‹ Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées ou symptomatiques de l'articulation ilio-fémorale [electronic resource]Chapitre 7 sur 57 · MOUVEMENS · texte numérisé non relu

MOUVEMENS

Les mouvemens de l'articulation ilio-fémorale , les mêmes en général que ceux de l'épaule, sont cependant moins étendus, ce qui s'explique naturellement par la disposition respective des surfaces articulaires , ainsi que par la force et la résistance plus considérables des ligamens qui les maintiennent. En effet, on voit à l'épaule la tête de l'humérus roulant en tout sens sur une surface presque plane , maintenue en contact avec cette même surface par une capsule peu serrée qui se prête à tous ces mouvemens. A la hanche, au contraire, un ligament capsulaire épais, dense et très-serré, et un ligament inter-articulaire aussi fort que peu extensible retiennent la tête du fémur dans la cavité cotyloïde dont la profondeur naturelle , déjà si considérable, est encore augmentée par le bourrelet fibreux qui nait de sa circonférence. Toutefois, cette différence de disposition si tranchée entre deux jointures qu'on peut rapprocher sous d'autres rapports n'a rien qui doive étonner. On conçoit que la solidité devait être la condition essentielle d'une arli-

culation placée entre le poids du tronc et les extrémités qui le supportent; tandis qu'à l'épaule, il fallait que les mouvemens destinés à établir des rapports entre nous et les corps extérieurs fussent, avant tout, variés et étendus.

L'état le plus complet d'inaction de l'articulation ilio-fémorale est celui où le corps repose sur un plan horizontal, se laissant aller sans aucune résistance à son propre poids. Alors, la disposition réciproque des parties osseuses et les ligamens qui les unissent, suffisent , et au-delà , pour en assurer le rapport; aucune contraction des muscles que nous venons de décrire n'est nécessaire ; tous sont dans un relâchement absolu (1). Au contraire , dans la station immobile , dans le cas surtout où le corps cherche avec effort à conserver le centre de gravité, par exemple , quand il est chargé d'un fardeau, ils sont tous dans un état de contraction réelle quoiqu'il n'en résulte aucun mouvement visible de l'articulation. Les extenseurs et les fléchisseurs, les adducteurs et les abducteurs des deux extrémités se contractent tous en même temps avec

(l) A la rigueur , la justesse de cette assertion pourrait bien être contestée, puisque, physiologiquement parlant, les muscles sont dans un état de contraction permanente qui tend à rapprocher leurs points d'insertion. Mais ici, l'expression de relâchement absolu est employée d'une manière relative , et comparativement à l'état d'action véritable et sensible des faisceaux musculaires.

«ne force qui balance dans chacun d'eux celle cle son antagoniste. Prenant leur point d'appui d'une part sur le bassin qui est fixé, de l'autre sur l'extrémité qui repose sur le sol , tout l'effort va aboutir à l'articulation dont les surfaces sont pressées l'une contre l'autre et restent immobiles, puisqu'il y a équilibre dans les forces qui agissent.

Pour étudier ces phénomènes avec ordre et sans confusion , en procédant du simple au composé , supposons que le corps étant debout, l'une des deux extrémités soit détachée du sol sur lequel elle prenait son point d'appui , et par conséquent livrée aux puissances qui vont la faire mouvoir. Dans cet état , elle pourra être portée directement en avant , en arrière , en dedans , en dehors et dans une infinité de directions obliques ou intermédiaires : elle pourra aussi tourner sur son axe en dehors ou bien en dedans. Tous ces mouvemens qui seront plus ou moins restreints , plus ou moins étendus , en raison de l'intensité d'action des forces motrices, ont été désignés sous le nom de mouvemens àe flexion, d'extension, d'abduction, d'adduction , de circumduction ou en fronde, et de rotation. Nous allons les examiner successivement.

