‹ Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées ou symptomatiques de l'articulation ilio-fémorale [electronic resource]Chapitre 8 sur 57 · RECHERCHES HISTORIQUES SUR LA LUXATION SPONTANÉE DU FÉMUR · texte numérisé non relu

RECHERCHES HISTORIQUES SUR LA LUXATION SPONTANÉE DU FÉMUR

Les médecins de l'antiquité la plus reculée ont eu connaissance de la luxation spontanée du fémur, et bien que cette affection ne soit mentionnée dans leurs ouvrages que d'une manière tout-à-fait sommaire, il n'est guère possible de croire que les passages que nous allons citer ajent trait à une autre maladie : « Toutes les fois que la cuisse , dit » Hippocrate, (1) se déplace et se rétablit chez les » personnes long-temps tourmentées de la scia- » tique il s'engendre des mucosités. »

Puis dans l'aphorisme suivant : « Toutes les fois » que la cuisse se déplace dans ceux qui ont long- » temps souffert de la sciatique , la jambe s'atro-

(l) Quibuscumqueàcoxendicum morbo vexatis , coxa excidit ,et rursies incidit , his muci accédant. Hip. Pocr. Aphor. Sect. VI. Aph. 89.

Quibuscumque à coxendicum morbo diuturno vexatis, coxa excidit , hm crus labescit et claudicant, si non iistifuerint. Jbid. Aph. 60.

» phie et les malades boitent, s'ils ne sont cauté- » risés.

Ces aphorismes ont été commentés de la manière suivante par de Gorter, édit. in-4-.0 Padoue 1778.

Aphor. 5g. « L'articulation de la hanche est la » plus considérable de toutes celles du corps hu- » main. Composée de la tête du fémur qui est » reçue dans l'excavation très-profonde de la ca- » vité cotyloïde , elle est affermie par un ligament » orbiculaire , semblable à ceux du même genre » que l'on voit ailleurs, et par un ligament rond » qui va de la tête du fémur au fond du cotyle et » la retient à sa place. Une glande considérable , » décrite par tous les Anatomistes, existe aussi » dans la même jointure : elle fournit une humeur » onctueuse qui, mêlée au suc médullaire dont la » transudation a lieu à travers le tissu osseux, » concourt avec lui à lubréfier les surfaces arti- » culaires. Ces fluides confondus ensemble , atté- » nués par le frottement ou décomposés par un » trop long séjour, sont absorbés et remplacés par » des fluides nouveaux , d'où résulte une humidité » constante de la partie. La hanche est plus ex- » posée que les autres articulations à des douleurs » et celle dont elle devient le siège, s'appelle is- » chias, morbus coxœ : elle est déterminée par » l'état de souffrance des ligamens dont nous ve-

»> nous de parler, soit que l'humeur muqueuse » contienne quelque principe acre, soit que la » glande contenue dans la jointure devienne elle- » même douloureuse et tuméfiée. Ce ne sont pour- » tant pas là les causes qui déterminent la rentrée » et la sortie alternatives du fémur hors de sa » cavité. En effet, les ligamens ne pourraient ar- » river à un dégré d'extension suffisant pour per- » mettre qu'il se déboîtât, et si le gonflement de » la glande l'avait chassé hors du'cotyle , la même » cause l'empêcherait d'y rentrer. Tout s'explique » au contraire par la quantité considérable d'hu- » meur qui remplit l'articulation.

» L'expression de long-temps tourmentées de la » sciaticfue ne s'entend pas d'une douleur qui a » toujours existé, mais de toute maladie avec sen- » sation douloureuse , fixée sur la jointure depuis » long-temps et dont l'action , ne revenant que par » intervalles , a fait perdre aux ligamens leur res- » sort, ce qui ne s'observe pas seulement à l'arti- » culation de la hanche. Ces causes toutefois ne » les relâcheraient pas au point de rendre facile » le déplacement du fémur, puisque sa tête est » entourée d'un ligament d'une texture assez ser- » rée pour ne laisser pénétrer aucun fluide du de- » hors. En effet , on démontre, par des expériences » de physique, qu'une cavité semblable en tout

» au cotylc, se trouvant remplie par un corps » semblable aussi à la tête du fémur, et des liga- » mens de force et de forme analogues à ceux de » la hanche maintenant ces deux corps en rap- » port l'un avec l'autre , il faudrait une puissance » très-énergique pour retirer ce corps rond de sa » cavité , tant serait grande la résistance à ce qu'il » s'y formât un vide. Mais si la machine que nous » supposons représenter la hanche est remplie » d'eau ou de tout autre liquide enfermé dans une » poche qui sera la capsule relâchée , le corps con- » tenu pourra facilement sortir et rentrer. En effet, » au moment où il sortirait , le liquide ambiant re- » prendrait sa place ; au contraire , en rentrant il » remplacerait ce même liquide qui se répandrait » naturellement et sans effort dans les parties en- » vironnantes. Notre auteur raisonne de la manière » la plus juste lorsqu'il pense que l'acétabulum est » rempli d'humeur muqueuse au moment où la tête » du fémur y rentre et en sort librement. En effet, » sans la présence d'un liquide , on ne pourrait ex- » pliquer les phénomènes qui ont lieu et le liquide » n'est autre chose que les mucosités de l'articu- » lation dans leur état naturel ou altérées par la » maladie.

