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I. DÉCREUSAGE DES SOIES

1. — On sait que la soie écrue du mûrier est recouverte d'un enduit ou vernis naturel constituant le grès, tantôt parfaitement blanc, ou légèrement teinté, tantôt d'un jaune plus ou moins foncé ; que ce grès peut être enlevé par un grand nombre d'agents, notamment par le savon, qui est employé lors de l'opération dite de décreusage ou de cuite; enfin que la soie, une fois décreusée, devient blanche, quelle qu'ait pu être sa coloration antérieure, et qu'elle a acquis de ce fait des propriétés de lustre et de brillant toutes nouvelles.

L'opération du décreusage s'effectue journellement dans les ateliers de teinture, mais il y a utilité à la pratiquer aussi d'une façon préliminaire, à titre d'essai, afin de permettre au fabricant d'établir le rendement d'une marchandise donnée et, par suite, sa valeur réelle. Ce genre d'épreuve n'aurait aucune raison d'être si la proportion du grès était la même pour toutes les

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soies du mûrier, ou si, encore, elle était invariable pour les soies d'une même provenance. Malheureusement, il faut compter avec les surprises que peuvent occasionner les échanges d'un pays à l'autre des races de vers mises en éducation et surtout avec les pratiques industrielles suivies dans certains ateliers de filature ou de moulinage.

11 arrive, en effet, que les soies, au lieu d'éprouver par la cuite au savon une réduction pouvant varier de 17 à 25 % au plus, selon leur pays d'origine, perdent souvent jusqu'à 3o et parfois 4o °/0, par suite de la charge étrangère qu'elles ont reçue, lors de l'ouvraison.

Parmi les matières ainsi ajoutées, il convient de signaler d'abord l'eau de chrysalides, qui ne charge d'ailleurs que faiblement ; puis la gélatine et la colle de poisson, qui ont l'avantage d'agglutiner le duvet des mauvaises soies et de leur donner une apparence unie, en même temps qu'une bonne consistance ; les huiles grasses, le savon ; enfin des substances salines. Sous le nom de cristal, on a vendu à une certaine époque aux mouliniers un mélange de nitrate et de chlorure de sodium que quelques-uns ont employé à haute dose. Il paraît que plus récemment le tungstate de soude a aussi été en faveur.

Ces indications justifient ce qui a été dit quant à l'utilité de l'épreuve du décreusage.

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Nous n'examinerons pas ici les méthodes en usage dans les ateliers de teinture, mais celle que nous considérons comme la plus convenable à suivre pour un dosage dans un bureau officiel de conditionnement. Elle est basée sur le principe suivant :

On pèse Un échantillon de soie à l'état de siccité absolue; on le décreuse, puis on détermine à nouveau son poids après dessiccation. De la comparaison de ces deux données, on déduit la perte centésimale, indépendante, ce qui est essentiel, de toute humidité.

Si l'on appelle A, le poids absolu de l'échantillon écru et a, le poids absolu du même échantillon décreusé, la perle centésimale sera fournie par le rapport :

A — a oo '

d'où

2. — Pratique de l'opération. — De chaque balle de soie à essayer, on prend une centaine de gràmrries au moins, et, autant que possible, en faisant le prélèvement sur des matteaux différents. Ces échantillons sont soumis à la dessiccation dans des étuves chauffées à i îo-i i5° environ, et on en relève exactement le poids absolu. On passe ensuite à chacun un ruban ou chevil-

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lière portant, brodé en fil de coton rouge turc, un numéro d'ordre qui permettra de les reconnaître ultérieurement. Tous ces échantillons sont alors réunis pour être décreusés.

L'atelier doit être installé à la façon d'une buanderie, avec un sol bitumé sur lequel on aura ménagé les pentes voulues pour l'écoulement des eaux.

Dans une paillasse surmontée d'une hotte susceptible de déterminer une bonne ventilation et d'entraîner les vapeurs, sont installées plusieurs chaudières ou bassines en cuivre, de capacités différentes ; par exemple, respectivement de 20, 4o et 100 litres, afin que l'on puisse choisir celle qui se trouve le mieux en rapport avec le nombre des échantillons à traiter. Selon les moyens dont on dispose, elles seront établies pour être chauffées, soit au gaz, soit à la vapeur, et, dans ce cas, par l'intermédiaire d'un double Tond.

L'atelier doit contenir tous les accessoires nécessaires aux opérations, notamment une cheville solidement fixée dans le mur et permettant de tordre et dresser les écheveaux, une petite balance pour peser le savon, etc.

Le décreusage s'effectue en deux bains de savon bouillant, d'une demi-heure chacun.

3. Correction de l'eau. — A la Condition de Paris, qui est alimentée par la Dhuys, on corn-

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rnence par introduire dans l'une des chaudières la quantité d'eau voulue, puis on y ajoute à froid, d'une solution de soude caustique de concentration déterminée, un volume un peu inférieur à celui qui serait nécessaire pour corriger l'eau exactement. Ce réactif sature l'acide carbonique libre du liquide et ramène à l'état de carbonates neutres les bicarbonates de chaux et de magnésie; mais, au moment de sa formation, le carbonate de soude décompose les sulfates et chlorures à bases terreuses et provoque de ce chef la précipitation de nouvelles portions de chaux et de magnésie. Le liquide prend donc un aspect trouble, laiteux et, lorsque l'on vient à chauffer le bain, il se produit à la surface, vers 700, une écume légère plus ou moins épaisse et consistante, qu'il est facile d'enlever avec une raquette en toile grossière ou en mousseline, avant que l'eau ne soit entrée en ébullition. Passé ce moment, le précipité changerait d'état, deviendrait grenu et pulvérulent et ne se maintiendrait plus à la surface du bain, mais resterait en suspension dans le liquide. Dès lors, on ne pourrait plus l'enlever à la raquette.

Pour achever la correction de l'eau, on y ajoute une très petite quantité de savon. Cette fois, l'ébullition est très favorable pour provoquer le rassemblement du précipité à l'état d'écume. On l'entretient donc pendant quelques instants, en

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enlevant les pellicules qui se forment successivement à la surface du bain. Ainsi purifiée, l'eau est parfaitement propre au décreusage.

On emploiera de préférence, pour la cuite, du savon blanc de Marseille de première qualité, qu'on aura laissé sécher à l'air, afin de pouvoir le peser dans des conditions toujours à peu près identiques et qu'on réduira en copeaux minces à l'aide d'un rabot. Sous cette forme, il se dissout très rapidement.

4. Proportion de savon à employer. — Le règlement de la plupart des bureaux de conditionnement prescrit d'en ajouter au bain 25 °/0 du poids de la soie. Suivie au pied de la lettre, celle indication est très mauvaise, attendu que la quantité d'eau dont on se sert pour effectuer l'opération n'est pas elle-même proportionnelle au poids de la soie traitée. Par exemple, tandis que pour décreuser un seul échantillon de îoo grammes de soie, on emploie environ 4 litres d'eau, pour i échantillons, soit 200 grammes, on se contentera de 6 litres, et, à mesure qu'augmentera le nombre des lots, on réduira peu à peu le volume d'eau à ajouter, jusqu'à une certaine limite qu'on peut fixer à 1 litre */2 environ. Si donc l'on prenait 25 grammes de savon pour chacun, on arriverait, en supposant, qu'il y en ait beaucoup, à monter des bains d'une concentration excessive, pouvant contenir jusqu'à

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