Dans Inflexion , l'extrémité inférieure du fémur est portée en avant : sa tête se meut dans la cavité cotvloïde selon l'axe du col qui la supporte , se

conserve toujours dans les mêmes rapports aveccette cavité dans laquelle elle glisse d'arrière en avant, ou si l'on veut de dehors en dedans, et ne produisant qu'une légère torsion du ligament rond tant que le mouvement ne va pas trop loin. Est-il au contraire très-prononcé, la capsule est fortement tendue en arrière et en bas , parce que la partie la plus volumineuse et la plus saillante de la tête du fémur est venue se placer dans la partie la moins profonde de la cavité cotyloïde, et que, conséquemment, elle ne peut plus y être reçue en entier. Les agens de ce mouvement sont le droit antérieur, les psoas et iliaque , le pectiné , les moyen et petit adducteurs, et les moyen et petit fessiers. Le premier de ces muscles est le seul qui agisse dans une direction tout-à-fait droite. Les psoas et iliaque, ainsi que le pectiné , fléchiraient la cuisse en dedans , sans la résistance que leur opposent les fessiers qui tendent à la porter en avant et en dehors. Pendant la flexion seule , le déplacement du fémur semble impossible, parce que ce mouvement, porté aussi loin qu'il peut aller, est borné par la rencontre de la partie antérieure de la cuisse contre le tronc.

V extension est le mouvement opposé au précédent; mais d'une part la résistance du ligament capsulaire très-fort à sa partie antérieure , de l'autre

l'inclinaison de la tête du fémur en devant le rendent bien plus borné que la flexion. Les agens de l'extension sont le grand fessier dont l'action est un peu oblique en dehors et les biceps, demi-tendineux et demi-membraneux, qui en ont une à peu près directe. Au moment où ces muscles entrent en contraction, la tête du fémur est appliquée contre la cavité cotyloïde , puis elle roule sur son axe d'avant en arrière, et, si le mouvement est porté loin , elle distend avec force le ligament rond et vient faire saillie à la partie antérieure de la capsule articulaire. Dans cet état de choses, le déplacement peut survenir et la tête de l'os se luxer en dedans et en haut.

Dans l'abduction, la cuisse se porte en dehors et s'écarte de celle du côté opposé. Les petit et moyen fessiers, le grand fessier lui-même selon celles de ses fibres qu'il met en jeu , le tenseur de l'aponévrose crurale, les pyramidal, obturateur interne et jumeaux, quand ils cessent de pouvoir être rotateurs , sont les agens nombreux de ce mouvement pendant lequel la tête du fémur, d'abord appliquée avec force contre le fond de la cavité cotyloïde, qui lui sert de point d'appui, glisse de dehors en dedans dans cette cavité et tend à s'en échapper vers sa partie interne, opérant, au même instant, une forte distension de la capsule articulaire vers

ce point déjà plus faible que les autres, et un tiraillement très-marqué du faisceau supérieur du ligament rond. Dans ces circonstances, il est possible qu'il s'effectue un déplacement de l'os en bas et en dedans, surtout si l'abduction ayant été portée fort loin , le col du fémur est venu arcbouter contre le bord supérieur de la cavité cotyloïde , représentant alors un lévier du premier genre, d'une puissance très-grande, à cause de la longueur plus considérable de celui de ses bras sur lequel la force est appliquée.

L'adduction est le mouvement opposé au précédent. Pendant qu'il s'opère, la tête du fémur appliquée d'abord contre la voûte de la cavité cotyloïde. glisse de dedans en dehors et de bas en haut , et vient distendre la partie supérieure et externe de la capsule articulaire. L'adduction produite par les adducteurs, le pectiné, le droit interne et le couturier, serait très-bornée si elle n'avait lieu que directement, puisque le membre du côté opposé l'aurait bientôt arrêtée; mais elle continue en avant ou en arrière de ce membre , en le croisant, par la contraction de muscles qui perdent d'autant plus de leur force d'action que la cuisse en mouvement dépasse davantage l'axe du corps ou la ligne médiane. Si l'adduction est poussée trop loin , la tête du fémur se fait jour à travers la partie

supérieure et externe de la capsule articulaire, le ligament in ter-articulaire se rompt et il s'effectue un déplacement du fémur en haut et en dehors sur la face externe de l'os iliaque.