Jphor. 60 . « Pendant que cette maladie , dont l'ac- » tion date d'une époque si éloignée, a rempli de

» mucosités la cavité cotyloïde , relâché les liga- » mens et déterminé une luxation spontanée, est- » il étonnant que les nerfs du voisinage soient éga- » lement relâchés et envahis par les mêmes fluides ; » qu'il en résulte un retard ou un obstacle à Fin- » flux des esprits destinés à porter le mouvement » dans les muscles et à y répandre la nutrition ; » qu'enfin par l'état de langueur de toutes ces » fonctions, la claudication survienne. L'extension » outre mesure du nerf sciatique et des vaisseaux » sanguins du voisinage , qui par cela même qu'ils » sont alongés deviennent plus étroits, peut avoir » pour résultats bien naturels un retard dans la » circulation du sang et des fluides vitaux. Je doute » fort que tous ces accidens puissent être prévenus » par l'ustion : car, si par ce moyen on ouvrait la » capsule articulaire pour faire épancher le liquide » qui y est accumulé, il surviendrait une fistule » qui ne tarirait que difficilement et la plaie des li- » gamens guérirait plus difficilement encore. C'est » pourquoi je pense qu'il vaudrait mieux employer » les résolutifs que d'avoir recours à la cruelle » opération de la cautérisation. »

Il est incontestable que dans les deux passages que nous venons de citer, Hippocrate a eu en vue la luxation coxo-fémorale par cause interne. Il a également parlé dans son traité de Arliculis de la

luxation spontanée de l'épaule par accumulation des mucosités dans l'articulation, et ce qu'il en dit s'accorde sous le rapport de la théorie et du traitement avec ce que nous avions déjà vu sur cette même maladie existant à la hanche. Pourquoi n'al-il fait qu'indiquer de la manière la plus légère une affection d'une nature aussi grave , sans s'étendre ni sur les signes ni sur le traitement , lui qui dans son traité déjà cité de Articulis dit tant de choses dont nous profitons encore aujourd'hui. Observaiton rarement de son temps la fémoro-coxalgie escortée de ces symptômes qui la rendent si souvent funeste aujourd'hui , de suppurations interminables , de carie , de nécrose ? Ou bien , dans ces cas de complications fâcheuses, l' avait-il classée parmi la carie articulaire et les tumeurs blanches , sans description particulière , réservant , et avec raison , le nom de luxation aux déplacemens résultant de l'accumulation d'un liquide dans la capsule articulaire , ou d'un relâchement des ligamens et des muscles qui s'observait non seulement chezleshommes, mais encore chez les animaux (1) ? Il nous est impossible de résoudre ces questions ,

(1) Dans le traité de Articulis, Hippocrale parle de l'excessive maigreur dans laquelle les bœufs abandonnés en pâture viennent quelquefois a tomber, lorsqu'ils ne trouvent qu'une nourriture peu abondante ou de mauvaise qualité. Alors dit-il, les muscles excessivement amaigris ne maintiennent plus les articulations et souvent le fémur se déplace.

mais ce qui n'excite pas peu notre surprise c'est de

voir ceux qui le suivent s'en tendre, pour ainsi dire,

pour imiter son silence sur ce sujet* Asclépiade le Bithynien a vu deux fois la cuisse

quitter la hanche à la suite de longues maladies et sans cause manifeste. Le premier de ces malades qu'il vit à Pario , en Natolie , n'avait point reçu de coup ni fait de chute : seulement, au commencement de sa maladie qui dura plus de trois mois, il avait ressenti une légère douleur à la jambe , laquelle devint extrême dans la suite et attira des convulsions qui luxèrent la tête du fémur en dehors. Le second, jeune acteur de tragédie , eût le fémur luxé en dehors sans cause évidente autre que l'inflammation des chairs qui désunirent l'articulation et chassèrent l'os hors de sa cavité : Ab ischiade fémur extrorsùm propulsum est , carne ob inflammationem divellente articulum , atque èsuâ sede expellente. Collect. Nicet.p. i55. T. î. p. 346. Ce passage encore plus positif que les Aphorismes d'Hippocrate, quand à la nature de la maladie à laquelle il se rapporte , pourrait fournir matière à bien des réflexions selon l'interprétation qu'on lui donnerait, et pour me servir des propres paroles du professeur Peyrilhe ; ne serait-il pas possible de trouver dans l'expression vague de chair enflammée qui désunit les os une découverte

dont le siècle s'honore. Du reste Asclépiade ne s'étend pas plus sur l'histoire de la maladie qu'Hippocrate n'avait fait avant lui; pas plus de détails sur sa marche chez les sujets des observations qu'il ne fait qu'indiquer ; pas plus de renseignemens sur les moyens par lesquels il a essayé de la combattre el la terminaison qu'elle a eue.

