaississement de l’épiderme corné de la face palmaire des mains, avec crevasses, sans lésions plantaires, lorsqu'après la 17° injection :
B.-W, : ——++, Hecht : ++++,.Vernes à 0, apparaît une éruption érythémateuse sur le tronc, peu marquée, accompagnée de prurit. On reconnaissait par place des médaillons à type de pytiriasis rosé, mais surtout les lésions d'hyperkératose palmaire s'accentuaient. L'épiderme épaissi atteint par place 2MÈNE. millimètres, laissant au niveau des plis naturels des doigts des fissures sous lesquelles on perçoit le derme rouge et sec.
On cesse le traitement et, après quelques jours, apparaît une desquamation en larges plaques qui se continue pendant 2? semaines.
Observation n° 10, — Bard... Marie, 20 ans.
Svphil's asymptomatique découverte par une prise de sang prophylactique le 4 février 1931.
B.-W, : + +++, Hecht : + +++, Vernes à 90.
Pas de signes cliniques de spécifité.
Mise immédiatement en traitement. On fait 1 cc. de K.U.D.A. intra-musculaire le 7 février 1931, et progressivement, 3 cc. deux fois par semaine, très bien supportés au début de la série. Le 11 février 1931, un examen des veux est normal.
Mais apparition, ? jours après la 8° injection, d’un très léger érvthème des membres inférieurs, sans prurit prémonitoire, sans signes d’intolérance ni d'intoxication. La %° injection de 3 ce., le 7 mars 1931 (on avait injecté 5 gr. 520 de K.U.D.A., soit 1 gr. 20 d'arsenic) déclenche un érythème presaue généralisé, prédominant aux faces d'extension des membres où il prend un caractère péripilaire ; sur Ja poitrine et l'abdomen, l’érythème est plus discret, livedoïde et roséoliforme. Chaud à la palpation, il donne à la malade une sensation de cuisson, de douleur, mais pas de prurit. On ne relève pas d’autres siones d'intoxication.
Cet érythème va en s'accentuant de jour en jour ; sur les parties nouvellement atteintes, les faces de flexion des membres, c'est une simple rougeur. Le cou présente, par contre, un érythème diffus 'égèrement desquamatif. Un léger énanthème accompagne cet érythème, qui tend à Se généraiiser. Enfin, une desquamation en squames fines furfuracées apparaît au niveau des parties atteintes les premières.
Le 16 mars 1931, on fait, à la face externe de la cuisse, une intra-épidermo réaction au K.U.D.A., qui se cerne dès le lendemain d’une auréole érythémateuse, non infiltrée, qui persiste 3 ou 4 jours.
Un nouvel examen du fond d'œil, le 23 mars, montre une papille très légèrement décolorée, lésion qui ne se traduit par aucun signe subjectif,
Très lentement, sous l'influence de l’auto-hémothérapie et du traitement local,, cet érythème, presque généralisé, rentrait dans l’ordre dans les derniers jours de mars, lorsqu'en quelques jours, du 8 au 10 avril, apparut une éruption difficilement diagnostiquable au début, mais dont les caractères allèrent en se précisant,. s
Enfin, le 13 avril 1931, on constatait, sur les bras, des éléments arrondis, à bords peu nets, à centre rosé, un peu vif, non squameux, présentant un certain degré de dermographisme, rappelant plutôt des éléments d'urticaire que ceux d’une roséole. Sur les avant-bras, il existe des placards parakératosiques, éléments squameux de couleur rose vif donnant au grattage du purpura primitif et pas de pellicule dernière. Le dos est parsemé d'éléments érythémateux diffus, non squameux et d’un semis de petites lésions péripilaires.
Sur le visage, dans les régions séborrhéiques, placards rosés légèrement squameux, réalisant un aspect de syphilides.
Dans les jours qui suivirent, l’éruption syphilitique devint de plus en plus manifeste.
Le B.-W. est toujours positif, mais le Vernes, qui était à 0, remonte de 15 à 47, et à 75.
Le traitement bismuthique fait rétrocéder rapidement les accidents et a bientôt raison de cette poussée de l’infection syphilitique.
Tels sont les cas d’intolérance que nous avons pu retrouver parmi les 60 malades que nous avons traités par le K.U.D.A. Pour la plus grande partie, se sont de petites intolérances, mais qui, presque toutes, présentèrent, lorsque les signes d’intoxication étaient frustes, un des deux symptômes d'alarme diarrhée ou céphalée.
Nous voudrions souligner, en terminant ce chapitre d’intolérance, que, sur 10 malades intolérantes, si nous avons retrouvé « 4 intolérances vraies spécifiques » (puisque les malades supportaient bien la contre-épreuve à l'acétylarsan ou au novarsénobenzol), nous avons présenté les observations de 3 syphilitiques qui, outre le K.U.D.A.. ne supportèrent pas les autres médications arsenicales (Cf. observ. n°” 6, 7 et 8), et enfin, pour 3 autres cas, nous n'avons pas fait de contreépreuve.
Nous ne pouvons pas dire si, dans ces 3 derniers cas, l’intolérance ne s'étendait pas à d’autres dérivés arsenicaux, mais seules les observations n* |, 3, 4 et 5 correspondent à des intolérances contrôlées vraiment spécifiques au K.U.D.A.
Éhoe