% Entre ces quatre mouvemens principaux, il en existe une infinité d'autres dans des directions intermédiaires. Ainsi, par une action combinée des muscles fléchisseurs et adducteurs, la cuisse peut être fléchie et en même temps portée en dedans; parla contraction de leurs antagonistes, elle peut être dirigée en arrière et en dehors. On se rend parfaitement compte de tous ces mouvemens mixtes qui sont susceptibles de modifications aussi nombreuses que celles de l'action musculaire.

La Circumductioiij appelée aussi mou vement circulaire ou en fronde , résulte de la succession de tous les précédens. Elle procède de dehors en dedans, ou de dedans en dehors et, pour qu'elle puisse être effectuée , il y a nécessairement contraction successive de tous les muscles qui font mouvoir le fémur sur l'os iliaque. Le lévier de la circumduction n'est point l'axe du corps du fémur qui, vu le prolongement de son col, se trouve très-éloigné du centre de ces cléplacemens mais bien une ligne dirigée obliquement de l'articulation coxo-fémorale au milieu de l'intervalle des condyles fémoraux. On peut donc dire avec un

de nos anatomistes modernes que , dans la circumduclion , le fémur décrit des cônes dont la base est à son extrémité tibiale et le sommet dans l'articulation coxale. Ces mouvemens sont d'ailleurs bien loin d'être aussi étendus que ceux de l'épaule. Le» mode de réunion des surfaces articulaires , le défaut de parallélisme entre l'axe du col du fémur et celui de son corps , la résistance plus grande des ligamens articulaires, suffisent pour rendre raison de cette différence.

Les mouvemens de rotation sont ceux dans lesquels la cuisse tourne sur son axe, qu'elle eonserve ou non une situation parallèle à celui du corps. Ils peuvent avoir lieu en deux sens opposés ,. en dehors et en dedans. Pendant la rotation en dehors , la tête du fémur roule d'arrière en avant dans la cavité cotyloïde dans laquelle elle s'enfonce profondément; le grand trochanter décrit un arc de cercle d'avant en arrière ; la face antérieure de la cuisse , le genou et la pointe du pied se tournent en dehors. Ce mouvement borné par la résistance qu'oppose la partie antérieure de la capsule est le plus ordinaire à l'homme, et peut être porté très-loin chez les individus qui s'y sont exercés dès leur jeunesse. La rotation en dedaus présente des phénomènes inverses ; elle est moins étendue et d'un usage moins habituel. Les mouvemens de rota-

tion étudiés comparativement à l'épaule et à la hanche sont beaucoup plus prononcés à cette dernière jointure. La longueur du col du fémur, dont l'axe devient le lévier de la rotation, doit en effet donner des résultats bien plus marqués que ceux que l'on observe à l'articulation scapulo-humérale, où l'axe du col de l'humérus est tellement court qu'il se confond presqu'avec celui du corps de l'os.

Les rotateurs de la cuisse en dedans sont le tenseur de l'aponévrose crurale, le demi tendineux et les fessiers, mais seulement par la contraction de leurs fibres les plus antérieures. Ils ont pour antagonistes les rotateurs en dehors qui sont très-nombreux et très-énergiques. Ce sont les fessiers par leurs fibres moyennes et postérieures, le couturier, le grêle interne ou droit interne crural , les adducteurs, le pectiné, les psoas et iliaque, et surtout les muscles de la région pelvi- trochantérienne , savoir : les jumeanx et obturateurs interne et externe, le pyramidal et le carré crural.

La disposition des muscles de ce dernier groupe relativement à l'articulation ilio-fémorale , la direction de leurs fibres perpendiculaires au lévier qu'ils mettent en jeu , leur isolement en plusieurs faisceaux distincts qu'un seul faisceau paraîtrait pouvoir remplacer, puisqu'en apparence, tous concourent à un seul et même but, tout semble fait ici