Le même reproche de concision outrée s'applique à Galien, toutes les fois qu'il a occasion de parler de la fémoro - coxalgie. Ainsi dans son livre des causes des maladies (1), il reconn ait trois causes de luxations; 1 .° la trop grande humidité des ligamens; 2.° la fracture des rebords cartilagineux des cavités articulaires; 3.° le peu de profondeur des surfaces articulaires. On hésiterait à croire que la première de ces causes fût relative à la luxation consécutive , s'il ne développait cette idée de manière à dissiper toute incertitude , dans les phrases suivantes qui sont extraites de ses commentaires sur Hippocrate : « Ne peut-il pas arriver » que ce moyen d'union (le ligament rond), ve- » nant à être rompu accidentellement ou bien » distendu outre mesure par l'accumulation d'une » quantité surnaturelle d'humidité dans la join- » ture, le fémur soit entrainé hors de la cavité qui » le reçoit? Dans le cas où il y a eu rupture du

(i) De causis morborum, Cap. X.

» ligament rond, il peut arriver que la luxation

» soit réduite et se reproduise si le dépla-

» ment de l'os a été le résultat de l'accumulation » d'une grande quantité d'humidité dans ï'acéta- » bulum et qu'on le replace, qu'arrivera-il selon » toute apparence? C'est que si cette même liumi- » dité subsiste , la luxation se reproduira et qu'au » contraire la jointure reprendra sa solidité pri- » mitive , si on parvient à la dessécher. Hippo- » crate lui-même nous apprend que l'excès d'hu- » midité peut produire la luxation (voyez ses » aphorismes ou définitions etc.). Nous avons eu » déjà deux fois occasion de traiter cette luxation » et d'en empêcher à jamais la récidive. Mais il » faut pour cela faire un usage long-temps sou- » tenu des médicamens siccatifs employés autour » de l'articulation , jusqu'à ce que le ligament, » qui en est le moyen d'union, soit suffisamment » desséché pour ne plus s'étendre et puisse, de la » sorte , empêcher le fémur de sortir de sa cavité » et de franchir le sourcil de l'acétabulum (j)..

On s'attendrait peut-être à le voir développer tout ce que sa pratique lui a présenté d'intéressant sur cette matière , en arrivant à la paraphrase des deux aphorismes d'Hippocrate dont nous avons parlé , mais on se trompe et la lecture de ces com-

(i) Comment. IV. JV.o 42. lu Hippocr. de Articules .

mentairès ne nous en apprend pas plus que les phrases rapportées un peu plus haut, aussi nous abstiendrons-nous de les transcrire.

A ces citations seules se réduit tout ce que l'on trouve, dans les ouvrages des médecins des premières époques, sur les luxations consécutives du fémur. Je n'ai point parlé de Gelse, parce qu'il n'en fait aucunement mention. Je ne pense pas en effet que l'on puisse y rapporter le passage suivant qui est plus vraisemblablement relatif à la sciatique. « Les hanches peuvent être le siège de dou- » leurs très-vives qui affaiblissent beaucoup les » patiens et sont même incurables chez quelques- » uns. La guérison est d'autant plus difficile, que » souvent , après de longues maladies , le principe )> délétère répandu dans toute l'économie, l'auteur » dit vis pestifera, quitte les autres parties pour se » déposer dans la hanche déjà affectée. » De là Celse passe de suite au traitement, lequel se compose de bains, de cataplasmes, de topiques de toutes sortes, et enfin, pour dernière ressource, du feu appliqué en trois ou quatre endroits , autour de la hanche, à l'aide d'un fer rougi à blanc. Les plaies produites par la chute des escharres doivent être entretenues jusqu'à ce que l'on ait réussi à détruire le principe de la maladie que l'on se propose de combattre par ce moyen (1).

(i) Aur. Com. Celsus. liv. IV. Cap. I. Seet. viij.

Les ouvrages des Arabes qui cultivèrent la chirurgie avec distinction, dans des temps d'ignorance et de barbarie , ne contiennent que quelques lignes sur la luxation spontanée. Àvicenne après avoir décrit les diverses espèces de luxations de la cuisse ajoute : « Ce que nous venons de dire se » rapporte aux déplacerions qui surviennent par » l'action bien manifeste d'une cause extérieure : » mais il peut survenir à la hanche, ainsi qu'à » l'épaule, une luxation occasionnée par un excès » d'humidité de la jointure. Il faut alors avoir re- » cours à l'application du feu (1). » Albucasis (2), dans un chapitre intitulé de la cautérisation de la luxation de la hanche , s'exprime en ces termes : « Il arrive quelquefois que des mucosités s'accu- » mulent dans l'articulation de la hanche et en » occasionnent la luxation. On la reconnait à l'ex- » cès. de longueur du membre malade comparé » au membre sain et au vide qui s'observe à l'en- » droit du déplacement. Il faut appliquer le fer » rougi à blanc sur l'articulation elle-même etc., » etc., » Ici au moins, pour la première fois, nous voyons indiqués quoique d'une manière beaucoup trop laconique, il est vrai, quelques-uns des signes de la maladie.

(t) De dislocatione anchœ . Edit. de Venise. 1608. Liv. 2Fen.V. Tract. I. Cap. XXIV.

(2) Albucasis. De cauterizatione dislocationis anchœ. Lib. I. Cap. XLI.

