‹ Essai expérimental et clinique sur l'action cholagogue de l'acide oléique: Son emploi dans la lithiase biliaire et dans d'autres affections hépatiquesChapitre 38 sur 41 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

(Personnelle).

Me B..., 56 ans, petite rentière retirée à la campagne après 35 ans de résidence à Paris, en qualité de femme de chambre.

Cette malade, très intelligente et très renseignée sur son état, souffre, depuis 16 ans, de crises hépatiques. Elle a consulté de nombreux médecins, soit à Paris, soit à Vichy, où elle fit consécutivement 5 saisons avec ses maîtres. Nerveuse et inquiète de son état, elle s'est soumise rigoureusement au traitement que je lui ai prescrit.

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C'est ainsi que, depuis 5 mois, cette malade prend régulierement 20 capsules d'acide oléique par mois, sans aucun phénomène d'intolérance et sans inconvénient d'aucune sorte, Actuellement elle a un état digestif excellent, le faciès a une coloration normale, très légère teinte subictérique des conjonctives, l'appétit est bon et la digestion facile. Les selles sont colorées normalement et les urines, claires et jaunâtres, ne donnent pas de réaction de Gmelin. Le foie, de dimension à peu près normale, n’est pas douloureux, la palpation de la vésicule est négative.

Ce laps de temps est, évidemment, insuffisant pour pouvoir, dès à présent, conclure à une guérison durable; il reste cependant acquis que les accidents lithiasiques qui, 5 à 6 fois par an, au dire de la malade, déterminaient chez elle de violentes crises de coliques hépatiques, n’ont pas réapparus pendant ce semestre.

L'amélioration obtenue est très sensible et semble persister pendant une période plus grande que celles qni, habituellement, séparaient 2 crises.

Les résultats relatés dans ces diverses observations ont été expliqués par leurs auteurs de facons différentes ; c’est ainsi que le Docteur Artault de Vevey interprétait l’action de l'acide oléique dans la lithiase biliaire d'une facon hypothétique un peu complexe. Reprenant la genèse de la colique hépatique, l’auteur s'exprime de la manière suivante : « L'acception biologique de la formation des calculs biliaires qui provoquent dans la majorité des cas la colique hépatique, est que la cholestérine se précipite dans la bile quand le cholate de soude y est ou

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y devient insuffisant, comme lorsque la cholestérine augmente par ralentissement des oxydations. Les calculs sont en effet formés en grande partie de cholestérine avec des carbonates ou phosphates de chaux en plus ou moins grande quantité, suivant les tempéraments ; on y trouve même des métaux, cuivre, fer, manganèse, et en général tous les corps qui s'éliminent en combinaisons organiques par le foie ou s’y accumulent.

Dans les conditions ordinaires, la cholestérine est maintenue en dissolution dans la bile par les sels des acides biliaires; or ces acides biliaires sont l'acide glycocholique ou cholique, et l'acide taurocholique ou choléique formés réciproquement d'un acide non azoté, l'acide cholatique et de glycocelle dans le premier cas, et de ce même acide cholalique et de taurine dans le second. Ils peuvent d’ailleurs, sous certaines influences (fixation d’eau) se décomposer en leur acide cholalique et leurs constituants azotés. Or, ce qui fait l'intérêt de l'acide cholalique, c'est qu'il n'est pas azoté et peut être considéré comme un corps renfermant un noyau d’acide gras.

Partant de ce principe, je m'étais demandé : comment l'huile d'olive pouvait agir sur la lithiase biliaire et quel était celui de ses principes qui était l'agent spécifique en l’occurence. Or, depuis Frericks, Stadeler, Frœhde, l'acide cholalique peut être considéré comme un acide benzoïque auquel s’annexerait un groupement atomique voisin de l’acide oléique, et justement c'est l'acide qui domine dans

l’huile d'olive,

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De là à supposer qu'il était le principe actif de cette huile dans la colique hépatique et à songer à l'ordonner préventivement contre la lithiase biliaire, il n’y avait qu'un pas. »

Pour M. Girard, l'acide oléique est bien le principe actif de l'huile d'olive, mais ses qualités de dissolvant ne semblent pas intervenir dans son action sur l'élimination du calcul de cholestérine.

Les expériences de Rosemberg ont montré, chez le chien, que l'huile avaitune action manifeste sur la sécrétion de la bile ; la sécrétion biliaire est sensiblement augmentée par l'ingestion de 100 gr. d'huile, et cette augmentation se produit surtout une heure environ après l'absorption. D'autre part, la bile ainsi obtenue d’après Troitzky est plus riche en substances solides, mais surtout plus riche en eau; elle est plus liquide, plus filante que la bile normalement sécrétée.

Or, cette action cholagogue très limitée par suite de [a quantité faible d’acide oléique libre renfermée dans l'huile, devient très marquée avec l'acide oléique pur; la bile sécrétée sous son action joue dans la lithiase biliaire un double rôle.

Un rôle chimique par le fait signalé par Troitzky de la diminution du rapport de la cholestérine aux sels biliaires, ceux-ci s augmentent plus rapidement que celle-là. Les sels biliaires en excès viennent en contact du calcul et agissent comme ramollissant et dissolvant de celui-ci.

Un rôle mécanique, car la bile hypersécrétée remplit la vésicule, garnit le cholédoque jusqu’au

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