pour provoquer l' attention de l'observateur habitué à ne voir dans notre organisme, chef-d'œuvre inimitable de perfection, rien d'incomplet ni de superflu. Les fonctions de ces muscles ne doivent pas se borner à la simple rotation en dehors et à l'abduction , quoique placés de la manière la plus avantageuse surtout pour le premier de ces mouvemens. Appliqués immédiatement par leurs faisceaux rubanés sur la capsule articulaire , fixés par leurs tendons à la cavité trochantérienne , ils sont à n'en pas douter, de puissans auxiliaires, pour ne pas dire plus, du ligament inter-arliculaire et de la capsule de l'articulation , toujours prêts à retenir la tête du fémur dans sa cavité ou à l'y repousser lorsqu'elle s'écarte de l'axe des mouvemens de manière à faire redouter qu'elle ne se déplace. Une étude approfondie des lésions auxquelles ils sont exposés nous donnerait peut-être l'explication d'une infinité de phénomènes morbides de l'articulation dontla cause est, jusqu'à ce jour, inconnue ou faussement interprétée. Userait curieux, par exemple, de pouvoir les étudier sur ces individns, dont le nombre n'est pas rare, qui jouissent de la singulière faculté de se luxer la cuisse dans tous les sens et de la réduire par le seul effet de l'action musculaire qu'ils mettent en jeu à volonté (1). Je sou-

(1) L'abbé de Saint-Benoit . qui résidait à Montpellier quand M. Portai,

mets ces idées aux méditations et aux recherches de physiologistes plus habiles que moi et placés dans des circonstances plus favorables pour recueillir des faits propres à éclaircir ce point de doctrine.

Après avoir étudié , dans un ordre analytique , l'action des muscles qui du bassin s'étendent à l'extrémité inférieure, en supposant à ces mêmes muscles leur point fixe sur le premier et leur point mobile sur l'autre , nous observerons, en deux mots et pour tous , qu'ils se trouvent non moins souvent dans des conditions opposées et qu'alors, -l'extrémité étant fixée sur le sol et le bassin se trou-

le patriarche des médecins de notre époque y étudiait en médecine , se déplaçait à volonté le fémur de la cavité colyloïde et l'y rentrait. Cours d'analomie médicale. T. I , p. 471.

Un chirurgien des environs de Troyes (Aube), jouit, depuis son enfance, de la faculté de se luxer à volonté la cuisse en haut et en dehors. Il la réduit avec la même facilité sans y appliquer la main , et la rentrée de l'os dans sa ravité est accompagnée d'une manière bien distincte du bruit que tous les chirurgiens connaissent. Celte laxité des ligamens de l'articulation ne nuit en rien à sa solidité et le même individu peut soutenir , sans se fatiguer, une marche et même une course de longue haleine.

Les archives de la police correctionnelle de Troyes (Aube), renferment un rapport de médecine légale , en date du 15 juillet 1818 , signé Pigeolle et Jacquier, médecin et chirurgien jurés près les tribunaux de cette ville, où l'on trouve un exemple de cette disposition anormale bon à citer à cause des circonstances qui l'accompagnent. L'individu qui en était affecté avait voulu l'exploiter à son profit, et à la suite d'une rixe dans laquelle il avait essuyé plusieurs contusions , il avait formé plainte par devant le commissaire de police. Les médecins ci-dessus désignés s'étant transportés dès le lendemain chez lui, le trouvèrent gisant dans son lit où il se plaignait , entr' autres choses , d'une douleur excessive l'articulation de la hanche

vaut mobile, ils exercent sur lui une action inverse de la première. Il serait tout-à-fait étranger à notre sujet de nous occuper ici de la théorie de la station mobile et immobile, du saut, etc. et de développer le mécanisme de tous ces grands phénomènes de locomotion des extrémités inférieures. Il ne nous reste plus qu'à faire l'application de ce que nous savons aux luxations du fémur, de rechercher quel rôle y jouent les muscles que nous connaissons maintenant, et quels changemens de manière d'être eux-mêmes peuvent en éprouver.