Franchissant, sans rien rencontrer en route qui mérite de nous arrêter, tout l'intervalle compris entre le X.e siècle el le XVI. e , nous arrivons au célèbre Ambroise Paré , l'honneur éternel de la chirurgie française. Ne nous attendons pas toutefois à trouver dans ses ouvrages , quoiqu'empreints du sceau du génie, quelque chose de neuf ou de détaillé sur les luxations consécutives. A l'exemple de tous ses prédécesseurs, il commente ou délaye les aphorismes du père de la médecine, et nous passerons sous silence toutes ces répétitions d'humeur pituiteuse amassée dans l'articulation , de ligamens relâchés etc. etc., phrases banales qu'on retrouve chez lui et chez vingt autres auteurs dont nous ne parlons pas et qui l'ont devancé ou suivi. Mais le premier, peut-être , il met en avant un point de théorie qui, passé depuis en principe de fait incontestable pour la majeure partie des praticiens , n'a pas peu contribué à jeter le découragement dans l'âme de ceux qui auraient eu l'idée de tenter la guérison des luxations anciennes produites par une cause quelconque. Je veux parler des changemens survenus dans la cavité cotyloïde lorsque, depuis un laps de temps considérable , elle n'est plus remplie par la tête du fémur, et des rapports nouveaux qui se sont établis entre cette tête et les parties avec lesquelles elle se trouve en contact.

« Aussi lorsque les têtes de l'os adjutoire ou fémo- » ris, dit notre auteur, ont jà fait par diuturnité de » temps un lieu broyé ou battu auquel elles sont » descendues ou montées, jamais elles ne pourront » demeurer dans leur jointure encore qu'on lésait » bien réduites : pour ce que la cavité de la join- » ture se remplit de cet humeur glaireux lequel » s'endurcit et augmente qui fait que l'os ne peut » entrer ni demeurer en sa jointure et que la tête » des dits os a fait autre lieu ou cavité tenant la » place des dits os, laquelle est broyée et calleuse » (1). » Est-ce bien de lui que venait cette idée

ou bien l'avait-il empruntée à d'Aléchamps , médecin célèbre de Lyon qui écrivait à la même époque que lui et qu'il cite plus d'une fois dans ses œuvres. Voici comment s'exprime l'auteur dont il s'agit : « Nos praticiens ajoutent d'autres diffère n- » ces prinses du temps , en ce que les délôueures » sont récentes ou vieilles , et de la complication » des autres affections, en ce qu'elles sont accom- » pagnées d'inflammation, douleur, plaie, frac- » ture et que par espace de temps quand elles » n'ont pas été réduites lorsqu'il était besoin, » dans la cavité vuide s'engendre de la chair qui » l'occupe et remplit : et à l'entour de la tête de » l'os, au lieu des muscles entre lesquels elle est

(i) Ambroise Paré , Liv. XVI. Chap.V. Pronostic des Luxations.

*> tombée, s'engendre une callosité dure et forle » qui la tient étroitement serrée et cela fait la » réduction impossible ou très-difficile (1). »

Quoiqu'il en soit, ces deux auteurs l'ont dit et depuis on Fa répété comme par écho, sans oser même mettre la question en doute. Il est vrai que quelques ouvertures sont venues fortifier cette doctrine. Morgagni (2), qui connaissait la luxation consécutive du fémur par cause interne et même par cause externe, cite d'une manière abrégée l'observation , extraite de Grégoire Barbetti, d'un homme qui avait boité long-temps à la suite d'un coup de pied reçu sur l'articulation coxo-fémorale. A l'ouverture de son cadavre, on trouva le fémur luxé sans qu'il restât de traces du ligament rond la tête de cet os placée sur la face externe de l'ilium, le ligament articulaire déformé et l'acétabulum presqu'effacé. Il parle encore de l'observation curieuse qu'il avait recueillie sur une femme et qu'il avait consignée dans une thèse chirurgicale soutenue par lui sous la présidence du célèbre Gaubius(3). Il existait sur cet individu une double luxation du fémur. La tête de l'os du côté droit était intacte , celle du côté gauche presque

(1) Daîéchamps, Chirurgie française, chap. CXI. p. 801. Lyon 1570 in-8o

(2) Morgagni, Desedibus et causis morborwn. Epist. LVI. Art. V. 17G1.

(3) lbid. Cap. VI.

détruite. On voyait sur la face externe des deux: ilium deux nouveaux acétabulum répondant chacun à chaque tête des fémurs, celui du côté gauche peu profond, celui du côté droit l'étant bien davantage. Les cavités anciennes étaient presqu 'effacées , et l'on pouvait penser que séparées depuis long-temps des éminences qui les remplissaient, l'absence de ces corps dont le poids, la pression et le mouvement continuels sont si nécessaires à leur conservation , avait été la cause de leur oblitération presque complète. Quand à l'inégalité de profondeur des deux cavités nouvelles , elle s'expliquait naturellement par la différence que l'on observait dans le volume et l'état des deux têtes du fémur, puisque l'une presque détruite était à peine serrée contre l'os de la hanche , et que tout le poids du corps, se reportant sur le côté droit, avait augmenté la pression de la tête fémorale de ce côté contre l'os iliaque et déterminé , par cela même , la profondeur de la dépression qu'on y remarquait.