Le fémur est susceptible de se luxer dans quatre

gauche , avec impossibilité absolue de marcher. Ces messieurs trouvèrent , en le visitant , une égratignure et une contusion légères à la région trochantérienne largement barbouillées de sang , puis une luxation du fémur en haut et en dehors , avec un raccourcissement d'une pouce et demi et autres signes caractéristiques ! Il leur était difficile de concilier un accident aussi grave avec les détails qu'ils avaient recueillis sur la rixe dans laquelle l'adversaire de cet homme ne paraissait pas s'être porté à des voies de fait bien violentes , et après laquelle le plaignant était retourné chez lui , à une grande distance du lieu de la scène , à pied et avec l'aide d'un seul bâton. Cependant la luxation était constante ; le malade , qui jeltait les hauts cris à la moindre tentative d'extension , disait qu'après avoir été foulé aux pieds, il n'était arrivé jusque chez lui qu'avec une peine extrême et en se soutenant sur son bàlon dont il s'était servi comme d'une béquille. Grand était l'embarras des experts pour porter leur jugement et prononcer sur un cas semblable , et je ne sais comment ils s'en seraient tirés , si ce drôle , les voyant en souci , et croyant embellir son affaire, ne se fut avisé mal adroitement de faire rentrer son fémur, avec un doc des plus distincts , puis de le luxer de nouveau. C'était plus qu'il n'en fallait pour tirer les deux médecins d'embarras. Leur rapport ne fût pas difficile à faire.

sens diiïérens et principaux ; (1) en haut et en dehors, en bas et en dedans, en haut et en dedans, en bas et en dehors. Les deux premières luxations se vojent le plus souvent ; la troisième est beaucoup plus rare; la quatrième l'est encore davantage.

Nous avons vu, page 3i, que la luxation en haut et en dehors avait lieu dans un mouvement d'adduction forcée , produite par un choc violent appliqué en dehors du membre, ou par uue chute sur le genou survenue dans certaines circonstances, par exemple, chez un individu qui serait tombé de très-haut, ou simplement de sa hauteur étant chargé d'un fardeau considérable. Sous l'influence d'une cause de cette nature, le membre est porté en dedans, soit au devant soit en arrière de celui du côté opposé ; la tête du fémur distend outre mesure la capsule articulaire- vers sa partie supérieure et externe , en occasionne la rupture ainsi que celle du ligament inter-articulaire et , franchissant le rebord cotyloïdien , va se loger dans la fosse iliaque externe, en subissant un mouvement de rotation en dedans qui porte en avant le grand trochanter. Le choc qui a occasionné le déplacement de l'os

(i) B. Bell admit une luxation directement en bas, ou sur la tubérosité de l'ischion, et il y a très-peu d'années que M. Olivier a publié un exemple de ce genre. M. Manec a trouvé , sur un cadavre , la tète du fémur hors de la cavité cotyloïde et arrêtée sur son rebord à tel point que ce dernier s'y était creusé une large rainure.

lui a bien donné la direction qu'il a prise , mais une fois qu'il a franchi le rebord cotyloïdien, et que le ligament inter-articulaire a été déchiré , il a cédé à une puissance non moins influente , à l'action des muscles fessiers qui se contractent avec une force proportionnée au nombre et au peu de longueur de leurs fibres. La tête du fémur est placée plus ou moins haut dans la fosse iliaque externe, arrêtée, disent tous les pathologistes , par le petit fessier qui l'enveloppe et semble la coiffer ; son déplacement doit aussi être borné par l'intégrité d'une portion toujours considérable de la capsule articulaire : néanmoins le raccourcissement est dans quelques cas si considérable qu'on doit penser que le fémur, au lieu d'occuper la position qu'on lui suppose f passe au devant du bord antérieur du petit fessier et remonte jusque sous le moyen. Ces deux muscles et le grand du même nom sont relâchés : il en est de même des psoas et iliaques et de toutes les masses charnues qui allant du bassin au fémur dans une direction oblique ou parallèle à peu près à ce dernier os éprouvent , par la disposition nouvelle des parties , un rapprochement de leurs points d'in sertion. Au contraire, les jumeaux, le pyramidal, le carré crural et les obturateurs dont la direction est presque transversale sont dans un état d'alongement forcé. Lorsque les efforts d'extension corn-