Dans des temps bien plus rapprochés de nous , Lallouette s'exprime en ces termes : « J'ai rencon- » tré quelques sujets dans lesquels j'ai vu le virus » écrouelleux , après avoir donné des signes non » équivoques de son existence, soit sur les glandes, » soit sur la peau , se réfugier dans la substance » des os du bassin, environner la partie postérieure

» de la cavité cotyloïde , gêner les rnouvemens de » la cuisse et même empêcher le malade de mar- » cher. En observant avec attention cette jointure » gonflée , on s'aperçoit que la tête du fémur s'é- » loigne de cette cavité, et en effet elle s'en éloigne » insensiblement , de sorte qu'elle en est enfin » chassée. Les muscles fessiers alors entrainent cet » os au-dessus de cette cavité où ils le fixent. L'ex- » trémité se raccourcit, et, à l'aide d'un soulier » dont le talon est haut, le malade peut marcher. » Je n'ai jamais eu qu'une seule fois occasion d'ob- » server cette articulation, après la mort d'un » jeune homme qui avait eu cette luxation dix ou » douze ans auparavant. J'ai trouvé la cavité coty- » loïde presqu'entièrement effacée , mais l'os , à » cet endroit, avait une grande épaisseur, et la » place où était la cavité était aussi solide que l'os » même. On peut donc avec raison regarder cette » espèce de luxation de cause interne comme Fèf- » fet d'un virus écrouelleux affaibli , dont l'acri- » monie n'a pu ronger et détruire les cellules os- » seuses dans lesquelles il s'est amassé, épaissi , et » en comblant la cavité cotyloïde en a chassé la » tête du fémur (1). »

Sans doute ces faits présentés sous la protection de noms aussi respectables paraissent péremptoires,

(!) Traité des Scropbules, par p. Lalîouctte. T. I. p. 74. 1789,

mais, outre que le moment n'est pas venu de les soumettre à une critique qui doit en atténuer l'importance, il en est d'autres, dont nous aurons occasion de parler, qui plus nombreux prouveront que les premiers ne sont que des exceptions à cette règle générale, savoir : qu'une articulation se couserve dans son état naturel lors même que depuis long-temps elle n'est plus remplie par l'os qui l'occupait, et que les changemens qu'elle peut présenter viennent moins d'un travail que la nature développe dans son intérieur que de la pression exercée , sur un point quelconque de sa circonférence, par l'os sorti de sa place.

Nous sommes arrivés à cette époque brillante où la Chirurgie française , dégagée des honteuses entraves que les médecins lui avaient imposées pendant si long-temps, signalait son affranchissement par des travaux dignes de la nouvelle académie qui venait d'être instituée. Aux froids et monotones commentaires sur Hippocrate, seul fruit que l'on puisse recueillir en compulsant les travaux de tant de générations, succède un mémoire, lu le 25 février 1722 à l'Académie des Sciences, ayant pour titre : Observation anatomique et pathologique sur les chûtes qui causent une luxation de la cuisse dont

les auteurs n'ont point écrit (1). L'auteur de ce mémoire, le célèbre Jean-Louis Petit, y rapporte l'observation d'une jeune dame qui, à la suite d'une chute sur le grand trochanter, se plaignit pendant quelques mois d'une douleur très-vive à la cuisse et à la hanche ; douleur que l'on attribuait à une affection rhumatismale , mais qui finit par la faire boiter. Petit, consulté par cette malade, présuma tout d'abord qu'il s'agissait d'une luxation consécutive : il l'annonça, la reconnût, en rapporta la cause à la chute faite plusieurs mois auparavant et défendit, contre tou t reproche , le premier chirurgien appelé , lequel n'avait pu reconnaître une maladie qui n'existait pas alors et ne s'était développée que consécutivement.

Passant de ce fait particulier à des considérations générales sur la maladie , Petit commence par signaler les erreurs nombreuses qui ont été commises à ce sujet par tous les praticiens , sans s'excepter lui-même, parce que la véritable cause du mal étant ignorée, on ne le reconnaissait que quand déjà il était trop tard pour y porter remède. Exclusif comme presque tous les auteurs d'une découverte , il ne reconnait à la luxation spontanée qu'une cause unique , toujours la même , une chute ou un coup sur le grand trochanter qui contond les surfaces et

(1) Mémoires. Acad. roy. des Sciences, 1722, p. 117 mémoires.

les Iraniens de l'articulation, les enflamme et y occasionne une sécrétion surabondante de synovie. « La synovie se dépose en plus grande quantité, » dit-il, remplit la capsule ligamenteuse et toute >> la cavité de l'articulation , ce qui sera peu à peu » suivi de luxation. Puisque cette synovie qui s'é- » panche toujours, et même plus que dans l'état na- » turel, n'est plus dissipée par les mouvemens de la » partie > elle chassera la tête de l'os avec d'autant » plus de facilité qu'ayant relâché les ligamens, » elles les met hors d'état de résister non seulement » aux efforts qu'elle fait pour chasser l'os hors de » sa boite, mais même à ceux que font les muscles » qui la tirent en haut. Ainsi l'alongement du li- » gament rond se fait peu à peu et la douleur aug- » mente pour ne diminuer que quand ce ligament, » tout à fait relâché ou rompu, abandonne la tête » de l'os à toute la puissance des muscles qui la

» tirent en haut Il faut remarquer que la

» tête de l'os, ainsi portée en haut et en dehors , » peut se tourner en devant ou en arrière, ce qui » détermine secondairement la direction du pied » après que la luxation est opérée. »

La marche de la maladie est ensuite tracée avec ordre et méthode et chaque symptôme expliqué d'une manière satisfaisante. Toutefois on conçoit difficilement comment Petit, après avoir donné' les

J3reuves les moins équivoques d'un génie observateur, a pu nier que le raceourcissement qui suit la luxation effectuée, soit précédé d'un alongement plus ou moins considérable. C'est cependant ce qu'il fait, tant dans le mémoire en question, que dans son traité sur les maladies des os (1), qui parût plusieurs années après , et avançant cette assertion erronée que les faits de chaque jour démentent, il l'appuie des explications les moins solides. Citons encore ce passag-e qui prouve jusqu'à quel point la prévention peut fausser le raisonnement de l'homme le plus judicieux. « Ce qui vient d'être dit montre » que dans cette maladie l'os ne se déplace point » dès l'instant de la chute , mais long-temps après » et par degrés. Dans les premiers jours la tête » garde sa position naturelle et la cuisse ne com- » mence à se raccourcir que quand la tête a com- » mencé d'être chassée par la synovie. Il semble » que la cuisse ne doive se raccourcir que quand » la tête de Fos est entièrement sortie , cependant » elle ne devient plus courte que peu à peu , et » à mesure que la tête fait son chemin pour sortir. » La figure sphérique de la tête en est la cause ; » elle va en diminuant depuis son col jusqu'à son » sommet , ce qui fait que quand la synovie l'é- » loigne d'une ligne du fond de sa cavité , les mus-

(i) Trailé des maladies des os, par J.-L. Pelit. T. 1. p. 50Q.

» cles tirent d'une ligne la cuisse en haut, et » si alors on mesure la cuisse de l'endroit où la » tôle du fémur touche le bord supérieur de la » cavité, on la trouve plus courte d'une ligne ; de » manière que si cette tête est chassée de quatre à » cinq lignes, la cuisse se trouve plus courte d'au- » tant, pourvu que l'on mesure de l'endroit où elle » touche le bord supérieur de la cavité. Aussi autant » de chemin que fera la tête du fémur pour sortir, » autant la cuisse perdra de sa longueur, etc. »

Les signes auxquels on reconnait la luxation opérée sont exposés avec vérité dans le mémoire ainsi que dans le traité des maladies des os. La claudication, l'atrophie et la paralysie du membre quand l'affection est simple ; les dépôts, l'ankylose et les diverses espèces d'altérations des os dans les cas où. elle est accompagnée de complications si souvent funestes ; toutes ces différentes terminaisons de la maladie étaient connues de lui et sont signalées dans les ouvrages cités. Le traitement est ce qui laisse le plus à désirer. Après l'emploi d'abondantes saignées dès le début de la maladie , il se borne au repos et à des topiques insignifians, ou du moins peu actifs comparativement à l'activité du mal contre lequel ils sont dirigés. Toutefois il ne néglige pas le traitement interne et recommande les narcotiques et les dépuratifs.

Quoiqu'il en soit des imperfections el des erreurs que l'on peut reprocher aux écrits de Petit sur le sujet qui nous occupe , que l'on se reporte au temps où ils ont paru et au silence comme consenti de Jous les auteurs , sur cette matière , et l'on sera forcé de reconnaître que son mémoire mérite de faire époque dans la science , et qu'il justifie le titre qu'il lui a donné. Hippocrate et ses commentateurs avaient bien , il est vrai , signalé les luxations spontanées en général et celle du fémur en particulier, mais ils n'avaient point décrit cette luxation spontanée et ils ne lui avaient point reconnu de cause externe. De ce qu'ils avaient dit à ce que Petit écrivit plus tard, la distance était immense.

L'éveil était donné et bientôt on vit paraître à l'Académie de chirurgie , dans les journaux de médecine et dans les recueils académiques (1), des

(l) Luxation sponla&ée de la lète du fémur long-lemps après une chute, sans aucun accident consécutif du déplacement. Nouvell. de la république des lettres. Oct. 1687. Article 4.

Luxation du fémur par douleur de goutte, sans aucun accident consécutif. Act. phys. med. Ger. T.Z,p. 336, Obs. 105, par Gutlermann. Cette observation est remarquable en ce que la femme qui en est le sujet et qui était depuis long-lemps retenue au lit par un accès de goulle, entendit un bruit de déchirement fort distinct pour elle el pour les assislans au moment où la luxation s'opéra. Cela eût lieu pendant un mouvement qu'elle fit pour descendre de son lit.

Luxation spontanée de la hanche pendant une fluxion sur l'articulation. Moinichen. Act. Copenh 1673.