mencent, tous les muscles dont les libres étaient relâchées réagissent et la tête de l'os, pressée contre le rebord supérieur de la cavité cotyloïde, éprouve beaucoup de peine à la franchir, ce qui s'oppose à la réduction. On conçoit comment, dans cette position, on a vu souvent être couronnée du succès le plus prompt et le plus facile une manœuvre qui avait pour but de maintenir, autant que possible , l'état de relâchement des muscles, tout en essayant de ramener l'os dans sa cavité. C'est ainsi qu'à ma connaissance , deux luxations de la cuisse en haut et en dehors ont été réduites facilement par un chirurgien qui , se servant du fémur luxé comme d'un lévier, en appliquait l'extrémité inférieure sur son épaule droite pendant que le malade était maintenu solidement sur un plan horizontal, puis croisant les mains sur le milieu de la face antérieure de la cuisse qu'il portait dans la flexion autant que le déplacement le permettait , pressait avec force sur le fémur dont il tendait à déprimer l'extrémité luxée. Quelque soit le procédé qu'on ait employé pour obtenir la réduction, une fois que la tête de l'os est revenue sur le bord cotyloïdien, les muscles font le reste et la replacent dans la cavité presque toujours avec un bruit très-facile à entendre , à moins que leur contraction ne soit affaiblie.

Dans la luxation en bas et en dedans, la tête du

fémur sortie hors de la cavité cotyloïde à la suite d'une abduction violente, (voyez page 3o ,) qui lui a fait surmonter la résistance du ligament capsulaire vers sa partie interne , est venue se placer au devant du trou sous-pubien , derrière l'obturateur externe qu'elle soulève. Le ligament inter-articulaire est tiraillé , mais il est rare qu'il soit brisé , tandis qu'il l'est presque toujours dans les autres luxations; je dis presque toujours, parce qu'on l'a vu intact à la suite de luxations en haut et en dehors, tandis qu'on l'a trouvé rompu dans la luxation en bas et en dedans, d'où il résulte que le sort de ce ligament dépend autant des circonstances étrangères à la luxation , que de celles qui lui sont propres. Les muscles environnant l'articulation sont alongés et tendus, la tête de l'os étant située plus bas que la cavité cotjloïde, ils la fixent dans sa position nouvelle , quoique n'ayant concouru en rien au déplacement qui a été le résultat de la violence venue du dehors. Quant aux grands muscles qui vont du bassin au corps du fémur, ils sont daus un relâchement très-marqué. Lorsque par les tentatives faites pour réduire , la tête a été ramenée vers le rebord cotyloïdien beaucoup moins saillant en cet endroit qu'en haut et en dehors, la contraction musculaire agit encore ici pour la replacer avec autant d'énergie que dans la luxation précédente et dans des circonstances plus favorables.

La luxation en haut et en dedans se rencontre rarement et, pour qu'elle puisse avoir lieu , il faut admettre une force quelconque qui a porté avec violence la cuisse en arrière et en même temps le sommet du bassin en avant. Par suite de ce mouvement la capsule est rompue en haut et en avant, le ligament rond déchiré , et la tête du fémur portée sur la branche transversale du pubis , sous les psoas et iliaque , par le fait même de la cause déterminante du déplacement et par la contraction des muscles précédemment désignés et de tous ceux qui vont obliquement du bassin au corps du fémur. Les muscles fessiers , à l'exception peut-être de quelquesunes des fibres antérieures du moyen, les obturateurs, jumeaux, pyramidal et carré crural sont alongés et excessivement tendus, ce qui tourne le membre dans une rotation en dehors très-prononcée. Tous les autres muscles qui ont des rapports avec l'articulation sont relâchés et ont dû concourir, comme nous venons de le dire, au déplacement, du moment où les surfaces articulaires ont perdu leurs rapports. On a encore à vaincre leur résistance dans les efforts que l'on fait pour réduire , et la situation qu'occupe la tête du fémur ne permet que des tractions directes , c'est-à-dire dans le sens de l'extension.