Luxation des deux fémurs, l'un en dedans, l'autre en dehors, suite du froid

mémoires et des observations isolées sur les luxations spontanées du fémur. Sabatier, dans un excellent mémoire (1) inséré parmi ceux del'académip de Chirurgie soumet à une critique judicieuse le travail de J. L. Petit auquel il accorde, d'ailleurs, les honneurs de la priorité. Eclairé par l'étude des anciens et des modernes, il reconnait des causes internes ou constitutionnelles et externes ou accidentelles. Ces dernières peuvent agir sur l'articulation directement ou par contre-coup, comme un coup sur le grand trochanter, une chute sur la même partie, sur les genoux ou même les pieds, l'extrémité étant fixée dans l'extension et le mouvement se communiquant dans toute sa longueur jusqu'à la hanche. Il combat l'erreur de Petit qui ne voulait pas admettre d'alongement avant le raccourcissements reconnait que le premier de ces phénomènes doit avoir lieu constamment quand la luxation n'est pas le résultat d'une carie qui a détruit le rebord cotyloïdien. Il fournit ensuite plusieurs observations de cette dernière complication, lesquelles sont suivies des détails de l'autopsie cadavérique, qui n'avait été qu'indiquée par son prédécesseur,

prolongé. Point d'accidens consécutifs. Heister, Ephemer. Germ. decur. t. an 8. Obs. 2-i. p. 48.

Luxations spontanées du fémur. Mercure de France 1701. Nov. ïd. Ephem. Germ. Cent. V. ef. VI. Obs. 120./^. 218. etc.

(i) Mém. de l'Acad. de Cbir. T. 5. p. 795. In-4.o 1774.

Quant au traitement, Sabatier fonde son unique espoir de guérison sur les émissions sanguines laites abondamment et suffisamment répétées dès le début. Si ce moyen échoue , il ne compte plus guères que sur les efforts de là nature'presque toujours impuissante contre une maladie aussi fâcheuse. Il conseille d'ouvrir par l'instrument tranchant ou le cautère potentiel les abcès qui surviennent autour de la hanche.

Ce fut à peu près vers le même temps qu'Aurran publia deux mémoires sur les lésions par contrecoup dans différentes parties du corps (1), où l'on trouve quelques observations de luxations spontanées par cause externe, avec carie, abcès et presque toujours terminaison funeste. Ces observations ajoutent peu de chose à ce que l'on savait déjà : seulement on rapporte dans un de ces cas que la luxation se fit sur le trou ovalaire et que la maladie qui reconnaissait pour cause un choc par contre-coup, se termina, après bien des abcès et beaucoup d'autres accidens, par le retour à la santé. L'individu finit par marcher assez facilement quoiqu'en boitant.

A la même époque, M. Portai, dont les leçons et les écrits ont si puissamment contribué à développer parmi nous le goût de l'anatomie pathologique , recueillait des matériaux importans sur

(l) Ancien Journ. de Méd. T. 26, p. B23. Ibid. T. 27, p. 2oS , 1767.

les maladies îles os et sur celles des parties qui concourent à former les articulations, mais ils n'ont para qu'en 1797 (1).

Dans un long article consacré aux luxations de la cuisse par cause interne (2) , il a cherché à démontrer que la tête du fémur est, plus souvent qu'on ne le pense , expulsée de la cavité cotyloïde , à la suite du rétrécissement que cette cavité éprouve par le gonflement ,, l'intumescence de la glande synoviale, affectée du vice scrophuleux, et -sans que l'inflammation, ni des chutes , ni des efforts aient contribué en rien à la production de cet engorgement.

Il établit cette opinion d'après l'examen de trois cadavres sur lesquels il a trouvé cette glande trèsgonflée, plus ou moins durcie, et remplissant, quoiqu'ulcérée sur quelques points, une partie ou la presque totalité de la cavité cotyloïde ; dans laquelle se trouvait, en même temps, des matières concrêtes, granuleuses, stéatomateuses et du pus de mauvaise qualité; sans compter la tuméfaction, l'érosion partielle des cartilages qu'il indique aussi,, de même que l'altération des moyens de Symphyse sur laquelle l'auteur a peu insisté.

Il reconnait aussi pour cause de la luxation spon

(1) Observations sur la nature et le traitement du Rachitisme. Paris, 1797

(2) Quelques observations sur des maladies de la cavité cotyloïde par le vice scrophuleux. lbid. p. 513.

tanée la trop grande largeur de la cavité cotyloïde, relativement à la tête du fémur, cas dont il a vu des exemples ; l'augmentation de volume de cette tête ; une collection de matière arthritique ; l'engorgement inflammatoire des parties molles de l'articulation qui succède à des chutes violentes, cas mentionné par d'habiles chirurgiens; une métastase dans la cavité cotyloïde , dont il pense que la glande synoviale est le siège (1) , de même qu'on voit les glandes parotides, celles de l'aisselle de l'aîne, du mésentère, etc. affectées d'engorgemens par des congestions cri tiques ou non critiques , dans le cours des fièvres ou par d'autres maladies (2).

Mais il ne signale ces diverses causes de luxation, (auxquelles il ajoute, dans son anatomie médicale, l'exoslose de la cavité cotyloïde et le gonflement de toute sa paroi), que pour faire remarquer qu'on ne doit pas les confondre avec le gonflement de la glande synoviale par vice scrophuleux.

Cet engorgement est chronique, il se fait lente-

(1) Ouvrage cilé. p. 330 ; el Anal, médicale. T. i, p. 470.