La luxation en bas et en dehors ou l'ischiatique,

dans laquelle la tête du fémur est portée vers l'échancrure sacro-sciatique , est la plus rare de toutes. Des praticiens du plus grand mérite pensent même qu'elle ne peut être opérée immédiatement, et que, quand elle existe, c'est qu'elle est le résultat éloigné d'un déplacement consécutif de la luxation en haut et en dehors. Mais les observations d'Evers, de MM. Ozanam, Dupuytren, Astley-Cooper, Rogers, Mayo, Watts, Ghandeler, Billard , etc. ; ne permettent pas de douter de son existence, en faveur de laquelle M. Delpech, s'est prononcé depuis long- temps.

Cette luxation a lieu lorsque la cuisse est fortement fléchie et qu'elle est, en même temps, portée en dedans avec violence. La tête du fémur, dirigée en arrière et en bas, déchire la capsule dans cette direction, et quelquefois en arrière et en avant à la fois ; elle rompt aussi le ligament interarticulaire, et elle va se placer en dehors de la cavité cotyloïde , soit au-dessous du muscle pyramidal , soit sur ce muscle qu'elle déprime ou déplace, entre le bord supérieur de l'échancrure sacro-sciatique et le ligament du même nom. La partie antérieure de cette tête et celle de son col appuyent sur la surface convexe et correspondante de l'os iliaque. La cuisse est fortement fléchie et tournée en dedans , on ne peut chercher à l'étendre

ni à la porter en dehors sans provoquer les douleurs les plus vives. Le petit trochanter est rapproché de la partie antérieure du bassin , ce qui rendrait bien moindre la tension des muscles cidessus, si ce n'était la rotation constante du fémur en dedans. Le grand trochanter est éloigné de la crête iliaque , sa partie antérieure est retenue devant la cavité cotyloïde par la partie antérieure et supérieure de la capsule. Les muscles adducteurs , droit interne, et surtout le psoas, l'iliaque et les obturateurs sont dans un état de tension qui fixe la cuisse dans l'adduction et la flexion , et qui dépend autant de la rotation interne du membre que du déplacement de l'os en dehors.

Le pli de l'aine est déprimé , et la cuisse est plus courte, de même longueur, ou plus longue que l'autre , selon que la tête du fémur sera au-dessus, au niveau ou au-dessous de la cavité cotyloïde, sans doute aussi selon que les muscles psoas, iliaque, obturateurs et le ligament orbiculaire se prêteront ou résisteront davantage à la locomotion de cet os.

La réduction de cette espèce du luxation en dehors et en arrière, qu'Astley-Gooper regarde comme très-difficile en général, doit être faite selon les préceptes de cet auteur: on dirigera l'extension en bas et en avant, par dessus la partie moyenne de l'autre cuisse.

Tout ce que nous venons de dire se rapporte aux luxations accidentelles et opérées subitement ; mais la pratique nous apprend que l'articulation ilio-fémorale est le siège d'un autre genre de déplacement, que l'on observe plus fréquemment que le premier, qui s'effectue lentement et par degrés, par suite de l'altération ou de la destruction de quelques-unes des parties qui concourent à former ou à fortifier cette articulation. C'est cette maladie connue sous le nom de luxation spontanée ou consécutive qui fait le sujet de cet ouvrage ; nous n'en parlons ici que pour faire une remarque relative à l'action musculaire dont nous nous occupons en ce moment. Quand la luxation spontanée ne provient pas de la destruction de la cavité cotyloïde, ou de celle du ligament orbiculaire , la tête du fémur s'éloigne insensiblement du fond de sa cavité articulaire , elle arrive si près, de son rebord , qu'elle s'en échappe bientôt complètement. Les muscles prédominans , qui s'insèrent non loin de cette tête, l'emportent sur leurs antagonistes; dans ce cas ce sont presque toujours les fessiers. Aussi trouve-t-on un bien plus grand nombre d'exemples de déplacemens en haut et en dehors, qu'en tout autre sens. Au contraire , la carie a-t-elle produit une brèche sur un point quelconque du rebord cotyloïdien , c'est vers ce point que s'opère le déplacement : la direction lui

a été imprimée par la perte de substance de l'os, comme dans les luxations accidentelles, elle l'est par la cause violente qui les détermine.

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