(2) Il met en doute la luxation qui ne reconnaîtrait pour cause que la rupture ou la destruction du ligament inler-arliculaire , parce qu'il a vu ce ligament manquer des deux côtés sur le même cadavre, et du côté gauche , seulement , sur un autre , sans que la tète du fémur eut cessé d'être parfaitement en contact avec les parois de sa cavité. Bernard Genga et Nicolai avaient déjà , l'un el l'autre , trouvé les deux articulations ilio-fémorales dépourvues de ce ligament.

ment, avec peu de douleur, et souvent sans douleur : il diffère en cela d'une autre espèce qui est essentiellement inflammatoire, dont la glande devient le siège en même temps que les autres parties de l'articulation ; qui est ordinairement caractérisé par de vives douleurs , par une marche rapide , et qui peut être promptement suivi de luxation, ainsi que M. Portai Je constate par l'observation d'une demoiselle morte en peu de jours des suites de cette maladie (1).

Voici , du reste , comme il rend compte du mécanisme de la luxation produite par l'intumescence chronique du paquet sjnovial , et de la locomotion du fémur :

« Abreuvée de l'humeur scrophuleuse, la glande » synoviale se gonfle, se tuméfie , se durcit, pousse » la tête du fémur de dedans en dehors de la ca- » vite cotyloïde et enfin l'en expulse. Alors l'extré- » mité inférieure commence par s'allonger un peu ; » mais lorsque la tête du fémur est parvenue sur » le bord de la cavité cotyloïde , là où est l'échan- » crure , elle se glisse dans le trou ovale ; le grand » troehanter rentrant est moins saillant que l'autre, » l'extrémité reste un peu plus longue , le bout du » pied se trouve en dehors et le talon en dedans. »

L'auteur rapporte, page 77 du même ouvrage,

(l) Ouvrage cilé , page 328.

l'histoire de l'ouverture du cadavre d'un homme , scrophuleux au plus haut degré, qu'il aurait pu citer ici à l'appui de l'influence qu'il accorde à l'engorgement de la glande synoviale , car il dit que « celle de la cavité cotyloïde droite , était gon- » fiée , et remplissait une portion de la cavité ar- » liculairedu fémur, qui en était poussé au dehors. »

Il est digne de remarque que dans les cinq cas de luxation par cause interne consignés dans cet article , dont trois au moins ont été constatés par l'ouverture des . cadavres , le déplacement se soit toujours opéré en dedans, ce qui explique suffisamment pourquoi M. Portai n'a admis que la luxation consécutive, en dedans et en bas, ou sur le trou ovalaire , comme unique résultat du déplacement de la tête du fémur dans cette maladie.

Le mercure combiné aux anti-scorbutiques pris intérieurement, long-temps et avec les précautions requises , pour éviter l'irritation des voies alimentaires et la salivation. Les topiques émolliens, les maturatifs sous forme d'onguens, d'emplâtres et. de cataplasmes, les ventouses scarifiées, les sangsues, le séton, le moxa, la suppuration longuement et abondamment entretenue par Fulcère qui résulte de la chute de l'escarre et le repos, sont les remèdes dont ce médecin célèbre a fait usage et qu'il préconise.

11 a remarqué que la maladie de l'articulation de la cuisse avec le bassin , par vice scrophuleux , est souvent compliquée du renversement de l'épine, et qu'alors le même traitement est indiqué pour ces deux affections morbides.

En 1798, Bichat publia , dans les œuvres chirur- «icales de Desault , un mémoire sur les luxations consécutives dans lequel elles sont désignées , peut être pour la première fois, sous le nom de spontanées.

Une chute sur le grand trochanter, plus rarement sur le genou et la plante du pied , sont à la l'ois, à ses jeux, les causes prédisposantes et déterminantes de cette maladie.

Il repousse , comme contraire aux observations anatomiques faites par son maître ou sous ses auspices, la théorie de J. L. Petit, qu'on retrouve encore clans les ouvrages de chirurgie classiques ou élémentaires de cette époque (1).

Il produit, en place de cette doctrine, trois ouvertures de cadavre qui ont offert pour résultats communs :

<( Le cartilage diarthrodial de la cavité cotyloïde » prodigieusement gonflé et ressemblant assez bien » à du lard, dont il avait la consistance. Une

(1) Cours de pathologie et de thérapeutique , parHevin. Tome 2, pag©

» substance molle , spongieuse , blanchâtre , s'éle- » vait au milieu, reste, sans doute, du ligament » rond. La tête du fémur déplacée, était encroûtée » d'un cartilage également tuméfié. » Dans deux de ces cas la rupture de la capsule articulaire et la tête du fémur était placée où elle se trouve ordinairement dans la luxation en dehors et en haut. Dans un seul cas l'autopsie ayant été faite à une époque peu avancée de la maladie « la capsule , » encore entière , était alongée de haut en bas. La » tête du fémur située au côté externe pt sur le » Lord de la cavité cotyloïde, répondait en bas, » à la capsule très- tiraillée et dans une tension » manifeste ; en haut, au cartilage articulaire déjà » gonflé au point de remplir une partie de la ca- » vite. La synovie était en moindre quantité que » dans l'état naturel. »

De ces faits , Bichat déduit les propositions suivantes : i.° Contus et déchirés les cartilages se tuméfient ; ils remplissent peu à peu la cavité cotyloïde, chassent à mesure la tête du fémur, et produisent ainsi l'alongement primitif du membre, qui, une fois hors de la cavité de la capsule rompue et déchirée, est entraîné en haut et conséquemment raccourci par l'action des muscles et par le poids du corps.

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